‹ Au Japon spectralChapitre 6 sur 14 · 6

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Les dictons proverbiaux d’un peuple doivent toujours avoir pour les penseurs un intérêt psychologique particulier, car ils représentent la qualité générale d’expérience morale qui demeure presque intacte devant les modifications sociales de toute espèce. La littérature orale et écrite du Japon est si riche dans cette catégorie de folk-lore que, pour en donner une idée, il faudrait y consacrer un gros volume. On ne saurait rendre justice à ce sujet, considéré comme un tout, dans les limites étroites d’une seule étude. Mais on peut considérer en quelques pages certaines classes de proverbes et de phrases proverbiales. Or les dictons se rapportant au Bouddhisme, soit par allusion ou par dérivation, me semblent particulièrement dignes d’être analysés. Donc, avec l’aide d’un ami japonais, j’ai choisi et traduit les exemples suivants, — choisissant quand c’était possible les plus simples et les mieux connus, et plaçant les textes originaux par ordre alphabétique afin de faciliter les références. Ce choix, — quoique insuffisant, — servira du moins à illustrer certains effets de l’enseignement bouddhiste sur la pensée et le parler populaire.

1. — Akuji mi ni tomaru.
Tout le mal accompli s’accroche au corps.
2. — Atama soru yori kokoro wo soré.
Mieux vaut se raser le cœur que se raser la tête.
3. — Au wa wakaré no hajimé.
Une rencontre n’est que le commencement d’une séparation.

4. — Banji wa yumé.
Toutes les choses ne sont que des rêves.
5. — Bonbu mo satoréba hotoké nari.
Même un homme vulgaire devient par la connaissance un Bouddha.
6. — Bonnô kunô.
Tout désir est chagrin.
7. — Buppô to wara-ya amé, dété kiké.
Il faut sortir pour entendre la doctrine bouddhiste ou
le bruit de la pluie sur un toit de paille.
8. — Busshô en yori okoru.
La nature divine pousse même hors des relations de
Karma.
9. — Enkô ga tsuki wo toran to suru ga gotoshi.
Pareils à des singes s’efforçant d’attraper le reflet de
la lune dans l’eau.

10. — En naki shujô wa doshi gatashi.
Il serait difficile en vérité de sauver des personnes n’ayant aucune relation de Karma.
11. — Fujô seppô suru hôshi wa, hirataké ni umaru.
Le prêtre qui prêche une doctrine impure renaîtra fongus.
12. — Gaki mo ninzu.
Même les gaki (prétas) peuvent faire une foule.
13. — Gaki no mé ni midzu miézu.
Aux yeux du gaki l’eau est invisible.

14. — Goshô wa daiji.
La vie future est la chose toute importante.
15. — Gun-mô no tai-zô wo saguru ga gotoshi.
Pareils à plusieurs aveugles cherchant en tâtonnant un grand éléphant.
16. — Gwai-men nyo-Bosatsu ; nai shin nio-Yasha.
Extérieurement, un Bodhisattva ; mais dans son for intérieur, un démon.
17. — Hana wa né ni kaeru.
La fleur retourne à sa racine.
18. — Hibiki no koë ni ozuru ga gotoshi.
De même que l’écho répond à la voix.

19. — Hito wo tasukéru ga shukké no yuku.
La tâche du prêtre est de sauver l’humanité.
20. — Hi wa kiyurédomo tô-shin wa kiyédzu.
Bien que la flamme soit éteinte, la mèche demeure.
21. — Hotoké mo motowa bonbu.
Le Bouddha lui-même n’était à l’origine qu’un homme ordinaire.
22. — Hotoké ni naru mo shami wo heru.
Même pour devenir Bouddha, il faut d’abord devenir novice.
23. — Hotoké no kao mo sando.
Même le visage du Bouddha, trois fois seulement.
24. — Hotoké tanondé Jigoku é yuku.
En priant le Bouddha, on va en Enfer.
25. — Hotoké tsukutté tamashii irédzu.
Fabriquer un Bouddha sans y mettre une âme.

26. — Ichi-ju no kagé, ichi-ga no nagaré, tasho no en.
Même l’expérience d’une seule ombre ou d’un seul jet d’eau est produite par les relations karmiques d’une existence précédente.
27. — Ichi-mô shù-mô wo hiku.
Un aveugle conduit plusieurs aveugles.
28. — Ingwa na ko.
Un enfant karma.
29. — Ingwa wa, kuruma no wa.
La Cause et l’Effet sont comme une roue.
30. — Innen ga fukai.
La relation de karma est profonde.

31. — Inochi wa fù-zen no tomoshibi.
La vie est comme la flamme d’une lampe exposée au vent.
32. — Issun no mushi ni mo, goba no tamashii.
Même un ver long d’un centimètre a une âme un centimètre de long.
33. — Iwashi no atama mo shinjin kara.
Même la tête d’un iwashi (aura la puissance de sauver
ou de guérir) par vertu de la foi.
34. — Jigo-jitoku.
Les fruits de ses propres actions (dans un état d’existence précédent).

35. — Jigoku dè hotoké.
Pareil à la rencontre d’un Bouddha en Enfer.
36. — Jigoku Gokuraku wa kokoro ni ari.
L’Enfer et le Paradis sont dans les cœurs des hommes.
37. — Jigoku mo sumika.
Même l’Enfer est un lieu de séjour.
38. — Jigoku ni mo shiru hito.
Même en Enfer les anciennes connaissances sont les bien-venues.
39. — Kagé no katachi ni shitagau gotoshi.
De même que l’ombre suit la forme.
40. — Kané wa Amida yori hikaru.
L’argent brille avec encore plus d’éclat qu’Amida.

41. — Karu-toki no Jizo-gao ; nasu-toki no Emma-gao.
Temps d’emprunt, visage de Jizo ; temps de remboursement, visage d’Emma.
42. — Kiité Gokuraku, mité Jigoku.
À ouï-dire, c’est le Paradis ; à voir, c’est l’Enfer.
43. — Koji mon wo idézu : akuji sen ri wo hashiru.
Les bonnes actions ne franchissent pas le seuil ; les mauvaises actions voyagent loin.
44. — Kokoro no koma ni tadzuna wo yurusuna.
Ne lâche jamais les rênes du cœur, ce poulain sauvage.
45. — Kokoro no oni ga mi wo séméru.
Le corps n’est torturé que par le démon du cœur.
46. — Kokoro no shi to wa naré ; kokoro wo shi to sézaré.
Sois le maître de ton cœur ; ne permets pas à ton cœur de devenir ton maître.
47. — Kono yo wa kari no yado.
Ce monde n’est qu’une halte.

48. — Kori wo chiribamé ; midzu ni égaku.
Plaquer de la glace ; et peindre sur l’eau.
49. —

Korokoro to
Naku wa yamada no
Hototogisu,
Chichi nitéya aran,
Haba nitéya aran.

Je sais que l’oiseau qui chante korokoro dans cette rizière montagnarde est un hototogisu ; pourtant il fut peut-être mon père, ou bien il a pu être ma mère.
50. — Ko wa Sangai no kubikase.
Un enfant est une cangue pendant les trois États de l’Existence.

51. — Kuchi wa wazawai no kado.
La bouche est la porte d’entrée de tous les malheurs.
52. — Kwahô wa, nété maté.
Si vous souhaitez la chance, dormez et attendez.
53. — Makanu tané wa haënu.
Rien ne poussera si on ne sème pas la graine.
54. — Matéba, Kanrô no hiyori.
Si vous attendez, le beau temps viendra.
55. — Meido no michi ni Ô wa nashi.
Il n’y a pas de Roi sur la Route de la Mort.
56. — Mekura hébi ni ojizu.
L’aveugle ne craint pas le serpent.

57. — Mitsuréba, kakuru.
Ayant monté, décline.
58. — Mon zen no kozo narawanu kyô wo yomu.
L’apprenti debout devant l’entrée du temple répète le sûtra qu’il n’a jamais appris.
59. — Mujo no kazé wa, toki erabazu.
Le Vent de l’Impermanence ne choisit pas son temps.
60. — Neko mo Bussho ari.
La nature du Bouddha existe même dans un chat.
61. — Néta ma ga Gokuraku.
L’intervalle du sommeil est le Paradis.

62. — Nijiu-go Bosatsu mo soré-soré no yaku.
Même chacun des Vingt-cinq Bodhisattvas doit accomplir son propre devoir particulier.
63. — Nin mité, hô toké.
Voyez (d’abord) la personne, enseignez (ensuite) la doctrine.
64. — Ninshin ukégataku Buppo aigatashi.
Il n’est guère facile de naître parmi les hommes et de rencontrer le Bouddhisme.
65. — Oni mo jiu-hachi.
Même un démon est joli à dix-huit ans.

66. — Oni mo mi, narétaru ga yoshi.
Même un démon, lorsque vous vous serez accoutumé à sa vue, peut se révéler une connaissance agréable.
67. — Oni ni kanabô.
Un gourdin de fer pour un démon.
68. — Oni no nyôbo ni kijin.
Un démon prend un lutin pour épouse.
69. — Onna no ké ni wa dai-zo mo tsunagaru.
Avec un seul cheveu d’une femme, vous pouvez attacher même un grand éléphant.
70. Onna wa Sangai ni iyé nashi.
Les femmes n’ont point de demeures qui leur soient propres dans les Trois États d’Existence.
71. Oya no ingwa ga ko ni mukuti.
Le karma des parents est transmis aux enfants.
72. — Rakkwa éda ni kaerazu.
La fleur tombée ne retourne jamais à la branche.
73. — Raku wa ku no tané ; ku wa raku no tané.
Le plaisir est la graine de la douleur ; et la douleur est la graine du plaisir.

74. — Rokudö wa, me no maë.
Les Six Chemins se trouvent devant vos yeux.
75. — Sangai mu-an.
Il n’y a point de repos dans les Trois États de l’existence.
76. — Sangai ni kaki nashi ; Rokudô ni hotori nashi.
Il n’y a pas de haie autour des Trois États de l’Existence ; il n’y a point de voisinage aux Six Chemins.
77. — Sangé ni wa sannen no tsumi mo hôrobu.
Une confession efface les péchés commis en trois ans.
78. — Sannin yoréba, kugai.
Là où se réunissent ne fût-ce que trois personnes, il y a un monde de douleur.
79. — San nin yoréba, Monjû no chié.
Là où se réunissent trois personnes, se trouve la sagesse de Monjû.

80. — Shaka ni sekkyô,
Prêcher à Sâkyamuni.
81. — Shami kara chôrô.
Pour devenir Abbé, il faut commencer par être novice.
82. — Shindaréba, koso ikitaré.
Ce n’est que par la mort qu’on parvient à la vie.
83. — Shiranu ga, hotoké ; minu ga, Gokuraku.
Ignorer, c’est être un Bouddha ; ne pas voir, c’est le
Paradis.
84. — Shôbo ni kidoku nashi.
Il n’y a pas de miracle dans la vraie doctrine.
85. — Shô-chié wa Bodai no samatagé.
Un peu de sagesse est un trébuchet sur le chemin menant à l’état de Bouddha.

86. — Shôshi no kukai hetori nashi.
Il n’y a point de rivages à la Mer douloureuse de la Naissance et de la Mort.
87. — Sodé no furi-awasé mo tashô no en.
Même le frôlement des manches au passage est causé par quelque relation dans une vie précédente.
88. — Sun zen ; shaku ma.
Un centimètre de vertu ; un mètre de démon.
89. — Tanoshimi wa kanashimi no motoi.
Toute joie est une source de chagrin.
90. — Tondé hi ni iru natsu no mushi.
Ainsi les insectes d’été volent-ils vers la flamme.
91. — Tsuchi-botoké no midzu-asobi.
Bouddha d’argile jouant avec l’eau.
92. — Tsuki ni murakumo, hana ni kazé.
Débris de nuages pour la lune ; et le vent pour les fleurs.

93. — Tsuyu no inochi.
La vie humaine ressemble à la rosée du matin.
94. — U-ki wa, kokoro ni ari.
La joie et le chagrin n’existent que dans la pensée.
95. — Uri no tsuru ni nasubi wa naranu.
Les aubergines ne poussent pas sur les vignes de melons.
96. — Uso mo hôben.
Même un mensonge peut servir d’excuse.
97. — Waga ya no hotoké tattoshi.
Les ancêtres de ma famille furent tous d’excellents Bouddhas.
98. — Yuki no haté wa, Nehan.
La fin de la neige est le Nirvâna.

99. — Zen ni wa zen no mukui ; aku ni wa aku no mukui.
La bonté ou la vérité résultent de la bonté ; le mal
résulte du mal.
100. — Zensé no yakusoku-goto.
Promis ou destiné depuis une vie précédente.

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