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Chapitre 1

Tous les ans, avec le retour du printemps, de nouveaux groupes de colons partaient pour le Nouveau-Monde. Le roi, le ministère, toute la France encourageaient ces départs. Ne fallait-il pas peupler le vaste territoire du Canada, la nouvelle colonie ! Ces pionniers appartenaient à toutes les classes de la société. Quelques-uns étaient des paysans qui voulaient un lopin de terre à eux, où ils seraient maîtres et propriétaires ; d’autres étaient des soldats, qu’une humeur aventureuse poussait vers les régions inconnues de cette immense colonie ; d’autres, des commerçants, que l’espoir d’un gain rapide attirait au pays de la traite de la pelleterie ; mais plusieurs n’étaient mus que par le désir de christianiser le Canada et d’y fonder un prolongement de la France. C’est pourquoi chaque bateau qui partait, emportait un contingent de ces vaillants que rien n’arrêtait, ni une traversée longue et périlleuse, ni des débuts difficiles sous un climat sévère.

Cette année-là, « L’Étoile de la Mer » appareillait. Elle devait emmener avec bien d’autres Pierre Benoit et sa femme. Benoit était d’une intelligente famille paysanne de Normandie, qui n’était jamais parvenue à s’élever au-dessus de sa condition, sans cesse refoulée et réprimée par des circonstances adverses et tout un ordre de choses que créait le gouvernement du pays.

Pierre Benoit et sa femme partaient donc à la recherche d’un champ plus vaste à leur ambition. Ils n’avaient qu’une enfant, une petite fille d’un an, qu’ils laissaient à la garde d’une vieille tante qui l’aimait tendrement. Ils espéraient la faire venir plus tard au Canada, si l’avenir leur réussissait. Et ils partirent. La traversée fut assez clémente. Arrivés à Québec, on les dirigea dans la Seigneurie de Bellechasse. Il était assez tôt pour qu’ils pussent faire leur première installation et se protéger contre l’hiver qui approchait. Benoit se bâtit une chaumière d’arbres abattus dans la proche forêt. Elle se composait d’une seule pièce agrémentée d’un foyer, d’un lit dans un coin et d’une table au centre. Sur les murs, dans les fentes desquels s’échappaient des morceaux d’étoupe, on pouvait voir quelques images pieuses emportées de France. C’était bien pauvre, mais le ménage Benoit était heureux car c’était plein de promesses. On défricha un morceau de terre pour être ensemencé au printemps.

L’hiver, cette année-là, fut particulièrement rigoureux. L’humble maisonnette ensevelie dans la neige eut à souffrir du froid et de la solitude. La forêt y faisait la nuit à midi, et les bêtes féroces poussées par la faim venaient hurler près de la porte, mais le retour du printemps, l’orgueil de voir leur moisson onduler dans la brise soutenaient l’espérance de cette bonne petite famille. Vers la fin de l’hiver, un voisin qui était veuf mourut subitement laissant un petit garçon d’une douzaine d’années, Benoit l’adopta. L’enfant était éveillé et robuste, il pouvait être utile.

Le printemps fut précoce. On sema. Ce sol vierge rendit au centuple la semence qu’on y avait jetée. Il y eut une telle abondance d’avoine et de blé qu’ils envahissaient presque la chaumière. Elle avait bon air, la petite maison basse, dans cette orgie d’épis jaunissants.

Plusieurs années passèrent ainsi. On élargit les champs, recula la forêt, agrandit et embellit la maison, augmenta le patrimoine : l’aisance était ainsi venue.

Le petit orphelin adopté dans des circonstances si précaires, était maintenant un homme fort et adroit que les gens avaient fini par identifier avec la famille Benoit et ils l’appelaient tout simplement le petit Benoit. Les époux Benoit avaient songé à plusieurs reprises à faire venir leur fille Marie, mais les événements ne s’y prêtaient pas. La traversée était dangereuse à cause des Anglais qui rôdaient sur la mer.

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