‹ A quoi tient l'amour? Contes de France et d'AmériqueChapitre 79 sur 90 · I

I

La _Messe des Anges_ se dit, comme on le sait, devant le cercueil des petits enfants.

Qui de nous n'y a assisté une fois au moins? Quand on est jeune, on y vient d'un coeur distrait; on pense à bien autre chose, en vérité. On s'étonne de ces cérémonies, de ces douleurs, de ces pleurs, de ces sanglots. Tout cela pour un petit être, né d'hier, qui savait à peine parler, et dont le chétif cadavre tient dans une bière à peine plus large qu'une boîte à violon!

Quand on a soi-même un enfant, l'impression est toute différente.

Voici. On rentre chez soi, on trouve une lettre bordée de noir, on lit ces mots si étrangement douloureux: «Vous êtes prié d'assister aux Convoi, Service et Enterrement de mademoiselle Blanche-Marie, décédée dans sa troisième année, chez ses parents. _Laudate, pueri, Dominum!_» Et ces simples lignes vous émeuvent jusqu'au fond du coeur. Subitement assombri, vous embrassez la chère et tendre fillette qui vous reste, à vous, qui vous sourit, un peu gênée par votre tristesse, et que la mort peut aussi, tout d'un coup, sans motif, irréparablement, arracher de vos bras.

Puis, vous allez à la _Messe des Anges_.