L. PLAUTIN,
Vic.-gén., secr. de M^{gr} l’archevêque d’Avignon.
Les souscripteurs atteignirent bientôt le chiffre de 580. Les fonds versés s’élevèrent à 6,768 fr. 25, somme qui dépassait de beaucoup celle demandée par le sculpteur.
Sur les listes, à côté du Chef de la Maison de France, Monseigneur le comte de Paris, figuraient de hauts dignitaires de l’Église, des académiciens, des notabilités de tout genre, et, auprès des principaux représentants de l’aristocratie, des commerçants et des industriels, des ouvriers de la ville et de la campagne.
On trouvera plus loin[474] les noms de tous les souscripteurs. Signaler ici les uns et laisser les autres dans l’ombre, serait mal répondre au sentiment éprouvé par Pontmartin: les témoignages de sympathie auxquels il se montra le plus sensible furent ceux qui lui venaient des petits et des humbles.
Beaucoup de souscripteurs accompagnaient leur cotisation dune lettre d’envoi; plusieurs de ces lettres méritent d’être reproduites.
M^{gr} de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, faisait suivre son offrande de ces lignes:
Bien faible tribut des constantes sympathies de l’évêque de Moulins pour son ancien condisciple Pontmartin, alors concurrent désespérant, et depuis passé maître en tous les styles, hormis les styles académique et ennuyeux.
M. de Belcastel, l’ancien et vaillant député de la Haute-Garonne à l’Assemblée nationale de 1871, écrivait:
N’étant pas à Toulouse lorsque le _Messager_ de cette ville a ouvert sa petite souscription pour le buste de votre grand écrivain, Armand de Pontmartin, je n’ai pas eu l’occasion d’y prendre part. Mais j’aurais un trop vif regret de ne pas m’inscrire au nombre des admirateurs de ce beau talent, qui a tout à la fois la grâce des fleurs de la Provence, la force, la santé et la longévité du vieux chêne gaulois...
Voici quelques lettres d’académiciens.
De M. Edmond Rousse:
Le nom de M. de Pontmartin est assurément un de ceux qui honorent le plus la littérature de notre temps. Sa vie est un bel exemple de probité littéraire; et son œuvre atteste, avec le talent de l’écrivain, le courage de l’homme et du citoyen. Je suis très heureux de joindre mon modeste hommage à tous les témoignages d’estime et de respect dont les amis des lettres doivent entourer ce grand homme de bien.
De M. Désiré Nisard:
Je m’associe de grand cœur au sentiment qui a inspiré le projet d’offrir à M. de Pontmartin son buste en marbre comme un juste hommage rendu au talent, à la vieillesse si verte et si féconde, au caractère si honorable de l’illustre écrivain.
De M. Émile Ollivier:
Monsieur, j’éprouve pour la personne de Pontmartin une sympathie cordiale et bien ancienne, puisqu’elle date des réunions de 1849, chez Joseph d’Ortigue. J’admire son talent souple, varié, à la fois charmant et élevé, embaumé de poésie et, à l’occasion, vibrant d’éloquence, et dans lequel la pointe malicieuse n’est que la bonne humeur d’un esprit sain, ou la mise en relief du bon sens, et non l’échappée d’une âme maligne.
J’aurais voulu contribuer à le faire un de nos confrères à l’Académie. C’est vous dire que j’approuve fort la souscription dont vous avez pris l’initiative, et que je m’y associe avec empressement.
Frédéric Mistral, qui est à lui seul toute une Académie, écrivait de Maillane:
_GLORI A PONTMARTIN!_
Pontmartin,—et ce n’était pas l’un de ses moindres titres d’honneur,—avait toujours défendu la Compagnie de Jésus. Un jésuite, le Père Victor Delaporte[475], le poète des _Récits et Légendes_, à défaut d’autre obole, lui envoya ce sonnet:
A L’ENCRIER DES 1000 ARTICLES
Encrier idéal, source de maint volume, Fontaine de Vaucluse à la noire liqueur, Le Maître, avec tes flots qui coulent de sa plume, Laisse couler à flots son esprit et son cœur.
Tu bouillonnes toujours et tu n’as point d’écume; Le Maître, juge, arbitre, artiste, chroniqueur, Puise en ta profondeur claire et sans amertume Son style ferme et franc—malin, mais non moqueur.
Sous ses doigts l’encre tombe en gouttes de lumière, Faisant éclore au jour toute fleur printanière, Reflétant à la fois l’or et l’azur du ciel;
Qu’on grave sur tes flancs, merveilleuse écritoire, Pour éloge, ou devise unique dans l’histoire: _Cinquante ans de critique! et... pas un jour de fiel_.
Le vieux critique pouvait être fier de ces témoignages de sympathie. Il en fut surtout très heureux, et, pour remercier les souscripteurs, il adressa la lettre suivante au Directeur de la _Gazette de France_:
Mon cher ami,
Au moment où va se clore une souscription pour laquelle j’avais redouté un four, avec d’autant plus de vraisemblance que je posais devant mon artiste avec une chaleur de 38°, et qu’avant d’être fondu en bronze, je fondais en sueur, j’ai recours à la _Gazette de France_ pour adresser mes remerciements à qui de droit.
A vous d’abord, et à la _Gazette_. On prétend que le contenant doit être plus grand que le contenu. Cette fois, ç’a été le contraire. Le buste était contenu dans l’encrier. C’est l’encrier qui a donné à mes amis de Provence l’idée dont ils ont poursuivi l’exécution avec un merveilleux entrain.
A Léopold de Gaillard, qui, dans une page charmante où _il lançait l’affaire_, a prouvé que l’amitié ressemblait à nos vins de France, d’autant plus généreux qu’ils sont moins jeunes.
Au Prince auguste que sa haute intelligence, son patriotisme, son âme essentiellement française, élèvent au niveau de toutes les fortunes, depuis l’exil présent jusqu’au trône prochain.
A nos saints et vénérables Évêques, qui, au lieu de m’accueillir à coups de crosse, m’ont donné leur bénédiction.
Aux membres éminents de l’Académie française, qui ont voté pour moi sous forme de souscription, et que je ne pourrais remercier dignement que si j’avais de l’esprit comme quatre.
A mon éditeur Calmann-Lévy, qui a tenu à prouver que je ne l’avais pas ruiné.
Aux grandes dames, qui ont un moment abandonné en ma faveur les romans de M. Zola.
A tous mes amis, connus ou inconnus, lointains ou voisins, à qui je suis obligé d’adresser l’expression collective de ma reconnaissance, en ajoutant que chacun en a sa part, et que tous l’ont tout entière.
Mais surtout, et du fond du cœur, à ceux qui, moins riches de numéraire que de nobles sentiments et de dévouement invincible à toutes les bonnes causes, ont prélevé sur leur nécessaire pour donner un témoignage de sympathie au vieillard dont le seul mérite est de ne pas être tout à fait mort,—et de persévérer.
Si j’avais douze ou quinze ans de moins, je dirais que ces témoignages doivent m’encourager à mieux faire. Mais, à mon âge, quel _mieux_ peut-on demander et attendre? Un seul: le silence, et vous ne le voulez pas.
Encore une fois merci, mon cher ami, tout à vous et à nos excellents collaborateurs.
ARMAND DE PONTMARTIN.
Les Angles, 11 septembre 1887.
Le buste en marbre, œuvre de M. Bastet, fut remis à Pontmartin; le buste en bronze, fondu à Paris dans les ateliers de M. Thiébault, fut déposée au Musée Calvet, à Avignon. L’excédent des recettes sur les dépenses ayant été de 2109 francs, ce reliquat, suivant le désir exprimé par Pontmartin, fut versé à M^{gr} Vigne pour des œuvres de bienfaisance.