‹ Zouaves pontificaux canadiens à leurs compagnons de France [microforme]Chapitre 1 sur 4 · DÉMONSTRATION FUNÈBRE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION FUNÈBRE

La démonstration d’hier soir à Notre-Dame, en l'honneur des Zouaves pontificaux français décédés, prendra rang parmi les plus belles cérémonies religieuses dont a été témoin ce vaste temple. On ne peut la comparer qu’à celles qui ont vu le départ des zouaves canadiens pour Rome, le 19 février 1868, et leur retour au pays après la prise de la ville éternelle par l’armée du roï-voleur. C’était la même foule qui se pressait dans son enceinte, et le même sentiment religieux qui animait les fidèles.

Rarement nous avons vu plus belles décorations funèbres. En entrant,

l’œil était étonné en apercevant au milieu de la grande allée un magnifique catafalque surmonté d’une haute colonne funéraire. Sur le sommet de la colonne reposait sur un socle entouré de drapeaux tricolores, la statue de la France en pleurs. Au dessous on lisait l'inscription suivante : Sa gloire incomparable a été changée en deuil et en larmes ; et plus bas ces mots : La France au Canada.

Le catafalque était flanqué de quatre autres petites colonnes militaires, sur la base desquelles étaient étalés des faisceaux d’armes et des boulets de

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canon. Sur la face extérieure de chacune d’elles se lisaient des versets des Saintes Ecritures appropriés à la circonstance, tels queManu quidem pugnantes, sed Dominum orantes— Quomodo ceciderunt fortes in prolio ; et ceux-ci : “ Rachel qui pleure ses enfants et qui ne veut point recevoi- de consolation parce qu’ils ne sont plus,” ‘ Alors il y eut un grand deuil parmi le peuple d'Israël et dans tout le pays.” De là le regard se portait sur le maître-autel richement tendu de noir ainsi que les autels latéraux et le tour des jubés.

Nous apprenons que c'est M. Chabert, principa' de l’Institution des Beaux-Arts, quia été chargé du soin des décoraiions. Il a très-bien exécuté les divers travaux confiés à son talent et le plus grand succès est venu couronner ses efforts.

En avant du catafalque était une pièce réservée aux Zouaves Canadiens. Il y en avait près de 150, ‘la plupart en uniforme, venus de toutes les parties de la province pour rendre un dernier hommage à leurs camarades défunts. Autour de la décoration funèbre étaient rangés sur deux haies 80 Zouaves, l’arme au bras, et à la tête desquels on remarquait la stature carrée du lieutenant Taillefer, qui lour jetait le commandement d’une voix mâle et brêve. Ils composaient la garde d’honneur.

Au chœur ondistinguait, au milieu d’un grand nombre de prêtres, Mon- -seigneur Bourget, Evêque de Montréal, Mgr. Lynch, Archevêque de Toronto, et Mgr. Pinsonnault, Evêque de Birtha. Près de la balustrade se trouvaient les membres du Comité des Zouaves et l'état-major du régiment des Chasseurs-Canadiens et, dans d’autres parties de la nef, les élèves de plusieurs insitutions.

Après l’exécution d’une marche militaire, familière aux Zouaves, par la musique des élèves du Collése de Montréal, du Dies iræ et du Requiem de Mozart sur l’orgue, le Rev. M. Colin, prêtre de St. Sulpice, monta en chaire.

L'éloquent Orateur prit pour texte de son oraison funêbre ces paroles tirées du livre de la Sagesse : ‘ Il les a trouvés dignes de lui et il les a reçus en holucauste.”” M. Colin s’est distingué, comme toujours, par la force du raisonnement, de la logique, par la clarté des idées et la beauté de la diction. Il a démontré que ces héros, dont nous déplorons la perte, se sont couverts de gloire en défendant l’œuvre des siècles : en protestant contre la plus sacrilége des spoliations et en mourant pour la grande cause de la liberté et de la patrie. Son invocation à la France a été surtout remarquable ; on voyait frissonner l’auditoire sous l’effet de sa

parole ardente, et plus d’une larme est tombée des yeux des fidèles émus.

Lo musique des Chasseurs a joué ensuite la “ Marche de la Mort ; ” puis le Chœur de Notre-Dame, sous l’habile direttion du Rév. M. Barbarin, a

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chanté. avec beaucoup d'effet le Libera. Lorsque le temps de l’absoute fut arrivé, le lieutenant Taillefer commanda à la garde d'honneur de présenter les armes, et le clairon fit entendre la sonnerie funèbre usité en pareille circonstance. Alors Mgr. de Birtha fit l’absoute, et Sa Grandeur ayant terminé la cérémonie, la foule s’écoula lentement, emportant un pieux souvenir de cette démonstration bien propre à inspirer de nobles sentiments à notre religieuse population.”

Discours DE M. Cou. (1)

Invenit illos dignos se..., et quasi holocausti hostiam accepit illos,

les a trouvés dignes de lui..,, et lesa reçus en holocauste.

(Sagesse 'I1—6)

Mes SeiGNEURS, MES FRERES.—A la vuc de ces insignes lugubres, et aux souvenirs déchirants qu’ils nous rappellent, si nous, suivions le premier mouvement de notre cœur, nous nous écrierions avec le Roi David, déplorant les malheurs de sa nation: O Israel! considère l’étendue de tes plaies et la profondeur de tes maux! Ils sont tombés, tes enfants généreux, ces intrépides guerriers, l'élite de tes armées ! Ils sont tombés sous le fer ennemi! Mais l'honneur couvre leur dépouille et s’attache à leur mémoire. Plus rapides que les aigles, plus forts que les lions, partout ils répandaient la terreur, partout ils semaient la mort. Jamais leur bras vaillant ne s’est levé en vain ; jamais leur épée redoutable n'a manqué sa victime. Mais le nombre l’a emporté sur le courage. Montagnes de Gelboé, théâtre de ce désastre, que la rosée, que la pluie du ciel vous soient à jamais refusées ; que vos pentes, jadis fertiles, demeurent sans culture et sans moisson, et que la nature, dans sa douleur, lève sa main désolée et vous enveloppe d’un deuil éternel. Considera, Israel, pro his qui mortui sunt super excelsa tua vulnerati. Inclyti, Israel, super montes tuos interfecti sunt: Quomodo ceciderunt fortes ?.....,

Mais ne ferons-nous entendre, en cette pompe solennelle que de stériles gémissements ? Les cendres magnanimes, que nous vénérons, ne réclament-elles pas d’autres éloges, et la foi, qui nous éclaire, ne peut. elle nous conduire à des sentiments plus élevés ? Ouvrons le Livre des Ecritures, et voyons comment l’Esprit-Saint parle lui-même du trépas des justes et des héros. * Dieu, dit-il, les a trouvés dignes de lui et les a reçus

(1) Nous devons demander pardon à M. Colin d’avoir osé reproduire son discours. Nos notes ne nous ont pas permis de donner intégralement ce magnifique morceau d’éloquence ; mais nos compagnons de France ne laisseront pas de nous savoir gré de cett analyse et de certains passages que nous avons pu fidèlement recueillir,

en holocauste. T'els sont les deux grands desseins pour lesquels Dieu permet quelquefois, contre tous les calculs de la sagesse humaine, la mort prématurée des justes, qui servent sa cause, la cause du droit de la jus tice, de la piété. Il les appelle à lui soudainement, quand il lui vlait, d’abord, parce qu’il les trouve dignes de son nom et suffisamment glorifiés, invenit illos dignos se ; ensuite, parce qu’il veut en faire les victimes d’agréahle odeur, qui paieront pour le salut des autres. Æt quusi holocausti hostiam. Double pensée, grande, profonde et consolante, qui se révèle, au flambeau de la foi, en face des cendres bénies de nos jeunes et iatrépides héros : une pensée de gloire et une pensée d’espérance ; pensée de gloire pour eux, à cause de la magnanimité de leur courage ; pensée d'espérance pour nous, à cause de la pureté du sang qu’ils ont versé. Résumons tout en deux propositions.

Premièrement, ils ont honoré leur siècle, par l’héroïsme de leur courage, voilà leur gloire.

Deuxièmement, ils ont purifié leur siècle, par le sacrifice de leur sang, voilà notre espérance.

Rendons à leur valeur le digne tribut d’admiration qu’elle mérite, et affermissons-nous dans la confiance et dans la foi, en songeant à la vertu de leur sacrifice.

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