VI. SOL'S-CLASSE DES CYCLOPIGÈNES
Les Ponties et les Cyclopes, types de l’ordre des Copépodes, sont de petits Crustacés analogues aux Entomostracés par leur genre de vie, mais n’ayant jamais les antennes rameuses, et dont les jeunes, au lieu d’être ovalaires et pourvus d’un prolongement caudiforme comme les adultes, ont moins d’articles, sont arrondis comme de petits Hydrachnes, et ont un moindre nombre de pattes. Après une ou deux métamorphoses, la forme de ces animaux est devenue semblable à celle des adultes, et ils sont capables d’engendrer. Les mâles restent toutefois plus petits que les femelles, et celles-ci se distinguent en outre par le double sac ovigère, qui existe le plus souvent de chaque côté de leur abdomen, qui se restreint en manière de queue et porte deux prolongements terminés eux-mêmes par des poils ciliés.
Les Caliges, les Nicothoës, ainsi que beaucoup de petits Crustacés en général parasites, dont le corps est assez différent, par sa forme extérieure, de celui des Copépodes et des Ponties, ont dans leur premier âge une grande ressemblance avec les jeunes de ces ani-
U 9Ü CRUSTACÉS
maux, et l’on sait depuis longtemps, par une observation du D. Surruray, confirmée par de Blainville, qu’il en est de même des Lernées, ces autres parasites des Poissons , dont les femelles se déforment d’une manière curieuse au lieu d’accomplir leur développement d’une façon régulière.
Aussi quoique les Lernées et les Caliges aient la bouche disposée en suçoir, tandis qu’elle reste propre à la mastication chez les Gopépodes, on ne saurait placer ces divers animaux dans des groupes différents, comme on l’a fait pendant longtemps, et il paraît convenable de les réunir les uns et les autres dans une même sous-classe.
Ils y forment trois ordres différents, qui sont les Siphonostom.es , les Lernéens et les Copêdodes.
Ordre des Siphonostomes.
Ce sont des Crustacés suceurs dont le thorax est composé de plusieurs articulations distinctes, et pourvu de pattes natatoires qui ne se déforment point avec l’âge comme celles des Lernées. Les premiers groupes ressemblent encore assez peu aux Cyclopes, mais les derniers, et en particulier les Ergasiles et les Nicothoës, ont avec ces derniers une bien plus grande analogie. Tous sont parasites au moins pendant une partie de leur vie; on les trouve principalement sur le corps, les yeux, les narines, la bouche ou les branchies des Poissons; quelques-uns attaquent aussi les gros Crustacés.
La plupart sont propres aux eaux marines. Leurs principales familles, nommées d’après le genre le plus connu de chacune d’elles, sont les Argulidés, les Caligidés, les Pandaridés, les Dichelistidês et les Ergasilidés.
C’est à la famille des ERGASILIDÉS qu’appartiennent les Nicothoës.
Ces Nicotitoês (g. Nicothoe) vivent sur les branchies des Homards. Le corps de la femelle présente une paire d’expansions latérales dans lesquelles s’étendent des prolongements en cæcum de l’estomac; le mâle est plus petit, et il reste fort semblable aux Cyclopes.
Le genre des Argules [Argidus], dont le corps est protégé par grand bouclier foliacé, porte en dessous, de chaque côté de un la bouche, deux ventouses circulaires. 11 forme la famille des ARGULIDÉS.
On trouve souvent ces petits Crustacés aux environs de Paris, principalement sur le corps des Épinoches de la Seine.
COPÉPOPES. ft95
La seule espèce qu'on ait encore distinguée en Europe, est I’Aroule foliacé [Argulus fo/iaceus).
C est très probablement dans l’ordre des Siphonostomes, peutêtre même auprès des Caligidés, qu’il faut classer le genre Prosopistome, qui a pour type un petit Crustacé des environs de Paris, le Monocle « queue en pinceau de Geoffroy. Cette espèce a échappé aux recherches des naturalistes plus récents (1).
Ordre des Lernéides.
Les Lernées, ou les Crustacés de l’ordre des Lernéides, sont ces animaux de forme si bizarre et souvent si irrégulière que l’on trouve sur les branchies des Poissons ou sur quelques organes extérieurs de ces animaux, tels que les yeux, les narines ou les lèvres. Leurs pattes sont allongées, molles, inarticulées et terminées par des crochets qui servent à les fixer; leurs sacs ovigères sont tubuleux et quelquefois très allongés.
Ces êtres singuliers sont pour la plupart marins. Cependant il y en a aussi sur quelques poissons fklviatiles.
Leur étude a fourni à de Blainville,etplus récemment à MM. Nordmann, Kroyer, etc., le sujet de nombreuses observations (2).
Au moment de leur naissance, les mâles et les femelles des Lernées sont très semblables entre eux et également comparables aux Copépodes de la famille des Cyclopes; mais les femelles ne tardent pas à se fixer, et dès lors la forme de leur corps s’altère en même temps que leur volume augmente, et leurs pattes deviennent ces singuliers appendices qui servent à les fixer; dans ce cas, le volume total du corps peut devenir centuple de ce qu’il était d’abord. Ces transformations n’ont lieu que pour les femelles, et les mâles ne prennent qu’un accroissement modéré. On les trouve souvent appliqués contre les individus de l’autre sexe.
M. Edwards admet trois familles de Lernéides, qui comprennent chacune plusieurs genres différents. Ce sont les Chondracanthidés, les Lernéopodidés et les Lernéocéridés.
(1) M. Guérin ( Iconographie du règne animal, Crustacés, p. 40) cite cependant M. Montandon comme ayant retrouvé le Prosopistomc dans la Seine, auprès de Saint-Germain.
(2) Voy.de Blainvillc, Journ. de physique, t. XCV; 1822. — Nordmnnn, Mikrograp. Deilrœge. — Kollar, Ann. du Musée de Vienne, 1. 1. — Burmeister, Nova acta nat. curios, t. XVII; 1833. — Kroyer, /sis; 1840.— Milue Edwards, IJist. nat. des Crustacés. — VanBeneden, Académie de Bruxelles et Ann. sc. nat,, 3e série, t. XVI.
CRUSTACÉS
Ordre des Copépodes.
Leurs caractères consistent dans la plus grande simplicité de leur forme, qui ne se modifie pas après la métamorphose ordinaire comme dans les Lernées, et dans leur bouche qui n’est point disposée en suçoir.
Ces animaux restent libres à tous les âges; ils constituent les deux familles des Pontidés et des Cyclopidés.
Famille des PONTIDÉS. — Ce groupe n’est que provisoire; on y réunit plusieurs genres assez différents les uns des autres : l’un d’eux (le g. Pontia ) comprend trois espèces de l’océan Atlantique. Un autre (g. Cetochilus ) a été observé par M. Roussel de Yauzème, dans l’océan Pacifique, vers le 42' degré de latitude sud. L’espèce qui lui sert de type est de fort petite taille ; mais elle est si abondante en certains parages qu’elle y forme des bancs ayant quelquefois plusieurs lieues de longueur; elle sert de pâture aux baleines.
Famille des CYCLOPIDÉS. — Ce sont les g. Cyclopi, Cyclopsine et Ar pacte. Celui-ci n’a que des espèces marines; les deux autres en ont à la fois dans les eaux douces et dans les eaux salées. Dans le Cyclopsine Castor de nos eaux douces et dans toutes les autres espèces de ce groupe, le mâle place auprès des organes génitaux de la femelle, pendant une sorte d’accouplement, un tube cylindrique comparable aux pompes séminales ou spermatophores des Céphalopodes et de quelques Crustacés décapodes ; il s’en échappe bientôt les Zoospermes nécessaires à la fécondation. Ces Zoospermes sont fort allongés et filiformes, tandis que ceux de beaucoup de Crustacés supérieurs sont courts, roides et multifides.