CHAPITRE XIII
LES CATACOMBES DE PAULINE JARICOT
La ville de Lyon connaîtra peut-être bientôt la joie de voir une de ses enfants élevée sur les autels. En effet, Mgr Déchelette, auxiliaire du cardinal-archevêque, vient de se rendre à Rome pour y déposer les pièces du procès en béatification de Pauline-Marie Jaricot, créatrice du Rosaire vivant, fondatrice de l'oeuvre de la Propagation de la Foi.
Ce n'est pas à mes lecteurs qu'il est nécessaire de retracer l'existence de cette servante de Dieu, choisie pour que, par son initiative, l'Évangile fût prêchée dans tout l'univers. On sait également comment le Seigneur permit que cette mission glorieuse s'accomplît parmi les souffrances physiques de l'élue et les peines intérieures les plus déchirantes. On n'ignore pas que Pauline Jaricot fut trompée, dévalisée, ruinée, couverte d'outrages, abreuvée de calomnies et qu'elle mourut dans un dénuement total. Ce sont là des épreuves qui ne manquent jamais aux prédestinés, afin de leur faire gagner, par l'exercice d'une abnégation héroïque, les trônes qu'ils doivent occuper aux pieds du Très-Haut.
Me trouvant à Ars pour mon livre sur le bienheureux Vianney, j'y avais lu cette brochure: _Le Petit sou de la Providence_, où la fidèle compagne de Pauline-Marie, Mlle Maurin, a résumé sa vie d'une façon fort attachante. Venu, par la suite, à Lyon, j'y pris connaissance du récit complet de ses travaux et d'une autre publication: _Le Curé d'Ars et Pauline-Marie Jaricot_, qui m'intéressèrent encore plus à cette admirable figure (_La première brochure a été publiée par l'éditeur Toira, la seconde par la librairie du Sacré-Coeur, à Lyon)._ Si bien que je voulus visite le coin de Fourvière où la sainte fille gravit son calvaire et naquit à la vie éternelle. Ce sont les impressions recueillies au cours de cette visite que je vais rapporter.
La maison s'élève un peu plus qu'à mi-hauteur de la colline qui supporte la basilique. Elle date du XVI° siècle, m'a-t-on dit; elle est assez spacieuse et éclairée par un grand nombre de fenêtres. À l'intérieur, rien ne subsiste de la distribution des appartements telle qu'elle existait du temps de Pauline Jaricot ni du mobilier qui les garnissait.
J'ai vu la chambre où elle rendit le dernier soupir. Une tapisserie élimée en couvre les murs; des poutres fendillées et enfumées traversent le plafond bas. Déjà presque à l'agonie, Pauline fit tirer son lit auprès de la fenêtre afin de contempler une dernière fois ce Lyon qu'elle avait tant aimé, pour qui elle s'était offerte si souvent en holocauste. La vue est splendide et d'une étendue considérable: au premier plan, au pied de la colline, la cathédrale Saint-Jean, puis la Saône, lente et limoneuse, puis un océan de toits gris, puis le Rhône entrevu par endroits et miroitant au débouché des rues qui vont vers la Guillotière. J'ai rêvé longtemps le front à la vitre où la mourante appuya peut-être son visage baigné de sueurs de la dernière minute. J'ai tâché de me mettre dans l'état d'âme qu'il fallait pour comprendre ses suprêmes pensées telles qu'elles nous sont rapportées par les témoins de sa fin; je me suis recommandé à ses prières là-haut.
Je visitai ensuite la chapelle que Pauline-Marie dédia à sainte Philomène en reconnaissance d'un miracle de guérison spontanée que l'angélique martyre lui obtint lors d'un voyage en Italie.
C'est un très humble sanctuaire, mi obscur et de dimensions exiguës; un petit dôme le surmonte que des ex-voto garnissent de la base au sommet. Après m'y être recueilli, quelques minutes, devant le Saint-Sacrement, je sortis pour visiter le souterrain qui abrita Mlle Jaricot et ses compagnes durant l'insurrection de mars 1834.
Voici en quelles circonstances la servante de Dieu et ses compagnes se réfugièrent dans cette catacombe.
Les canuts de la Croix Rousse s'étaient soulevés à la suite d'une diminution excessive des salaires. Ils occupaient la colline et tiraient à toutes volées sur la ville. L'artillerie des troupes chargées de la répression s'alignait sur la place Bellecour et leur répondait par une pluie de projectiles. De sorte que la maison de Mlle Jaricot, prise entre deux feux, criblée de balles qui brisaient les vitres et de bombes qui éclataient dans les chambres, devint bientôt intenable. On résolut de se réfugier dans le souterrain qui date probablement de l'époque gallo-romaine et qui était resté sans usage jusqu'alors.
En 1834, la chapelle de Sainte Philomène n'était pas encore construite et la messe se disait dans une salle aménagée à cet effet, et où le Saint-Sacrement était d'habitude exposé. Mlle Jaricot était au lit, fort malade et incapable de se lever, ne fût-ce que pour parcourir les 200 mètres qui séparent la maison du souterrain. Ses compagnes voulurent l'emporter sur un matelas; mais, au dernier moment, on n'osa se risquer dehors, tant l'orage des bombes redoublait.
Alors Pauline-Marie se fit apporter le tabernacle portatif où Notre-Seigneur veillait, caché sous le voile eucharistique. Elle le prit entre ses bras, et, voyant l'hésitation de tous, elle dit d'une voix ferme: «Allons sans crainte, puisque nous avons avec nous Jésus-Christ.»
«Après avoir allumé quelques cierges, dit Mlle Maurin, on sort, emportant le lit de douleur sur lequel repose, entre les mains de sa faible créature, Celui qui se nomme le _Dieu des armées, _et l'on parcourt ainsi très lentement toute la longueur de la terrasse, sous le croisement de la grêle de feu qui n'atteint personne...»
Laissons maintenant la parole à Pauline-Marie elle-même. Dans un mémoire écrit peu après, elle rapporte ceci: «Nous décidâmes de nous enfoncer dans les profondeurs du souterrain. On m'y traîna comme on put, tandis que je serrais étroitement entre mes bras l'Arche de mon unique espérance.
«Nous arrivâmes ainsi à une excavation plus commode et moins humide que les autres. Au milieu de ce réduit, qui forme une croix parfaite, mon matelas fut déposé. Mes filles, placées dans les excavations formant les différentes parties de la croix, se trouvèrent tout près de moi, à ma droite, à ma gauche, au-dessus de ma tête, à mes pieds. Les personnes qui partageaient nos dangers étaient deux domestiques de ma soeur, mon jardinier, une pauvre petite orpheline, un Frère de Saint-Jean de Dieu, mon boucher et deux femmes, dont... une actrice. Tous restèrent dans la première partie du souterrain, en dehors de la croix où nous étions avec Jésus-Christ.»
Pauline-Marie et les 17 personnes qui l'entouraient demeurèrent là cinq jours. Tous, élevés au-dessus d'eux-mêmes par la présence de Jésus et par la sérénité de la sainte fille, vécurent dans le calme et la prière durant tout ce temps. Nul ne se plaignit de la fatigue ni de l'insuffisance des vivres sommaires qu'on avait emportés...
· · ·
Pénétré de ces détails émouvants, j'entrai dans le souterrain, guidé par un obligeant jardinier qui portait une lanterne.
Ce ne fut pas très commode; il nous fallut sauter une marche en ruine au bas de laquelle nous enfonçâmes dans un amas de feuilles sèches qui nous venait jusqu'à mi jambe. Ensuite, nous ouvrons une porte dont les gonds rouillés résistent tant qu'ils peuvent à nos tractions. Un couloir ténébreux bâille devant nous. Élevant son luminaire, mon compagnon me précède. Nos pieds buttent sur le sol inégal et rocailleux. La largeur du couloir est de I mètre environ; je compte 22 pas et nous arrivons au caveau. Il a 4 mètres de longueur sur 2 m 50 de largeur et 2 mètres environ de hauteur, et il dessine, en effet, une croix. Au centre, à la place même où Notre-Seigneur et sa fille bien aimée gisaient sur un pauvre matelas, on a placé un petit piédestal qui supporte un crucifix. Dans une anfractuosité de la muraille, il y a un buste de la Sainte Vierge. L'emplacement du caveau, sa forme cruciale, la nature du ciment qui couvre les parois me confirment que cette catacombe avait dû être creusée par des chrétiens au temps de l'Église primitive de Lyon.
En face du caveau s'ouvre un petit réduit haut de 1 mètre, où les plus las des réfugiés venaient s'étendre à tour de rôle sur le sol mouillé. Le couloir se prolonge au-delà, jusque sous les fondations de la basilique de Fourvière. Mais les eaux d'infiltration l'envahissent, et il est à peu près impraticable.
Je prie quelques minutes; puis je prends des notes accroupi sur mes talons tandis que le bon jardinier, patient et recueilli, m'éclaire.
Fait notable: lorsque la colline fut prise, aucun des insurgés ni des soldats qui les poursuivaient ne découvrit l'entrée du souterrain. La bataille finie, les réfugiés en sortirent sains et saufs, et pas un seul d'entre eux ne tomba malade à la suite de tant d'heures passées dans des ténèbres humides. Ah! c'est qu'ils avaient eu confiance dans Notre-Seigneur!...
Revenu à la lumière, je pris congé de mon guide en le remerciant chaudement, et je montai la colline vers la basilique. Il faisait une soirée exquise; des merles sifflaient dans les cerisiers en fleurs; des violettes embaumaient dans l'herbe déjà drue de ce printemps précoce. Pas un nuage au ciel. Le soleil déclinant vers les collines de Sainte-Foy envoyait de longues flèches d'or à travers le feuillage des arbres. Lyon, en bas, bruissait sourdement sous une fine brume mauve et rose.
Je levai les yeux vers le sommet de la colline: la statue dorée de la Vierge qui surmonte la tour de la vieille église scintillait, au soleil couchant, comme une grande étoile. Je joignis les mains et, saluant la Mère Immaculée, je lui dis: «Bonne Mère, protégez, assistez votre pauvre trimardeur, comme vous avez tant de fois protégé, assisté votre enfant Pauline-Marie...»
À la suite de cette descente aux catacombes de Fourvière, je suis allé voir Mlle Maurin. J'ai trouvé une petite femme aux yeux vifs, très alerte pour ses 85 ans, et qui m'a parlé de la fondatrice du Rosaire vivant avec un enthousiasme communicatif. J'ai retenu d'elle à ce propos: «Le cardinal-archevêque dit, dans la lettre qu'il m'écrivit et qu'il voulut bien me permettre de publier en tête de ma brochure: _le Petit sou de la Providence_: «Nous aimons à espérer que le jugement infaillible de la sainte Église reconnaîtra dans notre Lyonnaise vaillante, humble et généreuse, un digne émule en sainteté des Bienheureux qui furent sur la terre ses amis, le curé d'Ars, la Mère Barat, le Vénérable P. Colin, et que son autorité suprême nous permettra d'unir un jour, dans la même vénération, notre Blandine, mère des martyrs, et notre Pauline-Marie, mère des missionnaires.»
«Oui, ajouta Mlle Maurin, ce sera un beau jour celui où la béatification de ma sainte amie sera proclamée: j'espère vivre assez pour le voir. Et quelle bénédiction pour Lyon que de mettre en pendant aux autels de Sainte Blandine ceux de Pauline- Marie!...»
«Pour Lyon et pour la France!» approuvai-je en prenant congé, car nous n'aurons jamais trop de saints qui nous protègent et nous éclairent dans la lutte contre le Mauvais et les sectaires endiablés qui nous oppriment.
CONCLUSION
Je feuillette les pages de ce livre et, récapitulant les aventures disparates auxquelles ma destinée me mêla, j'adore la bonté de Dieu. Alors que le pauvre trimardeur errait, sans guide et sans but, par les chemins du matérialisme et de la révolte, s'étourdissait de paradoxes vénéneux, n'arrêtait de choyer sa sensualité que pour s'effondrer, aux heures de lassitude et de satiété, dans les ténèbres de la désespérance, Il l'a pris par la main, d'une façon bien inattendue, et l'a mené à l'Église.
Ah! quelle délivrance, quelle purification et quel réconfort! J'appris le sens surnaturel de la vie, j'appris la règle, je compris que la fidélité aux enseignements et aux préceptes de la foi catholique, que la fréquentation des sacrements pouvaient seules me préserver des pièges tendus par le Prince de ce monde à mon âme immortelle.
Telle est la vraie liberté. Non seulement l'on trouve, au pied de l'autel, la paix intérieure et la force d'imposer silence aux instincts dépravants, mais encore l'intelligence, avertie de l'esclavage où la maintenait naguère sa dévotion aux idoles de chair et de pêché, libérée des chimères qui la rivaient aux doctrines de négation, prend une acuité nouvelle. Les idées et les sentiments se clarifient, se sanctifient; l'esprit de sacrifice, le zèle pour la défense de l'Église se développent; l'amour de Dieu brûle toujours plus fervent et nous imprègne du désir de mériter le maintien et l'accroissement des grâces reçues lors de la conversion.
Certes, on n'est pas devenu un Saint; il y a encore bien des lacunes, bien des défaillances dans notre bonne volonté. Mais la Croix ne cesse de briller devant les yeux de notre âme et nous savons qu'un simple acte de foi dans les vertus rédemptrices de Notre-Seigneur nous rendra l'énergie nécessaire pour surmonter nos faiblesses et dompter les rébellions de la nature déchue.
Ces bienfaits du catholicisme, ceux même que l'amour-propre n'aveugla pas définitivement sont obligés de les reconnaître.
Voici par exemple Taine, intelligence splendide que l'orgueil scientifique dirigea pendant des années. Il ne voyait rien en dehors du déterminisme; il n'admettait pas qu'il y eût dans l'âme humaine une région dont ses théories ne pussent rendre compte. Il considérait le sentiment religieux comme une maladie de l'esprit.
Mais un jour, une crise sociale où la France faillit périr, lui montra son erreur. Ses travaux l'ayant amené à étudier le rôle séculaire de l'Église, autant qu'un incroyant de bonne foi pouvait le faire, il en saisit l'importance vitale et il écrivit ces phrases dont je prie qu'on médite tous les termes:
«Le christianisme, c'est l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensable pour soulever l'homme au-dessus de lui-même, au-dessus de sa vie rampante et de ses horizons bornés pour le conduire, à travers la patience, la résignation et l'espérance, jusqu'à la sérénité, pour l'emporter jusqu'au dévouement et au sacrifice.
«Toujours et partout, depuis dix-huit cents ans, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les moeurs publiques et privées se dégradent. En Italie, pendant la Renaissance, en Angleterre, sous la Restauration, en France, sous la Convention et de Directoire, on a vu l'homme se faire païen comme au 1er siècle. Du même coup, il se retrouvait tel qu'au temps d'Auguste et de Tibère, c'est-à-dire voluptueux et dur; il abusait des autres et de lui-même; l'égoïsme calculateur et brutal avait repris l'ascendant; la cruauté et la sensualité s'étalaient; la société devenait un coupe-gorge et un mauvais lieu.
«Quand on s'est donné ce spectacle de près, on peut évaluer l'apport du christianisme dans nos sociétés modernes, ce qu'il y introduit de pudeur, de douceur et d'humanité, ce qu'il y maintient d'honnêteté, de bonne foi et de justice. Ni la raison philosophique, ni la culture artistique et littéraire, ni même l'honneur féodal, militaire et chevaleresque, aucun code, aucune administration, aucun gouvernement ne suffisent à le suppléer dans ce service. Il n'y a que lui pour nous retenir sur notre pente natale, pour enrayer le glissement insensible par lequel, incessamment et de tout son poids originel, notre race rétrograde vers ses bas-fonds. Et le vieil Évangile est encore aujourd'hui le meilleur auxiliaire de l'instinct social (Taine: _Les origines de la France contemporaine, le Régime moderne, tome II_).»
Un croyant n'eût pas écrit cette dernière phrase telle quelle; il aurait dit: C'est dans l'Évangile inspiré qu'on trouva, qu'on trouve et qu'on trouvera l'unique sauvegarde sociale.
Mais tout de même quel loyal aveu! Et comme il y a loin de cette déclaration d'un philosophe instruit par l'expérience à la boutade du jeune normalien tout imbu de théories matérialistes: «Le vice et la vertu sont des produits comme le sucre et le vitriol.»
C'était pourtant le même homme. Mais, dans l'intervalle, il avait acquis la notion de la vraie science, celle qui se borne à l'analyse des phénomènes et qui ne cherche pas à empiéter sur l'Église pour expliquer la Cause.
Que l'on compare un peu l'état d'esprit de Taine pendant les premières années qui suivirent la guerre et la Commune avec celui de tel grand homme dont les nuées issues de la Révolution obnubilaient l'intelligence. Victor Hugo, par exemple, à la même époque. Je lis ceci dans _le journal des Goncourt_: «Hugo parle de l'Institut, de ce _Sénat dans le bleu_ comme il l'appelle. Il voudrait le voir, ses cinq classes assemblées, discuter idéalement toutes les questions repoussées par la Chambre... Il termine par ces mots: -- Oui, je le sais, le défaut c'est l'élection par les membres en faisant partie. Pour que l'institution fût complète, il faudrait que l'élection fût faite sur une liste présentée par l'Institut, débattue par le journalisme, nommée par le suffrage universel...»Au milieu de son _speech_, une allusion à l'église de Montmartre lui fait dire: -- Moi, vous savez depuis longtemps mon idée, je voudrais un _liseur_ par village, pour faire contrepoids au curé, je voudrais un homme qui lirait, le matin, les actes officiels, les journaux; qui lirait, le soir, des livres (_Le journal des Goncourt, tome V, année 1873_)»
En voilà des pauvretés! -- Voyez-vous cet Institut, qui se recrute parmi des écrivains, des artistes, des savants d'opinions fort diverses, sortir de ses attributions, le voyez-vous perdre son temps à discutailler de politique et de sociologie? Voyez-vous la _Lanterne_ et les tenanciers de ce bazar des consciences qui s'appelle _Le Matin_ chargés de discuter les titres des candidats? Voyez-vous les électeurs, renseignés par les feuilles publiques -- on devine comment -- choisir les Académiciens? Le suffrage universel éprouve un violent amour pour les nullités: nous nous en apercevons, lorsque nous dénombrons le personnel de la Chambre et du Sénat. Jugez ce qui arriverait si on lui confiait le soin d'élire les membres de l'Institut.
Mais Hugo n'entrait pas dans ces considérations; pour lui, le Peuple c'était une entité métaphysique; une sorte de divinité dont il est sacrilège de discuter les caprices. N'a-t-il pas écrit dans _l'Histoire d'un Crime_: «Le peuple est toujours sublime, même quand il se trompe»?
Et que pensez-vous de cette préoccupation d'opposer, dans les villages, les fariboles du parlementarisme aux enseignements du curé? Là, l'on découvre le Homais gigantesque que le poète était devenu à force de blasphèmes grandiloquents et de déclamations contre l'Église.
Quel est le penseur de Taine qui, à la fin de sa vie, vaincu par la force de l'évidence, reconnaissait qu'il n'y a que l'Église pour hausser les hommes vers un idéal supérieur, ou de Hugo qui galvaudait sa vieillesse en de basse flatteries à la foule incohérente dont les applaudissements chatouillaient son orgueil?
Mais qu'importe à l'Église? Immuable en ses dogmes, parce qu'elle sait qu'elle détient la vérité unique, elle oppose la Croix aux folies humaines. Frappée, persécutée, ensanglantée, elle prie pour ses bourreaux. Par le saint sacrifice de la Messe, elle renouvelle, tous les jours, ce miracle de la Rédemption faute de quoi l'humanité tomberait au-dessous des pourceaux.
Elle est le sel qui nous empêche de pourrir. Elle est, dans notre nuit, la porte ouverte sur la Lumière éternelle. C'est pourquoi ceux qui ont appris, même tardivement, à l'aimer, la servent et la serviront, avec allégresse, jusqu'à leur dernier souffle!...
FIN