‹ Athalie (Racine), Didot, 1854Chapitre 27 sur 35 · Scène VI.

Scène VI.

SALOMITH, le chœur.

TOUT LE CHŒUR chante.

Partez, enfants d’Aaron, partez :
Jamais plus illustre querelle
De vos aïeux n’arma le zèle.
Partez, enfants d’Aaron, partez :
C’est votre roi, c’est Dieu pour qui vous combattez.

UNE VOIX seule.

Où sont les traits que tu lances,
Grand Dieu, dans ton juste courroux ?
N’es-tu plus le Dieu jaloux ?
N’es-tu plus le Dieu des vengeances ?

UNE AUTRE.

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés ?
Dans l’horreur qui nous environne,
N’entends-tu que la voix de nos iniquités ?
N’es-tu plus le Dieu qui pardonne ?

TOUT LE CHŒUR.

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés ?

UNE VOIX seule.

C’est à toi que dans cette guerre
Les flèches des méchants prétendent s’adresser.
« Faisons, disent-ils, cesser
« Les fêtes de Dieu sur la terre ;
« De son joug importun délivrons les mortels ;
« Massacrons tous ses saints ; renversons ses autels,
« Que de son nom, que de sa gloire
« Il ne reste plus de mémoire ;
« Que ni lui ni son Christ ne règnent plus sur nous. »

TOUT LE CHŒUR.

Où sont les traits que tu lances,
Grand Dieu, dans ton juste courroux ?
N’es-tu plus le Dieu jaloux ?
N’es-tu plus le Dieu des vengeances ?

UNE VOIX seule.

Triste reste de nos rois,
Chère et dernière fleur d’une tige si belle,
Hélas ! sous le couteau d’une mère cruelle
Te verrons-nous tomber une seconde fois ?
Prince aimable, dis-nous si quelque ange, au berceau,
Contre tes assassins prit soin de te défendre ;
Ou si dans la nuit du tombeau
La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre ?

UNE AUTRE.

D’un père et d’un aïeul contre toi révoltés,
Grand Dieu, les attentats lui sont-ils imputés ?
Est-ce que sans retour ta pitié l’abandonne ?

LE CHŒUR.

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés ?
N’es-tu plus le Dieu qui pardonne ?

UNE DES FILLES DU CHŒUR, sans chanter.

Chères sœurs, n’entendez-vous pas
Des cruels Tyriens la trompette qui sonne ?

SALOMITH.

J’entends même les cris des barbares soldats,
Et d’horreur j’en frissonne.
Courons, fuyons ; retirons-nous
À l’ombre salutaire
Du redoutable sanctuaire.

Page 1