‹ Adam, Ève et Brid'oisonChapitre 2 sur 5 · L’AMOUR DANS LE MARIAGE

L’AMOUR DANS LE MARIAGE

Lorsque, devant la «Commission de réforme du Code civil», Paul Hervieu proposa que l’_Amour_ fût inscrit parmi les obligations réciproques des époux, il émit, pour l’étonnement de beaucoup et la raillerie du grand nombre, une vérité d’ordre supérieur, capable, si elle entrait dans les mœurs et recevait de la loi une sanction pratique, de transformer et de purifier le mariage, presque toujours affaire de convenances et d’intérêt, trop rarement union des cœurs.

L’Amour, oui, mis enfin à sa place, faisant disparaître l’antagonisme que la morale bourgeoise institue entre l’élan de la passion, la chaleur de l’affection, et le mariage tenu pour une association d’argent, une transmission de biens aux enfants.

L’Amour, oui, sous toutes ses formes, allant de l’amitié tendre à l’ardeur passionnée; l’amour fait de compréhension, de bonne volonté, d’attentions mutuelles, de soutien réciproque, d’entente consentie; l’amour rapprochant les époux à travers les épreuves, les penchant enlacés sur le berceau de leurs enfants.

N’objectez pas que ce soit impossible, puisque, déjà, entre l’amour et le mariage, grâce aux épousailles des vingt et un ans (et pourquoi pas plus tôt?) la réconciliation se fait chaque jour, au profit de Roméo et de Juliette, vainqueurs des oppositions de leurs parents.

--Déjeuner de soleil, expériences fragiles, murmure-t-on.

Eh! mon Dieu! on verra bien! Laissez faire, laissez passer l’amour. C’est encore la seule, la vraie force de la vie. C’est lui qui inspire le plus de courage, d’enthousiasme, de beaux efforts. Ce sera toujours autant de pris. Et, quoi qu’on en dise, mieux vaut qu’il ennoblisse de sa présence le foyer conjugal, plutôt, exilé de sa vraie place, que de s’incarner dans les fantômes voilés, séduisants et périlleux du bonheur clandestin, de la faute étrangère.

Après l’horreur du cataclysme actuel et l’empoisonnement des âmes par la haine entre peuples, il faut que l’amour vienne vivifier la famille française et régénère le monde enténébré.

Il doit réclamer sa place au soleil, ne plus être l’instinct calomnié, le voleur de nuit que l’on redoute et qui apparaît d’autant plus attirant par son mystère, dans l’ombre de péché où la morale religieuse le reléguait et le relègue encore.

L’amour, en effet, a été de tout temps le grand banni. Morale fausse, Société avare, religions pusillanimes se sont alliées pour le clouer, comme Prométhée, sur un rocher. Mais par une équitable vengeance, le vautour immortel s’est retourné contre ses persécuteurs, et il a enfoncé dans leur cœur ses serres et son bec d’acier.

Tributaires de l’amour impérieux, les hommes et les femmes ont connu toutes les hontes de la vindicte sociale, toutes les misères du mensonge et toutes les affres de la persécution. Et ce fut justice, parce qu’ils avaient outragé, méconnu l’essence de l’amour, le plus simple et le plus pur des rythmes éternels de la vie, le grand facteur d’harmonie, l’ordre suprême des choses.

L’amour, qui portait sur son visage la candeur charmante d’Abel, cet Adonis biblique, a pris, au pourchas, la face crispée de Caïn. Il s’est faufilé comme le maître des ruses, l’envoûteur ténébreux. Il a connu la bêtise justicière d’une Société qui voyait en lui le spoliateur, alors qu’il était l’ami des êtres et leur rachat, une providence aux mains douces. Il a connu les prisons, les fosses de terre vive, les bûchers. Son martyrologe emplit l’histoire des siècles. L’amour vécut des chaînes aux pieds: on le lapida, on fouetta à vif son beau corps d’éphèbe ou de jeune femme. Il n’est pas de jour encore où il ne marche ensanglanté.

Il triomphera pourtant.

Non seulement dans les unions qui, en face de la convention hypocrite, dressent déjà la franchise de leur tendresse courageuse, mais de plus en plus dans un mariage où soufflera, avec l’air du dehors, la liberté.

LA FEMME ET LA POLITIQUE

LA PART DES FEMMES

Oui, leur part. Pourquoi ne la réclameraient-elles pas? D’ailleurs, ont-elles le choix? C’est ce que l’on ne se demande pas assez.

Le choix, comment l’auraient-elles? Ce ne sont pas elles qui ont codifié les conditions de la vie moderne. Elles en sont les premières victimes. Ce n’est pas d’hier que Michelet a poussé son cri d’alarme devant ce qu’il appelait un sacrilège: la femme entrant dans l’arène, concurrente de l’homme aux labeurs, aux salaires, lui disputant ce pain que, de moins en moins, il partage avec elle.

La femme veut vivre, voilà tout. Et c’est son droit.

Elle n’a vécu jusqu’à présent que comme reflet, comme écho, comme esclave, dans l’ombre de l’homme. Elle n’a pas eu de vie personnelle. Elle y prétend. Et elle ne réclame que son dû.

La part des femmes? Mais si l’on y réfléchit, combien elle est mince encore! Combien peu elles ont leur droit de cité, leur droit légal, familial, leur droit humain! Loin de nous insurger contre ce qu’elles ont acquis, disons-nous bien que c’est fort peu de chose à côté de ce qu’il leur reste à acquérir.

Voyons ce qu’a conquis la femme, et voyons tout ce qu’elle n’a pu conquérir encore et que détient l’orgueil masculin, la suprématie du plus fort, de celui qui fait les lois et les applique.

La femme, c’est le fait primordial, est entrée dans l’enseignement. Elle s’est fait reconnaître comme éducatrice. On l’avait vue femme de lettres, actrice, ouvrière du luxe ou de la peine, commerçante, infirmière; on l’avait vue peintre, sculpteur; on l’avait vue courtisane. On ne l’avait pas encore vue professeur; elle l’est. Mais depuis combien de temps?

C’est en 1869 que la première candidate au baccalauréat se vit renvoyée durement à ces travaux ménagers, que l’Arnolphe de Molière assigne à la femme: couture, broderie, etc. C’est de 1881 que date la fondation des lycées de jeunes filles, en 1886 seulement que les femmes, admises dix-huit ans plus tôt à la Faculté de médecine, concourent pour l’internat.

En vérité, c’est d’hier. D’hier qu’elles sont doctoresses, avocates. D’hier qu’elles travaillent à l’École des beaux-arts et à la Villa Médicis.

Leurs victoires, on les chiffre moins à la quantité qu’à la qualité. Contre tant d’hommes détenant places, fonctions, honneurs, on cite une femme qui, par miracle, grâce à un ministre libéral, représente ses millions de compagnes dans les assemblées de choix.

On cite, en 1888, une femme qui entre au Conseil supérieur de l’Instruction publique. En 1900, une autre qui pénètre au Conseil supérieur du travail, au ministère du commerce. Une encore, féministe éminente, prend part aux travaux de la commission extra-parlementaire du régime des mœurs. D’autres deviennent membres du Conseil supérieur de l’assistance et de l’hygiène. Et Mme Curie a professé à la Sorbonne.

Exceptions!

En revanche, si la femme peut défendre en justice une cliente ou un client, elle est inapte à juger. Toute sa connaissance du droit ne lui permet pas de passer de la barre au tremplin du tribunal. Et quand a été créée la grande commission de révision du Code civil, on a vu cette iniquité: aucune femme ne venant s’asseoir à cette table d’hommes, d’hommes légiférant sur des femmes.

La femme peut être témoin dans les actes de l’état civil, mais elle n’a point qualité pour les dresser, les enregistrer, les prononcer. Elles ne sont ni secrétaires de mairie, ni adjointe.

Pour une à la Sorbonne, en est-il à l’Institut? Certaines, dont le nom vient à l’esprit immédiatement, dépareraient-elles l’Académie française? N’y tiendraient-elles pas avantageusement la place de tel ou tel? Combien sont chevalières de la Légion d’honneur? Combien ont la rosette?

Ceci pour les titres officiels.

Au point de vue de sa capacité civile, n’est-il pas invraisemblable que la femme, en se mariant, abdique sa personnalité, et, au regard de son mari et de ses enfants, devienne la première servante de la maison? N’est-il pas révoltant qu’elle soit, dans son ménage, sans pouvoir, sans argent, sans droits, dépossédée de son âme et de son corps?

Au point de vue politique, son rôle est nul.

En vain, deux projets de loi ont-ils été déposés et demeurent enterrés sous la poussière et l’oubli; l’un proposait d’admettre aux élections municipales, cantonales, législatives, les femmes célibataires, veuves et divorcées; un autre, en 1906, plus libéral, appelait au vote les femmes mariées, mais restreignait leur voix aux élections des conseils municipaux, des conseils d’arrondissement et des conseils généraux.

En vain, le Conseil national des femmes organisait-il jadis un vaste pétitionnement, qui ralliait l’appui du Comité central de la Ligue des Droits de l’homme, soit 73.000 adhérents. La femme française, mineure en son foyer, reste mineure en l’État.

Mais, patience!

S’il est vrai que l’union fait la force, cette vérité servira surtout aux femmes, à leur merveilleux pouvoir d’action, de propagande. Les ruches se réveillent, les fourmilières s’agitent.

Aujourd’hui, les femmes de presque tous les pays ont une arme de revendications: c’est le Conseil international, qui, en 1888, naquit d’un Congrès à Washington, et d’un autre à Chicago, en 1893.

D’année en année, le Conseil international des femmes, constitué par un bureau de sept membres et tenant des assemblées quinquennales, a vu s’affilier les groupements féministes constitués dans chaque pays en Conseil national.

D’abord, le Canada, puis, successivement, la représentation des femmes suédoises, anglaises, celles de la Nouvelle-Zélande. Puis ce fut le tour de la République Argentine, de la Suisse, de l’Autriche, de la Norvège et de la Belgique. En 1906, vingt et un Conseils nationaux étaient entrés dans cette confédération des intérêts féminins.

L’avenir est là. On l’a vu aux Congrès de Londres, de Berlin, au Congrès interquinquennal de Paris. On le verra de plus en plus, le jour où la femme qui, jeune fille ou mariée, ne peut disposer de son argent, pourra, grâce à de plus justes lois, disposer de ce qui lui appartient et le mettre au service de la cause commune.

On ne saurait nier la magnifique éclosion d’idées, le mouvement que par la presse, les revues et journaux féministes, les conférences, les groupements, Sociétés, Congrès de toute nature, ont affirmé, en ces dernières années, les efforts de la femme française.

Là, l’élite remplace le nombre. Mais le nombre viendra, soyons-en sûrs, à l’élite par l’élan invincible des circonstances. Souvent, à la lenteur du progrès, on ne mesure pas la marche des grands mouvements économiques et sociaux. On entend des craquements, on voit des fissures, et l’on perçoit bien qu’un grand fleuve souterrain circule.

Tel est le destin de la poussée féministe.

Elle s’amasse, elle s’accroît, elle rallie les hésitantes, elle fait corps avec toutes les faibles, elle se lasse autour des révoltées.

Bientôt, le fleuve crèvera de terre. Et la femme aura accompli sa révolution.

LA VOIX DES FEMMES

Parviendront-elles, après la guerre, à se faire entendre? Amèneront-elles l’opinion, le Parlement à leur reconnaître ce droit de suffrage, ce droit de vote et d’éligibilité qui devient peu à peu, pour toutes les classes féministes, le but commun?

Que la femme doive pouvoir voter, une fois remanié le suffrage universel, cela ne fera aucun doute pour ceux qui reconnaissent en elle l’égale ou l’équivalente de l’homme. Comme lui elle pense, comme lui elle vaut, et surtout comme lui elle travaille. C’est là son titre indéniable, ses véritables lettres patentes. C’est ce qui lui donne titre à parler, c’est ce qui l’autorise à prendre sa part des responsabilités civiques, puisqu’elle assume, elle aussi, sa part des charges économiques.

Six millions de femmes, avant la guerre, exerçaient une profession. Et combien plus? à présent! Six millions de femmes,--chiffre déjà énorme!--maniaient l’aiguille, la plume, l’ébauchoir, le livre d’enseignement, le scalpel, le Code, les leviers, les volants, les manettes à l’usine, la machine à écrire dans les bureaux, la bêche et la brouette aux champs. Qu’elles montent sur les planches, reines d’un soir, ou qu’elles récurent les casseroles et mijotent le ragoût, servantes de tous étages; que de leurs doigts agiles elles confectionnent le chapeau coquet ou la robe harmonieuse; qu’elles aunent du ruban ou aident les bébés à naître, six millions de femmes en temps normal luttent, triment, gagnent leur pain, et quelques-unes la brioche, au prix de leur labeur; et combien là-dessus ne gagnent même pas, avec les chômages et les mortes-saisons, sans parler des grèves, de quoi manger à leur faim!

Dites-vous que près de trois millions de paysannes se courbent sur la terre, qu’on compte près d’un million de domestiques femmes, près d’un autre de couturières de divers métiers, près d’un autre encore d’ouvrières d’usine. Le solde se compose de milliers et de milliers d’institutrices, d’employées, de modistes, d’accoucheuses, de quelques centaines, de doctoresses, d’écrivains, d’artistes.

Refusera-t-on à ces laborieuses le droit de choisir des mandataires conscients ou conscientes de leurs intérêts; et n’ont-elles pas le droit et le devoir de s’intéresser aux grandes questions d’assistance ou de protection de l’espèce, qui, pour elles particulièrement, sont des questions vitales?

Après l’admirable labeur fourni, pendant la guerre, par les femmes françaises, après l’organisation civile et militaire des femmes anglaises conquérant ainsi de haute lutte leur droit de _suffragettes_, il est superflu de revenir sur les raisons de principe qui militent en faveur du suffrage des femmes. Assez de faits acquis démontrent que les femmes peuvent voter avec sagesse, sans nuire à leur rôle familial, et qu’elles seront les meilleures artisanes du progrès social.

Le suffrage des femmes en France n’est point, au surplus, la nouveauté qu’on croit. Elles ont voté pour les États généraux, et exercé ce droit, par procureur, il est vrai. Les noms des femmes côtoient ceux des hommes sur les listes électorales des États généraux de 1789. Elles ont figuré aussi aux assemblées communales, en raison du rang qu’elles occupaient dans la commune, la ville ou le fief. En 1848 elles ont réclamé leurs droits, lorsque le suffrage universel a été accordé aux hommes.

Reproduira-t-on le sot argument que la femme ne paie pas l’impôt de la guerre? Mais d’une statistique, d’ailleurs délicate et complexe à établir, il semble résulter que la maternité, le plus périlleux des devoirs et le plus lourd, a sacrifié cinq à dix fois plus de femmes qu’il n’est tombé d’hommes sur les champs de bataille. Ceux qui refusent aux femmes le bulletin de vote, sous prétexte qu’elles ne paient pas l’impôt du sang, devraient logiquement accorder de cinq à dix bulletins supplémentaires à chaque mère.

N’est-il pas extraordinaire de penser que le suffrage universel met le bulletin de vote dans les mains d’une masse d’esprits ignorants, d’alcooliques, d’êtres immoraux et tarés, et qu’il le refuse à des milliers de femmes courageuses, laborieuses, force de la race et soutien véritable du pays? Songez donc qu’en Angleterre, il y a déjà 312 doctoresses, 190 médecins-femmes dentistes, 10 vétérinaires, 380 journalistes, 98 agents de change, 453 huissiers, 3,699 peintres, photographes ou dessinateurs attachées à la presse. Songez qu’en Amérique, dans les compagnies de chemin de fer, des femmes sont chefs de traction, directrices, membres actifs des conseils d’administration.

Il n’est que de constater ce qu’elles ont fait, dans les pays où elles votaient il y a déjà dix ans. Les résultats sont d’une rare éloquence.

Aux États-Unis le droit de vote politique fut accordé aux femmes dans quelques États de l’Ouest. Mais c’est à la Nouvelle-Zélande et en Australie que le mouvement a pris le plus d’ampleur.

Dans ce dernier pays, l’influence des femmes a fait voter une excellente législation pour la protection des ouvrières: journée de huit heures, hygiène exemplaire, salaires suffisants. L’influence des femmes a fait améliorer la législation des industries pour les hommes eux-mêmes. Elle a contribué à la protection des enfants, au relèvement du niveau moral du peuple, à la lutte contre l’alcoolisme et la passion du jeu, à la grande œuvre humanitaire des retraites générales pour la vieillesse qui, sur le budget de l’État et sans contribution des intéressés, doit assurer une retraite à tous les Australiens âgés de plus de 65 ans.

Dans la Nouvelle-Zélande, le suffrage des femmes, dû à sir Robert Stout, a exercé la plus heureuse influence. Il a instauré une législation antialcoolique dont pourraient s’inspirer nos législateurs, et en vertu de laquelle la plupart des districts ruraux ont voté l’interdiction absolue de la vente de l’alcool. Les villes ont suivi peu à peu l’exemple, et dans un temps prochain, grâce aux femmes, l’alcoolisme et ses terribles dangers auront vécu à la Nouvelle-Zélande.

En Europe, les femmes votent en Finlande, elles votent en Norvège. L’expérience faite en Finlande n’a pas été moins rassurante que dans le Nouveau-Monde. Là encore les femmes ont fait voter l’interdiction absolue de la vente de l’alcool, fixer à huit heures la journée de travail dans la boulangerie, discuter un grandiose projet d’assistance maternelle, d’après lequel les mères nécessiteuses resteraient salariées six semaines avant et huit semaines après l’accouchement, tout en cessant leur travail. En 1907, dix-neuf femmes ont siégé à la Diète finlandaise, et vingt-cinq en 1908. Parmi ces députées, on trouvait une inspectrice du travail, une directrice de bureau de placement ouvrier, six institutrices, cinq couturières, une blanchisseuse, deux domestiques, deux ouvrières de fabrique, une ancienne étudiante et une doctoresse.

La moitié de ces députées sont des mères de famille ou des femmes mariées, qui attestent ainsi la compatibilité de leur fonction politique avec leur fonction maritale ou maternelle.

Voilà donc qui est établi; aux deux bouts extrêmes du monde, mues par le même instinct de solidarité généreuse, les femmes ont fait voter la protection de l’ouvrière et de l’ouvrier, l’abolition de l’alcoolisme, ont réclamé la retraite pour la vieillesse et l’assistance aux mères.

Que répondre à cela? Il ne s’agit pas de plaidoiries pour ou contre, d’incursions en Utopie; nous nous trouvons devant des réalités. Et je ne parle pas d’autres revendications, comme, en Finlande, le droit à l’héritage pour les enfants naturels, des peines sévères pour les mauvais traitements infligés aux enfants, l’extension des droits de la femme mariée, la création par les communes d’établissements d’éducation pour les enfants pauvres et abandonnés, etc. Toutes mesures inspirées d’un esprit noble, d’un sens élevé de la justice.

Mais si aucune des craintes que l’on pouvait avoir ne s’est justifiée, si la famille n’a subi aucune atteinte, si l’on n’a pas vu le mari et la femme séparés d’opinions, ou la femme désertant son logis pour courir les clubs alors que ses marmots braillent ou que le rôti brûle, si--crainte plus sérieuse--on n’a pas vu les suffrages féminins modifier l’orientation politique, en revanche on a pu mesurer les bienfaits de leur immixtion dans la vie publique.

Le régime parlementaire s’en est trouvé assaini du coup, relevé comme niveau moral. Peut-être le rigorisme des femmes australiennes a-t-il été un peu excessif dans son traditionalisme, puisqu’elles n’ont admis comme candidats que des époux et des pères de famille irréprochables, excluant ainsi de la vie publique quelques personnalités de valeur dont la vie privée était indépendante. Mais ce sont excès où le mieux est l’ennemi du bien. Cela se tassera. Les femmes deviendront de plus en plus libérales, affranchies des dogmes rigoureux ou des morales trop étroites.

Ce qu’elles ont fait déjà est admirable. On ne le saura jamais assez. On ne le dira jamais trop. Elles ont conquis par là pour leurs sœurs de tous pays le bulletin de vote mondial.

LA FEMME ET LE MARIAGE

LE VIEUX MARIAGE

Nous vivions sous la loi d’un vieux mariage, à peine rajeuni par le divorce étroit et l’indulgence blasée des juges en matière d’adultère.

La guerre est venue.

Elle a été la pierre de touche de bien des unions. Affranchie de la présence du mari, parfois avec regret, parfois avec soulagement, la femme s’est trouvée exposée à mille tentations nées de sa liberté nouvelle, de l’occasion facilitée, des contacts imprévus, de l’oubli involontaire qui, au cours des longues absences, efface jusqu’à la précision des visages, enfin des ardeurs secrètes de l’abstinence, ardeurs exaspérées par l’atmosphère nerveuse de l’époque, et souvent même, aux villes frontières, par l’imminence du péril.

Sachant ce à quoi la présence brutale de l’ennemi les exposait, combien de femmes, dans un affolement de l’âme et des sens, ont préféré s’abandonner à ceux qui luttaient pour les défendre! Que de liaisons ainsi jaillies au choc de la curiosité, de l’entraînement, parfois du vice, au profit des nôtres et de nos alliés!

Sans doute un grand nombre d’épouses qui aimaient, ou qu’un devoir plus haut, une ferme conscience a retenues, se sont conservées pures. Mais elles n’en font ressortir que davantage les licences prises par les autres, licences expiées par des meurtres conjugaux, l’accroissement très sensible des divorces de guerre, prélude d’innombrables divorces de paix, quand les combattants revenus règleront leurs comptes.

Pour certains ménages raffermis, quantité, qui ne subsistaient que par la force de l’habitude ou pour la femme, le joug de la nécessité, vont se dissoudre.

La guerre, constatons-le, aura porté un coup mortel au vieux mariage, au mariage séculaire.

Et c’est une question redoutable.

Jamais, en effet, la famille n’aura eu besoin de se constituer sur des bases plus solides par la stabilité et la continuité. Jamais, après un pareil bouleversement qui a livré tant d’enfants à eux-mêmes, aux tentations de la paresse et de la rue, n’apparaît plus indispensable d’assurer, à ces consciences encore débiles, une direction parentale consciente, une sûre et ferme protection morale. Et tout témoigne que, par une antinomie fatale et irrésistible, le mariage d’autrefois, déjà ébranlé, va subir, subit déjà une crise formidable.

Momentanée? Je ne crois pas. On ne goûte pas impunément à la liberté. Et les conquêtes qu’elle sanctionne restent acquises. La femme redeviendra de moins en moins l’esclave de l’homme. Une minorité reprendra le joug, la majorité, point. La femme défendra non seulement les avantages gagnés dans l’ordre économique, mais ce qu’elle considérera comme la justice pour ses droits civils. Et les heurts rudes et peut-être cruels, qui résulteront de conflits maritaux certains, l’irriteront sans la soumettre, la pousseront à s’affirmer encore plus un être, sinon égal, du moins équivalent à l’homme.

C’en sera fini de l’infériorité humiliante consacrée par le Code, sous diverses formes: obéissance, devoir conjugal, pénalités de l’adultère. La femme n’acceptera plus que son mari ait une excuse valable à la tuer, s’il la surprend avec un amant. Elle se révoltera à l’idée qu’il puisse réclamer encore,--le Code n’a point abrogé l’article 337,--son emprisonnement comme pour une voleuse. Elle ne supportera pas davantage l’idée de faire, sans tendresse, abandon de son corps au mari, et de subir des grossesses auxquelles sa volonté n’aura point eu de part. Elle jugera révoltant le devoir conjugal que ne purifie pas un peu d’affection, ou que ne justifie pas l’élan réciproque du désir ou de la procréation.

Et si, épouse, elle entend être traitée avec égards et loyauté, mère, elle réclamera sa part d’autorité dans l’éducation de ses filles et de ses fils. Aujourd’hui l’homme décide. Seul, il peut envoyer ses enfants soit dans une école religieuse, soit au lycée. Seul, si l’enfant se rebelle, il peut exercer le droit de correction et le faire emprisonner dans une maison spéciale. La femme n’acceptera plus son rôle d’îlote. Elle l’acceptera d’autant moins qu’elle se sera rendu compte que, dans la procréation, son rôle est, sinon prépondérant, du moins le plus méritoire, le plus pénible et le plus sacrifié.

Compagne et associée dans le mariage, la femme enfin, à juste titre, voudra ne plus être victime de contrats qui inféodent ses biens au bon vouloir, au caprice, aux déprédations du mari et l’exposent à la ruine, elle et ses enfants, sans qu’elle puisse s’y opposer.

Le vieux mariage ne se rajeunira et ne s’assainira que dans la conscience de la liberté mutuelle qu’y apporteront l’homme et la femme. C’est un mouvais moyen que la contrainte pour plier les individus, car ils ne songent dès lors qu’à l’éluder; et la fréquence des adultères, jadis surtout masculins, aujourd’hui réciproques et en plus grand nombre féminins, en fait foi.

Entre l’union libre et le mariage libéré, il n’y a pas d’hésitation possible; et si le second semblait, ce qui n’est pas démontré, inférieur au mariage d’autrefois, mieux vaudrait qu’il perdurât sous cette forme que de disparaître peu à peu, comme une vieille machine grinçante, boiteuse et disloquée.

LA FEMME MARIÉE ET L’OBÉISSANCE

Le Code crée aux époux, à côté de devoirs égaux, fidélité, secours, assistance, des devoirs illégaux: à l’homme la protection, à la femme l’obéissance.

Partage dolosif, car si trop souvent la protection de l’homme est illusoire, l’obéissance de la plus faible est trop réelle, et permet au protecteur tous les abus de la force physique et de l’autorité légale.

L’obéissance de la femme se justifie de moins en moins depuis que, sortie de sa servitude, elle s’est affirmée, par son travail et son intelligence, l’égale de l’homme. Cette obéissance se justifie d’autant moins qu’elle n’est ni précise ni limitée et s’entend dans un sens absolu.

En fait, l’article 213 du Code civil place la femme sous la main-mise totale du mari. Le mari peut, en vertu de l’article 214, imposer à sa compagne le choix de leur résidence, si lointaine ou malsaine qu’elle soit, et la contraindre à y habiter. Chef de la communauté, il dispose de l’argent à sa guise; père de famille, seul il a la haute main sur l’éducation des enfants. Investi, cela va de soi, du droit de possession conjugale, il peut infliger à sa femme une cohabitation parfois répugnante et des rapports qui violentent odieusement l’âme et le corps. La loi ne laisse à la femme mariée aucune échappatoire: elle est formelle et dure comme un coup de bâton... «Obéissance au mari». Vlan!

Il est facile d’objecter qu’en fait, très fréquemment par sa patience, par son astuce, ou par son énergie selon les cas, par l’influence aussi de ses charmes, dont elle s’abaisse à jouer comme d’un appât et d’une récompense, la femme conquiert au foyer une autorité sans conteste. C’est sa revanche contre le Code: et les plus malignes mènent des maris impérieux par le bout du nez, tout en ayant l’air de leur céder. D’autres, sachant la faiblesse de leur compagnon, n’y mettent pas tant d’égards, et, à force de tracasseries ou de scènes agressives, obligent le malheureux «protecteur» à acheter, par sa soumission récalcitrante, le bienfait sans prix, cause de toutes les lâchetés intimes; la paix du ménage.

Pour celles-là l’article 213 prouve ironiquement son inutilité. Pour les autres, les timides, les dociles, les résignées, celles qui, pétries par l’éducation religieuse, subissent comme un devoir ou une expiation terrestre la volonté de leur mari, l’article 213 apparaît d’autant plus inique, dans sa rigueur vieillotte, que tout aujourd’hui dans les mœurs et l’opinion consacre l’émancipation de la femme, devenue, dans les innombrables actes de la pensée et de l’action, la concurrente de l’homme.

On se demande en vertu de quel impératif moral la femme doit, parce qu’elle est mariée, se voir privée d’ester en justice, et aussi, même non commune et séparée de biens, empêchée de donner, aliéner, hypothéquer, acquérir, à titre gratuit ou onéreux, sans l’autorisation de son mari. Et on n’en trouve pas d’autre que la sordide conception bourgeoise du mariage: une association d’intérêts au seul profit de l’homme.

L’obéissance de la femme, saura-t-on jamais quelles souffrances morales elle aura engendrées, quels désespoirs contenus, quelles révoltes sourdes de la part de celle qui, riche, n’est que l’usufruitière de ses biens, et, mère, n’est qu’une servante en titre sans droits sur ses enfants! Que de fois, devant le chantage de son «protecteur», devra-t-elle payer rançon pour voir tenir compte de ses plus légitimes désirs! L’obéissance de la femme, qui dira ce que, dans le peuple, elle représente quotidiennement de misères, de coups assénés par des brutes ivres ou violentes? Et sans le moindre recours à la loi, qui ne punit pas le mari bourreau de prison ou d’amende, qui se garde d’intervenir, puisqu’elle a prescrit à la femme l’obéissance sans limites. Que de complicités peureuses et désolées dans les mauvaises actions et jusque dans les crimes, où la femme arguerait en vain, devant les juges impitoyables, de ce devoir d’obéissance qui, en équité, devrait lui servir au moins d’excuse et de sauvegarde!

Superflu pour les bons ménages, où l’accord naît de la confiance et d’une réciproque bonne volonté, l’article 213 ne sort à rien ou sert beaucoup trop. Il écrase les seules victimes intéressantes que devrait «protéger» la sage volonté de l’homme. Il consacre de la souffrance imméritée. Il n’est plus qu’un anachronisme.

Abrogeons-le!

LE BESOIN D’AIMER

Théodore de Banville, devant un livre appelé: _Le Besoin d’aimer_, s’écriait que l’auteur avait trouvé là un titre à faire reculer d’horreur les étoiles.

Qu’eût-il dit devant celui-ci: _Le devoir conjugal_?

Si deux mots jurent d’être accouplés de la sorte, ne sont-ce pas ceux-là?

Comme si le devoir--puisque devoir il y a--avait lieu d’être prescrit à ceux qui s’aiment; et comme si, en l’imposant à ceux qui ne s’aiment pas, la loi ne se montrait pas malpropre. Est-il en effet rien de plus répugnant à penser que, pour la femme surtout, réceptive et passive, le devoir conjugal soit infligé dès la première nuit de noces, sans souci de ses pudeurs et de ses délicatesses, et imposé par la suite, quelque aversion qu’elle puisse éprouver contre un mari brutal, ou malade, ou aliéné, ou tuberculeux ou alcoolique, parfois même, sans qu’elle le sache, syphilitique? N’est-il pas révoltant de penser que ce devoir conjugal est si bien un devoir pour elle, que, en s’y refusant, elle s’expose à ce que le mari frustré obtienne contre elle le divorce?

Le devoir conjugal est cependant la pierre angulaire du mariage, non seulement religieux, mais civil, celui-ci reflétant comme toujours, avec la loi du mâle primitif, la morale sexuelle: c’est-à-dire vingt siècles de Christianisme.

Le Devoir conjugal!

L’Église a eu le mérite de le purifier en lui assignant ce but unique, la procréation, si par contre elle l’a abaissé en instituant le confesseur arbitre de l’alcôve, et en permettant à la casuistique d’entrer dans des détails singulièrement choquants.

Le droit civil, lui, n’a point inscrit le devoir conjugal parmi les obligations des époux, mais il l’a admis implicitement en reconnaissant, par la voix des tribunaux, que le refus du conjoint à l’acte d’amour ou de plaisir peut entraîner le divorce pour injure grave.

Allant plus loin, la Cour de Rome a retenu parmi les causes de nullité du mariage l’impuissance, qui est l’impossibilité matérielle d’accomplir le devoir conjugal. Elle l’a même proclamé, par une décevante interprétation, dans certains cas bizarres: telle, citée par Dumas fils «l’impuissance» de ce capitaine de cavalerie qui avait eu de sa femme plusieurs enfants.

Le droit civil, plus pusillanime, n’a pas voulu que l’impuissance caractérisée fût une cause de nullité, alors que, logiquement ce devrait être une des premières. Et voyez l’absurdité, l’impuissance ne figure à l’article 313 que pour conclure à ce beau résultat;--le père impuissant ne pourra désavouer l’enfant de sa femme adultère; mais, par contre, le fait innocent d’épouser sans dispenses préalables son beau-frère ou sa belle-sœur est qualifié d’inceste et provoque la nullité du mariage.

Ce n’est pas à la loi que nous demanderons de supprimer le devoir conjugal, puisqu’elle ne l’a pas formellement ordonné, mais aux mœurs et à l’opinion, plus puissantes que les lois. Un homme d’honneur devrait rougir de violer brutalement sa femme le soir des noces, sans avoir obtenu son assentiment et préparé les conditions les plus favorables à envelopper de douceur et délicatesse cette opération intime. Un homme d’honneur devrait avoir honte d’imposer ensuite son contact au dégoût, à l’aversion dissimulée ou seulement à la froideur de sa femme. Seul, un goujat pourra, dans des temps prochains, exiger comme un droit le devoir conjugal. Songer que des milliers de femmes subissent, à ce titre, les baisers et la luxure de tuberculeux, de syphilitiques, d’alcooliques et de sadiques, soulève le cœur et révolte la pensée.

On peut constater ainsi combien Paul Hervieu avait vu juste en demandant que l’amour figurât au nombre des obligations réciproques des époux. Avec l’amour ou à défaut l’amitié tendre, point de devoir conjugal, la libre possession. Avec l’amour ou l’amitié tendre, plus de ces procès ignobles où, preuves en mains, on arrache les draps du lit et on expose la nudité des êtres, pour cause de refus d’accomplir le devoir charnel.

En vérité, balayant les miasmes du confessionnal et l’odeur moisie du Code, il est temps d’ouvrir les fenêtres de la chambre à coucher.

LA FIDÉLITÉ ET L’ADULTÈRE

L’article 212 du Code civil prescrit aux époux une réciproque fidélité: ce qui est rationnel autant que juste. Il y fixe cette double sanction.

1º L’adultère est une cause de divorce; 2º l’adultère entraîne, sur la poursuite du conjoint lésé, une pénalité correctionnelle.

Seulement, l’homme ayant fait la loi, l’a faite comme d’habitude indulgente pour lui et rigoureuse pour la femme. Inégalité de traitement, là comme partout; la morale sexuelle est venue encore peser de tout son poids.

Si le divorce suit également pour les deux sexes l’adultère constaté, il convient de se rappeler que cette identification est récente; l’ancien texte ne permettait à la femme de demander le divorce pour adultère du mari, que lorsque celui-ci avait tenu sa concubine dans la maison commune, c’est-à-dire, presque jamais. Pas si bête!

Pour la pénalité de l’adultère, l’injustice du contraste est manifeste. Aucune répression contre le mari volage s’il papillonne au dehors; même pris en flagrant délit, il restera impuni. C’est seulement s’il a été convaincu d’entretenir une concubine dans la maison conjugale (cas exceptionnel), qu’il est taxé d’une amende de cent à deux mille francs.

D’une amende, remarquez-le, et non de la prison!

Quant à la femme, ah! la femme, c’est autre chose! A elle la culpabilité majeure, contre elle la répression léonine! L’article 337 lui inflige un emprisonnement de trois mois au moins et de deux ans au plus, tandis qu’à son complice l’article 338 inflige le même emprisonnement et en plus une amende de cent à deux mille francs.

Si cette vindicte est légère en comparaison des anciennes cruautés dont la loi barbare frappait la femme adultère et son complice, de cette variété inimaginable de tortures:--le feu, le pal, l’amputation, le poison, l’étouffement, la strangulation, la pendaison, l’écartèlement, l’ébouillantement, le dépècement, l’exposition aux bêtes, la noyade,--les mœurs en s’adoucissant et la révolte du sentiment général n’en ont pas moins conduit les tribunaux à juger trop sévères encore les articles 332, 338 et 339. En fait, et presque toujours par application de circonstances atténuantes, ils suppriment la prison pour la femme et le complice, et abaissent le châtiment au prix dérisoire de vingt-cinq francs d’amende, ce que vaudrait un délit de chasse sur la terre du voisin.

Il est apparu de plus en plus à tout le monde, en effet, que l’adultère, dénonçable par l’homme seul et suspensible à son gré, puisqu’il pouvait annuler la poursuite en reprenant sa femme, n’était pas un délit d’ordre public, mais un délit d’ordre particulier, privilégié en quelque sorte, où la Société n’avait pas à intervenir, sinon, ayant proclamé le devoir de fidélité, pour en constater l’infraction et prononcer le divorce, au cas où le mari outragé se refuserait à pardonner.

L’abaissement d’une pénalité, qui jadis n’était pas moindre que la mort, et la mort affreuse, à une bagatelle de vingt-cinq francs d’amende, cette transposition du tragique au burlesque, ont tellement déconsidéré la vengeance du mari,--car pour lui ce n’est jamais qu’une vengeance médiocre et basse,--que celle-ci même sombre dans le ridicule et ne relève plus que des couplets de revue.

En 1910, M. Viollette, devant la Chambre des députés, produisait un rapport pour l’adoption de la loi proposée par M. Paul Meunier: suppression pure et simple des pénalités de l’adultère. M. Viollette faisait remarquer avec humour que là où les supplices les plus raffinés ont échoué à maintenir la fidélité de la femme, ce n’est pas avec vingt-cinq francs d’amende qu’on l’imposera mieux. Il concluait à l’abrogation des articles précités et par suite du prix réduit de vingt-cinq francs: vingt-cinq francs, juste de quoi acheter dans un grand magasin, avant la guerre, un parapluie ou une paire de bottines pour se rendre au rendez-vous d’amour illicite et courir le risque bien suffisant du divorce. Divorce que, par une pudeur légitime presque tous les maris déguisent sous un prétexte moins désobligeant pour eux, tel que l’abandon du domicile conjugal ou l’injure par lettre.

Ce projet, qui est à reprendre, servira la cause du bon sens et de la justice.