‹ Athalie (Racine), Didot, 1854Chapitre 32 sur 35 · Scène V.

Scène V.

JOAS, ATHALIE, JOAD, JOSABETH, ABNER, suite d’athalie.

(Joas est caché derrière le rideau.)

ATHALIE, à Joad.

Tout est en sûreté. Te voilà, séducteur,
De ligues, de complots pernicieux auteur,
Qui dans le trouble seul a mis tes espérances,
Éternel ennemi des suprêmes puissances !
En l’appui de ton Dieu tu t’étais reposé :
De ton espoir frivole es-tu désabusé ?
Il laisse en mon pouvoir et son temple et ta vie.
Je devrais sur l’autel où ta main sacrifie
Te… Mais du prix qu’on m’offre il faut me contenter.
Ce que tu m’as promis, songe à l’exécuter :
Cet enfant, ce trésor qu’il faut qu’on me remette,
Où sont-ils ?

JOAD.

Où sont-ils ? Sur-le-champ tu seras satisfaite :
Je te les vais montrer l’un et l’autre à la fois.
(Le rideau se tire. On voit Joas sur son trône ; sa nourrice est à genoux à sa droite ; Azarias, l’épée à la main, est debout à sa gauche ; et près de lui Zacharie et Salomith sont à genoux sur les degrés du trône ; plusieurs lévites, l’épée à la main, sont rangés sur les côtés.)
Paraissez, cher enfant, digne sang de nos rois.
Connais-tu l’héritier du plus saint des monarques,
Reine ? de ton poignard connais du moins ces marques.
Voilà ton roi, ton fils, le fils d’Ochozias.
Peuples, et vous, Abner, reconnaissez Joas.

ABNER.

Ciel !

ATHALIE, à Joad.

Ciel ! Perfide !

JOAD.

Ciel ! Perfide ! Vois-tu cette Juive fidèle
Dont tu sais bien qu’alors il suçait la mamelle ?
Il fut par Josabeth à ta rage enlevé ;
Ce temple le reçut, et Dieu l’a conservé.
Des trésors de David voilà ce qui me reste.

ATHALIE.

Ta fourbe à cet enfant, traître, sera funeste.
D’un fantôme odieux, soldats, délivrez-moi.

JOAD.

Soldats du Dieu vivant, défendez votre roi.
(Le fond du théâtre s’ouvre : on voit le dedans du temple ; et les lévites armés sortent de tous côtés sur la scène.)

ATHALIE.

Où suis-je ? ô trahison ! ô reine infortunée !
D’armes et d’ennemis je suis environnée !

JOAD.

Tes yeux cherchent en vain, tu ne peux échapper,
Et Dieu de toutes parts a su t’envelopper.
Ce Dieu que tu bravais en nos mains t’a livrée :
Rends-lui compte du sang dont tu t’es enivrée.

ATHALIE.

Quoi ! la peur a glacé mes indignes soldats !
Lâche Abner, dans quel piége as-tu conduit mes pas !

ABNER.

Reine, Dieu m’est témoin…

ATHALIE.

Reine, Dieu m’est témoin… Laisse là ton Dieu, traître,
Et venge-moi.

ABNER, se jetant aux pieds de Joas.

Et venge-moi ! Sur qui ? sur Joas ! sur mon maître !

ATHALIE.

Lui, Joas ! lui ton roi ! Songez, méchants, songez
Que mes armes encor vous tiennent assiégés.
J’entends à haute voix tout mon camp qui m’appelle.
On vient à mon secours : tremblez, troupe rebelle !

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