‹ A la recherche d'une perleChapitre 18 sur 19 · IV

IV

DIALOGUE ENTRE DEUX AMES

Pendant que les jeunes gens causaient ainsi, Mme Brumme gardait une immobilité de portrait. A voir ressortir, sur sa robe noire, la pâleur de ses mains blanches, et l’ombre, qui s’amassait dans la pièce, noyer les traits de son visage, on eût dit que Henner avait collaboré avec Carrière.

La mère d’Alexis avait rempli son rôle de bonne fée auprès de la petite Cendrillon et donné à Maurice _la perle_ tant cherchée. Le sentiment qu’elle éprouvait ressemblait à celui des bons ouvriers d’autrefois, quand ils avaient achevé un chef-d’œuvre. Mais il s’y mêlait, en outre, une satisfaction plus secrète et plus subtile.

En face d’elle, au-dessus de la double silhouette des jeunes gens penchés l’un vers l’autre, la fenêtre ouverte sur le balcon offrait à sa vue un fragment de ciel, sur lequel étincelait une étoile pure comme un diamant, vivante comme un regard.

Mme Brumme, n’ayant que de confuses notions d’astronomie, ignorait le nom de cette étoile, qu’elle voyait fleurir chaque soir dans son coin de ciel... Quand elle était une toute petite fille, on lui disait, en lui montrant la voûte constellée:

--Ce sont les yeux des anges qui nous regardent.

Plus tard, son esprit, empreint d’un doux mysticisme, avait accueilli l’hypothèse, nullement incompatible avec la foi chrétienne, que ces sphères radieuses pouvaient être la demeure des Anges et des Bienheureux. Et, maintenant que tous ceux qu’elle a aimés: parents, époux, enfant, ont quitté cette terre, elle contemple pensivement ce diamant solitaire dans l’infini.

Certes, ils sont doublement à plaindre, les pauvres insensés qui vont demander l’illusion d’une chère présence aux pratiques suspectes du spiritisme, cette forme grossière et déchue du spiritualisme!... Mme Brumme, ce soir, converse silencieusement avec une âme, qu’elle croit sentir tout près d’elle... Et si c’est une illusion, c’est Dieu Lui-même qui la lui donne...

--Alexis, depuis plus de cinq ans, j’ai prié, agi, vécu pour toi... Le plus dur, vois-tu, ç’a été de sourire à d’autres jeunes êtres, pleins d’espoir, de vie, d’avenir... Tu n’en es pas jaloux, mon chéri?

--_Non... oh! non!..._

--Quand j’ai donné à un enfant tes livres, devenus pour moi des reliques, j’ai accompli un vrai sacrifice. Cet enfant, qui se montre brave, aujourd’hui, comme tu l’aurais été, je suis allée le voir, sur son lit de blessé... J’ai baisé son front pâle... Et c’était ton front que je croyais voir... J’ai pleuré avec sa mère... Et c’était toi que je pleurais... Mais ce qui m’a été le plus pénible, c’est de me réjouir avec elle, quand Roger est revenu à la vie; c’est d’apporter des fleurs, des fruits des gâteries sur ce lit de convalescent...

--_Sois bénie de l’avoir fait!..._

--A présent je vais donner pour femme à Maurice, le compagnon de ton enfance, l’orpheline que j’ai accueillie sous mon toit...

--_Sois bénie de l’avoir fait!..._

--Je continuerai, mon aimé... Il ne se passera pas un seul jour où je ne cherche, comme une glaneuse, un peu de bien à faire en ton nom... Ah! dis-moi que mon espoir ne m’a pas trompée: que ta dernière pensée a été pour Dieu, qu’il t’a pardonné...

Elle s’arrêta, tremblant de toucher aux secrets divins de la Miséricorde...

L’étoile scintillait, éblouissante et pure... Et la voix immatérielle qu’elle entendait dans son cœur lui répondait tout bas:

--_Dieu exauce toujours la prière d’une mère!_

TABLE DES MATIÈRES

PREMIÈRE PARTIE Pages I.--Comme une héroïne de Zénaïde Fleuriot 5 II.--«Priez pour l’âme de...» 12 III.--Père et fille 17 IV.--Présentation 26 V.--Demi-sœurs et quarts de sœur 44 VI.--Une journée de Mme Brumme 58 VII.--Le jour de Mme Ferval 73 VIII.--De l’art d’apprivoiser une moinelle 83 IX.--Jeannette manque de cœur 90