Chapitre 45 Un point d’histoire fixé
Vous êtes trop jeunes pour vous rappeler ça, mais vers la fin du XVe siècle, un assez mauvais bougre, du nom de Richard III, qui régnait sur l’Angleterre et la gorgeait de toutes sortes d’horreurs, fit la rencontre, à Bosworth, d’une armée ennemie parmi laquelle – ô France, on te reconnaît bien là ! – se trouvait un fort lot de nos compatriotes. L’issue du combat était dès lors facile à prévoir, et notre fripouille couronnée vit le trépas mettre un terme à ses forfaits.
Les choses, à vrai dire, ne marchèrent pas toutes seules.
En bon chef de corps, dès qu’il sentit la partie perdue pour lui, Richard III n’eut qu’une pensée : filer !
Par malheur, son coursier tombait fourbu et refusait tout service.
C’est à de tels instants que les minutes sont des siècles.
Frissonnant de terreur et de plus en plus désireux d’abandonner le peu salubre climat de Bosworth, Richard III exprimait, grâce à de rauques clameurs, le vif désir qui le tourmentait d’acquérir, même aux plus dures conditions, une quelconque monture.
Les mots qu’il prononçait en cette circonstance nous sont, mais contradictoirement, parvenus.
William Shakespeare, un ancien garçon boucher de Straford-sur-Avon, tombé, comme ce brave Alphonse Lemonnier, dans l’art dramatique, prête à Richard III, sur lequel il fit un mélo pas trop mal venu, ces mots :
« A horse ! A horse !My kingdom for a horse ! »
Ce qui, dans notre langue, revient à :
« Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! »
Certains historiens anglais, et non des moindres, modifient ainsi le texte royal
« A horse ! A horse !My crown for a horse ! »
C’est-à-dire :
«Un cheval ! Un cheval ! Ma couronne pour un cheval ! »
(Car en anglais, «crown »**signifie « couronne », ustensile dont, encore à nos jours, – et on parle de civilisation ! – un petit nombre d’individus n’hésitent pas à se parer la tête, sans que personne dans l’entourage de ces loufoques ne songe à sourire, seulement.)
Richard III, à ce moment critique, prononça-t-il :
« Kingdom » ou « Crown » ?
Tout est là.
Eh bien, un document que nous avons sous les yeux, nous permet de trancher ce différend.
Richard III employa le mot «Crown »,**mais pas dans tout à fait le sens que lui attribuent certains historiens anglais, et non des moindres.
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Le document dont je parle plus haut, n’est autre qu’une lettre écrite à sa famille, le soir même de la bataille de Bosworth, par un soldat du pays de Galles.
Extrayons ce passage :
« … Dans tout événement, même le plus grave, chers parents, le comique ne perd jamais ses droits. Poursuivis par un ennemi des plus acharnés, nous galopions éperdus. Le roi Richard avait pris les devants. Tout à coup, nous voilà pris d’un insurmontable éclat de rire en apercevant Sa Majesté, les quatre fers en l’air. Le sire eut bientôt fait de se ramasser, mais point le cheval. Et, comme nous l’avions rejoint, le royal fuyard n’eut-il point le toupet de nous offrir une couronne 1**pour l’une de nos montures ? Nous n’en revenions pas, et pour être sûr d’avoir bien entendu, je demandai au roi : « Combien, vous dites ? (How much do you say ?) Il nous répondit : « One crown ! One crown for a horse ! » Dégoûtés de tant d’avarice alliée à tant de cruauté, nous abandonnâmes à son sort ce damné monarque ! »
Voilà donc encore un point d’histoire fixé !
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1.Vous me permettrez bien, monsieur le rédacteur, d’ortografier ainsi le nombre « sept ». Autrefois on écrivait « ung » et « huict ». L’usage biffa ce « g » et ce « c » superfétatoires. La survivance du « p » de « sept » est un scandale autrement grave, ne vous semble-t-il pas, que celui des biens de mainmorte ? (Note de notre correspondant.)
1.Je demande aux lectrices pardon de l’impoétique trivialité de ce détail, mais lorsque, comme moi, on écrit pour la postérité, on s’abolit à tout jamais le droit de broder ou d’arranger les choses. Ne voyez en moi qu’un pâle esclave de la vérité (lividus servus veritatis).
1.Le vrai mot français est raboutir ; mais, je ne sais pas pourquoi, ce mot-là me dégoûte.
1.Et le piéton donc ! À ce propos, les piétons ont-ils leur saint !
2.La hiérarchie populaire est pourtant fertile en calembours de cette sorte. Les paysans de chez moi font un pèlerinage à « Saint-Utrope », pour se guérir de l’« utropysie ». (Lire « Saint-Eutrope » et « hydropisie ») Et d’autres... !
3.Le naphte est abondant dans ces parages. Élie n’eut qu’à en distiller.
1.Très gracieusement, je me mets à leur disposition pour cette petite liquidation. Prière d’affranchir les envois.
1.De zoo,animal, et aggelos,messager.
1.ddiamètre des fonds.
1.Le radium, en effet, n’a épaté que les poires. Le radium émet de la lumière, tous les métaux émettent de la lumière. La seule et mince différence qui sépare le radium des autres métaux, c’est la faible chaleur nécessaire à son incandescence. De même, pour fondre, le mercure se contente de ce que nous appelons la température ordinaire, ce qui ne prouve pas que le mercure soit un métal en marge des autres. Cette histoire de radium est le plus grand bluff du XIXe siècle ; je le démontrerai bientôt, irréfutablement, dans une conférence dont le souvenir ne sera pas près de s’effacer.
1.Cette configuration ombilicale était très bien portée chez les Romains. Il est d’ailleurs visible que le mot nombrilvient de nombre,sans quoi il n’aurait aucune espèce de signification. On vient du reste de trouver récemment dans les fouilles de Pompéi une magnifique collection de nombrilsromains de l’époque, figurant des cinq, des sept et des neuf (en chiffres romains, bien entendu). De nos jours ces formes ont totalement disparu. C’est du moins l’opinion de M. Honoré Trouillard, le sympathique président de la Société des Recherches Ombilicales de la Vienne-Inférieure.
1.Nous serons vivement reconnaissants à nos lecteurs de ne pas relever cette bizarre assertion de notre collaborateur, fortement grippé en ce moment. (Note de la Direction.)
1.Fiacres.
2.Je tiens beaucoup à cette ortographe, quoi qu’ait pu en dire notre regretté oncle ; n’écrit-on pas lionceau, louveteau, baleineau, etc., etc. ?
1.Ne perdons jamais une occasion de conspuer la mémoire de celui qui, prenant parti pour la fourmi contre la cigale, cita complaisamment le mot atroce : « Ah ! vous chantiez, etc., etc. »
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.