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DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE I. - I.

Monographies Indiennes.

UNE TRIBU PAIENNE: LES PIEDS-NOIRS.

_La nation des Pieds-Noirs._

La nation des Pieds-Noirs se divise en quatre tribus qui parlent toutes la même langue: les Pieds-Noirs proprement dits, la peuplade du Sang, les Piégans du Nord et les Piégans du Sud. Tous ces Indiens portent le nom de Pieds-Noirs, parce qu’ayant traversé une immense prairie incendiée au commencement du printemps, ils avaient eu les pieds noircis par la cendre: telle est l’origine de leur nom.

La tribu du Sang s’appelle ainsi, parce que ces Indiens en dévorant des viandes crues se remplissaient les lèvres de sang et aimaient à se montrer ainsi barbouillés.

Piégans est un mot de langue sauvage qui signifie peau de buffle, mal tannée. Ce nom fut donné à la tribu des Piégans, parce qu’ils manquaient d’ordre et de propreté dans l’entretien de leurs fourrures.

Ces quatre tribus étaient divisées en petites bandes, chacune sous la direction d’un chef et tous erraient à travers des prairies immenses, comme des loups, à la recherche d’une proie. Partout où ils s’arrêtaient, ils dressaient leurs tentes, en se mettant en garde contre leurs ennemis sauvages qui, d’un moment à l’autre, pouvaient les surprendre et les massacrer.

Les Pieds-Noirs proprement dits, la nation du Sang et les Piégans du Nord vivent actuellement au Canada sous la protection du gouvernement anglais. Les Piégans du Sud habitent le Montana sous le gouvernement des Etats-Unis.

Les Pères Oblats du Canada s’occupent des Indiens de leur territoire, et nous sommes chargés des Piégans du Sud.

Les Pieds-Noirs du Montana (Piégans du Sud) habitent dans la partie septentrionale de cet état une vaste Réserve bornée au Nord par le Canada, à l’Ouest par la haute chaîne des Montagnes Rocheuses, au Sud et à l’Est par d’immenses prairies où les blancs commencent à s’installer; ils s’y livrent à l’élevage des chevaux et du bétail, à la culture des terres, et se construisent des cabanes, formant de petits villages à une grande distance les uns des autres.

Les Pieds-Noirs du Montana sont forcés par le gouvernement de vivre dans des cabanes, de sorte que la Réserve tout entière est parsemée de maisonnettes, situées çà et là sur la rive des fleuves, au bord des sources et des ruisseaux, partout où se trouve un lambeau de terre cultivable. Ainsi notre paroisse de la Sainte-Famille comprend un immense territoire de plus de 6000 kilomètres carrés. C’est là notre champ de bataille; là que, sans répit, nous nous livrons à l’évangélisation de ces malheureuses peuplades perdues dans ces vastes solitudes.

Que ces générations de sauvages aient traversé tant de siècles pour arriver jusqu’à nous, c’est vraiment chose merveilleuse! Ils n’avaient d’autres armes que l’arc, les flèches et les couteaux de pierre, ni d’autres moyens de transport que des chiens. La pointe de la flèche était formée d’une pierre taillée en triangle; c’est avec ce seul instrument qu’ils devaient pourvoir à leur entretien. Nourriture, vêtement, tentes, ils tiraient tout de la chair et de la peau du buffalo. Voyages ou chasses, tout se faisait à pied; pour transporter leur mobilier, ils n’avaient que des chiens ou leurs propres épaules, ce qui rendait leurs déplacements lents et difficiles, et leurs chasses fatigantes et périlleuses.

Les buffalos sont des taureaux et des vaches sauvages, dont il est dangereux de s’approcher sans autre arme que des flèches et un arc; parfois rendus furieux par leurs blessures, ils se retournent contre le chasseur, et si celui-ci n’est pas assez prompt dans sa fuite, il court grand risque d’être roulé par terre ou lancé dans les airs sur les cornes du terrible animal. Il fallait donc user de ruses, ramper sans bruit à travers les broussailles et les herbes hautes, et, arrivé à portée, viser une partie vitale, lancer la flèche avec force de manière à percer le cuir épais pour tuer la bête. Que de fois les buffalos blessés mortellement s’enfuyaient en portant la flèche dans la plaie, privant ainsi le sauvage de sa proie et de son arme! Quand la chasse était heureuse, toute la tribu se réjouissait, et le chasseur recevait les félicitations de tous. Outre les buffalos, on chassait aussi les cerfs, les chevreuils, les moutons sauvages, les lièvres et autres animaux. On recueillait aussi des fruits et des racines, et quand les provisions abondaient, on faisait sécher au soleil les quartiers de viande, les fruits et les racines, que l’on réservait pour les temps de disette.

C’est ici le cas de répondre aux calomnies des blancs qui accusent les sauvages de paresse, affirmant que parmi eux les femmes seules travaillent. Les vieux sauvages doivent être considérés comme des ouvriers sans ouvrage: ils connaissaient à fond l’art de la chasse qui fournissait à tous leurs besoins; maintenant ils sont trop vieux pour apprendre un nouveau métier. Au contraire le travail des femmes reste toujours le même; elles continuent comme par le passé à faire le ménage et à préparer les repas.

Le pauvre sauvage, après avoir couru à pied toute la journée par monts et par vaux à la recherche du gibier, revenu le soir à la maison, pliant sous le poids de sa chasse et brisé de fatigue, se couchait dans sa tente pour se reposer. On comprend alors que les femmes et les autres membres de la famille se soient empressés de le réconforter, puisqu’ils vivaient de ses fatigues.

Poussés par la faim, les Indiens tâchaient de se procurer la chair du buffalo par toutes sortes de stratagèmes. Le principal consistait à faire tomber ces animaux dans des précipices. Par ce moyen, ils en tuaient plus d’une centaine à la fois. On rencontre encore dans les prairies de longues allées de pierres, qui toutes conduisent au précipice vers lequel on poussait le troupeau.

On rencontre aussi dans les plaines des cercles qui indiquent les campements d’une race très ancienne. Quand les Indiens dressent leur tente arrondie, ils amoncellent tout autour des pierres pour les maintenir contre le vent et empêcher l’accès des serpents, des rats et autres animaux semblables. Lorsqu’ils décampent, ils enlèvent les tentes et laissent les pierres à leur place. L’ancienneté de ces campements se déduit de la petitesse des cercles; ils n’ont en effet que deux ou trois mètres de diamètre, tandis que les tentes des Indiens actuels sont beaucoup plus larges.