‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 49 sur 96 · SALAMANDRES · texte numérisé non relu

SALAMANDRES

Le Triton des Alpes ( Triton alpestris) a des couleurs plus vives.

Le Triton palmipède ( Triton palmatus ) est plus petit et pourvu, dans le sexe mâle, de palmatures aux doigts de derrière.

On en cite encore d’autres, môme en France, mais leur diagnose est restée incertaine.

Les autres genres de Salamandridés vivent principalement dans l’Amérique septentrionale (1). Il y a aussi des animaux de la même famille en Asie, et particulièrement au Japon (2).

Remarques sur le venin des Crapauds et des Salamandres. — Les mauvaises qualités qui caractérisent certaines espèces d’Amphibiens ont été signalées de tout temps ; et comme autrefois on ne savait pas s’en rendre compte d’une manière exacte, elles ont donné lieu aux exagérations les plus singulières et aux préjugés les plus bizarres. L’histoire du Crapaud et de la Salamandre, telle qu’on la trouve dans la plupart des auteurs et dans tous les anciens ouvrages de pharmacopée, nous en donne le singulier détail.

On y voit le Crapaud tour à tour cité comme doué de propriétés fantastiques, comme un animal vénéneux et comme une source de médicaments dont l’application se faisait d’une manière constamment empirique. Les Crapauds entraient alors dans le baume de Leictour et dans le baume tranquille. On les appliquait tout vivants dans les cas de céphalalgie, de gastralgie, de scrofules et de cancer; desséchés et réduits en poudre, on les prescrivait contre la fièvre quarte et l’épilepsie, et ils avaient encore d’autres usages.

Ce qui a trait à la Salamandre n’est pas moins bizarre. Cet animal, auquel on donne, dans nos campagnes, les différents noms de mouron, de sourd, etc., a été signalé par quelques auteurs comme étant le tithymale du règne animal. On croit encore, dans beaucoup de localités, qu’il résiste à la combustion, et que son contact peut déterminer la mort. Ces contes ridicules se trouvent déjà dans les ouvrages des anciens, et les auteurs des derniers siècles parlent souvent de la manière dont il faut traiter les gens qui ont avalé une Salamandre (3).

(1) GenresCylindrosoma , Plelhodon, Bolitoglossa, Ambystoma elDesmodactylus.

(2) Genre Ellipsoglossa et Onychodaclylus.

(3) Valmont de Bomarc rapporte encore, d'après les éphémérides d’Allemagne, « qu’une femme embarrassée de son mari, et voulant l’empoisonner, lui fit manger une salamandre qu'elle mêla dans un ragoût, mais qu’il n’en souffrit en aucune manière; » ce qu’il attribue à la cuisson qui peut avoir agi sur le liquide vénéneux.

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La morsure des Salamandres était considérée comme aussi redoutable que celle de la Vipère (Matthiole;, et il était passé en proverbe qu'un homme mordu par ces Reptiles avait besoin, pour être sauvé , d’autant de médecins que les Salamandres ont de taches.

On a cru aussi que les Salamandres pouvaient empoisonner les eaux dans lesquelles elles se rendent à l’époque des amours, mais il n’y a également rien de fondé à cet égard.

Ces Reptiles ont été étudiés d’une manière plus exacte par les naturalistes du xvnr siècle. Maupertuis a montré, par des expériences, qu’ils n’étaient pas du tout incombustibles comme on l’avait supposé antérieurement. Il a fait voir aussi que leur morsure était sans danger, et il a cherché à prouver que la Salamandre pouvait être mangée par des chiens et des dindons, sans qu’il en résultât aucun accident ; mais il n’eut pas l’idée d’en inoculer la matière laiteuse à des animaux. Cependant Laurenti observa, de son côté, que deux Lézards de l’espèce du Lucerta muralis moururent pour avoir mordu les glandes d’une Salamandre, et qu’un troisième, auquel il avait fait avaler du lait de Salamandre, c’est-à-dire de l’humeur cutanée de cetamphibien, expira de même après avoir éprouvé des convulsions qui furent suivies d’une espèce de paralysie.

Cependant Haller et d’autres auteurs ne croyaient pas que la sécrétion laiteuse des Crapauds fût venimeuse; mais Daube nton fit remarquer que cette sécrétion, avalée par des chiens, leur donnait des vomissements , et Valmont de Bomare dit à cet égard : « On assure que les symptômes que cause le Crapaud sont : la couleur jaune de la peau, l’enflure, la difficulté de respirer, l’engourdissement, le vertige, les convulsions, les défaillances, les sueurs froides et la mort. »

Il est douteux que ces phénomènes aient réellement été occasionnés, du moins chez les animaux un peu gros, par le. contact des Crapauds ou par l’absorption de leur venin ; et ce que disent, sous ce rapport, Bomare et les auteurs plus anciens serait évidemment fautif, si on le rapportait à l’espèce humaine. Mais il n’en est point ainsi lorsqu’il s’agit de petits animaux. Le venin des Crapauds peut être pour eux un poison mortel, et c’est avec raison que plusieurs naturalistes lui ont supposé des propriétés toxiques.

Boi'y attribuait àl’âcreté de cette sécrétion les cris de douleur que poussent les chiens lorsqu’ils ont mordu un Crapaud ; et Tiedemann a montré que l’humeur produite par les Reptiles de ce genre agit sur les téguments peu épais comme une substance

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àci*e et corrosive, et que, portée sur la conjonctive, elle en déterminait l’inflammation.

Des expériences de MM. Gratiolet, Cloez et Rainey ont démontré de nouveau, il y a quelques années, que certains vertébrés peuvent être tués par le venin des Crapauds. L’humeur qui suinte des pustules cutanées de ces animaux, principalement de celles de la région parotidienne, devient un véritable poison, si on l’introduit dans les tissus. Inoculée sous la peau d'un oiseau ou d’un lézard, elle amène un narcotisme immédiat ou des accidents convulsifs rapidement suivis de mort. Toutefois la même matière, inoculée à faible dose à de petits rongeurs, n’a produit que des accidents passagers.

Une Tortue de l’espèce du Tcstudo maunlanica piquée à la patte postérieure droite, ne parut point, au premier abord, ressentir les effets du poison ; toutefois, au bout de quelques jours, un affaiblissement sensible se manifesta dans le membre lésé ; bientôt survinrent les symptômes d’une paralysie véritable; et l’animal, conservé pendant huit mois, n’avait point, au bout de ce temps, recouvré le mouvement de cette partie (Gratiolet et Cloez).

On n’avait qu’une analyse très imparfaite du venin des Crapauds, analyse due à Pelletier et au docteur Davy, et dans laquelle il n’était guère question que de la couleur jaunâtre de ce venin, de sa consistance huileuse ainsi que de sa saveur amère. MM. Gratiolet et Cloez en ont fait un examen plus détaillé et plus instructif sous le double rapport de la physiologie et de la chimie (1).

Du venin desséché et conservé depuis le 25 avril 1851 jusqu’au 15 mars 1852 avait gardé ses propriétés toxiques; et une petite quantité de cette substance légèrement humectée, ayant été inoculée k un chardonneret, cet oiseau est mort presque aussitôt en présentant les symptômes énumérés plus haut.

Ce venin desséché et traité par l’éther rectifié s’y dissout à un certain degré. Cette solution, soumise ensuite k l’évaporation, laisse un résidu composé de granulations d’apparence oléagineuse, au milieu desquelles on distingue de petits cristaux aciculaires.

Le résidu, inoculé k un verdier avant la dessiccation complète, a déterminé presque aussitôt chez cet oiseau un sommeil profond,

(1) Comptes rendus hebd. de V Acad, des sciences, t. XXXIV, p. 729, • — Voyez aussi : Davy, Philosoph. Trans. (1 826), et G. Rainey, On lhe structure of the cutaneous (ollicles of Toad vnlh some experimenls and observations upon the nature and alleged venenous properties of their sécrétion ( Qualerly Journ. of microsc. science , t. III, p. 257, pl. 11 ; 1855).

AMPIÏ1BIEXS.

interrompu par quelques vomissements convulsifs, et la mort est survenue au bout de quatre minutes.

Si l’on débarrasse la matière, ainsi traitée par l’éther, des sul>stances grasses qu’elle renferme et que l’éther a dissoutes, on obtient une substance toujours vénéneuse qui donne une poussière douée de propriétés sternutatoires très actives lorsqu’on la pulvérise dans un mortier.

Cette poudre ayant été traitée par l’alcool à chaud, et le résidu de ce traitement ayant été séparé par la filtration et débarrassé par un lavage à l’alcool bouillant des dernières traces de matières solubles, MM. Gratiolet et Cloez ont constaté :

1° Que le résidu humecté d’eau distillée et inoculé en assez grande quantité sous l’aile d’une linotte, n’a déterminé aucun accident : ce résidu formait les -p0 de la masse première ;

2° Que la partie soluble dans l’alcool, isolée par l’évaporation de ce dernier, a produit sur un bruant des accidents presque immédiatement mortels. Ses réactions sont analogues à celles des alcaloïdes et différentes de celles des matières albuminoïdes.

On ne possède encore aucun renseignement exact sur les qualités vénéneuses des espèces exotiques de la classe des Amphibiens, mais il est probable que beaucoup d’espèces possèdent aussi les propriétés de nos Salamandres et de nos Crapauds. Les Rainettes elles-mêmes n’en sont pas exemptes, et l’on peut en avoir la preuve en se plaçant sur la muqueuse buccale une Rainette de nos pays. Elle y détermine un commencement d’urtication, et si, après avoir touché cet animal, on porte sans précaution les doigts dans les orifices du nez ou aux yeux, on ressent bientôt une irritation assez vive. Le contact du Bombinator et celui de quelques autres Batraciens est encore plus promptement suivi d’irritation.

Ordre des Cécilies.

Les Cécilies, dont de Blainville fait l’ordre des Pseudop/ndiens, ont la forme extérieure des Serpents, mais leur peau est nue, et l’ensemble de leurs caractères les rattache aux Amphibiens. Ces animaux ont de petites écailles intra-cutanées ; leur corps est cylindrique et comme annelé; leur queue est courte et obtuse. Ils ont les vertèbres biconcaves. Tous sont étrangers à l’Europe.

On n’en connaît qu’un petit nombre d’espèces, toutes de la famille des CËCILIDÉS et que l'on a divisées en quatre genres sous e nom de Cœcilia (Amérique intertropicale et Malabar), Sipkonops

rSEL'DO-SAT.AMANDRES.

(Amérique inter tropicale), Epicj'ium (Java et Ceylan), Jihinatrema (Cayenne?).

Une observation de J. Millier montre que les jeunes Cécilies du genre Epicrium ont des branchies. Il a, en effet, observé la trace des trous branchiaux sur un de ces animaux que bon conserve au musée de Leyde. Toutefois il ne paraît pas en être ainsi pour toutes les espèces du même ordre. En effet, une femelle de la Cécilie ordinaire de Cayenne [Cœcilia compressicauda) , qui a été recueillie par M. Leprieur, a mis bas dans un bocal où ce naturaliste la retenait six petits vivants chez lesquels on ne distingue, ainsi que nous nous en sommes assuré, aucune trace de branchies ni de trou branchial.

L’examen du crâne des jeunes Cécilies permet de reconnaître comme erronée une opinion de G. Cuvier et de M. Stannius qui pourrait fournir une objection sérieuse contre la théorie actuelle de la formation du crâne, si elle était réellement fondée.

Le célèbre auteur des Leçons d’anatomie comparée ainsi que du Règne animal, qui a repoussé, comme l’on sait, la plupart des idées d'anatomie philosophique émises de son temps, a écrit, dans le second de ces ouvrages, que chez la Cécilie « les maxillaires recouvrent l’orbite et sont percés d’un petit trou pour l’œil », et, dans le premier, que les mêmes os sont « seulement percés d’un petit trou dans lequel l’œil est enchâssé ». D’autre part, on lit dans le Nouveau manuel d'anatomie comparée de MM. de Siebold et Stannius, que, chez les Cécilies, «les jugaux sont tellement larges qu’ils forment des plaques qui recouvrent les orbites et les fosses temporales; un petit trou dont ils sont percés tient lieu d’orbite». En examinant des Cécilies jeunes, et même chez des Cécilies adultes, lorsqu’on apporte à cette étude une plus grande attention, on ne tarde pas à reconnaître que l’os dans lequel est percé l’orbite n’est point un os unique, mais le résultat de la fusion de plusieurs pièces distinctes, qui sont absolument les mêmes que celles dont l’orbite est formé ailleurs.

Ordre des Pseudo-Salamandres.

Ces Amphibiens ressemblent assez aux Salamandres, mais leur corps est souvent plus allongé et comme anguillifonne. Quelquesuns gardent pendant toute la vie leurs trous branchiaux, et d’autres conservent même leurs branchies extérieures , ce qui les a fait nommer Pérennibranches.

AMPHIBIENS.

Un de leurs principaux caractères est d’avoir les vertèbres bi- I concaves. Sous ce rapport, ils ressemblent aux Cécilies, mais ils diffèrent de ces animaux par la longueur toujours considérable de leur queue et par la présence de deux ou quatre paires de I membres.

Quelques-uns de ces Amphibienssont entièrement aquatiques, et, comme les derniers d’entre eux ne subissent point de transformation, ils ressemblent plutôt à des larves qu’à des animaux parfaits ; ce sont pour ainsi dire des têtards permanents, et, sous ce rapport comme sous plusieurs autres, ils doivent occuper un rang inférieur à celui des autres Amphibiens.

Ils forment plusieurs genres.

* Le premier des genres de cet ordre perd scs branchies en avançant en âge et ne conserve pas même le trou qui donnait issue à ces organes. C’est celui de la grande espèce du Japon, à laquelle on a donné les différents noms génériques de Thitomegas, Megalobatrachus , Sieboldia , Cryptobranchus, etc.

Le Tritomégas de Siebold ( Tritomegas Sieboldiî) est le plus grand des Amphibiens de l’époque actuelle; il a environ 0m,75 de longeur et est large en proportion. Le premier exemplaire vivant qu'on en ait observé en Europe a été rapporté en Hollande par M. Siebold à son retour du Japon. Il existe depuis une trentaine d’années dans le jardin zoologique d’Amsterdam.

C’est auprès de ce curieux Âmpbibien qu’il faut sans doute placer le Reptile du terrain tertiaire supérieur d’GEningen, en Suisse, qui a été autrefois décrit comme un fossile humain et dont on fait aujourd’hui le g. Andrias.

L’Andrias était encore plus grand que le Tritomégas.

** Le trou des branchies est au contraire persistant dans les genres Ampiiiume (. Amphiuma ) et MénÔpome ( Menopoma ou Murœnopsis ), l’un et l’autre propres à l’Amérique septentrionale.

Ces deux genres ne comprennent que trois ou quatre espèces en tout.

*** Dans un troisième groupe, qui est celui que nous avons déjà indiqué sous le nom de Pèrennibranches, les branchies ne disparaissent à aucun âge.

Le Pbotée (g. Proteus ) en est le seul représentant européen. Ce curieux Reptile vit dans les lacs souterrains d’Adelsherg , en Istrie, à peu de distance de Trieste, et dans ceux de Sittich, dans la basse Carniole. C’est le Proteus anguinus des erpétologistes (fig. 35). 11 a le corps étiolé et simplement nuancé

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