‹ Au cœur de l'AuvergneChapitre 28 sur 38 · X...

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Le 17 août, découragé, F. Mistral m’écrivait:

Maillane, 17 août 1906.

Mon cher ami, la question devient embarrassante et ne pourra être éclaircie que par l’expérience qui va se faire. Dès que l’École Primaire Supérieure en construction sera ouverte, on verra si la plupart des élèves du Collège passeront à la Primaire, comme le croit le Maire d’Arles, où s’ils resteront collégiens, comme le dit le principal.

Il y a en plus, d’après la lettre que je vous ai communiquée, les grosses réparations qui seraient à faire au Palais Laval, s’il n’y a pas exagération (ce que je saurai par l’architecte du monument)--qui va du reste être classé.

Laissons donc traîner l’affaire, car rien ne presse et nous sommes logés. D’ailleurs nous pourrions nous camper aussi dans quelque autre ancien hôtel d’Arles--et nous en avons trois ou quatre en vue. Mais l’hôtel de Laval, le plus spacieux et le mieux placé de tous, aurait ma préférence, si, une fois classé, le ministère des Beaux-Arts voulait aider à la restauration!

Je regrette, mon cher Ajalbert, de vous avoir causé tout ce tracas de démarches et je vous suis quand même extrêmement reconnaissant de l’empressement extrême que vous aviez mis à m’être agréable. Quan vai plan vai van. Attendons.

Je vous remercie, la main dans la main.

F. MISTRAL

Ces quelques extraits de correspondance indiqueront assez par quelles tribulations Mistral ne s’est acheminé que lentement vers le palais du Félibrige... Enfin tout s’arrangeait peu à peu; et victoire nous restait:

30 décembre 1906.

... J’ai encore besoin de votre «Sésame ouvre-toi!» pour l’effective livraison de mon palais de Laval. Malgré le traité signé avec le maire d’Arles qui me livre ce local après cette année scolaire, malgré l’assentiment de Briand (qui nous fut communiqué par l’inspecteur universitaire de Marseille), malgré le voyage que le maire d’Arles fit à Paris pour hâter la solution... la tardive évacuation du collège et l’aménagement qui devra suivre, renverront notre prise de possession à deux ou trois ans.

Si j’avais votre âge, mon cher Vercingétorix, et votre barbe blonde, je pourrais attendre sans impatience! Mais songez que dans trois ans et demi j’aurai atteint, si Dieu et Sainte Estelle le permettent, quatre âges d’homme, comme Nestor! Il ne faut pas plaisanter avec pareilles échéances. Je vous souhaite, mon cher Ajalbert, toutes sortes de bonheurs et je prie, en vrai croyant, Notre-Dame d’Arpajon de vous payer en bonne mère tout ce que vous ferez pour le félibre des Saintes-Maries.

MISTRAL

Je suis payé avec faste de quelques brefs dérangements! La tâche était facile d’incliner à la requête d’un Mistral le ministre Aristide Briand; il suffisait qu’il connût; ma courte ambassade n’eut pas à s’épuiser en diplomatie!

Et le triomphe s’apprête:

24 janvier 1909.

Mon Cher Ajalbert,

Les fêtes arlésiennes pour le cinquantenaire de Mireille et l’inauguration du palais du Félibrige auront lieu à la Pentecôte... Je n’ai pas oublié que vous nous aidâtes de tout cœur à hâter la désaffection de ce vieux collège d’Arles, que j’ai payé à la ville 40.000 francs de mon argent de poète. Ne parlons pas du reste, je veux dire de la restauration du dit collège et de son appropriation au Muséon Arlaten! c’est le prix Nobel qui en fait les frais. Les travaux sont terminés et le transfert des collections provençales a lieu actuellement.

Et maintenant, plaignez-moi: assister de mon vivant à l’érection de ma statue est la plus effroyable tuile qui pût me tomber sur la tête, et je donnerais tout ça pour un déjeuner d’amis, tels que Jean Ajalbert, sous les peupliers blancs des bords du Rhône...

Mais, puisqu’il faut que tout se paye, résignons-nous donc, et vive Provence!

MISTRAL

Vive Provence! Et vive Mistral qui, si simplement et affectueusement, veut bien se souvenir qu’à la couronne d’or et d’étoiles du Félibrige, nous avons mêlé un brin de genêt d’Auvergne...

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