Scène XXI
LA FÉE, ARLEQUIN.
La Fée.
Je vous avais dit la vérité, comme vous voyez.
Arlequin, avec une indifférence apparente.
Oh ! je me soucie bien de cela ; c’est une petite laide qui ne vous vaut pas. Allez, allez, à présent je vois bien que vous êtes une bonne personne. Fi ! que j’étais sot ; laissez faire, nous l’attraperons bien, quand nous serons mari et femme.
La Fée.
Quoi ! mon cher Arlequin, vous m’aimerez donc ?
Arlequin.
Eh ! qui donc ? J’avais assurément la vue trouble. Tenez, cela m’avait fâché d’abord ; mais à présent je donnerais toutes les bergères des champs pour une mauvaise épingle. (Doucement.) Mais vous n’avez peut-être plus envie de moi, à cause que j’ai été si bête.
La Fée.
Mon cher Arlequin, je te fais mon maître, mon mari ; oui, je t’épouse ; je te donne mon cœur, mes richesses, ma puissance. Es-tu content ?
Arlequin, la regardant tendrement.
Ah ! ma mie, que vous me plaisez ! (Lui prenant la main.) Moi, je vous donne ma personne, et puis cela encore. (C’est son chapeau.) ; et puis encore cela. (Il lui met son épée au côté, et dit en lui prenant sa baguette :) Et je m’en vais mettre ce bâton à mon côté.
La Fée, inquiète, le voyant tenir sa baguette.
Donnez, donnez-moi cette baguette, mon fils ; vous la casserez.
Arlequin.
Tout doucement, tout doucement !
La Fée.
Donnez donc vite ; j’en ai besoin.
Arlequin, la touchant adroitement avec la baguette.
Tout beau ! asseyez-vous là, et soyez sage.
La Fée, tombant sur un siège de gazon.
Ah ! je suis perdue, je suis trahie.
Arlequin, en riant.
Et moi, je suis on ne peut mieux. Oh ! oh ! vous me grondiez tantôt parce que je n’avais pas d’esprit ; j’en ai pourtant plus que vous. (Arlequin alors fait des sauts de joie ; il rit, il danse, il siffle, et de temps en temps va autour de la fée, et lui montrant la baguette.) Soyez bien sage, madame la sorcière ; car voyez-vous bien cela ? (Alors il appelle tout le monde.) Allons, qu’on m’apporte ici mon petit cœur. Trivelin, où sont mes valets et tous les diables aussi ? Vite ; j’ordonne ; je commande, ou par la sambleu… (Tout accourt à sa voix.)