‹ Abélard, tome 1Chapitre 4 sur 27 · II.

II.

AUTORITÉS POSTÉRIEURES AU XIIIe SIÈCLE.

1.--Un grand nombre d'historiens qui ne s'occupaient point spécialement d'Abélard, ont été conduits par leur sujet à écrire sa vie ou à en donner le sommaire, particulièrement d'après l'Historia calamitatum et Othon de Frisingen.

Le premier me paraît être Bertrand d'Argentré, un des plus anciens historiens français de la Bretagne. (L'Histoire de Bretaigne, 1 vol. in-fol., 1538, liv. I, chap. XIV, p. 74; liv. III, chap. CIII, p. 236 et suiv.) C'est un court résumé de l'histoire d'Abélard, d'après Othon de Frisingen.

Pasquier a donné un abrégé de l'Historia calamitatum, de son temps encore manuscrite, en y joignant quelques détails et quelques réflexions. (Les Recherches de la France, liv. VI, chap. XVII, p. 587 et suiv.; liv. IX, chap. V, VI et XXI.)

Tritheme, dans son Catalogue des écrivains ecclésiastiques, insère un article pris dans les chroniques déjà citées. (De Scriptoribus ecclesiasticis, in J. Trithemii Span. Oper. histor., in-folio, 1604, part. I, p. 276.)

Duboulai, dans son Histoire de l'Université de Paris, compose en divers passages une biographie à peu près complète, d'après d'Amboise, Othon de Frisingen, Jean de Salisbury, saint Bernard et ses biographes. (Coes. Egassii Buloei Historia Universitatis parisiensis, 6 vol. in-folio, 1665, t. I, p. 257, 272, 349, 445; t. II, p. 8 et suiv., 53, 68, 85, 107, 157, 162, 168, 200, 242, 715, 733, 739, 753, 759 et suiv.)

Le père Gérard Dubois raconte aussi, à leurs époques, dans l'Histoire de l'Église de Paris, les événements de la vie d'Abélard. (Gerardi Dubois aurelianensis Historia Ecclesia parisiensis, 2 vol. in-folio, 1690, t. I, lib. XI, cap. II, p. 709, etc.; cap. VII, p. 774, etc; t. II, lib. XII, cap. VII, p. 64 et 178, etc.)

Jacques Thomasius a écrit une vie d'Abélard où il y a de l'érudition et des erreurs. (Petri Abelardi vita in Hist. sapient. et stult. a Christ. Thomasio, t. 1, p. 75-142, 1693, Hal. Magdeb.)

Citons encore Dupin, dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques. (Hist. des controv. et des mat. ecclésiast. traitées dans le XIIe siècle, 1696, chap. VII, p. 360, etc., 392 à 412.)

Le père Noël Alexandre. (Natalis Alexandri Historia ecclesiastica, 7 vol. in-folio, 1699, t. VI, dissertat, VII, p. 787 et seq.)

L'abbé Fleury. (Histoire ecclésiastique, liv. LXVII et LXVIII, p. 307, etc., p. 406, etc., p. 547, etc., du t. XIV de l'édition in-4°.)

Casimir Oudin. (Commentarius de scriptoribus Ecclesioe antiquis, 3 vol. in-folio, 1723, t. II, sect. XII, p. 1160 et seq.)

Dom Remy Ceillier. (Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1729, 23 vol. in-4°, t. XXII, chap. X, p. 484-494.)

Le père Longueval, jésuite. (Histoire de l'Église gallicane, Paris, 1730-49, 18 vol. in-4°, t. VIII, liv. XXIII, p. 350 et suiv., 414 et suiv; t. IX, liv. XXV, p. 22 et suiv.)

Dom Guy Alexis Lobineau, dans son Histoire générale de Bretagne, 2 vol. in-folio, 1707, t. I, liv. V, p. 139 et suiv. C'est un récit assez complet, écrit avec modération et bienveillance, et que je regarde comme la base des récits postérieurs.

Dom Hyacinthe Morice, dans l'ouvrage qui porte le même titre; autre récit plus sommaire et dans le même esprit. (Hist. gén. de Bret., 5 vol. in-folio, 1744, t. I, liv. II, p. 96 et suiv.)

Baronius, et surtout son commentateur Pagi, dans ses notes. (Annales ecclesiastici, 43 vol. in-folio; Lucques, 1738-57, t. XVIII. Voyez le texte à l'an 1140 et les notes aux années 1113, 1121, 1129, 1131, 1140 et 1142.)

On peut citer également l'Histoire de la ville de Paris, par les pères Félibien et Lobineau (5 vol. in-folio, 1725, t. I, liv. III et IV); l'article Abélard du Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, par le révérend père Richard (6 vol. in-folio, 1760), et le § II du liv. I de l'Histoire de l'Université de Paris, par Crevier. (T. I, p. 111-193, 7 vol. in-12; Paris, 1761.)

Le père Niceron a publié une vie d'Abélard qui n'est guère que l'analyse de celle de D. Gervaise. (Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, 42 vol. in-12, 1729, t. IV, p. 1 et suiv.)

Mabillon, ou son continuateur Martene, donne, dans les Annales bénédictines, une biographie par morceaux détachés qui vaut à beaucoup d'égards les précédentes, Annales ordinis S. Benedicti. (6 vol. in-folio, 1739, t. IV, lib. LXXIII, p. 63 et seq., 84 et seq., 324 et seq., 356 et seq., 991, 1085, etc.)

L'article d'Abélard, dans l'Histoire de la philosophie, de Brucker, mérite aussi d'être lu, tant pour la critique que pour la biographie. (Jacobi Bruckeri Historia critica philosophiae, 6 vol. in-4°, Lipsiae, 1766, t. III, pars II, lib. II, cap. III, sect. II, p. 716, 734, etc.)

Nous ne faisons que mentionner l'histoire d'Abélard par Diderot, dans l'article Scolastique de l'Encyclopédie.

II.--Parmi les biographies proprement dites, nous citerons particulièrement:

La Vie de Pierre Abeillard, abbé de Saint-Gildas, et celle d'Héloise, son épouse, 2 vol. in-12, 1720, par D. Gervaise (François-Armand). Cet ouvrage est intéressant: l'auteur, quoique ancien abbé de la Trappe, est un apologiste enthousiaste; le récit est fait avec soin, même avec assez d'exactitude quant aux faits essentiels, mais enjolivé de détails romanesques. Il est vrai que Gervaise a été accusé par Saint-Simon d'avoir eu lui-même une intrigue galante avec une religieuse.

L'article Abélard, dans le Dictionnaire de Moreri, dans le Dictionnaire critique de Bayle, ainsi que les articles Héloïse, Paraclet, Foulque, Bérenger, Fr. d'Amboise.

The History of the lives of Abeillard and Heloisa, by the rev. Joseph Berington, 2 vol. in-8°, Basil, 1793. Cet ouvrage fort estimé contient, avec une biographie étendue, une traduction et le texte des lettres d'Héloïse et d'Abélard. Il est intéressant, mais il n'a pas été composé d'après les autorités contemporaines, et l'auteur a pris pour historiques tous les détails romanesques inventés par D. Gervaise.

Abailard et Héloïse, avec un aperçu du XIIe siècle, par F.C. Turlot, 1 vol. in-8°, 1822.

L'article d'Abélard dans l'Histoire littéraire de la France, ainsi que celui d'Héloïse. Ces articles ont été rédigés par dom Clément avec beaucoup de soin et de critique, mais avec une sévérité qui tombe dans l'injustice. Ils ont été réimprimés, l'Académie des inscriptions ayant donné une nouvelle édition du volume où ils sont insérés, et M. Daunou y a joint quelques notes. (Histoire littéraire de la France, t. XII, 1830, p. 86 et suiv., p. 629 et suiv.)

L'Essai sur la vie et les écrits d'Abailard et d'Héloïse, par madame Guizot. (oeuvres diverses et inédites de madame Guizot, 1828, t. II, p. 319.) L'ouvrage qui n'est pas fini est le plus remarquable pour le fond des idées et pour les vues qu'il contient; il a été terminé par M. Guizot et placé à la tête de l'édition illustrée des Lettres d'Abailard et d'Héloïse, traduites par M. Oddoul. (2 vol. in-8°, Paris, 1839.) Cette dernière édition renferme un assez grand nombre de pièces et de témoignages, le spécimen d'un des manuscrits des lettres, quelques fragments de MM. de Chateaubriand, Michelet, Quinet, etc.

Les dictionnaires et recueils biographiques, qui tous en général contiennent un article Abélard. Nous citerons celui de M. d'Eckstein, dans l'Encyclopédie des gens du monde, t. I; celui de M.P. Leroux, dans l'Encyclopédie nouvelle, t. I; celui de M. Géruzez, dans le Plutarque français, t. I; M. Barrière y a donné l'article Héloïse.

La traduction des lettres d'Héloïse et d'Abélard, par le bibliophile Jacob, insérée dans la Bibliothèque d'élite, in-12, Paris, 1840. Cette traduction, fort bien faite, est précédée d'une notice intéressante et détaillée qu'on doit à M. Villenave, sous ce titre: Abélard et Héloïse, leurs amours, leurs malheurs et leurs ouvrages.

Parmi les anciennes traductions, assez peu remarquables, on ne doit conserver que celle de Bussy-Rabutin, réimprimée avec de nombreuses compositions poétiques sous ce titre: Lettres d'Héloïse et d'Abélard, traduites librement d'après les lettres originales latines, par le comte de Bussy-Rabutin, avec les imitations en vers par de Beauchamps, Colardeau, etc., etc., précédées d'une nouvelle préface par M.E. Martineault, in-12, Paris, 1841.

Une biographie universelle publiée en Angleterre contient un bon article sur Abélard, The biographical Dictionary of the Society for the diffusion of useful knowledge, in-8°, t. I, London, 1842.

Les Allemands se sont peu occupés d'Abélard. On cite les deux ouvrages suivants, dont nous ne connaissons que des extraits:

F. C. Schlosser, Abaelard und Dulcin, oder Leben und Meinungen eines Schwaermers und eines Philosophen, in-8°, Gotha, 1807.

Fessler, Abaelard und Heloisa, 2 vol. in-8°, Berlin, 1808.

Abaelard und Heloise oder der Schriftsteller und der Mensch, par M. Feuerbach (Leipzig, 1844), est un mince recueil de pensées détachées qui ne m'ont paru avoir aucun rapport avec le titre[1].

[Note 1: Voici au vrai le sens tout allemand de ce titre. Il s'agit d'une Comparaison entre la vie littéraire et la vie active. Je crois qu'Abélard désigne l'une et Héloïse l'autre. C'est un recueil dont le titre revient à peu près à ceci, l'art et humanité. Les deux noms propres ne se rencontrent pas dans le cours du livre.]

Abaelard und Heloise. Ihre Briefe und die Leidensgeschichte übersetzt und eingeleitet durch eine Darstellung von Abaelards Philosophie und seinem Kampf mit der Kirche, von Moriz Carriere, in-12, Giessen, 1844. C'est une traduction des lettres, mais l'auteur l'a fait précéder d'une introduction qui se lit avec intérêt, et où il se montre au courant des plus récentes publications qui concernent Abélard.

III.--On trouve des renseignements sur les manuscrits d'Abélard, sur ses ouvrages inédits, sur la publication de ceux qui sont imprimés, dans le Thésaurus de Durand et Martene et dans celui de Pez, aux lieux cités; dans Casimir Oudin (t. II, p. 1169); l'Histoire littéraire (t. XII, p. 103, 129, 134 et 706); Fabricius (Biblioth. lat. med. et infim. aetat., ed. a P.J. Mansi, t. V, lib. XV, p. 232 et seq.); Olearius, (Joann. Gotfr. Olearii Biblioth. scriptor. ecclesiast., t. I, p. 2-4); le recueil intitulé: Historia rei litterariae ordin. S. Benedicti, par Ziegelbauer et Legipontanus (t. I et IV); celui de Guillaume Cave, (Scriptor. ecclesiast. Historia litteraria, t. II, p. 203); le Voyage littéraire de deux bénédictins (part. I, p. 245), et l'Introduction aux Ouvrages inédits d'Abélard, par M. Cousin.

Les opinions religieuses d'Abélard ont été exposées et discutées par d'Amboise, D. Gervaise, Dupin, le père Noèl Alexandre, Oudin, Lobineau, Bayle, les éditeurs des deux Thesaurus, Mabillon, dans l'édition de saint Bernard, son continuateur, dans les Annales bénédictines, l'auteur du tome XII de l'Histoire littéraire, Duplessis d'Argentré (Collectio judiciorum de novis erroribus, t. I, p. 49 et seq.), M. Neander et M. l'abbé Ratisbonne, chacun dans son Histoire de saint Bernard; (l'une traduite par M. Th. Vial, 1 vol. in-12, 1842; l'autre, 2 vol. in-12, 1840, t. II, chap. XXVII, XXVIII et XXIX.)

Les opinions philosophiques d'Abélard ont été incomplètement exposées par les divers historiens de la philosophie, qui jusqu'à ces derniers temps, ne connaissaient pas ceux de ses ouvrages où elles sont exposées. Voyez pourtant, outre Brucker déjà cité, Tennemann (Geschichte der Philosophie, t. VIII, part. I, chap. V, p. 170, Leipzig, 1810); Degerando (Histoire comparée des systèmes de philosophie, t. IV, ch. XXVI, p. 397), et la note du commencement du chap. III de notre livre II. Mais les doctrines d'Abélard ne commencent à être bien connues que depuis l'introduction de M. Cousin (Ouvr. inéd., ou Fragments philos., t. III). On peut consulter aussi l'ouvrage intitulé: Études sur la philosophie dans le moyen âge, par M. Rousselot (3 vol. in-8°, 1840-1842). Il a paru quelques dissertations en Allemagne que nous citons en leur lieu.

ABÉLARD.

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