LE CANADA ET LES ZOUAVES
la Province de Québec, écrivait le ler février 1871, à M. Barnard, qu'il le nommait agent d'immigration pour le continent Européen, “et le chargeait de parcourir le Nord de la France et la Belgique” où il trouverait les émigrants qui conviendraient le mieux à notre province, # Mais avant tout, disait l'hon. ministre, “ choisissez une population morale et amie de l'ordre.”
Les émigrants ne laissent jamais la terre natale pour l'étranger, sans avoir au préalable des données, sur l'hospitalité, les mœurs et les coutumes des habitants des pays dontils veulent faire leur nouvelle patrie. [devient alors très important de faire connaître ‘“ dans le Nord de la France et en Belgique” et ailleurs, les richesses, les mœurs et les coutumes du Canada, pour engager leurs bons sujets à y émigrer.
Le gouvernement fait bien ce qu'il peut croyonsnous.—Il envoie en Europe, des hommes intelligents, bien accrédités et bien renseignés sur leur pays, chargés de se montrer à droite et à gauche, en France et en Belgique, comme échantillon de l'espèce qui a remplacé en Canada les Troquois et les Algonquins. Ces agents, se pr'sentent chez les Evêques, chez les dignitaires, donnent des dîners aux membres de la Presse, répandent des brochures, se promènent en chemin de fer et. reviennent faire rapport. Tout ça, c'est dans l’ordre : ça été fait par tous les gouvernements et ça se fera encore, bien après nous. Mais, comme l'agent n'a pas pu donner à dîner à tout le monde, ni se rendre aimable, autant sous le chaume que sous les lambris dorés, il en résulte bien souvent... du vent, en ce sens, que les dignitaires, auprès desquels notre agent était accrédité, ont intérêt
à ne pas voir se dépeupler leur propre pays, et font au contraire des efforts, pour garder chez eux la population saine, morale et amie de l'ordre.
Nous ne jurerions pas, par exemple, du contraire ; qu'ils n'ouvrent pas la porte, à tous les désœuvrés, aux communistes, aux déclassés et à tous ceux, sans qui Ja police serait inutile, et que ces dignitaires n'engagent pas leurs mauvais sujets à aller se faire pendre aïieurs.
Qu'ont fait de leur côté pour attirer en Canada, une émigration saine et amie de l'ordre, les colons de Piopolis et les Zouaves qui demandent aujourd’hui quelques secours, où l’abrogation d’une loi qui arrêtera toujours le développement de la colonisation des terres de la Couronne, sujettes aux licences pour coupe de bois ?
I y à déjà près de six ans, cinq cents jeunes gens, et pourquoi pas le dire, l'élite de la jeunesse catholique du Canada. instruits et bien élevés. ont dit adieu à la Patrie, à la famille et se sont momentanément expatriés ; pour aller où ! aux Etats-Unis où luttent déjà pour l'existence, plus de cinq cent mille Canadiens- Français ? Non, pour aller offrir leurs vies pour le salut de la Papauté, et l'exemple de leur bonne conduite, à vingt mille soldats venus de toutes les parties du monde et principalement de la France et de la Belgique.
C’est ainsi, que pendant trois ans, le Canada à possédé en Europe près de cinq cents agents d'émigration : ceux-ci tout en accomplissant un grand acte de foi et de dévouement personnels, vécurent dans la capitale du monde, de la vie du Canada, et coudoyèrent dans les angs, dans les casernes, et même sur les champs de
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bataille, que quelques-uns rougirent de leur sang, l'élite de la jeunesse de France et de Belgique, Etceseinq cents agents d'émigration ne coûtèrent pas un sou à l'Etat !
Ces jeunes gens traversèrent l'Europe, drapeau blanc en tête, et ceux dont les écrits sont tant admirés en Canada, MM. Veuillot, de Riancey, et de la Prade les saluèrent au passage. Ces maîtres de la pensée dirent à la France étonnée, qu'un pays d'un million d'âmes, qui payait ainsi d'abondance, son denier de St Pierre, en nature, en envoyant à ses frais, à travers les mers et le vieux monde, cinq cents de ses enfants, devait être un pays riche et fertile. —Cur, disaient-ls, à où les bons sentiments et le dévouement poussent des tiges aussi vigoureuses, le sol doit avoir assez de chaleur pour pousser de bons grains.
Ceux qui ont suivi nos zouaves à Rome, savent qu'ils n'ont jamais failli et que parmi tant de nationalités différentes, on regardait l'élément canadien comme le meilleur, Aussi, les Belges, et les Français nos cumaraces, nous faisaient-ils causer. Ils étaient émerveillés de voir des Canadiens-français de ce Canada sauvage, méconnu et couvert de neige, qui n'étaient pas antropophages, possédant tous quelques baïoques dans le gousset, et dont le commerce était des plus agréables et l'amitié la plus sûre, Car, il faut bien l'avouer, à la honte de nos amis d'outre mer, notre arrivée à Rome était redoutée par certains d'entre eux, parcequ'ils craignaient de ne pas trouver d'interprètes pour comprendre notre langue !
Depuis, les zouaves de ces pays, et ils se comptaient par plusieurs milliers, ont fait au retour ce que nous
avons fait nous-mêmes. [ls ont parlé et ils ont raconté ce qu'ils avaient appris des Canadiens dans les longues veillées de bivouac, où le soldat aime tant à causer de son pays. Is ont répété à l'envie que la population canadienne sobre et vaillante, est animée d’une foi ardente et que tous les Canadiens sont riches : beaucoup de nos zouaves recevant des secours pécuniaires de leurs familles, les partageaient généreusement avec leurs camarades moins fortunés,
De plus, les personnages que les agents d'émigration vont visiter les premiers, à leur arrivée en Europe, les évêques, venaient nous visiter à notre cercle, où nous vivions de la vie du Canada. Les Evêques Belges et Franquis aimaient à s'entretenir avec nous,et nous y traitaient comme de vieilles connaissances, Le cardinal de Bonnechose, NN.SS$. Pie, de la Tour d'Auvergne, Deschamps etautres fréquentaient le cercle canadien pour y étudier sur le vif, le caractère, les mœurs et les usages de notre pays.
Enfin, tous ceux qui connurent les zouaves canadiens, soit à Rome, soit en Belgique, soit en France, les estimèrent eteurent une haute opinion du sol qui produisait de tels enfants.—Les Canadiens, qui croyaient accomplir un devoir sacré en allant à Rome, contribuèrent donc considérablement à faire connaître, et bien connaître le Canada, aux jeunes gens instruits et amis de l’ordre qui servaient en même temps qu'eux sous les drapeaux du Saint-Père.
Des agents d'émigration, envoyés en Europe par le gouvernement de Québec, nous ont avoué que leur mission était devenue comparativement facile, depuis le
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