‹ Aristophane; Traduction nouvelle, tome premierChapitre 27 sur 33 · L'ESCLAVE. - L'ESCLAVE.

L'ESCLAVE. - L'ESCLAVE.

En voilà un qui fait signe!

TRYGÆOS.

Qui donc?

Qui? Ariphradès: il demande instamment que tu la lui conduises.

TRYGÆOS.

Non, mon cher, il fondra sur elle et en pompera le suc. Allons, toi, dépose tout cet attirail par terre.--Conseil, Prytanes, vous voyez Théoria. Considérez quels biens je vous apporte et je vous livre. Vous pouvez tout de suite lui lever les deux jambes en l'air et consommer le sacrifice. Voyez comme cette cuisine est belle, et c'est pour cela qu'elle est toute noircie: avant la guerre, le Conseil avait là ses casseroles. En la possédant, nous pourrons, dès demain, entrer brillamment en lice, lutter par terre, marcher à quatre pattes, la jeter sur le côté, nous tenir à genoux, tête baissée, puis, frottés d'huile, comme au pankration, frapper en jeune homme, fouiller et agir tout ensemble du poing et du pénis. Le troisième jour, après cela, vous ferez l'hippodromie, cavalier serrant de près un cavalier, attelages renversés les uns sur les autres, essoufflés, haletants, se donnant de mutuelles secousses; d'autres, épuisés par les courbes, tombant de leurs chars. Mais, ô Prytanes, recevez Théoria. Tu vois avec quel empressement ce Prytane l'a reçue. Tu ne ferais pas ainsi s'il s'agissait d'une introduction gratuite; mais je te verrais alléguer une transaction rétribuée.

LE CHOEUR.

Certes, on est un homme utile à tous ses concitoyens, quand on est tel que toi.

TRYGÆOS.

Quand vous vendangerez, vous saurez beaucoup mieux ce que je vaux.

LE CHOEUR.

Mais, dès à présent, on voit bien ce que tu es: tu es un sauveur pour tous les hommes.

TRYGÆOS.

Tu le diras assurément, quand tu auras bu un pot de vin nouveau.

LE CHOEUR.

Après les dieux, nous te placerons toujours au premier rang.

TRYGÆOS.

Oui, vous devez beaucoup à moi, Trygæos d'Athmonia, qui ai délivré des plus grandes peines le peuple de la ville et celui de la campagne, et réprimé Hyperbolos.

LE CHOEUR.

Eh bien, que devons-nous faire à présent?

TRYGÆOS.

Quoi de mieux que de lui offrir des marmites de légumes?

LE CHOEUR.

Des marmites, comme à un chétif Hermès?

TRYGÆOS.

Eh bien, que vous en semble? Voulez-vous un boeuf gras?

LE CHOEUR.

Un boeuf? Pas du tout, à moins qu'il ne faille beugler au secours!

TRYGÆOS.

Que diriez-vous d'un gros cochon gras?

LE CHOEUR.

Non, non!

TRYGÆOS.

Pourquoi?

LE CHOEUR.

De peur des cochonneries de Théagénès.

TRYGÆOS.

Que voulez-vous alors des autres offrandes?

LE CHOEUR.

Une brebis.

TRYGÆOS.

Une brebis?

LE CHOEUR.

Oui, de par Zeus!

TRYGÆOS.

Mais tu prononces ce mot à l'ionienne.

LE CHOEUR.

C'est à dessein; car si, dans l'assemblée, quelqu'un dit qu'il faut faire la guerre, tous les assistants, pris de peur, bêleront à l'ionienne: «Oï!»

TRYGÆOS.

Fort bien dit.

LE CHOEUR.

C'est le moyen d'être doux. Oui, nous serons des agneaux les uns pour les autres, et, à l'égard des alliés, beaucoup plus aimables.

TRYGÆOS.

Voyons, maintenant, qu'on aille prendre vite une brebis. Moi, je préparerai l'autel pour le sacrifice.

LE CHOEUR.

Comme tout, quand la divinité le veut et que la Fortune est favorable, comme tout marche à souhait! Chaque chose vient à propos s'ajouter à une autre.

TRYGÆOS.

C'est évident. Voici l'autel prêt à la porte.

LE CHOEUR.

Hâtez-vous, maintenant que la volonté des dieux contient le souffle violent et inconstant de la guerre; maintenant qu'un bon génie nous ramène évidemment vers la prospérité.

TRYGÆOS.

Voici la corbeille, avec les grains d'orge, et la couronne et le couteau, ainsi que le feu. Rien ne nous retient plus que la brebis.

LE CHOEUR.

Dépêchez-vous; car si Khæris aperçoit l'orge, il va venir, sans être appelé, pour jouer de la flûte, et je suis sûr que, le voyant soufflant, hors d'haleine, vous lui ferez quelque présent.

TRYGÆOS.

Allons! prends la corbeille et le bassin, et fais vite le tour de l'autel par la droite.