CLASSIFICATIONS ZOOLOGIQUES
§ 359. Objet et nature des classifications zoologiqucs. —
Toutes les fois que l’homme fixe son attention sur des objets variés, il est naturellement porté à les grouper dans son esprit et à représenter les divers groupes ainsi formés par un nom ou un signe particulier. Cette tendance à la classification est une des qualités les plus remarquables de notre intelligence et concourt puissamment à en faciliter les opérations ; elle nous permet de nous élever de l’observation de cas particuliers aux considérations générales, de saisir avec promptitude le rapport des choses entre elles et de nous en former des idées abstraites. Aussi se révèle-t-elle dès que nos facultés commencent à s’exercer, et son influence se fait sentir dans tous les travaux de notre esprit. L’enfant qui apprend à la fois à penser et à parler, obéit à cette tendance, en quelque sorte instinctive, lorsqu’il bégaye le même nom pour désigner son père et tous les aulrcs hommes qu’il aperçoit et qu’il ne confond cependant pas avec le premier. Le langage le plus vulgaire consacre la moitié de ses expressions pour représenter des groupes d’idées ou de choses résultant de leur classification dans notre esprit ; et celte disposition à classer est non moins évidente dans les opérations les plus élevées de notre intelligence, car c’est sur le classement des faits aussi bien que sur leur observation que reposent les sciences morales et physiques.
Ce besoin de réunir dans notre esprit les choses semblables à certains égards, et de donner à chacun des groupes ainsi formés un représentant idéal, est en quelque sorte l’origine de toute espèce de classification et se manifeste dans toutes nos éludes, mais n’est jamais plus impérieux que lorsqu’on cherche t\ connaître le monde matériel dont l’homme lui-méme fait partie. Effectivement, la nécessité de ces rapprochements et de ces abstractions est d’autant plusgrande, que les objets à considérer sont plus multipliés; et le nombre des corps dont nous sommes
(t) Voyez, à cc sujet, l'ouvrage que j’ai publié sous le litre d 'Introduction à la zoologie générale, ou Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal.
CLASSIFICATION DES ANIMAUX
environnés est si considérable, que l’imagination mémo s en effraye, et qu’il faudrait des siècles d’efforts a celui qui voudrait en acquérir la connaissance individuelle. Pour se former une idée de ces corps, le naturaliste est donc obligé de les grouper et de se représenter chacun de ces groupes par un type abstrait. C est, du reste, ce que nous faisons tous lorsque nous parlons de l’homme en général, du cheval ou du chêne; nous réunissons par la pensée un nombre immense d’êtres qui ne sont pas identiques, maisqui se ressemblent plusou moins, et faisant abstraction des différences individuelles, nous donnons à chacun de ces groupes un représentant, et à ce représentant, un nom particulier, tel que le mot chêne ou le mot cheval. Mais ce premier pas vers la classification des êtres ne suffit pas même aux esprits les plus vulgaires ; et, dès que l’homme observe ce qui l’entoure, il rassemble aussi sous un même type des êtres qui diffèrent davantage entre eux, mais qui offrent en commun des caractères dont il est frappé : ainsi, chez tous les peuples, on se représente par le mot oiseau, ou par un terme équivalent, une classe nombreuse d’êtres divers, et l’on désigne par un nom particulier, tel que les mots animal ou plante, des assemblages encore plus nombreux et plus hétérogènes.
Ainsi, raison delà tendance de notre esprit à généraliser nos idées, nous avons été conduits à établir, parmi les corps naturels, des groupes plus ou moins vastes, et à désigner chacun de ces groupes par un nom spécial. C’est de la sorte que, dès la plus haute antiquité, on a divisé ces corps en trois règnes, sous les noms de. minéraux, de végétaux et d'animaux ; qu'on a parlé d’une manière générale de poissons, de reptiles, etc., et qu’on a désigné chaque espèce connue par un nom propre.
§ 360. Pendant longtemps les naturalistes ne poussèrent pas plus loin l’art des classifications ; mais, lorsque le domaine des sciences s’est étendu, on a senti la nécessité de donner à chacun des noms employés de la sorte une définition précise. En effet, pouvoir distinguer les objets que l’on étudie, et pouvoir les faire reconnaître avec certitude aux autres, est une condition sans laquelle les connaissances acquises ne sauraient se transmettre, et sans laquelle il n’y aurait point de science. Or, pour y arriver, il ne suffit pas de donner à chaque objet que l’on considère un nom particulier, il faut aussi donnera chacun de ces noms une définition telle qu’on puisse toujours en connaître la valeur et en faire la juste application. Aussi, pour écrire l’histoire des animaux, il est nécessaire, non-seulement d’en dresser un grand catalogue dans lequel tous ces êtres portent des noms conve-
nus, mais aussi d’indiquer, pour chacun d’eux, les caractères propres à les faire reconnaître.
Ces caractères doivent être choisis de façon à être toujours applicables : il faut donc que les animaux les portent avec eux. Des propriétés ou des habitudes dont l’exercice ne serait que momentané ne sauraient remplir cette condition, et il est évident que c’est dans la conformation même de ces êtres qu’il faut chercher les traits les plus propres à les faire reconnaître partout où on les rencontre.
Mais il n’est aucun animal qui puisse être reconnu par un seul des traits de sa conformation; les caractères qui le distinguent des uns lui sont communs avec d’autres, et c’est seulement par la réunion de plusieurs de ces caractères, dont l’ensemble n’existe pas de même ailleurs, qu’il diffère de tous les autres animaux. Plus les objets qu’il importe de reconnaître sont nombreux, plus il faut accumuler de caractères; et, comme le nombre des animaux est immense, il en résulte que, pour distinguer un de ces êtres pris isolément, il faut presque se rappeler sa description complète.
Or, il n’est point de mémoire assez forte pour suffire à de pareils efforts; et, si l’on ne possédait pas les moyens d’arriver au même but par une route plus facile, l’étude de l’histoire naturelle resterait éternellement dans l’enfance. Mais en établissant parmi les animaux des divisions et des subdivisions successives, qui elles-mêmes sont nommées et caractérisées, une grande partie de ces difficultés disparaissent; car, à l’aide d’un petit nombre de traits et de noms, on arrive à circonscrire à un tel degré le champ de la comparaison, que, pour reconnaître l’objet dont on s’occupe, on n’a enfin qu’à le distinguer de ceux dont il diffère à peine.
Telle est effectivement la marche adoptée par les naturalistes. On divise d’abord le règne animal en un certain nombre dé groupes du premier degré, caractérisés chacun par certaines particularités de structure; puis on subdivise chacun de ces groupes, et l’on caractérise de la même manière les groupes secondaires ainsi formés; ces derniers sont à leur tour divisés de nouveau, et l’on multiplie ces sections successivement suivant les besoins, jusqu’à ce qu’on arrive enfin à ne laisser dans le même groupe que les divers individus d’une même espèce.
C’est cet échafaudage de divisions, dont les supérieures contiennent les inférieures, qui constitue ce que les naturalistes appellent une classification. C’est une espèce de catalogue raisonné, dans lequel tous ces êtres sont rangés d’après un certain
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ordre, et réunis en groupes reconnaissables à des caractères déterminés, qui sont rassemblés à leur tour en d autres groupes d’un rang plus élevé.
§ 361. L’utilité pratique de ces classifications est facile à saisir.
Si le porteur d’une lettre n’avait, pour se diriger dans la recherche de la personne à qui elle est destinée, que le signalement de celle-ci, sa tâche serait probablement presque interminable ; mais, si l’adresse de cette lettre lui indique d’abord le pays, puis successivement la province, la ville, le quartier, la rue, la maison, et enfin l’étage que cette personne habite, il saura facilement s’acquitter de sa mission. Or, il en est de môme pour le naturaliste. S’il voulait reconnaître un animal en lui comparant successivement la description de tous les animaux déjà connus, il aurait à exécuter un travail long et pénible, tandis qu’en s’aidant des classifications zoologiques, il arrivera promptement au but ; car il suffit de déterminer d’abord à quelle grande division du règne animal appartient l’espèce dont il veut déterminer le nom, puis à quel groupe secondaire, à quelle subdivision de ce groupe, et ainsi de suite, en restreignant de plus en plus à chaque épreuve le champ de la comparaison. Si, par exemple, il voulait, sans se servir de moyens semblables, définir le mot lièvre, il lui faudrait faire une longue énumération de caractères, et, pour appliquer cette définition, il aurait à comparer la description ainsi tracée à celle de plus de cent mille animaux différents. Mais, si l’on dit que le lièvre est un animal vertébré, de la classe des mammifères , de l’ordre des rongeurs, du genre le.pus, on saura, parle premier de ces mots, dont la définition est connue, que ce ne peut être ni un insecte, ni un mollusque, ni aucun autre animal sans squelette intérieur; par le second, on exclura de la comparaison tous les poissons, tous les reptiles et tous les oiseaux; par le troisième, on distinguera tout de suite le lièvre des neuf dixièmes des mammifères; et, lorsqu’on aura déterminé de la môme manière le genre auquel il appartient, on n’aura plus qu’à le comparer à un très-petit nombre d’animaux dont il ne diffère que par quelques traits plus ou moins saillants : pour le faire distinguer avec certitude, il suffira donc de quelques lignes. Il existe ici la môme différence que celle qu’il y aurait à chercher tel ou tel soldat dans une armée dont tous les rangs seraient môlés, ou dans une armée bien ordonnée dont chaque division, chaque brigade, chaque régiment, chaque bataillon et chaque compagnie aurait une place déterminée et porterait des signes distinctifs.
§ 362. Clarification* artificielle* et naturelle*. — Les
classifications zoologiques (et nous pourrions même dire les classifications en général) sont de deux espèces : les unes arbitraires, les autres fondées sur la nature des objets classés et les degrés de ressemblance que ceux-ci offrent entre eux. Les premières sont nommées classifications artificielles ; les secondes, classifications naturelles. •
Pour donner une idée nette de ces deux genres de classifications, il nous suffira d’un exemple familier à tous nos lecteurs. Les mots d’une langue sont classés artificiellement lorsque, dans un dictionnaire, on les range alphabétiquement, d’après les premières lettres dont chacun d’eux se compose ; ces mêmes mots sont au contraire distribués d’après une méthode naturelle, lorsque dans une grammaire on les divise en substantifs, verbes, adjectifs, etc.
Dans les classifications artificielles des animaux, on fonde les divisions sur les modifications que présentent certaines parties du corps choisies arbitrairement ; dans les classifications naturelles, au contraire, on prend en considération l’ensemble de l’organisation de chacun de ces êtres, et on les rapproche ou on les éloigne suivant les degrés de ressemblance qu’ils ont entre eux.
§ 363. Les premières de ces classifications, que l’on nomme aussi des systèmes artificiels, sont en général, dans la pratique, d’une application facile; mais souvent elles ne font rien connaître d’important, si ce n’est le nom des objets. Supposons, par exemple, que l’on prenne pour base de la classification des animaux le nombre des membres dont leur corps est pourvu, on placera dans la division des quadrupèdes les bœufs, les grenouilles, les lézards, etc., tandis qu’on séparera ces derniers des serpents et de quelques autres reptiles ayant avec eux la plus grande analogie, mais auxquels l’une des paires de membres manque : certes, on parviendra ainsi à distinguer ces animaux, mais les différents pas que l’on aura faits successivement pour y parvenir n’auront presque rien appris sur leur nature.; jusqu’au dernier moment, on aura à comparer les choses les plus disparates, et l’on ne pourra s’élever à des considérations générales dignes de quelque intérêt.
§ 36Zt. Les secondes de ces classifications, ou les méthodes naturelles, sont destinées à être en quelque sorte le tableau synoptique de toutes les modifications que la nature a introduites dans l’organisation des animaux. Dans ces méthodes, les diverses divisions et subdivisions sont fondées sur l’ensemble des caractères fournis par chaque animal, rangés d’après leur degré
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d’importance respective; et les êtres dont un groupe se compose se ressemblent par des points d’autant plus importants et plus multiplies, que ce groupe lui-même est d’un rang moins élevé dans la hiérarchie des classifications: aussi, en connaissant la place qu’un animal quelconque y occupe, connail-on les traits les plus remarquables de son organisation et la manière dont ses principales fonctions s’exécutent.
§ 365. Les règles à suivre pour arriver à une classification naturelle du règne animal sont d’une simplicité très-grande, mais présentent souvent dans l’application des difficultés ex^ trémes.
En effet, ces règles peuvent se réduire à deux; car le but que le zoologiste se propose en établissant une pareille classification est :
1° De ranger les animaux en séries naturelles d’après le degré de leurs affinités respectives, c’est-à-dire de les distribuer de telle sorte que les espèces les plus semblables entre elles occupent les places les plus voisines, et que leur éloignement soit en quelque sorte la mesure de leurs dissemblances.
2° De diviser et de subdiviser cette série d’après le principe de la subordination des caractères, c’est-à-dire en raison de l’importance des différences que les animaux offrent entre eux.
§ 366. Pour reconnaître les affinités naturelles ou l’espèce de parenté qui existe entre des animaux différents, il suffit quelquefois d’observer les formes extérieures de ces êtres, car ces formes sont souvent une sorte de traduction du mode d’organisation intérieure : ainsi, pour se convaincre de l’affinité qui existe entre le chat et le tigre, il n’est pas nécessaire d’étudier l’anatomie de ces animaux. Mais dans un grand nombre de cas on ne peut se prononcer sur des questions pareilles qu'après avoir constaté directement les caractères de la structure intérieure et quelquefois même on serait exposé à méconnaître les liens’de celte espèce de parenté, si l’on se contentait de l’examen des animaux arrivés au terme de leur croissance; car, dans cerlains cas les ressemblances s’clfacent par les progrès de l’Age. Ainsi, pendant longtemps, on avait ignoré les rapports qui existent’ entre les Lernées, .animaux parasites, à formes bizarres (fig. 15A), qui vivent sur les poissons, et les petits crustacés d’eau douce connus des zoologistes sous le nom de Cyclopes (fig. 156), parce qu’à l’état adulte ces deux animaux ne se ressemblent pus. Mais, depuis qu'on a étudié leur développement, on s’est assuré de leur parenté, car dans le jeune âge ils diffèrent si peu entre eux qu’il serait souvent difficile de les distinguer (tig. 155 et 157). Enfin,
pour remplir la première des deux conditions signalées plus haut, il faut vaincre encore d’autres difficultés dépendant de la multiplicité des rapports de chaque animal avec les animaux qui 1 environnent, et de la diversité des transitions par lesquelles la nature passe d un type à un autre : à raison de ces circonstances,
il est môme impossible de ranger les animaux en une seule série linéaire sans violer à chaque instant leurs affinités respectives, et l’on est obligé de les disposer sur plusieurs lignes marchant parallèlement ou s’embranchant les unes sur les autres.
§ 367. La seconde condition dans l’établissement d’une classification naturelle est un rapport exact entre les divisions successives du règne animal et l’importance des modifications de structure qui servent de base à ces coupes.
Les caractères qui distinguent les animaux entre eux sont loin d’avoir tous la môme valeur : les uns, comme nous l’avons déjà dit (§ 357), ne semblent avoir que peu ou point d’importance physiologique, car on les voit varier sans que ces variations paraissent entraîner des différences dans le reste de l’économie; d’autres, au contraire, ne varient jamais sans que ces changements coïncident avec des modifications profondes dans l'ensemble de l’organisation ; elles paraissent en quelque sorte commander ces modifications, et en général il est aisé de s’expliquer ce genre d’influence en considérant la fonction des organes dont ces caractères, dits dominateurs, sont tirés. Il en résulte que les divisions d’un rang très-inférieur dans le système des classifications
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pourront seules être établies sur des caractères subordonnés, et que les coupes supérieures devront être fondées sur la considération de caractères qui mériteront d’autant mieux le titre de caractères dominateurs, qu’ils servent de base à des groupes d un rang plus élevé.
Pour arriver à une classification, naturelle des animaux, il faut donc avant tout connaître la structure, les fonctions et le mode de développement de ces êtres; mais il faut aussi chercher à reconnaître les caractères dominateurs dans l’organisation de chacun d’eux et enapprécier la valeur relative. On y parvient quelquefois assez facilement, soit par des considérations physiologiques, soit par le secours de l’anatomie seulement. Ainsi, on a remarqué que les parties les moins sujettes à varier dans les divers animaux sont presque toujours celles qui ont le plus d’importance, et qui, en se modifiant, entraînent le plus de changements dans le reste de l’organisation ; tandis que les parties dont la structure est le plus variable ne remplissent que des rôles secondaires dans l’économie et n’influent que peu sur la conformation générale de l’être. 11 en résulte que la fixité est un indice de domination organique, et que les caractères propres à faire distinguer entre eux les groupes très-nombreux sont en général aussi des traits d’une haute importance pour l’histoire des animaux, tandis que ceux qui varient d’un petit groupe à un autre sont ordinairement d’un médiocre intérêt. Dans la plupart des cas, on peut aussi juger jusqu’à un certain point de la valeur zoologique d’une modification de structure, par la nature et le degré de développement des facultés dont l’organe ainsi modifié est l’instrument.
Mais, dans d’autres cas, la détermination des caractères dominateurs offre des difficultés considérables, et l’analogie n’est pas toujours un guide sûr pour nous y faire arriver ; car l’importance d’un organe peut varier considérablement d’un animal à un autre, et telle partie qui maîtrise, en quelque sorte, toute l’économie chez certaines espèces, se trouve ailleurs déchue de son rang et réduite à un rôle secondaire.
§ 368. Les zoologistes sont loin de connaître l’anatomie et la physiologie de tous les animaux ; ils sont loin aussi d'être fixés sur l’importance relative d’un grand nombre de modifications de structure offertes par ces êtres. 11 est donc évident que, dans l’état actuel de la science, ils ne peuvent posséder une classification parfaitement naturelle, et il ne faut pas s’étonner de voir les auteurs différer entre eux dans le choix des méthodes proposées pour la distribution de certaines parties du règne animal ni de voir ces méthodes subir chaque jour des modifications. A
mesure que nous arrivons à mieux connaître les objets que nous cherchons à classer d après leur nature intime, nous arrivons aussi à mieux saisir leurs rapports mutuels et à mieux apprécier les coupes qu’il convient d’établir pour représenter dans nos classifications les- différences et les ressemblances que les animaux offrent entre eux. Cette classification devra nécessairement se perfectionner en même temps que nos connaissances sur l’organisation se compléteront, et son instabilité, loin d'être un défaut, est une conséquence nécessaire de sa perfectibilité.
§ 369. L'introduction des méthodes naturelles pour la classification des êtres vivants est un des services les plus grands que l’on ait rendus à l’histoire naturelle; elle a changé la face de cette science, et a donné un puissant intérêt à la partie de la botanique et de la zoologie qui jusqu’alors avait été la plus aride : aussi ne pouvons-nous omettre de citer les savants à qui l’on doit cette innovation heureuse.
Ce furent les plantes que l’on rangea d’abord en familles naturelles. Jusque-là on ne les classait que d’après le nombre de leurs étamines et de leurs pistils, ou d'après tout autre caractère choisi arbitrairement, et sans avoir égard à leurs analogies. Mais, vers le milieu du siècle dernier, un botaniste français, bernard de Jussieu, eut l’heureuse idée de les distribuer en groupes d’après l’ensemble de leur organisation ; et son neveu, Antoine-Laurent de Jussieu, appliquant cette idée à l’ensemble du règne végétal, et prenant pour base de sa classification la considération des caractères dominateurs (§ 357), créa la méthode naturelle, qui aujourd’hui est adoptée par tous les naturalistes.
C’est à une époque encore plus récente que les principes des méthodes naturelles ont été pris pour base de la classification des animaux, et c’est en majeure partie à Cuvier qu’appartient la gloire de cette application.
§ 370. Mode do division du règne animai. — Le règne animal ne se compose que à’ individus ; mais parmi ces individus il en est un certain nombre qui ont entre eux une ressemblance extrême, et qui se reproduisent avec les mêmes caractères essentiels: ces réunions d’individus conformés d'après le même type constituent ce que les naturalistes appellent des espèces. Ainsi les hommes, les chiens, les chevaux, forment, pour le zoologiste, autant d’espèces distinctes.
Quelquefois une espèce dill'ère considérablement de toutes les autres ; mais en général il en existe un nombre plus ou moins considérable qui se ressemblent beaucoup et qui ne se distiu-
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gucnt que par des différences peu importantes : le cheval et l’âne, le chien et le loup, sont dans ce cas. Dans les classifications naturelles, on réunit ces espèces voisines dans des groupes appelés genres, et l’on joint à leur nom spécifique un nom générique qui leur est commun. Ainsi on dit lézard gris, lézard piqueté, lézard ocellé, etc., pour désigner les différentes espèces du genre Lézard ; et ours brun, ours jongleur, ours blanc, pour les divers animaux du genre ours.
En général, on remarque aussi que plusieurs genres ne diffèrent entre eux que par des caractères d’une médiocre valeur, et offrent en commun des particularités de structure d’une importance plus grande, propres à les distinguer des genres voisins. Dans les classifications naturelles on réunit alors ces genres semblables en un même groupe, que l’on appelle une tribu ou une famille naturelle.
Si l’on envisage ensuite la structure de ces élrcs d’une manière plus générale, on ne tarde pas à remarquer dans plusieurs familles les mêmes caractères dominateurs qui, malgré les différences plus ou moins considérables que ces groupes offrent entre eux, leur impriment un cachet commun. On arrive ainsi à former des divisions d’un rang plus élevé, que l’on appelle des ordres, et à réunir à leur tour les ordres en groupes plus nombreux encore, nommés classes.
Enfin, les classes elles-mêmes se laissent répartir d’après les mêmes principes, et constituent ainsi les embranchements ou divisions primaires du règne animal.
§ 371 . Ainsi le règne animal se divise en embranchements, les embranchements en classes, les classes en ordres, les ordres en familles, les familles en genres et les genres en espèces. Quelquefois même on est obligé de multiplier encore davantage ces coupes; mais les principes sont toujours les mêmes, et toujours les divers membres d’un groupe quelconque, soit d’un genre ou d’une famille, soit d’un ordre ou d’une classe, se ressemblent plus entre eux qu’ils ne ressemblent aux espèces d’un autre groupe du même rang; et les différences qui existent entre deux classes doivent être plus importantes que celles qui existent entre deux familles, comme les caractères des familles doivent être d’une valeur plus grande que les caractères des divers genres dont ces familles se composent. Ainsi ce sont les différences les plus grandes qui servent à l’établissement des embranchements, celles d’une importance un peu moins considérable qui constituent lu base de la division de ces embranchements en classes, et ainsi de suite, les différences allant toujours en s’amoindrissant
à mesure qu’on descend dans cet échafaudage de divisions et de subdivisions pour arriver à l’espèce, groupe formé, comme nous l’avons déjà dit, par l’assemblage de tous les individus conformés de la même manière et pouvant se mêler pour perpétuer leur race.
On voit donc que pour classer un animal, il faut déterminer successivement l’embranchement, la classe, l’ordre, la famille, le genre et l’espèce auxquels il appartient, et que, par cette seule détermination, on obtiendra en même temps desnotions précises surtout ce que son organisation offre de plus important, puisque ce sont précisément ces particularités qui servent à caractériser les divisions successives. Or, nous le répétons, les fonctions et les mœurs d’un animal sont toujours dépendantes du mode de conformation de ses organes, ou, du moins, en harmonie avec cette structure, et, par conséquent, on peut déduire aussi de cette connaissance celle de tous les points les plus importants de l’histoire de l’espèce soumise à nos investigations.
Telles sont les bases sur lesquelles reposent les classifications zoologiques dites naturelles. Voyons maintenant quels ont été les résultats de l’application de ces principes à la distribution méthodique des animaux, et étudions les principaux groupes formés par ces êtres.
BASES DE LA DIVISION Dü RÈGNE ANIMAL EN EMBRANCHEMENTS ET EN CLASSES.
§ 372. Embranchements. — Lorsqu’on examine l’ensemble du règne animal, on ne tarde pas à reconnaître quatre plans généraux de structure qui, modifiés de mille et mille manières, semblent avoir servi de guide pour la création des êtres animés. Ces quatre formes principales, qui dominenten quelque sorte les variations sans nombre introduites dans l’organisation des animaux, sont faciles à distinguer; et, pour fixer les idéesà cet égard, nous indiquerons, comme pouvant les représenter, quatre animaux bien connus du vulgaire : le Chien, l’Écrevisse, le Colimaçon et l’Astérie ou Étoile de mer (fig. 158).
Pour que la classification zoologique soit une représentation fidèle des modifications plus ou moins importantes introduites dans la structure des animaux, il faut donc distribuer ces êtres en quatre groupes principaux ou embranchements, et c est effectivement ce qui a été lait par Cuvier.
Le règne animal se divise ainsi en Animaux vertébi és, enA/umaux annelés ou articulés , en Mollusques et en Zoophytes.
§ 373. Les différences fondamentales qui distinguent entre eux ces quatre embranchements dépendent principalement du mode d’arrangement des diverses parties constituantes des corps et de la conformation du système nerveux. Ce sont là les deux carac-
Fio. 158. — Astérie ou Étoile de mer.
tères dominateurs de toute l’organisation des animaux, et leur importance est facile à comprendre.
En effet, ce qui caractérise essentiellement l’animalité, c’est la faculté de sentir et la faculté de se mouvoir spontanément, et, comme nousl’avons déjà vu, c’est le système nerveux quipréside à ces fonctions. Nous avons vu aussi que les fonctions d’un organe sont toujours en relation avec sa structure ; il est, par conséquent, évident que toute grande modification dans l’état du système nerveux doit nécessairement entraîner des différences correspondantes dans les facultés qui remplissent le premier rôle dans l’organisme des êtres animés. On pourrait donc prévoirque le mode de conformation de ce système influerait delà manière la plus puissante sur la nature de ces êtres, et fournirait des caractères de la première importance pour la division du règne
animal en groupes naturels; or, la justesse de ce raisonnement est confirmée par l’observation des faits.
La disposition générale ou le mode de réunion des diversesparlies constituantes du corps se lie à des circonstances également importantes; car elle exerce une influence extrême sur la manière dont peuvent s’effectuer la localisation des fonctions et la division du travail physiologique, et nous avons déjà vu combien la perfection de l’organisation est subordonnée à ces deux causes modificatrices (§ 3/i6, clc.).
Les quatre lypes principaux que nous venons de signaler sont tellement distincts, qu’aucun zoologiste ne peut les méconnaître, cl il est en général facile de rapporter à l’un ou à l’autre d’entre eux les animaux que l’on examine; mais chez quelques-uns des êtres cecachel est moins apparent, et chez d’autres l’organisation paraît en même temps tenir, à certains égards, de deux types différents. Il en résulte que les limites extrêmes des embranchements sont quelquefois assez difficiles à préciser, et que, dans certains points de contact, ces groupes se lient entre eux comme des États voisins entre lesquels se trouvent quelques parcelles de terrain dont le droit de propriété est incertain et la possession disputée.
Il en résulte aussi qu’il est quelquefois également difficile de définir d’une manière rigoureuse ces groupes primaires; mais
Fig. 4 59 (4).
pour en donner une notion exacte, il suffira d indiquer lescarac-
(1) Celto figure théorique est destinée à indiquer la position relative des grands appareils organiques dans l'embranchement des animaux vorlébtés, et plus particulièrement dans la clesso des mammifères : — b, cavité buccale tonnant 1 entrée du tube alimentaire, dont l’ouverture opposée so trouve à l'extrémité postérieure du coips; — i, intestin ; — f, foie; — t, trachée-artère; — p, poumon; c, cœur; c, encéphale (cerveau, etc.); — m, moelle épinière.
tères les plus saillants propres au type de chacun d’eux, et de noter que la réunion de ces caractères ne se rencontre pas toujours, que tantôt 1,’un, tantôt l’autre s'efface à mesure que l’on descend vers les limites de ces divisions.
En procédant de la sorte, il nous suffira de quelques mois pour exposer les particularités d’organisation qui distinguent entre eux les animaux vertébrés, les animaux annelés, les mollusques et les zoophytes.
§ 37A. Les Animaux vertébrés ressemblent à l'homme par les points les plus importants de leur structure : presque toutes les parties de leur corps sont paires et disposées symétriquement de
Fig. ICO. — Squelette de l’Autruche.
eux côtés d un plan médian longitudinal; leur système nerveux est très-développé, et se compose, outre les nerfs et les ganglions t un axe central occupant le côté dorsal du corps (fig. 159) et orme essentiellement d’un cerveau, d’un cervelet, d’un cordon rachidien ou moelle épinière (fig. 67). A ces caractères on peut
ajouter que les muscles principaux ont leurs points d’attache sur une charpente solide ou squelette intérieur (fig. 160), composé de pièces attachées entre elles, et disposé de façon à protéger les organes essentiels, en même temps qu’il fournit des hases et des leviers pour l’appareil de la locomotion; que la partie la plus importante de ce squelette constitue une gaine pour l’axe cérébro-spinal, et résulte de la réunion des pièces annulaires appelées vertèbres ; que l’appareil de la circulation est très-complet, et que le cœur offre au moins deux réservoirs distincts; que le sang est rouge; que les membres sont presque toujours au nombre de quatre, et que jamais il n’y en a davantage; enfin, qu’il existe pour la vue, l’ouïe, l’odorat et le goût, des organes distincts logés dans la tôle. Nous avons déjà cité comme exemples de ce type organique l’Homme et le Chien ; nous aurions pu également bien choisir un Oiseau (fig. 160), un Lézard ou un Poisson.
§ 375. Animaux lumelés, ou Eutomozoaires. — Dans le second embranchement du règne animal, on trouve un mede général de conformation tout autre. Le corps est encore symétrique et binaire comme chez les animaux vertébrés, mais il se compose d’une série départies qui se répètent, de façon qu’on peut le diviser en un nombre considérable de tronçons homologues et plus ou moins semblables entre eux (fig. 163). Le système nerveux est médiocrement développé, et se compose d’une double série de petits centres médullaires, nommés ganglions, et réunis en chaîne longitudinale de façon à occuper la majeure partie de la longueur du corps (fig. 161). La petite masse formée par les ganglions de cette espèce de chapelet est logée dans la tête, et a été, pour cette raison, comparée au cerveau des vertébrés, mais on ne trouve rien qui ressemble à une moelle épinière, car le reste de la chaîne ganglionnaire est situé à la face ventrale du corps, au-dessous du tube digestif (fig. 162), et les cordons nerveux qui l’unissent aux ganglions céphaliques embrassent l’œsophage à la manière d’un collier. Il est aussi à noter qu’ici le corps n’est plus soutenu par un squelette intérieur, et que les muscles s’attachent tous aux téguments extérieurs; mais ces téguments sont eux-mêmes modifiés de façon à tenir lieu d’une charpente intérieure, car ils acquièrent une dureté souvent trèsconsidérable, et constituent une sorte d’étui ou de squelette extérieur, formé essentiellement d’anneaux placés en file, et plus ou moins mobiles les uns sur les autres. Il en résulte que, même extérieurement, ces animaux paraissent divisés en tronçons ou anneaux articulés à la suite les uns des autres, et c’est pour rappeler cette disposition qu’on donne à ces êtres le nom
Fig. 161. — Système nerveux d'un insecte (Carabe des jardins).
Fig. 162. (1)
(I’Animaox annelés ou (I’Animaux articulés. Il est aussi à noter que dans cet embranchement, les membres sont en général trèsnombreux ; les organes des sens sont moins nombreux et moins
perfectionnés que chez les animaux vertébrés ; le sang est presque toujours blanc, et l’appareil de la circulation est très-incomplet; enfin, il existe dans la struc ture de ces animaux une foule d’autres particularités dont
nous aurons à nous occuper par la suite, et nous ajouterons seulement ici que ce mode de conformation nous est offert parles Solopendres (fig. 163), les Écrevisses, les Crabes, les Insectes, etc.
Fig. 163. — Scolopendre.
§ 376. Animaux mollusques. — Les Mollusques ont, comme les précédents, les principaux organes pairs et symétriques; mais le corps, au lieu de se développer en longueur suivant une ligne droite, tend à affecter une position courbe ou spirale, de façon que la bouche et l’anus, par exemple, au lieu d’en occuper les deux extrémités, sont plus ou moins rapprochés. Le système nerveux se compose essentiellement de ganglions comme chez les animaux annelés, et ici encore une portion de ce sys-
(1 ) Coupe idéale du corps d’une Écrevisse : — e, estomac, au-dessous duquel se voient 1 œsophage et la bouche; — i, intestin ; — f, foie; — s, cœur; — c, ganglions nerveux céphaliques situés au-devant et au-dessous de l’œsopliage ; — g ganglions thoraciques et abdominaux situés au-dessous du canal alimentaire.
tome occupe le côté dorsal, et l’autre portion est située sur le côté ventral du tube digestif ; mais celle-ci ne constitue pas une longue chaîne médiane comme dans l’embranchement précédent.
Les mollusques diffèrent aussi des animaux vertébrés et annelés par l’absence de toute espèce de squelette articulé, soit intérieur,
soit extérieur. Leur corps est mou et leur peau constitue une enveloppe flexible et contractile'; elle se recouvre souvent de plaques cornées ou calcaires nommées coquilles (tig. 165), et en développe quelquefois dans son épaisseur ; mais elle ne constitue jamais une suite d’anneaux mobiles analogues ceux des animaux annelés. Ajoutons que dans cet embranchement les organes des sens sont presque toujours très-incomplets; il n’existe jamais d'organe spécial pour l’odorat; et dans un grand nombre de ces animaux il n’y a point d’yeux ; il n’y a presque jamais de membres pour la locomotion; enfin, le sang est blanc comme chez la plupart des annelés, mais l’appareil de' la circulation est souvent beaucoup plus complet.
Fig. 1G1. (1)
Fig. 105. — Limnée des élangs.
§ 377. zoopiiytes. — Enfin, dans le quatrième et dernier em-
(1) Coupe idéale du corps d'un Mollusque céphalopode : /, bras ou tentacules
qui enlourenl la léle ; — b, bouclio ; — i, canal alimentaire ; o, anus; Z', foie; — c el g, ganglions nerveux ; — j>, branchies; — s, cœur; o, appareil repioduclour ; — v, vésicule de l’encre ; — y, yeux.
branchement, celui des Zoophytes, les diverses parties du corps, au lieu de se grouper symétriquement par rapport a un plan m
c v ap v r
nr
e d pi
Fio. 166. — Anatomie du Colimaçon (1).
dian, tendent à se ranger autour d’un point central ou d’une ligne verticale, de façon à affecter une disposition radiaireplus ou moins complète. Quant au système nerveux, on n’en aperçoit le plus souvent aucune trace ; et lorsqu’il existe, il est réduit à un état rudimentaire; les organes des sens manquent aussi presque complètement ; enfin, toutes les parties de l’économie deviennent d’une simplicité extrême. Parleurs formes aussi bien que par leur manière de vivre, la plupart de ces animaux, offrent au premier abord une ressem- „ ....
btance si grande avec les plantes, que
pendant longtemps on a méconnu leur véritable nature, et on les a considérés comme appartenant au règne végétal. C’est à
(1) pi, pied ; — t, tentacules à moitié contractés ; — d, espèce de diaphragme qui sépare la cavité respiratoire des autres viscères ; — e, portion de l’estomac ; — fi foie ; — o, ovaire ; — i, intestins ; — r, rectum ; — a, anus ; — c, cœur (le péricarde étant ouvert) ; — ap, artère pulmonaire se ramifiant sur la paroi de la cavité pulmonaire p; — ar, aorte; — v, glande sécrétoire de la viscosité ; — cv, son canal excréteur allant s'ouvrir près de l’anus.
raison de cette ressemblance qu on les appelle des Zoophytes ou Animaux-plantes ; et c est à cause de la disposition radiaire souvent si manifeste dans leurs organes qu’on les désigne aussi quelquefois sous le nom d’ Animaux rayonnés.
Les Polypes, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler (§ 347), les Actinies ou Anémones de mer (fig. 167), et les Astéries ou Étoiles de mer (fig. 158), peuvent donner une idée de l’ensemble de cette division (1).
§ 378. IM vision îles embranchements en classes. — Les divers animaux réunis dans chacun des embranchements ou groupes primaires dont nous venons de parler se ressemblent donc entre eux par le plan général de leur organisation, et offrent en commun un grand nombre de caractères saillants ; mais ils sont loin d’étre semblables sous une multitude d’autres rapports, et ils diffèrent souvent les uns des autres par la manière dont s’exécutent plusieurs des fonctions les plus importantes de l’organisme. Il faut, par conséquent, les diviser de nouveau en groupes secondaires, et établir ces subdivisions d’après les grandes modifications qui s’observent dans leur structure.
§ 379. Ainsi, parmi les Animaux vertébrés, les uns naissent vivants et sont pourvus de mamelles pour allaiter leurs petits; les autres sortent d’un œuf où ils trouvaient les matières nutritives nécessaires à leur constitution, et sont privés d’organes de lactation. Les uns respirent dans l’air, les autres dans l’eau. Les uns ont une circulation complète; les autres n’envoient dans l’appareil respiratoire qu’une portion du sang rendu impropre à l’entretien de la vie par son action sur les tissus, et mêlent le reste de ce liquide au sang artériel destiné à nourrir leurs organes. Les uns ont le sang chaud, les autres produisent à peine de la chaleur. Enfin, les uns sont conformés pour s’élever dans l’air, d’autres pour vivre sur la terre, et d’autres encore pour nager au sein des eaux. Ces différences sont d’une haute importance physiologique, et coïncident entre elles de façon à caractériser dans cet embranchement cinq types secondaires. Il en résulte que, pour classer les animaux vertébrés suivant les principes des méthodes naturelles, il faut les diviser en cinq classes, savoir:
(1) Quelques zoologistes ont cru devoir admettre une cinquième division primaire du règne animal, comprenant les Éponges, et caractérisée par l’absence de toute forme régulière. Mais cette classification ne nous parait pas devoir être adoptée, car les êtres bizarres rangés dans cet embranchement des Amorphozoaires offrent dans le jeune âge les mêmes caractères que la plupart des polypes ; seulement leur développement organique s'arrête à un degré qui n’est quo transitoire pour ces zoophytes, et ils se déforment en grandissant. En tenant compte do leur mode de développement, on peut donc les rapporter au type des zoophytes.
les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles, les Batraciens ou Amphibies et les Poissons (1).
§ 380. Dans l’embranchement des Entomozoaires, ou animaux annclés, on observe des modifications de structure non moins remarquables. Tantôt, comme dans le talitre (fig. 169), il existe
des membres articulés servant comme leviers dans l’appareil de la locomotion, et la portion céphalique du système ganglionnaire acquiert une importance considérable ; tantôt, au contraire, dans la sangsue, par exemple, il n’y a point de membres articulés, les ganglions nerveux sont peu développés, et il existe entre tous ces petits centres médullaires une uniformité trésgiande de structure et de fonctions. On peut donc subdiviser cet embranchement en deux groupes secondaires, formés, l’un par les Animaux articulés proprement dits, l’autre par les Vers: mais cette classification ne suffit pas pour représenter toutes les grandes différences faciles à constater dans la nature de ces êtres.
En effet, parmi les Animaux articulés proprement dits, se frou-
(1) Dans les premières édilions de cet ouvrage, les Vertébrés n'étaient divisé, quen quatre classes, comme dans la classification de Cuvier, et les Batraciens étaient confondus avec les Reptiles; mais aujourd’hui que les caractères de ces animaux sont mieux connus, il devient nécessaire de les séparer. 80nl
vent : les Insecles (fig. 171 et 172), qui reçoivent l’air dans toutes les parties de l’économie au moyen de trachées; qui ont le corps
Fig. 171. — Agrion. Fig. 172. — Bùlyle.
divisé en trois parties dissemblables, la tête, le thorax et l’abdomen; qui ont toujours trois paires de pattes, et qui sont pres-
que toujours pourvus d’ailes. Les Myriapodes (fig. 168), qui ressemblent aux insectes par leur mode de respiration, et qui ont
Fig. 173, — Araignée domestique.
aussi une tête distincte, mais qui n’ont pas le tronc divisé en thorax et abdomen ; qui ont de vingt-quatre à' soixante paires de pattes, ou même davantage, et qui ne portent jamais d’ailes. Les Arachnides (fig. 173), qui n’ont plus de tête distincte du thorax, qui ont toujours quatre paires de pattes seulement, et qui respirent l’air comme tous les précédents, mais qui ne possèdentpas toujours des trachées et reçoivent alors ce fluide dans des poches pulmonaires. Les Crustacés (fig. 170), qui ont au contraire lp. respiration aquatique et branchiale, et qui ont presque toujours de cinq à sept paires de pattes propres à la locomotion (1).
La division des Vers doit comprendre aussi plusieurs types bien distincts. On y remarque d’abord les Annèlides (fig. i7Zi), dont le système ganglionnaire est bien visible dans toute la
Fie. iH. — Sangsue.
longueur du corps; dont le sang, ordinairement rouge, circule dans un système vasculaire très-complexe; dont la respiration a presque toujours lieu dans un appareil branchial bien développé, et dont les mouvements s’exécutent en généra! à l’aide de soies mobiles (fig. 175). Nous y rangeons aussi les Rotateurs, animaux
microscopiques, qui paraissent êlredépourvus d’organes spéciaux pour la circulation, et qui n’ont pas de branchies, mais qui possèdent en général des organes vibratiles dont la disposition est In’ s-singulière (fig. 176). Enfin, c’est encore 5 ce sous-embranchement que doivent être rapportés les Turbcllariés, dont le
claïi DnU1tl!!P"if <1U°lqUCS anndcs f*,,c los Ci- ripèHcs, dont on formait une
as'° Parllcu>ièro, doivent rentrer dans la classo des Crustacés.
corps est dépourvu de membres, et dont le système nerveux se compose essentiellement de deux cordons latéraux naissant de deux ganglions céphaliques; ainsi que les Vers intestinaux,
Fig. 170. — Rotifèrcs.
quin’oflrent que des vestiges d’un système nerveux, et qui sont en général d une simplicité de structure très-grande, mais qui se lient aux annélides d’une manière intime, et qui souvent semblent être en quelque sorte des représentants dégradés du même type zoologique (1).
Etc. 177. — Ascaride.
Enfin ces parasites sont de trois sortes, et diil'èrent entre eux pour leur forme générale aussi bien que pour leur organisationinterne. Les uns ont le cou cylindrique, et sont connus sous les noms de Vers nématoïdes ou Helminthes proprement dits ; les autres ont le corps plat, et parmi ceux-ci il faut distinguer les Trématodes , chez lesquels on n’aperçoit pas de divisions transversales, et les Cestoides ou Fers rubanés, qui se composent d’une longue série d’articles ou tronçons placés bout à bout.
Pour mettre la classification des animaux annelés en harmonie avec les différences que nous avons à signaler dans la nature de ces êtres, il faut donc les diviser en huit classes distinctes, savoir: la classe des Insectes, la classe des Myriapodes, la classe des Arachnides, la classe des Crustacés, la classe des Rotateurs, la classe des Annélides, la classe des Turbellariés, la classe des
(1) Nous devons dire cependant que tous les naturalistes ne s’accordent pas à classer de la sorte les Helminthes, et que Cuvier les range parmi les animaux rayonnés ou Zoopliytes ; mais ils n’ont rien de radiaire dans leur organisation, cl offrent ordinairement, par la conformation générale de leur corps, une grande analogie avec les animaux annelés, et notamment avec les Annélides : il nous semble, par conséquent, plus naturel de les rapporter à ce dernier type primaire.
grandes divisions du règne animal.
Helminthes ou Nématuïdes, la classe des Trématodcs cl la classe des Cestoïdes.
§ 381. L’embranchement des Animaux mollusques nous offre également des modifications organiques de nature à nécessiter une division analogue. Chez les uns, que Ion peut appeler les
Fie. 178 (I). g oc l
Mollusques proprement dits, il existe un système nerveux composé de deux ou plusieurs paires de ganglions réunis par des cordons médullaires (lig. 178), et la reproduction ne s'effectue qu’au moyen d’œufs. Chez les b a
autres, que j’ai désignés sous le nom de Molluscoïdes , le système nerveux, réduit à un état rudimentaire, ne paraît consister qu’en un ganglion unique, et dans la plupart des cas la mulliplication des individus s’opère par le développement de bourgeons f f
aussi bien que par une génération ovipare; et il en résulte que souvent les individus naissant les uns des autres
Fig. 179. — Ascidies sociales (2>.
(1) Système nerveux de l'Aplysie, mollusque de la classe des Gastéropodes :
c, ganglions cérébroïdrs ; — g, ganglions thoraciques ou sous-œsophagiens ; — o, collier nerveux qui entoure l’œsophage ; — l, ganglions labiaux ; — v, ganglion viscéral.
(2) Ascidies du genre Porophora : — b, bouche ; — c, estomac ; — i, intestins;
a, anus ; — I, tige commune. Les (lèches indiquent la direction du courant d'eau servant à la respiration.
demeurent unis entre eux, et constituent des niasses animées d’un aspect phyloïde (fig. 179).
Les Molluscoïdks sc subdivisent en deux classes, suivant qu’ils ont l’appareil respiratoire renfermé dans la cavité buccale ou constitué par une couronne de longs tentacules labiaux. ’Les premiers sont désignés sous le nom de Tuniciers (fig. 179’) • ies seconds forment la classe des Bryozoaires.
Les mollusques proprement dits diffèrent entre eux par des caractères dont l’importance est encore très-considérable. Ainsi chez les uns les ganglions céphaliques sont très-éloignésdes ganglions abdominaux; il n’existe point de tète distincte, on n’aperçoit aucune trace d’organes spéciaux pour les sens; les organes
Fig. 180. — Porcelaine. Fig. 181. — Coquille
de Paludine.
du mouvement sont des plus imparfaits, et le corps est enveloppé par des replis cutanés semblables à des voiles, et protégé extérieurement par une coquille bivalve (fig. 182). Les Moules, les Mactres, les Tridacnes ou Bénitiers, etc., nous offrent ce mode d’organisation.
D’autres mollusques, tels que les Limaçons, les Limnées (fig. 1 65) et les Porcelaines (fig. 180), ontune tète distincte ; leurs ganglions nerveux sont en général fort rapprochés entre eux et groupés autour de l’œsophage; il existe des yeux; la face inférieure du corps est occupée par un organe charnu servant à la locomotion; enfin, le dos est ordinairement protégé par une coquille, et celle-ci n’est jamais bivalve, mais représente presque toujours un cône plus ou moins contourné en spirale (fig. 181).
D’autres encore, pourvus d’une tète distincte comme les précédents, portent de chaque côté du cou des espèces d’ailes membraneuses servant de rames pour la natation (fig. 183).
Enfin, il en est aussi qui ont la tète garnie de longs appendices contractiles et préhensiles, remplissant à la fois les fonctions de pieds et de bras (fig. I8/1) qui ont le système nerveux plus développé que les autres animaux du même embranche-
ment, et qui ont d’ordinaire le corps soutenu par une sorte de coquille intérieure.
Ce sont ces divers modes de conformation qui servent de base
Coquille. Manteau. Tentacules. Bouche. Nerfs. Muscle.
a Indivision des mollusques proprement dits en quatre classes, désignées sous les noms à’ Acéphales, de Gastéropodes, de Ptéropodes c t de Céphalopodes. L’Huître peut nous servir d’exemple du premier de ces types, c’cst-;\-dirc de la classe des acéphales; le Colimaçon appartient à la classe des gastéropodes; l’Hyale (lig. 183), à celle des ptéropodes, cl le Poulpe (tîg. 184) au groupe des céphalopodes.
§ 382. Enfin, le quatrième et dernier embranchement du règne animal, celui des Zoophytes, comprend aussi des êtres très-variés et se divise d’une manière correspondante en plusieurs classes.
Dans l’un de ces groupes, appelé la classe des Echinodermes, le corps est conformé pour ramper sur le sabla ou sur les rochers du fond de la mer, et, à cet effet, sa surface est garnie d’une multitude de petits appendices préhensiles; l’enveloppe tégumcntaire offre aussi une consistance considérable et devient souvent d’une dureté pierreuse.
Les Étoiles de mer, dont il a déjà été question, et les Holothuries (fig. 185) nous offrent ce mode de conformation, qui se retrouve aussi chez les Our-
Fig. 183. — Hyale.
sir, s, etc.
Dans un second groupe, formé par les Acalèphes, le corps est au contraire entièrement gélatineux et conformé pour la nage seulement. Les Méduses (fig. 187), qui
Fig. 1 84. — Le Poulpe commun.
flottent dans lamer, et qui sont fréquemment jetées par la vague sur les plages sablonneuses de notre littoral, nous serviront d’exemple pour cette classe de zoophytes.
Dans une troisième classe, celle des Coralliaires ou Polypes proprement dits (fig. 189), il n’existe plus aucun organe de locomotion ; l’animal est destiné à vivre fixé au sol, et sa bouche
Fig. 185. — Holothurie.
est entourée de tentacules mobiles (fig. 186) à l’aide desquels il puise dans l’eau ambiante les corpuscules nécessaires à sa nutrition. En général, une portion de ses téguments s’ossifie en
Fig. 180. — Polype du Corail. Fig. 187. — Rhizostome.
quelque sorte de façon à lui constituer une espèce de loge calcaire ou cornée (fig. 189), et, dans la plupart des cas aussi, les individus naissent par bourgeons sur la surface du corps de leurs parents, et, ne s’en détachant pas, constituent entre eux des masses animées et de formes variées, dont l’apparence est
le plus ordinairement celle d’une plante rameuse chargée de fleurs.
Les Actinies, ou Anémones de mer (fig. 167), appartiennent à celte classe; il en est de même des animaux du Corail (fig. 186 et 188), des Caryophyllies (fig. 189), etc.
Fig. 188. — Tige de Corail, Fig. 190. — Éponge.
Un quatrième type nous est offert par les Spongiaires, animaux singuliers qui, dans leur jeune âge, ont une forme ovoïde, nageift librement à l’aide de cils vibratiles dont la surface de leur corps est garnie, et ressemblent aux larves des acalèphes et des polypes; mais qui ne tardent pas à se fixer (fig. 190), et qui nonseulement perdent alors la sensibilité et le mouvement, mais se déforment au point de ne ressembler à rien de ce qui existe dans le reste du règne animal.
Enfin, la plupart des naturalistes rangent aussi dans l’embranchement des zoophytes un cinquième groupe composé d’une multitude d’élres d’une petitesse extrême qui se montrent dans les eaux croupissantes, et qui ont reçu le nom A' Animalcules in-
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lirculation complète et cœur \ simple. Lobes du cervelet J ilâchoire inférieure articulée > irement garni de poils. Vivi- j
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