‹ Aphorismes du temps présentChapitre 10 sur 37 · II - L’AME DES FOULES

II - L’AME DES FOULES

Chez les hommes en foule se forme une âme collective, très différente de l’âme individuelle de chacun d’eux.

· · ·

L’âme des foules est dominée par une logique particulière inconsciente: la logique collective.

· · ·

L’homme faisant partie d’une multitude cesse d’être lui-même. Sa personnalité consciente s’évanouit dans l’âme inconsciente de la foule. Il perd tout esprit critique, toute aptitude à raisonner, et redevient un primitif. Il en a les héroïsmes, les enthousiasmes et les violences.

· · ·

· · ·

Excitabilité, fureurs subites, inaptitude au raisonnement, crédulité sans bornes, intolérance excessive, obéissance servile aux meneurs, constituent les caractères principaux des foules.

· · ·

Toujours intellectuellement au-dessous de l’homme isolé, une foule peut lui être supérieure ou inférieure dans le domaine des sentiments. Elle devient aussi aisément héroïque que criminelle.

· · ·

La foule est un être amorphe, incapable de vouloir et d’agir sans meneur. Son âme semble liée à celle de ce meneur.

· · ·

Exagérées dans leurs sentiments, les foules réclament de leurs meneurs la même exagération.

· · ·

Il est beaucoup plus facile de suggestionner une collectivité qu’un individu.

· · ·

La notion de sa puissance et de son irresponsabilité, donne à la foule une intolérance et un orgueil excessifs.

· · ·

La foule est plus susceptible d’héroïsme que de moralité.

· · ·

Il faut à la foule un fétiche: personnage, doctrine ou formule.

· · ·

L’extrême sensibilité des foules rend leurs sentiments très mobiles. Elles passent facilement de l’adoration à la haine.

· · ·

Le mysticisme, qui sature les foules, leur fait attribuer une puissance mystérieuse à la formule politique, ou au héros qui les séduit.

· · ·

Confinée dans l’affectif et le mystique, la foule est incapable de voir ce qu’apercevrait clairement l’observateur isolé. Un témoignage collectif est donc le plus souvent erroné.

· · ·

La foule ne retient guère des événements que leur côté merveilleux. Les légendes sont plus durables que l’histoire.

· · ·

Les foules exigent avant tout des espérances. Privées du sens des possibilités et douées d’une crédulité infinie, elles acceptent les plus invraisemblables promesses.

· · ·

Dans les foules, les sentiments les émotions et les croyances, exercent un pouvoir contagieux, contre lequel aucun argument rationnel ne peut lutter.

· · ·

L’affirmation, la répétition, la contagion et le prestige constituent les seuls moyens efficaces de persuader les foules.

· · ·

Une idée n’est acceptée par les foules que concrétisée en formules brèves et violentes.

· · ·

L’altruisme est une vertu collective. L’intérêt personnel, si influent sur les individus, agit peu sur les multitudes.

· · ·

Toujours impressionnées par la force, les foules le sont rarement par la bonté.

· · ·

Les foules ne respectent que les forts. Le mépris du faible a toujours été leur loi.

· · ·

A la liberté, les foules ont généralement préféré l’égalité dans la servitude.

· · ·

Quand les freins sociaux, qui contiennent les instincts des multitudes, sont brisés, elles retombent très vite dans la barbarie ancestrale.

· · ·

Il est parfois utile à un politicien d’invoquer la sagesse, le bon sens et la modération des multitudes. Les croire douées de telles qualités rend incapable de gouverner.

· · ·

Céder une fois à la foule, c’est lui donner conscience de sa force et se condamner à lui céder toujours.

· · ·

Le poids du nombre tend chaque jour à se substituer au poids de l’intelligence. Mais si le nombre peut détruire l’intelligence, il est incapable de la remplacer.

· · ·

Les foules comprennent rarement quelque chose aux événements qu’elles accomplissent.

Page 1