IV
Je ne vois pas Jénovéfa, et Gabik pas davantage; cela m’inquiète, car je ne veux pas perdre mon cent d’amandes...
Mais voici le chanteur aveugle!... Peut-être est-ce ici que je les trouverai, écoutant quelque chanson nouvelle faite sur deux jeunes cœurs malades d’amour...
Non! Le vieil aveugle chante une complainte affreusement triste. Il s’agit d’un navire perdu en mer, par un temps épouvantable... Voyons, voyons plus loin!... Voici Iouenn Gorvel étendu de son long dans la douve, ivre comme un pourceau... Voici Job Kerival...
--Dis-moi, n’aurais-tu pas vu Jénovéfa Rozel?
--Si fait! je l’ai rencontrée là-bas, descendant... Elle allait, j’imagine, à la chapelle, prendre congé du saint.
--Était-elle seule?
--Nenni. Son doux Gabik l’accompagnait. Qu’il était content et qu’elle était jolie!
... Ils ne sont plus dans la chapelle... Ma belle Jénovéfa, je vous retrouverai, et avec vous votre Gabik...
--Bonjour à vous, ma commère Marguerite... Combien vendez-vous le cent de noix?
--Mon bon monsieur, ce ne sera pour vous que trois réaux: sans mentir, je les vends dix-huit sous aux autres. Les noix sont renchéries... et l’on a bien du mal à vivre, car les temps sont durs...
... Et, à présent, à la maison! à la maison!... Le chemin est plein de monde revenant du pardon... Et des rires! des chants!
--L’aumône au pauvre, au pauvre vieil aveugle, qui ne voit pas plus clair à midi qu’à minuit!...
C’est le vieil aveugle Robert Kerbastiou, qui m’a si souvent chanté _gwerzes_ et _sônes_.
--Oui, voilà deux sous dans votre écuelle, pauvre vieux.
--La bénédiction de Dieu soit sur vous, et puissiez-vous vivre longtemps!...