‹ Antichambres et salonsChapitre 1 sur 3 · MADAME DE STAAL-DELAUNAY

MADAME DE STAAL-DELAUNAY

Marguerite-Jeanne Cordier, tel est le vrai nom de M de Staal. Sa mère, qui lui donna le jour à Paris le 30 août 1684, lui fit porter son nom. Des relations de famille que M de Staal a définies dans ses Mémoires avec une précision qui n’est peut-être pas de la sincérité, lui permirent de recevoir une éducation brillante, mondaine, futile, qui aurait donné à une personne moins droite, moins ferme, le goût du superflu et le mépris du travail.

M Delaunay était sans fortune, sans parents, sans espérance, et au sortir du pensionnat, elle n’avait à compter que sur les promesses vagues des protecteurs qu’avait intéressés son esprit, son bon sens. Elle le savait et cultiva d’avance son esprit, se fit un caractère, un plan de vie par des lectures scientifiques et philosophiques. Elle était dès lors en état de demander aux lettres le pain quotidien. C’eût été encore une rude épreuve pour une jeune personne ; heureusement la duchesse de la Ferté s’était mis en tête, par caprice et par obstination plus que par affection, de la faire réussir dans le monde, et elle y parvint. Elle la plaça dans la maison de la duchesse du Maine, sans savoir que sa protégée y serait une domestique, et fort éloignée, par ses fonctions, de la petite cour que tenait la princesse. Ce premier succès avait quelque chose d’humiliant, mais M Delaunay était trop raisonnable pour ne pas le regarder comme le point de départ d’une fortune médiocre et assurée. Elle finit par se faire apprécier de la princesse, et devint l’ordonnatrice des fêtes de Sceaux. Elle eut une part modeste à la politique, et on lui fit l’honneur de l’emprisonner lors de la conspiration de Cellamare. Elle resta deux ans à la Bastille. Elle en sortit pour se voir proposer le mariage par l’helléniste Dacier ; elle refusa pour garder sa place auprès de la duchesse du Maine, qui l’en récompensa en la mariant au baron de Staal, officier des gardes suisses. Elle mourut le 16 juin 1750, laissant des Mémoires, imprimés cinq ans après sa mort, avec les comédies qu’elle avait composées pour le théâtre de Sceaux. Ses Mémoires lui assurent une place parmi les écrivains et les observateurs, bien qu’on y sente la domesticité humiliée, quelque jalousie à l’égard d’une société où elle voudrait sa place et la remplirait dignement.

On consultera sur elle Sainte-Beuve qui, dans ses Derniers portraits littéraires, admire la netteté de son style et la sincérité de ses récits.

Charles Simond.

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