III
En effet, ne savais-je pas d'avance ce qu'il allait m'exposer? Malgré quelques différences dans le détail de la doctrine, tous ces prédicants de théories occultes procèdent d'un même principe: l'exaltation de l'humanité considérée comme possédant en elle- même, d'une façon immanente, les forces nécessaires pour se hausser à la divinité. C'est toujours le vieil orgueil, le _non serviam _de Lucifer qui leur donne l'impulsion.
Donc, comme je m'y attendais, S... ne manqua pas de me développer cette rhapsodie gnostique. Je l'écoutais d'une façon distraite -- étant, comme on s'en doute, fort peu séduit.
Il s'en aperçut et, rompant son propos, il me dit: -- Mais enfin, il y a des faits matériels qui prouvent que nous ne nous trompons point lorsque nous nous croyons en rapport avec des forces surhumanisées...
-- Et lesquels? demandai-je.
-- Les tables tournantes.
-- Ah! oui, la danse des trépieds... Je n'ai jamais assisté à leurs cabrioles.
-- Il prit la balle au bond: -- Je puis, s'écria-t-il, vous mener, dès ce soir, à une réunion où vous verrez, dans ce genre, des manifestations merveilleuses.
-- Et vous croyez que cela suffira pour me convertir à l'occultisme?... Permettez moi d'en douter.
-- Vous pouvez toujours constater les faits.
Je réfléchis un moment. J'avais lu ou entendu dire bien des choses contradictoires touchant ce rite fondamental de l'aberration spirite. Je n'éprouvais aucun penchant à vérifier ce qu'il peut y avoir de réel dans ce qu'on rapporte des tables tournantes. Mais, n'ayant rien de pressant à faire en ce moment, je ne vis pas d'inconvénient à me rendre à cette réunion. D'autant que je me disais qu'il y aurait peut-être là l'occasion d'étudier quelques états d'âmes insolites.
-- Et bien, soit, repris-je, je vous accompagnerai.
S... marqua de la satisfaction. Il me remercia chaudement comme si je lui rendais un grand service. Après avoir pris rendez-vous pour huit heures du soir, nous nous séparâmes.
En m'en allant, je notai cette rage de prosélytisme qui tient les gnostiques. Nulle part, elle ne s'exerce avec plus de persistance qu'auprès des catholiques. On dirait que c'est pour eux une souffrance de voir ceux qui chérissent l'Église demeurer fidèles à leur foi.