II
--Hé bien! Vous êtes content? Votre ami Léopold a eu un triomphe?
--Croyez-vous! C’est extraordinaire! Je n’ai jamais vu une salle aussi affolée! Ah! je suis bien content!... C’est-à-dire que j’en suis bien content pour le moment. Mais j’y ai réfléchi depuis hier. Et je me demande si ça n’est pas un peu dangereux pour Léopold. Il aurait tout de même eu besoin, je ne dis pas d’un insuccès, mais d’une petite résistance, qui lui aurait fait dresser l’oreille. Au lieu de ça, on lui passe tout! Ah! l’état d’âme de ce public! Je suis content que ce soit un ami qui en profite... Mais c’est une chose bien funeste aux auteurs, et bien néfaste pour les progrès de notre théâtre! Je vous avoue que, pour ma part, je me sens un peu découragé. A quoi bon faire un effort d’art! La question n’est pas là: ils vous encaisseront ou ne vous encaisseront pas... Allons, ne pensons plus à cela! Disons-nous que c’est le printemps, et que la pluie va cesser. Et il fera bon au Bois cet après-midi. Peut-être même irai-je passer quelques jours à la campagne. Je me sens claqué... J’ai besoin de repos, d’air pur... Et surtout je veux fuir Paris... Au revoir!
--Au revoir!