‹ Aphorismes du temps présentChapitre 26 sur 37 · VII

VII

LA VÉRITÉ ET L’ERREUR

Le besoin de certitude a toujours été plus fort que le besoin de vérité.

· · ·

La valeur pratique d’une vérité se mesure au degré de croyance qu’elle inspire.

· · ·

Les apparences de certitude exercent sur les âmes autant d’action que les véritables certitudes.

· · ·

Parfois peu difficile sur le choix de ses vérités, l’homme supporte toujours mal qu’on les combatte.

· · ·

La logique affective et la logique mystique ne servent pas à découvrir des réalités mais à cacher celles qu’on redoute.

· · ·

Revêtir l’erreur d’une forme séduisante, suffit souvent pour la faire accepter comme vérité.

· · ·

Les vérités formulées mettent parfois longtemps à se transformer en vérités acceptées.

· · ·

C’est nuire à la découverte de la vérité que de l’apprécier, comme les pragmatistes, d’après son degré d’utilité.

· · ·

La vérité n’est ni une entité, ni une commodité, ni une utilité, mais une nécessité.

· · ·

Avant la science, l’homme ne connaissait guère que des vérités subjectives; le rôle des savants fut de créer des vérités impersonnelles.

· · ·

Dans notre univers, les choses s’enchaînent mais ne se fixent pas.

· · ·

Il n’y a pas plus de vérité définitive pour l’homme, qu’il n’y a d’être définitif pour la nature.

· · ·

Une vérité, comme un organisme vivant, n’est explicable que par la connaissance de ses états antérieurs.

· · ·

Les êtres et les choses se modifient sans cesse. Aux réalités qui s’écoulent correspondent des vérités suivant la même marche.

· · ·

Une vérité est une étape provisoire sur une route qui n’a pas de fin.

· · ·

Il y a des vérités absolues dans le temps mais non dans l’éternité.

· · ·

Les siècles finissent par transformer en erreurs la plupart de nos vérités.

· · ·

Les vérités changent d’aspect suivant les mentalités qui les reçoivent.

· · ·

Présentée sous forme mathématique, l’erreur acquiert un grand prestige. Le sceptique le plus endurci, attribue volontiers aux équations de mystérieuses vertus.

· · ·

Beaucoup d’hommes se passent facilement de vérités, aucun n’est assez fort pour se passer d’illusions.

· · ·

Une illusion tenue pour vraie agit comme une réalité.

· · ·

Perdre une illusion n’est pas toujours acquérir une certitude.

· · ·

C’est en poursuivant des illusions, que l’homme a souvent réalisé des progrès qu’il ne cherchait pas.

· · ·

En devenant collective une illusion individuelle acquiert la force d’une vérité.

· · ·

L’erreur a peut-être rendu plus de services au monde que la vérité.