Chapitre 8 Le Panthéon anthume
Les projets, certes, ne manquent pas de rajeunissement du Panthéon, car, entre nous, le Panthéon est bien vieux jeu, bien raplapla : quantité de Parisiens, de vrais Parisiens, rougiraient à goûter là leur solennel et définitif repos.
Parmi ces projets, certains se montrent dignes d’arrêter un instant notre bienveillante attention.
D’autres, vaut mieux n’en parler point, ou, si nous les citons, que ce soit pour en flétrir le saugrenu, le manque de tact, l’indécence.
Telle cette proposition que je voyais tout au long détaillée dans le dernier numéro du Sourire,sous la signature, pourtant respectée jusqu’alors, de l’auteur de ces propres lignes, et dans laquelle n’est-il point question de dorénavant remplacer les classiques sépultures par d’immenses bocaux en cristal remplis d’alcool, au sein desquels flotteraient, pour l’éternité glorieuse, les corpses,comme disent si bien les Anglais, de nos grands hommes.
Le grand défaut du Panthéon, tel qu’il existe actuellement, c’est son manque absolu d’intérêt.
Un mur derrière lequel il se passe quelque chose, je ne connais rien – quoiqu’on plaisante – de plus passionnant.
Mais un tombeau dans quoi ne se passe rien, qu’est-ce que vous voulez que cela me f… ?
Le grand tort, dans ce genre d’entreprise, c’est d’attendre que les grands hommes soient effectivement décédés pour les faire entrer dans l’immortalité – j’entends l’immortalité officielle.
Pourquoi faire attendre au Bonhomme Génial la sublime consécration des pieux pèlerins quotidiens et défilatoires ?
… Et voici comme je verrais le mode nouveau d’à ses grands hommes la Patrie reconnaissante.
Abandonnées les caves du Panthéon aux vieux Voltaires et autres Rousseaux !
À nous, le vaste hall – si j’ose m’exprimer ainsi – inondé de clarté, orné de doux Puvis !
Tout autour de la salle, se dressent des estrades harmonieuses, sur chacune desquelles un sacré grand homme – je veux, par là, désigner un vieux monsieur qu’une commission spéciale aurait, de son vivant encore, sacré grand homme – s’offre complaisamment aux regards émus des visiteurs.
Derrière le sacré grand homme, de fort jolies jeunes femmes, presque entièrement dévêtues, agitent des plasmes en palmodiant…
(Allons bon ! voilà que je me trompe !)
… agitent des palmes en psalmodiant des hymnes qu’accompagnent en sourdine les orchestres les plus mystérieux, sous la direction de notre ami Claude Debussy.
On ferait payer un franc à l’entrée, et j’ai comme une idée que ça ne désemplirait pas.
(Cent sous le vendredi.)
q