Chapitre 1
DU MÊME AUTEUR:
_Les Sœurs Grises dans l’Extrême-Nord du Canada_ (Deuxième édition).
Traduction anglaise de ce volume par le R. P. Thomas Dawson, O. M. I.:
_The Grey Nuns in the Far North_ (Mc Lelland and Stewart, Toronto, Canada).
DOIVENT PARAITRE:
I.--_Apôtres Inconnus_ (Les Frères Coadjuteurs O. M. I. dans les vicariats arctiques).
II.--_D’Edmonton à l’Océan Glacial_ (récit de voyage).
AUX GLACES POLAIRES
_Indiens et Esquimaux_
IMPRIMI POTEST. _Edmonton, die 6ª januarii 1921._
HENRI GRANDIN, O. M. I. _Provincialis (Alberta-Saskatchewan)._
IMPRIMATUR. _Parisiis, die 19 Martii 1922._ † Ludovicus, Card. DUBOIS _arch. Paris_.
_Tous droits de reproduction et traduction réservés pour tous les pays_
R. P. DUCHAUSSOIS
Oblat de Marie Immaculée
AUX
Glaces Polaires
_Indiens et Esquimaux_
«_Je meurs content, ô Jésus, maintenant que j’ai vu votre étendard élevé jusqu’aux extrémités de la terre!_»
(Paroles du Père Grollier expirant, à la mission de Notre-Dame de Bonne-Espérance, fort Good-Hope, Cercle Polaire, le 29 mai 1864.)
TRENTE-TROISIÈME MILLE
Cet Ouvrage est en vente au prix de Frs. =7.50=--=8.75= franco
PARIS
ŒUVRE DES MISSIONS O. M. I. 4, Rue Antoinette
P. TÉQUI LIBRAIRE-ÉDITEUR 82, Rue Bonaparte
1922
[Illustration: S. G. Monseigneur DONTENWILL
_Archevêque de Ptolémaïs_
Supérieur général de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée]
=A Sa Grandeur, Monseigneur Augustin DONTENWILL, Archevêque de Ptolémaïs, Assistant au Trône pontifical, Supérieur général de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.=
_Saint-Albert (Canada), 8 décembre 1920._
MONSEIGNEUR ET BIEN-AIMÉ PÈRE,
_Voici le livre que Votre Grandeur m’a commandé d’écrire._
_Il traite d’un apostolat de plus de soixante-dix ans, aux latitudes extrêmes du monde habité; et il paraît à une heure où, dans le vicariat du Mackenzie du moins, nul prêtre n’a encore pénétré, si ce n’est vos enfants, les_ Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.
_Votre Grandeur a voulu que rien ne fût épargné pour que ce récit des œuvres apostoliques de l’Athabaska-Mackenzie pût escompter aussi son humble place parmi les ouvrages d’ethnologie, de géographie et d’histoire générale, qui intéressent si vivement aujourd’hui les lecteurs des publications sur l’Extrême-Nord canadien. C’est pourquoi vous m’avez envoyé parcourir, avec Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie, qui daignait se faire mon auguste Mentor, les régions dont je devais parler._
_Ensemble, nous nous lançâmes donc dans les immensités arctiques, en esquif l’été, en traîneau l’hiver, logeant d’ordinaire à l’enseigne du désert ou de la forêt._
_Un à un, nous trouvâmes, à leur poste de joyeux dévouement, tous les missionnaires, depuis les vieillards à la barbe de neige jusqu’aux derniers venus. Une à une, du lac Athabaska aux abords de l’Océan Glacial, nous admirâmes toutes leurs missions..._
_Toutes? Non, je ne puis le dire--et c’est la seule déception que j’eus à emporter de ma vie du Nord--: l’une d’elles, la mission Saint-Raphaël, du fort des Liards, ne voulut point de nous. Et, pourtant, quelle fête nous y avait été promise par le R. P. Vacher, son curé errant, que nous avions rencontré, durant l’été, au fort Simpson, confluent du fleuve Mackenzie et de la rivière des Liards! Il avait tant_ supplié _Mgr Breynat d’aller, coûte que coûte, encourager ses pauvres Indiens, qui, dans leurs bois presqu’inaccessibles, n’avaient pu voir leur évêque depuis longtemps, que le voyage avait été décidé. Nous partirions en traîneau, l’année suivante, du Grand Lac des Esclaves, et nous irions attendre, au fort des Liards, un mois, deux peut-être, que le dégel nous permît de revenir en pirogue. En fin de mars, tout fut prêt, en effet; et déjà nous fouettions nos coursiers, lorsqu’arriva une lettre dépêchée depuis quatre mois par le Père Vacher, lequel_ suppliait _le vicaire apostolique et son compagnon de ne point paraître chez lui, «attendu que la pêche et la chasse avaient complètement manqué, et qu’il lui serait impossible, avec les quelques patates sauvées de la gelée de l’automne, de nourrir, huit jours, nos personnes et nos chiens.»_
_Vous m’aviez prescrit d’être court, Monseigneur: «On lit assez peu les longs livres, de notre temps», m’écriviez-vous. Oserai-je avouer que mon tourment aura été de vous obéir en cela?_
_Se voir, un jour, les mains pleines de perles apostoliques, soigneusement ramassées dans les champs lointains, où les jetèrent tant de semeurs de l’Evangile, être réduit à n’en choisir que ce qu’il faut sertir dans le cadre restreint que l’on s’est tracé, et devoir rejeter toutes les autres dans l’oubli: se peut-il tâche plus douloureuse? L’Esprit Saint nous défend de louer les vivants_--ante mortem, ne laudes hominem quemquam--_je le sais. Mais les morts, mais tous ces apôtres tombés dans la primitive Eglise de l’Extrême-Nord, n’était-ce pas un livre entier qu’il aurait fallu pour raconter les_ Actes _de chacun?_
_Puisse, néanmoins, l’effort qui a été tenté de composer, des traits pris à tous, la physionomie_ du missionnaire des pauvres au pays des glaces, _apporter une contribution modeste à la gloire de l’Eglise catholique, notre Mère, et montrer, une fois de plus, qu’elle seule est la grande civilisatrice, parce qu’elle seule unifie, dans l’égalité devant Dieu qu’elle prêche, dans la charité fraternelle qu’elle ordonne, et dans l’aspiration vers l’éternel bonheur où elle conduit, toutes les races et tous les peuples de l’univers._
_Sans perdre de vue qu’un ouvrage d’histoire ne possède que la valeur de sa documentation, j’ai espéré que la mission, que vous, mon supérieur général, m’aviez confiée, me servirait de créance, et que la révision de mon travail, faite par les deux vicaires apostoliques de l’Athabaska et du Mackenzie, me dispenserait d’arrêter sans cesse la lecture par des_ renvois. _Aux ouvriers spécialistes de l’histoire, j’indiquerai qu’ils trouveront dans les archives épiscopales du Mackenzie, au fort Résolution, le manuscrit d’où fut tiré le présent volume, et qu’en marge des affirmations diverses, ils verront, diligemment marquées, les sources, inédites le plus souvent, d’où elles auront jailli._
_C’est à Saint-Albert, notre vieille Mission du Nord-Ouest, et dans la demeure sanctifiée par les dernières années et par la mort du_ Serviteur de Dieu, _Mgr Grandin, que j’ai eu la consolation de finir cet ouvrage._
_A vous, Monseigneur et bien-aimé Père, je le dédie respectueusement, en implorant sur lui votre bénédiction._
_Mais, ce jour même, avant de le confier au courrier de Rome qui vous le portera, et après l’avoir humblement offert au Sacré-Cœur par les mains de notre Mère Immaculée, j’irai le déposer, dans la crypte de l’ancienne cathédrale, sur les tombeaux, qui se touchent, de Mgr Grandin et du Père Lacombe; et là, à genoux, je prierai ces grands missionnaires du passé d’en disperser les pages, s’il plaît à Dieu, parmi la jeunesse qui se passionne pour le sacrifice et pour le salut des âmes._
_De Votre Grandeur le fils très soumis et très aimant en N. S. et M. I._
Pierre DUCHAUSSOIS, O. M. I.
Réponse de Monseigneur le Révérendissime Supérieur général:
L. J. C. et M. I.
_Rome, le 17 février 1921._
_Mon bien cher Père Duchaussois_,
_La lecture de votre manuscrit m’a procuré de consolantes impressions et m’a donné de vives espérances._
_Vous avez exploité une des matières les plus riches qui existent et vous avez réussi à le faire sans nuire à l’intérêt de votre ouvrage. Bien plus, vous avez trouvé, dans cette abondance même, un moyen de varier les effets et de multiplier le bien que vous en attendiez._
_A prendre contact avec de tels exemples, comment les âmes généreuses ne concevraient-elles pas pour l’apostolat un désir des plus intenses? Vous avez su donner à tous ces récits un tour si vivant, vous avez si bien ménagé les rapprochements et les contrastes, vous avez mis en lumière d’une manière si exacte le courage de nos missionnaires, qu’il sera impossible de rester indifférent devant les faits que vous racontez et les situations que vous dépeignez._
_Votre livre mérite encore un éloge tout particulier, au point de vue de la documentation; elle est vraiment digne du soin que vous y avez apporté._
_Une considération, qui n’est pas à dédaigner, m’est suggérée par la lecture de quelques-unes de vos descriptions les mieux réussies. Nos missionnaires ne désirent pas la publicité, tant s’en faut; on trouverait même parfois qu’ils se taisent trop. Mais je pense que votre livre leur sera un réconfort, en ce sens qu’il leur donnera l’espérance de se voir soutenus à brève échéance par de nouveaux pionniers de l’Evangile. En un mot, ils seront heureux que tout ce que vous dites soit dit, et dit par un talent tel que le vôtre._
_Il paraît que votre plume ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Tant mieux! Nous attendons avec une impatience qui se devine les volumes promis, et nous sommes sûrs qu’ils répondront aux premiers. Nous savons que vous continuerez à y mettre l’amour de votre Famille religieuse, l’esprit de zèle, et aussi l’élégance du style, le charme du récit qui caractérisent celui-ci._
_Quant à vous, vous savez que vous possédez pour ce travail notre pleine approbation et tous nos encouragements. Allez donc de l’avant et prenez confiance en Dieu! La bénédiction de Celui qui veut le salut de tous les hommes, et particulièrement de ces pauvres Indiens et Esquimaux de l’Athabaska-Mackenzie, ne vous fera certainement pas défaut. Je me permets d’y joindre la mienne, en demandant au divin Maître de féconder vos labeurs._
_Croyez, mon bien cher Père, à mes paternels sentiments en N. S. et M.