‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 54 sur 108 · GRACE · texte numérisé non relu

GRACE

ous appelleme, jugeant suivre pieu- 1aines après du feu, si oranger, UN les animaux cipal.

ieux en voutait sincèresucre, de la les légumes chaque fois pratique ses il bien mal-

» front deux et son salut.

périence plus bnne un peu

COMMENT SWATTERS PERDIT LA GRACE 269

plus sérieuse, lors de son acquisition, il aurait pu arriver à bien conduire ce nouveau cheval, sans perdre patience et sans s'exposer à retomber dans ses anciens sentiers ténébreux, mais ça n'est pas bien sûr toutefois.

C'était un des axiômes de Napoléon ler, qu'un bon général ne devait jamais livrer deux grandes batailles à la fois, avec une seule armée, Swatters n'avait jamais entendu parler de Napoléon, mais il était arrivé à la même conclusion par un autre chemin.

On l'a souvent entendu répéter depuis, dans son langage aussi pittoresque que vigoureux : “IT faut être un triple idiot pour entreprendre de suivre la ligne droite marquée à la craie, dont parle l'Evangile, et de conduire en même temps un cheval acheté du département du feu.”

Swatters ajoutait : “ Parmi toutes les tribulations, endurées et surmontées par les apôtres, les Ecritures ne mentionnent rien d'égal à ce que j'ai enduré en essayant de dompter ce cheval, et de le dresser pour mon service d'épiceries, avec le vocabulaire limité que l'Église met Je crois bien que si j'ai fauté et mérité la ‘amnation éternelle, le comité du feu doit en être seul responsable,”

à la disposition des chrétiens en pareil cas.

En passant près de sa boutique, l’autre jour, je l’entendis expliquer à un de ses clients, comment il se faisait qu'il lui avait livré, la veille, en dessous du poids, des épiceries avariées pour lesquelles il lui avait fait payer,

Juste le double du prix de marchandises de première

qualité.

“ Oui, monsieur, disait Swatters à son client, le diable lui-même ne l’arrêterait pas quand les cloches sonnent

le tocsin pour un incendie. Le lieu où je me trouve ne lui fait aucune différence : quand l'alarme se fait entendre, il tourne sur lui-même et se dirige comme un coup de vent vers le poste des pompiers, malgré mes efforts, et quelque pressé que je sois : “ ça lui est bien égal !” Lorsqu'il voit venir une pompe à vapeur, ce vieux réprouvé de cheval s'empresse de tout culbuter pour aller se ranger immédiatement à la suite de l'engin, Je dois aller au feu, bon gré malgré, et demeurer sur le théâtre de l'incendie tant que le dernier pied de boyau n'est pas enroulé.

# Un homme peut-il être responsable de sa conduite avec un cheval comme ça devant lui ? Doit-on me tenir compte de mes erreurs quand cet animal me fait mourir de chagrin et ne fait pas plus de cas de moi qu'il n’en ferait du (Gouverneur de Québec !

‘Menez, l’autre jour, je partis vers huit heures du matin pour porter des épiceries de noces à un client, dont la fille se mariait le jour même, et je veux être empaqueté dans de la glace avant la fin de la semaine, si je n'ai pas été obligé de courir à trois incendies, et de voir toute la cérémonie à chacun d’eux, avant de pouvoir me rendre chez lui, Comme un de ces incendies était un gros feu, toute la brigade dût s'y rendre, et je ne fus libre que tard dans l'après-midi, Vous ne sauriez croire comment je fus accueilli par un lot de femmes enragées que je trouvai en arrivant chez mon client, rue Saint-Hubert, Comine s'il y avait eu de ma faute !

“ Désespérées, elles m'avaient lâché depuis longtemps, et avaient été acheter les mêmes épiceries chez mon rival. Elles ne voulurent rien entendre, mais me

e trouve ne me se fait

comme un

rs, malgré “ ça lui est >e à vapeur, tout culbu- Ja suite de 6, et demeudernier pied

sa conduite -on me tenir e fait mourir

aoi qu'il n'en

it heures du

; à un chent,

je veux être

e la semaine,

cendies, et de ix, avant de ces incendies

- rendre, et je

us ne sauriez t de femmes lon client, rue ma faute !

his longtemps, jes chez mon ire, mais me

COMMENT SWATTERS PERDIT LA GRACE

jetèrent la porte sur la figure. Maintenant j'ai perdu

leur clientèle, —c Staient mes meilleures pratiques aussi, —et tout ça pour ce maudit cheval !

“ Quelquefois. la fureur m'emporte au point de vouloir le tuer ; et je Le ferais à la minute, si je n'étais pas retenu par le souvenir de la somme d'argent payée pour ce vieux pélican.

“ Ecoutezencore ; le dimanche qui suivit mon achat, je l’attelai à mon buggy ; je conduisais ma femme au Sault voir sa mère, lorsque rendu aux limites Est de la ville, la mauvaise fortune acharnée à ma poursuite voulut qu'une alarme sonnât. Bang! mon cheval, pirouettant sur les deux pieds de derrière, entraînant le buggy dans cette volte, sans toucher la terre, partit au grand galop vers l'intérieur de la ville, renversant tout sur son passage, pour arriver au poste central. C'était ma première aventure de ce genre avec ce cheval. Je pensais qu'il avait pris le mors aux dents et j'eus une fière peur.

“ Je tirai sur les rênes de toute ma force et lui sciai tellement la bouche avec le mors, que mes mains en devinrent meurtries, mais Je ne réussis pas à ralentir son allure endiablée. IT allait. il allait, comme s'il eut eu un gallon de térébenthine à la queue.

“ Comme nous arrivions à son ancienne station, la seconde alarme sonnait et la pompe à laquelle il avait été attelée pendant longtemps, sortait de la maison municipale. Mon damné de cheval, emboita le pas immédiatement derrière l'engin, et partit à fond de train en suivant la cloche faisant drelin, drelin, drelin. Les gens qui nous regardaient passer, au grand

galop derrière cette pompe à incendie, cherchent en-

core le motif, je suppose, pourquoi nous étions si pressés, ma femme et moi d'aller à ce feu. Je vis au moins quarante personnes de mesconnaissances, s'arrêter étonnées, chaque côté des rues que nous parcourions, et lever les bras au ciel en reconnaissant ma femme, le chapeau en arrière, les rubans et les cheveux flottant au vent comme des bannières. Dieu sait quand je finirai d'expliquer à tous ces individus, pourquoi j'étais dans une telle rage d'arriver au feu en même temps que les pompiers !

“ Ma femme prétend que j'ai oublié plus d'une douzaine de fois, pendant notre petite excursion, que j'étais devenu un homme d'église, mais je ne le crois pas. Je n'étais pas encore habitué à citer l'Ecriture Sainte et elle doit m'avoir mal compris. Cependant, encore novice dans les affaires de ma congrégation, j'ai peut-être, en effet, dans mon excitation, cité des textes à l'envers.

‘“ A part tout le mal que m'a donné ce maudit annmal, j'ai perdu tous mes clients dans le voisinage. Ces gens-là, viennent le matin, les yeux rougis par l’insomnie, m'avertir qu'ils vont me poursuivre en Justice, si je ne me débarrasse pas de ce cheval ou si je ne l’enferme pas dans une écurie éloignée, Je n'ai pas le droit, m'assurent-ils, de les priver de sommeil, comme je l'ai fait depuis l’arrivée de mon cheval dans le quartier. [ls ne se plaindraient pas trop, si mon cheval se contentait de leur écraser un enfant, par ci par là, me disent-ils ; ils ne demanderaient en retour que la paix et un peu de sommeil. Oh! ça, par exemple, ils me déclarent y tenir ; le sommeil leur est

chent enétions Si Je vis au s'arrêter urions, et femme, le x flottant quand je uoi j'étais ne temps

l'une douque j'étais is pas. Je ; Sainte et ore novice ut-être, en envers.

e maudit voisinage.

ougis par suivre en cheval ou e, Je n'ai sommeil, on cheval às trop, Si in enfant, raient en | ça, par il leur est

COMMENT SWATTERS PERDIT GA GRACE 273

indispensable, il le leur faut, et dussent-ils faire le diable, ils l’auront !

“ Chaque fois que l'alarme sonne, la nuit, ce pauvre cheval est bien malheureux ; tous ceux qui habitent dans son voisinage, à sept ou huit blocs à la ronde, le sont encore plus. Il veut être attelé à la pompe sans perdre une minute, et si son licol ne casse pas au premier effort qu’il fait pour se libérer, où s'il n'arrache pas sà crèche et ne démolit pas un côté de l'écurie pour s'échapper comme il l'a déjà fait bien des fois, il rue, il hennit, il gémit d'une manière épouvantable ; une personne ayant sommeil, en perd l'envie pendant tout ce concert infernal, qui cesse seulement lorsque mon cheval croit le feu bien éteint.

“ Ecoutez la dernière farce de cet animal : l'autre jour, j'assistais aux funérailles d’un frère appartenant à ma loge ; je conduisais le ministre dans mon buggy, lorsque ces infernales cloches partirent en branle, pour sonner l'alarme. Le diable se mit de la partie en moins d'une minute.

“ Le vieux fou tourna bout pour bout, renversa deux des porteurs du poële et cassa les glaces du corbillard, avant que le Révérend eût eu le temps de dire “ Dieu vous bénisse,” et nous voilà partis à fond de train pour la statio” centrale, aussi vite que ses vieux sabots pouvaient frapper ie pavé.

“Comme vous pouvezle croire, nous arrivâmes à temps

pour Ja deuxième alarme et suivîmes bon second, jusqu'au théâtre de l'incendie, où nous fûmes fort bien placés pour tout voir. Naturellement, les frères enterrèrent le défunt d'une manière ou d’une uutre, sans ministre.

Page 1