CHAPITRE XVI.--LES LOUCHEUX.
Mission du _Saint-Nom de Marie_ (Fort _Mac-Pherson_), de 1860 à 1895; latitude, 67,25; longitude, 135, et _Arctic Red River_, depuis 1895; latitude, 67,30; longitude, 128.
_Visiteurs_: PP. Grollier (1860-1861).--Séguin (de 1862 à 1890, chaque année, excepté 1863).--Petitot (1865).
_Résidents_: PP. Giroux (1889-1905).--Lefebvre (1892-1898).--Lécuyer (1905-1920).
TABLE DES GRAVURES
Pages
S. G. Monseigneur Dontenwill 6
Quelques fourrures du Mackenzie 13
Un vieux Coureur-des-Bois 20
Missionnaire et Catéchumènes Esquimaux 31
Pied-de-Corbeau 36
Jeune Esquimaude du Mackenzie 42
Suzanne 44
_Ave Maria_ en langue montagnaise 47
Chez eux, dans les Bois 53
La demeure du Pauvre 60
Le traîneau à chiens 63
Dans les Bordillons 71
Escaladant un dos d’âne 74
Les Raquettes de chasse 81
Au portage du Grand Rapide 85
Remparts du Mackenzie 90
Dans les Rapides 92
Mgr Charlebois dans un Portage 95
En canot d’écorce de bouleau 98
Une cataracte 100
Le Père Lacombe 106
Le «Saint-Alphonse» 111
Travaillant à la scie passe-partout 117
Un dîner de voyage dans la forêt 124
Une truite du Grand Lac de l’Ours 128
Pêche sous la glace 134
Rennes (Caribous) 137
La sainte Messe sous la tente 139
Gueule-de-Travers 145
Famille de Métis 149
Berceau d’Evêques 159
Mgr Taché 169
Mgr Faraud 181
Missionnaire bâtissant sa maison 185
Mgr Grandin 199
Remorquant une barge 205
Mgr Clut 209
Abattant des arbres pour le feu 221
Mission Saint-Bernard 228
Mission de la Nativité 231
Un heureux couple Montagnais 235
S. G. Mgr Grouard, vicaire apostolique d’Athabaska 242
Apostoliques scieurs de long 246
Une rencontre dans la forêt 253
Mgr Pascal 258
S. G. Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie 264
Maison-chapelle du Père Breynat 269
Mangeuse-de-Caribou 274
Mgr Breynat en voyage 277
La rivière la Paix 279
R. P. le Doussal 285
Orignal tué 288
Mission Saint-Isidore 291
Une classe au Fort Résolution 295
A la ferme Saint-Bruno 307
Mgr Joussard au fort Vermillon 310
Bidet de Mgr Grouard 312
A l’assaut d’un iceberg 317
Un chef Plat-Côté-de-Chien 319
Savoyards... frères d’armes 323
Le Catéchisme en images 328
Jeune chasseur Plat-Côté-de-Chien 331
RR. PP. Roure et Bousso 335
Mission Notre-Dame de la Providence 337
Une bâtisse de Mgr Faraud 341
Couvent et Orphelinat 345
Notre Lièvre du Nord 350
Une réunion de Missionnaires 357
Indienne 362
Indiens de la tribu des Esclaves 368
Mission de Notre-Dame de Bonne-Espérance 371
RR. PP. Frapsauce, Ducat, Houssais 375
En costume printanier de voyage 387
Petits Peaux-de-Lièvres 404
Missionnaires en costumes Loucheux 411
Au fil de l’eau (R. P. Giroux) 416
Chez les Loucheux 419
Chez les Cris des Bois 425
S. G. Mgr Charlebois, vicaire apostolique du Keewatin 428
Sauvagesse Crise 432
Mgr Grouard au Petit-Lac des Esclaves 435
Cabane du Grand-Lac de l’Ours 437
Sorcier Natilar 438
Jeune famille Esquimaude 440
Maison de neige en construction 442
Achevée 442
Esquimaux Tchiglit 444
Les plus vieux Esquimaux 446
Jean 447
Esquimaux au dépeçage d’une baleine 450
R. P. Turquetil 452
Gros équipage esquimau 454
Au bord de la Terre Stérile 458
Famille esquimaude du groupe Copper 461
R. P. Le Roux 463
Parmi les banquises, à N.-D. de la Délivrande 468
Mgr Charles-Joseph-Eugène de Mazenod 471
Régions des cinq parties du monde évangélisées par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée 475
Cartes du Canada et des Vicariats arctiques 489
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Lettre-préface à S. G. Mgr Dontenwill, O. M. 1., sup. gén. 7
Réponse de Mgr le Révérendissime Supérieur général 10
Chapitre 1er.--LES FOURRURES 13
_Le_ PASSAGE DE L’OUEST.--_Les Fourrures.--La colonie française.--Superficie du Canada.--Etendue de l’ancienne Nouvelle-France.--Les_ PAYS D’EN HAUT.--_Les coureurs-des-bois.--Les Compagnies de la Baie d’Hudson et du Nord-Ouest.--Leur fusion.--Les vrais pionniers.--Rapports de l’Honorable Compagnie avec les missionnaires.--«Pauvre évêque-roi».--Le terrain d’égalité._
Chapitre II.--LES AMES 31
_Les anciennes nations Peaux-Rouges.--Pourquoi vont-elles mourir?--La maternelle Consolatrice.--Les Dénés et les Esquimaux.--Athabaska-Mackenzie.--Origine des Dénés.--Leur monographie.--Abjection de la femme, de l’enfant, du vieillard.--La Croix dans les glaces._
Chapitre III.--L’HIVER 63
_Caractère de l’apostolat dans l’Athabaska-Mackenzie.--Linceul de neige et de nuit.--Une âme par 250 kilomètres carrés.--Le fort et la mission.--Traîneaux et chiens.--Les chemins du Nord.--Bordillons, crevasses, poudrerie.--En détresse sur le Grand Lac des Esclaves.--Carrosse épiscopal.--Les raquettes.--La soif.--Le Père Laity._
Chapitre IV.--L’ETÉ 85
_Le soleil de minuit.--Activité de la nature.--Les maringouins.--Activité du missionnaire préparant l’hiver.--Le fleuve Athabaska-Mackenzie.--Les rapides de l’Athabaska.--Comment on les évita d’abord, par le Portage la Loche.--Comment on les attaqua enfin.--Mgr Taché et le Lac la Biche.--Mgr Faraud et les Sœurs Grises dans les rapides, en 1867.--Les vingt ans de Mgr Faraud au Lac la Biche.--La_ PRAIRIE _et les bohémiens de l’apostolat.--La grande poussée, sous Mgr Grouard et Mgr Breynat.--Les barges d’Athabaska-Landing.--La plus dure épreuve.--Les vitres du Père Séguin._
Chapitre V.--LA LUTTE POUR LA VIE 117
_«Le grand obstacle».--De Mgr Clut à Mgr Breynat.--Nul secours du pays, ni des sauvages.-Qu’est-ce que jeûner?--Le sourire de la charité.--La Propagation de la Foi.--«Le travail de tous».--Pour «ne pas mourir de faim et de froid».--Les frères coadjuteurs Oblats.--Pêches d’automne et d’hiver.--Le Travailleur invisible._
Chapitre VI.--L’HEURE DE DIEU 139
_1845--Les pionniers de l’apostolat.--Mgr Provencher.--M. Thibault dans le Nord.--Le rendez-vous du Portage la Loche.--Fondation de la mission de l’Ile à la Crosse.--La scène du Portage, décrite par M. Thibault.--Les précurseurs du missionnaire.--Les Métis.--Le Patriarche Beaulieu.--Du Diable à Dieu.--Larmes de M. Thibault.--Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée._
Chapitre VII--BERCEAU D’EVÊQUES 159
_L’Ile à la Crosse.--«Vive le Nord et ses heureux habitants!»--Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières.--Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface.--Mgr Faraud, vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie.--Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert._
Chapitre VIII.--L’EVÊQUE DE PEINE 205
_Mgr Isidore Clut.--Les bulles blanches et le sacre.--Egaré dans les bois.--Au concile du Vatican.--Recruteur.--Episode du Grand Rapide.--Une rencontre de Mgr Clut et de Mgr Faraud.--Aux territoires du Youkon et de l’Alaska.--Les visites du vicariat.--L’indésirable bien-aimé.--Dompteur de chiens et meneur de traîneaux.--Campement à la belle étoile.--Vermine.--Le son du glas.--Au petit Lac des Esclaves.--«Notre joie et notre récompense»._
Chapitre IX.--LES MONTAGNAIS 231
_Le fort Chipewyan et la Nativité.--Les oies sauvages.--Evangélisation des Montagnais.--L’une des famines.--Notre-Dame de Lourdes.--Le Père Eynard,--Mgr Emile Grouard.--Son noviciat.--Un communiqué.--«Qui me rendra la liberté?»--Maître des novices et scieur de long.--De la maladie grave (1874) à l’épiscopat (1891).--A-t-il vieilli?--Quelques esquisses._--DOMINUS CONSERVET EUM.
Chapitre X.--LES MANGEURS DE CARIBOUS 253
_Notre-Dame des Sept-Douleurs du Fond-du-Lac.--Le renne de la_ TERRE STÉRILE _et les Mangeurs de Caribous.--Missionnaires_ VISITEURS.--_Mgr Albert Pascal.--Le divin Solitaire.--Evêque de Prince-Albert.--Mgr Gabriel Breynat.-Prémices de Liége.--Elève du P. de Chambeuil.--Deuils sur deuil.--Membre gelé.--Construction de maison-chapelle et fabrication de jardin.--Famine de 1899.--Missions aux camps sauvages.--Bouquets d’adieu.--Vicaire apostolique du Mackenzie._--THE BISHOP OF THE WIND.
Chapitre XI.--LES CASTORS 279
_La rivière la Paix.--Les Castors.--Ravages du vandalisme et du_ JEU A LA MAIN.--_Un sacrifié.--Le Père Tissier au fort Dunvégan.--Noyade du Frère Thouminet.--Episode de l’hiver 1870-71.--Le Père Husson naufragé.--Une relation du Père Le Treste._
Chapitre XII.--LES COUTEAUX-JAUNES 291
_Mission Saint-Joseph du fort Résolution, et le Grand Lac des Esclaves.--Les Couteaux-Jaunes.--Le Père Dupire. Le Père Gascon, le_ PRIANT MAIGRE.--_Mal de neige.--Catéchiste «à la baguette».--Hospitalité canadienne.--Le Sacré-Cœur au Grand Lac des Esclaves.--La lampe du sanctuaire.--«Le martyre sans gloire».--Mission Saint-Isidore et ferme Saint-Bruno du fort Smith.--Mission Sainte-Marie du fort Fitzgerald.--Noyade des Pères Brémond et Brohan.--Mgr Célestin Joussard.--A Saint-Sauveur de Québec.--Bloqué dans les glaces._
Chapitre XIII.--LES PLATS-CÔTÉS-DE-CHIENS 317
_La légende.--Fort Rae et mission Saint-Michel.--Mgr Grandin chez les Plats-Côtés-de-Chiens.--Le Père Roure.--Souffrit-il de la faim?--Quelques histoires.--Célébrités de la science et du sport au fort Rae.--Superstitions et tabous.--Pauvre femme dénée!--Foi des Plats-Côtés-de-Chiens.--Pie X les aima._
Chapitre XIV.--LES ESCLAVES 337
NON FECIT TALITER OMNI NATIONI.--_Mission de Notre-Dame de la Providence, au fort Providence.--Le palais de Mgr Grandin.--«Plus heureux que le Schah de Perse».--Le couvent des Sœurs Grises.--Cinquante ans de leur apostolat.--Le Père Lecorre.--«Oh! qu’elle est belle, ma Bretagne!»--Le_ MAGNIFICAT _de l’expédition 1895.--Qu’est-ce qu’un lièvre?--Mission du Sacré-Cœur, au fort Simpson.--Babel.--Le Père Brochu.--Hospice des Sœurs Grises.--Mission Saint-Raphaël, au fort des Liards.--Le fort des Poux et la danse dénée.--La_ BONNE FEMME _Houle.--Le Père de Krangué.--Champion mutilé.--Mission Saint-Paul au fort Nelson.--Le Père Lecomte.--Le Père Gourdon.--Mission Sainte-Anne, au fort Rivière-au-Foin.--Mort du Frère Hand.--Mission de N.-D. du Sacré-Cœur, au fort Wrigley._
Chapitre XV.--LES PEAUX-DE-LIÈVRES 371
_Napolitains du Nord.--Mission Sainte-Thérèse, au fort Norman.--Rivière et Grand Lac de l’Ours.--Le Père Ducot.--Sauvé par un loup...--Le pont de glace.--Noël, le 17 décembre.--Un halo de lune et une aurore boréale.--Mission Notre-Dame de Bonne-Espérance, au fort Good-Hope.--Le Père Grollier._--DA MIHI ANIMAS!--_Sa rapide et douloureuse carrière.--«Je meurs content, ô Jésus!».--Le Père Séguin.--Jusqu’au fort Youkon.--Chez les Loucheux.--La conversion des Peaux-de-Lièvres.--«Le Saint est mort!»_
Chapitre XVI.--LES LOUCHEUX 411
_Batailles et réconciliation.--Bas-Bretons de l’Extrême-Nord.--«Quels braves gens!»--Les Pères Constant Giroux et Camille Lefebvre.--Du fort Mac-Pherson à la Petite Rivière Rouge Arctique.--Un poitrinaire sous la bise glaciale.--Le Père Lefebvre en détresse.--La_ MÈRE DES LOUCHEUX.--_La langue et l’âme françaises à l’océan Polaire._
Chapitre XVII.--LES CRIS 425
_Missions Crises et leurs missionnaires.--Caractère des Cris.--Le_ SCALP.--_Les_ WINDIGOS.--_Cris des prairies et Cris des bois.--Quels chrétiens devinrent les Cris._
Chapitre XVIII.--LES ESQUIMAUX 437
_«Des Japonais».--Qualités et défauts.--L’évangélisation des Esquimaux.--Aux Bouches du Mackenzie.--En Alaska.--A Chesterfield Inlet.--Au Golfe du Couronnement.--L’Apostolat des Pères Rouvière et Le Roux.--Le meurtre.--Mort du Père Frapsauce.--Fécondité du sang.--Mission de Notre-Dame du Rosaire._
Appendice I.--La Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et ses œuvres 471
Appendice II.--Notice sur les Missions étrangères des Sœurs de la Sainte-Famille 477
Appendice III.--Etat du personnel dans les missions dénées de l’Athabaska-Mackenzie 478
Table des gravures 483
[Illustration: PUISSANCE DU CANADA
Provinces et Territoires]
[Illustration: VICARIATS APOSTOLIQUES
du Nord-Ouest Canadien
Confiés aux Oblats de Marie-Immaculée]
LAUDETUR JESUS CHRISTUS et MARIA IMMACULATA
Imprimerie LOGIER Frères. 4, place J.-B. Clément, Paris
· · ·
NOTES:
[1] Des Canadiens Français vous diront avec un sourire: «Nous aimons la France et l’Angleterre: la première comme notre mère, l’autre comme notre belle-mère.»
[2] Les territoires d’exploitation de la Compagnie se divisent en _districts_, indépendants les uns des autres. Chaque district possède sa hiérarchie complète. Cette hiérarchie est établie sur le principe que tous ses membres doivent se traiter en étrangers, s’acheter et se vendre leurs articles et travail respectifs, chacun demeurant averti que son avancement dépendra de l’importance des bénéfices qu’il apportera. Ainsi en va-t-il de _maître-de-poste_ (le plus bas échelon de la hiérarchie) à _commis_, de commis à _traiteur_, de traiteur à _bourgeois_ (chef du district). Chaque année, tous les bourgeois remettent leurs _retours_ (apport des pelleteries), avec l’état de leurs comptes, au _gouverneur_, qui ne manque pas de promouvoir les plus habiles et de faire descendre les autres.
Or, les _districts_ d’Athabaska et du Mackenzie, champ d’action des missionnaires dont nous avons à raconter les travaux, se trouvaient les derniers dans l’échelle des districts. C’est donc à leur tête qu’il fallait s’attendre à trouver les hommes les plus décidés au succès.
[3] Fervents chrétiens avant tout, les découvreurs français du Canada firent aller de pair la colonisation et l’évangélisation. François Ier, sur le rapport de Jacques Cartier, voulut «convertir les sauvages à la foi, et établir ses sujets au milieu d’eux». Champlain, que sa grande âme de catholique et de patriote a fait appeler «le véritable fondateur de la Nouvelle-France», réalisa le désir de Jacques Cartier et du roi de France, en obtenant les premiers missionnaires. Après lui, tous les explorateurs furent accompagnés, sinon précédés, par le prêtre.
Les _Récollets_ arrivèrent en 1615, les _Jésuites_ en 1625, les _Sulpiciens_ en 1657. En 1659, le _vicariat apostolique de Québec_, plus vaste que l’Europe, fut érigé. Deux cent soixante ans plus tard, le 2 avril 1918, S. Ex. Mgr Stagni, quatrième nonce apostolique au Canada, pouvait écrire, dans sa lettre d’adieu à S. Em. le cardinal Bégin, archevêque de Québec, et aux 43 archevêques et évêques de la Puissance du Canada et de Terre-Neuve:
«Votre nation, dont l’univers entier vante la culture intellectuelle et les progrès matériels, s’est acquis une réputation plus invincible encore dans le domaine _religieux_. La hiérarchie catholique, laquelle n’y remonte même pas à trois siècles, se pare chaque jour d’une gloire et d’un éclat nouveau, tant par le nombre que par l’éminence des vertus de ses membres.»
On ne pouvait, en moins de mots, ni avec plus d’autorité, exprimer la rapidité du jeune continent à passer de l’état primitif à l’état d’une nation complètement européenne, au prestige mondial et au catholicisme florissant.
[4] Trois autres grandes tribus dénées se trouvent dans la Colombie Britannique: les _Porteurs_, les _Chilcotines_, les _Babines_. Ils ont été évangélisés, eux aussi, par les Oblats de Marie Immaculée. Le R. P. Morice, O. M. I., en a savamment traité en divers ouvrages: _Au Pays de l’Ours Noir_, _Essai sur l’Origine des Dénés_, _Histoire de l’Eglise catholique dans l’Ouest Canadien_ (4 vol.), etc...
Les divisions les plus considérables--en nombre, mais non en qualité--de la race dénée sont «dans le sud des Etats-Unis, où elles sont connues sous le nom de _Navajos_ et d’_Apaches_. Ces tribus ont dû être séparées de celles de l’Extrême-Nord, à l’époque des guerres générales entre les Indiens.»
Outre les tribus que nous avons énumérées, il y a, dans le Mackenzie, les _Sékanais_, les _Mauvais-Monde_, les _Gens de la Montagne_, etc. Nous les rencontrerons plus tard; mais ce ne sont que des fragments, distincts de nom plus que de réalité, des tribus sus-mentionnées.
[5] Nous transcrivons quelques observations du Père Petitot:
«Chaque tribu dénée parle son dialecte; mais la souche mère n’a point été trouvée en Amérique. Les dialectes sont à cette souche perdue ce que sont à notre latin le français, l’italien, l’espagnol, le provençal.
«Les langues dénées rentrent évidemment par leur caractère général dans les idiomes américains dont la tendance est d’accumuler une multitude d’idées dans un seul mot. C’est ce que de Humboldt a appelé _agglutination_, et Duponceau _polysynthétisme_. Le Déné, en effet, n’analyse point ses impressions, il les groupe en idées complexes. Il n’a point du tout conscience d’une analyse logique. La synthèse gouverne tellement toutes les formes du langage qu’elle se reflète même dans son écriture: toutes les lettres ne présentent qu’une enfilade de caractères placés à la suite les uns des autres, sans solution de continuité. Le discours revêt même cette forme, et les idées les plus incompatibles y sont liées entre elles sans aucune transition. C’est comme le jeu d’une navette qui ne s’arrête pas pour tisser une étoffe multicolore... Même agglutination dans les mots que dans les phrases, agglutination qui comporte des élisions très embarrassantes lorsqu’il s’agit de distinguer la racine de ce qui n’est qu’accidentel.
«La langue des Dénés présente cependant cette particularité qu’elle est, en partie, monosyllabique ou inorganique, comme l’est par exemple le chinois, et probablement toute langue primitive. Tous les mots racines ne sont que des monosyllabes. J’en ai déjà réuni 745 (en 1867), dont 233 sont dépouillés de toute particule. De ces monosyllabes dériveront tous les autres mots.
«Comme dans la langue chinoise encore, le ton, l’inflexion de la voix changeront du tout au tout la signification de certains mots dénés, qui s’écrivent de la même manière. La prononciation de ces mots et d’une infinité d’autres exige une grande délicatesse d’articulation, une grande précision dans l’intonation et dans l’observance de la quantité prosodique.
«Cette prononciation comporte, en outre, presque toutes les difficultés des langues connues. Elle a des chuintantes, des clappantes, des dentales et des hiatus qui ont fait le désespoir de bien des gens.
«Chose remarquable aussi, il y a peu d’emploi des labiales: le jeu des lèvres est presque nul. Un Déné, les lèvres légèrement entr’ouvertes et sans desserrer les dents, parlera avec une vélocité étonnante et fera entendre les sons les plus heurtés.»
Les langues du Nord, comme les autres, furent apprises par les premiers missionnaires, au seul moyen de leurs observations personnelles. Ils en ont rédigés les dictionnaires et les grammaires. Parmi les maîtres en langues dénées, il faut citer Mgr Grouard, Mgr Breynat, les Pères Petitot, Laurent Legoff, Morice.
Un ministre protestant, M. Evans, inventa, pour l’écriture du langage, un système de caractères syllabiques, hiéroglyphiques, qui fut universellement adopté.
Spécimen d’écriture Syllabique
AVE MARIA EN LANGUE MONTAGNAISE
[Illustration]
Traduction littérale
Par toi je laisse aller mon esprit (à la joie) Marie, très-bien Celui qui-a-fait-la-terre t’aime, ton cœur près-de il est, toutes femmes par dessus tu-es grande, et Jésus, il-a-été dans-ton-sein. Lui seul est grand.
Sainte Marie, Le-Puissant sa mère tu es, nous-sommes-mauvais, quand même pour nous prie maintenant et quand nous mourrons à la veille.
Très bien c’est ainsi si c’était.
[6] Il est curieux de constater que tous ceux qui se servent de chiens ne leur parlent que français. Et ces mots sont quelquefois les seuls que les Anglais et les Indiens connaissent de notre langue. Nouvelle trace évidente des coureurs-des-bois français.
[7] _Destinés à mûrir_, disons-nous. C’est que malgré la chaleur continuelle, ils n’en ont pas toujours le temps. Le sol, dont aucun été n’a jamais amolli les profondeurs glacées, refroidit les racines; et il est nécessaire que pendant la courte saison chaude, ni la sécheresse, ni les orages ne viennent retarder une croissance qui ne résisterait pas aux gelées précoces, qui suivent pas à pas le soleil.
En juillet 1915, au fort Smith, la plus méridionale des missions du Mackenzie, on a vu les pommes de terre geler complètement en une nuit de moins de trois heures, entre deux journées torrides.
[8] Des 30.950.000 hectares que couvrent les lacs connus du Canada entier, le seul vicariat du Mackenzie en compte 7.564.000.
[9] Les montagnes qui enclavent le Nord-Ouest et le Nord marchent, du sud au nord, en deux groupes parallèles: les _Laurentides_ à l’est, les _Rocheuses_ à l’ouest. Les Laurentides, parties de la rive gauche du Saint-Laurent, envahissent en tous sens les provinces de Québec et d’Ontario, se blottissent le long du Manitoba oriental contre la baie d’Hudson, et vont expirer à la mer Glaciale, en dunes à peine surélevées. Les Rocheuses alignent et emboîtent leurs monts neigeux en une symétrie tellement semblable à celle de nos vertèbres osseuses que les sauvages les ont pittoresquement appelées: l’_épine dorsale de la terre_. De l’_épine dorsale_ rocheuse, s’échappent des _côtes_ régulières de montagnes, qui escortent, jusqu’à l’océan Pacifique d’une part, et jusqu’au fleuve Athabaska-Mackenzie d’autre part, nombre de rivières issues des glaciers centraux. Les Laurentides, de leur côté, envoient leurs rivières à la baie d’Hudson et à l’océan Atlantique, dans des cortèges montagneux analogues à ceux des Rocheuses. Qu’un éboulis de ces montagnes entrave tout à coup la rivière; qu’une veine transversale s’oppose à son cours: c’est la lutte du cours d’eau contre l’obstacle, c’est le rapide.
Mais comment les fleuves des plaines, comme la Saskatchewan, l’Athabaska, la rivière des Esclaves, la rivière de la Paix, qui n’ont eu besoin des montagnes que pour naître, vont-elles se former des rapides aussi fougueux que les rapides des rivières essentiellement montagneuses elles-mêmes? Précisément par l’intrusion des filons ramifiés, qui vont des Laurentides aux Rocheuses, et des Rocheuses aux Laurentides, pour les relier entre elles. Le fleuve des prairies, ou des bois, habitué au cours tranquille qu’il s’est tracé dans les terres friables, rencontre ces filons pierreux et doit en dompter la résistance.
[10] «Voici, continue le Père Petitot, l’énumération des lacs et des rivières que l’on suit durant cet itinéraire qui, à lui seul, peut déjà être considéré comme un très long voyage: rivière Rouge, lac Winnipeg, rivière Saskatchewan, lacs Travers, Bourbon et Vaseux, rivière du Pas, lacs Cumberland et des Epinettes, rivière Maline, lac Castor, rivière la Pente, lacs des Iles, Héron, Pélican et des Bois, Portage du Fort-de-Traite, rivière des Anglais (Churchill), lacs de l’Huile, d’Ours, Souris, Serpent, du Genou, Primeau et de l’Ile-à-la-Crosse. Après avoir traversé ce dernier bassin d’un bout à l’autre, nous pénétrons, par un canal naturel d’eau stagnante, improprement appelé rivière Creuse, sur les lacs Clair et du Bœuf, d’où nous gagnons le lac la Loche, par la rivière du même nom. C’est à l’extrémité de ce dernier lac que s’élève le coteau du Portage la Loche... Sur le versant Septentrional du portage, nous nous trouvons dans le district d’Athabaska.»
[11] V. _Les Sœurs Grises dans l’Extrême-Nord du Canada_, chap. v. Librairie Beauchemin, Montréal, et _Œuvre des missions_, 4, rue Antoinette, Paris--18e.
[12] La Saskatchewan est la grande artère de la _prairie_. Elle en recueille toutes les rivières pour les conduire au lac Winnipeg, lequel s’épanche dans le fleuve Nelson, qui se jette dans la baie d’Hudson. La Saskatchewan n’unit ses deux branches qu’à l’est de Prince-Albert. La branche nord a sa source au mont Brown, à côté de celle de l’Athabaska. La branche sud jaillit des montagnes Rocheuses aussi, mais presque sur la ligne des Etats-Unis. La Saskatchewan, très sinueuse toujours, coule de l’ouest à l’est.
[13] Un des traits qui «égayèrent» ce voyage de 1880 dans la prairie eut pour acteur principal, _dit-on_, S. G. Mgr Joussard, coadjuteur actuel, avec future succession, de Mgr Grouard, vicaire apostolique d’Athabaska. Tout jeune missionnaire, plein d’une ardeur qui ne s’éteindra qu’avec sa vie, le Père Joussard avait caracolé, autour de la _brigade_, sur un _branco_, cheval demi-sauvage de l’Ouest. Le soir, il s’endormit, lassé, à sa place de la couche commune, occupée par une dizaine de missionnaires. Mais la chevauchée, faut-il penser, continua dans son rêve. Tout à coup, il crut sentir sous sa main une crinière. Il la saisit, en criant:
--Hue donc!
Un «Aïe!» formidable réveilla la prairie:
C’était la barbe de S. G. Mgr Clut, son voisin, qu’il avait empoignée.
[14] Le nom de _Saint-Alphonse_ avait été inspiré par la reconnaissance envers les Pères Rédemptoristes, qui avaient généreusement promis la moitié de la somme que coûterait le bateau.
[15] La source capitale de telles dépenses fut toujours la difficulté des transports. Ainsi, en 1876, époque moyenne du premier demi-siècle de nos missions du Nord, Mgr Faraud estimait à 25 piastres (125 francs) le seul transport d’un colis de 100 livres _d’Angleterre au lac la Biche_, c’est-à-dire environ les trois quarts de la valeur réelle de l’objet.
_Du lac la Biche au fort Mac-Murray_, l’évêque ne pouvait transporter lui-même chaque pièce de 100 livres qu’aux prix de 20 à 25 francs.
_Au fort Mac-Murray_, le tarif de la Compagnie ressaisissait la pièce, à raison d’une piastre (5 fr. 15) de chaque fort-de-traite au suivant: soit 11 piastres de plus pour la mission la plus lointaine. Total: 200 francs de transport par 100 livres.
Même à l’époque où l’on put acheter la farine à Winnipeg, au prix de 25 francs le sac, elle revenait à 110 francs, au fort Good-Hope. Un seul parti était de mise alors: se passer d’un tel luxe. C’est ce que l’on fit. Il n’y eut pendant près de cinquante ans qu’un peu de pain pour les grandes fêtes, ou pour les malades gravement atteints. Et même pas toujours.
Tous les fonds disponibles servirent à acheter les instruments indispensables, les habits, les articles de traite, l’ameublement. Plus tard vinrent les machines, scieries mécaniques, chaudières tubulaires, hélices, ferrailles volumineuses et lourdes.
C’est par là que saignait la bourse du vicariat.
[16] Les missionnaires, expliquant et recommandant le jeûne eucharistique, la veille d’une communion, ont souvent entendu cette réflexion:
--Comment veux-tu que je mange? Il y a deux jours, quatre jours, que je n’ai plus rien à manger!
[17] Ces deux congrégations de religieuses ont été fondées au Canada: les _Sœurs Grises_ en 1737, les _Sœurs de la Providence_ en 1843.
[18] Le _chapitre général_ est une assemblée tenue périodiquement, dans la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Le Supérieur Général, ses quatre Assistants, les Vicaires Apostoliques et les Supérieurs Provinciaux du monde entier, ainsi qu’un Père délégué par chaque vicariat ou province, y viennent, dans des réunions intimes, exposer leurs succès, leurs déceptions, leurs espérances et leurs demandes.
[19] _Apôtres inconnus._
[20] Quatre Pères Jésuites étaient venus dans ces pays, au XVIIIe siècle. Mais ils n’avaient guère pu exercer leur ministère au delà des deux forts-de-traite qui leur donnèrent asile. Ces missionnaires, qui se succédèrent, par intervalles, de 1732 à 1751, au fort Saint-Charles (sur le lac des Bois) d’abord, et au fort la Reine (Portage la Prairie) ensuite, furent: le Père Messaiger, le Père Aulneau, qui fut tué par les Sioux à l’Ile aux massacres (lac des Bois), le Père Coquart, le Père de la Morinie.
La cession du Canada à l’Angleterre, la ruine de la Nouvelle-France, la suppression temporaire de la Compagnie de Jésus, arrivant coup sur coup, entraînèrent l’abolition de toutes les missions naissantes. L’Ouest ne revit le prêtre que soixante-sept ans après le départ du dernier Jésuite, avec Mgr Provencher.
[21] Mgr Provencher détacha bientôt (1838) M. Demers des missions de la _prairie_, pour l’envoyer, avec M. Blanchet, qu’il avait recruté pour cette fin, fonder les missions de la Colombie (tout le territoire situé au nord de la Californie, à l’ouest des montagnes Rocheuses). Annonçant leur départ à l’évêque de Québec, il s’écriait: «Terres de la Colombie, vous allez donc enfin retentir des louanges du saint nom de Jésus. La Croix va s’élever de rive en rive, sur un espace de mille lieues, que vont parcourir ces deux apôtres pour arriver à leur destination; et la parole de Celui qui a dit que ce signe adorable attirerait à lui tous les hommes va se vérifier à l’égard des pauvres tribus errantes vers lesquelles ils sont envoyés!»
Le 10 octobre 1838, ils célébrèrent le saint sacrifice sur le point le plus élevé des montagnes Rocheuses. Ils arrivèrent à Vancouver, le 24 novembre, après un voyage de quatre mois et quatorze jours, depuis Saint-Boniface. Mgr Provencher avait vu en eux deux futurs évêques. M. Blanchet fut, en effet, nommé vicaire apostolique de l’Orégon en 1848; et M. Demers, évêque de Vancouver (Victoria), en 1847.
[22] La conversion de certaines nations, comme les Pieds-Noirs de la prairie, les Kwakwilth de la Colombie anglaise, les Esquimaux de l’océan Glacial, bien qu’entreprise depuis longtemps, n’est encore que peu ou point entamée. Or, ces nations ne furent pas pénétrées par les _voyageurs_ canadiens français.
Ajoutons que les sauvages vinrent à Dieu dans la mesure où ils furent pauvres, travailleurs, et surtout observateurs de la loi naturelle. De tous les Indiens, les Dénés étaient les plus pauvres, les plus résignés à la souffrance, les plus moraux. Ils furent, par suite, les plus aisément préparés par les Canadiens _voyageurs_, et convertis par les missionnaires.
[23] La rivière au Sel, où Beaulieu eut la charge d’un fort-de-traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, est un affluent de rive gauche de la rivière des Esclaves. Elle descend des collines Buffalo, et s’alimente de ruisseaux, salins comme elle-même. A quelque cinquante kilomètres plus haut que son embouchure, on trouve des plaines toutes nues, au milieu des bois touffus, et couvertes de sel en couches blanches, assez profondes parfois. L’eau qui a déposé ces couches sort directement, par de nombreuses sources, de collines de sel gemme, et donne à l’analyse 26 0/0 de sel pur.
D’autres rivières au Sel se jettent dans le Mackenzie, du côté du fort Norman. Ce don de Dieu à ces pauvres régions est une richesse qui ne manquera jamais, par conséquent, à la table du missionnaire.
[24] La lettre pastorale de S. G. Mgr Béliveau récapitule ainsi l’état actuel de l’ancien vicariat apostolique du Nord-Ouest:
«Cette modeste mission de la Rivière-Rouge, fondée en 1818, s’est développée au point de se subdiviser, non seulement en diocèses, mais en provinces ecclésiastiques: la province de l’Orégon, qui est passée depuis aux Etats-Unis, la province de Vancouver, la province d’Edmonton, la province de Régina, la province de Winnipeg, enfin la province de Saint-Boniface. Nous trouvons dans ces territoires une population catholique qui se chiffre à plus de 300.000 fidèles. Nous y comptons 13 évêques, 338 religieux de différents ordres, 262 prêtres séculiers, et 1.580 religieuses réparties en différentes communautés.»
[25] En passant au Portage la Loche, qui se trouve sur le chemin de l’Ile à la Crosse au lac Athabaska, le Père Taché s’arrêta pour donner une courte mission aux néophytes de l’endroit, que M. Thibault avait instruits. Comme il hésitait encore à se risquer dans l’éloquence montagnaise, il pria un trappeur, d’intelligence et de mœurs éprouvées, Antoine Morin, de lui servir d’interprète. Antoine traduisait à la satisfaction de tous. Mais voici qu’au fil d’un sermon le Père Taché se trouve conduit à parler de la _chasteté_. Il lance le mot et recommande la vertu en question, «vertu, dit-il, qui demande beaucoup de précautions, de prudence, de défiance de l’ennemi, de réserve vis-a-vis des personnes du sexe, etc.» Le brave Antoine, qui, sans doute, pratiquait lui-même la chasteté à la façon du bourgeois de Molière, faisant de la prose sans savoir que c’en était, pérore là-dessus, avec la même assurance que sur le reste:
--Le Père, explique-t-il, dit qu’il faut faire la _chasse d’été_. Nous ne devons donc pas nous contenter de la chasse d’hiver, paresseux de Montagnais que nous sommes. Mais attention, mes amis! La chasse d’été est bien difficile: il faut beaucoup de précautions pour approcher les orignaux dans le bois, car ils entendent de loin. Et puis, défiez-vous de l’_ennemi_, le _dénédjéré_, qui vous guette partout dans les broussailles. Fuyez, si vous le voyez. Et puis encore, il ne faut plus emmener les femmes avec nous à la chasse d’été, de peur qu’elles ne mangent les muffles des orignaux et que nous ne puissions plus rien tuer alors... Tout de même, c’est dur ce que dit le petit Père, car c’était bien commode, les femmes, pour faire sécher la viande au soleil, quand les hommes avaient fini de tuer! Mais, que voulez-vous, le Père a parlé: il faut faire ce qu’il nous dit...»
Cette aventure apprit de bonne heure au Père Taché qu’il est parfois difficile de n’être pas au-dessus de son auditoire.
[26] Mgr de Mazenod, qui était de l’ancienne noblesse française, en avait gardé le tutoiement d’amitié.
[27] Le système économique de Mgr Faraud était l’_allocation_ fixée d’avance. Il comptait sur l’esprit de sacrifice de chaque missionnaire pour l’accepter, tel qu’il l’imposait. Il écrit à l’un d’eux: «En fixant à chaque mission une allocation annuelle, proportionnée à nos ressources probables, j’avais plusieurs choses en vue: 1º accoutumer chaque directeur à veiller à ses affaires; 2º empêcher qu’on fît des demandes au hasard; 3º éviter les mécomptes, en retranchant, pour équilibrer recettes et dépenses, certains articles non absolument nécessaires; 4º éviter que l’insouciance possible des uns ne privât les autres de leurs droits; mais, en sous-main, je voulais réserver une poire pour la soif, afin de pourvoir aux nécessités imprévues et aux déficits, inévitables en certains cas. Dieu a béni jusqu’ici nos efforts (1885), et j’ai la consolation de voir, après avoir bouché tous les vides, que notre barque continue à voguer à pleines voiles, tandis que d’autres vicariats, mieux placés que nous, sont aux abois, et menacés de banqueroute. Que chacun soigne sa petite barque avec le soin que je mets à veiller sur celle qui les contient toutes, et, sous l’œil de Dieu, nous voguerons longtemps en sûreté... Quoiqu’il me soit bien pénible de vivre si éloigné de ceux que mon cœur aime avant tous et du centre de nos œuvres, je n’oserais regretter le devoir rigoureux qui me retient depuis longtemps à la porte (le lac la Biche), parce qu’il me paraît évident que, si je n’avais pas été là, cette porte serait fermée pour toujours, et que c’en serait fait de nos chères missions.»
[28] Jamais Mgr Faraud n’écrivit une lettre à ses missionnaires, n’eût-elle eu pour objet que des affaires sèchement matérielles, sans la relever de vues surnaturelles. Ainsi ces encouragements au Père Ducot, en lui envoyant l’état de son allocation: «...Quelque difficile que soit la position que vous occuperez, gravez fortement dans votre esprit que sans Dieu vous ne pouvez rien, et qu’avec Lui vous pouvez tout. Que la soif ardente des âmes, qui ont coûté si cher à notre très doux et très aimable Sauveur, ne vous quitte pas. Il pourra se faire, et même il se fera souvent, dans votre solitude, que la matière ouvrable que vous convoitez vous manquera, à l’extérieur: vous pourrez toujours trouver en vous-même le moyen de satisfaire votre désir du bien. Nous sommes les ouvriers des âmes: nous devons vouloir partout et toujours travailler à leur salut, à leur sanctification. Or, nous sommes toujours sûrs de nous trouver nous-mêmes. Dieu tire plus de gloire d’une seule âme vraiment sainte que de mille indifférentes ou moins saintes. En vous sanctifiant de plus en plus, vous atteindrez au mieux le but de votre vocation... Allons, continuez à faire l’impossible pour retirer les pauvres âmes des griffes de Satan. Vous faites un travail trop pénible. La récompense sera proportionnée. Bon courage!...»
[29] Mgr Faraud était naturellement éloquent, d’organe puissant et de gesticulation abondante. Mais, en véritable orateur, il savait se faire aux blancs et aux sauvages, tour à tour. Pierre Beaulieu rappelle son éloquence _indienne_: «--Ben oui, j’ te dis ça prêchait, ça, Mgr Père Faraud. Il chantait ben mal; mais il prêchait ben bien! Il criait, pareil comme une grue blanche; et puis, il levait sa chaise en l’air, et il frappait avec sur le plancher, et il suait! Ah, ben oui, ça l’aimait donc, les _savages_, Monseigneur Père Faraud!»
[30] Le diocèse de _Cambrai-Lille_ ne s’est point contenté de ses aumônes; il a donné aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée plusieurs de ses enfants, parmi lesquels Monseigneur Louis d’Herbomez, premier vicaire apostolique de la Colombie Britannique.
[31] Presque tous ces détails sur la vie de Mgr Faraud à Saint-Boniface et sur son trépas nous furent donnés par feu M. l’abbé Messier. Ce bon prêtre, pieux et instruit, directeur d’âmes très éclairé, ajoutait: «Je tiens pour certain que Mgr Faraud a emporté au Ciel l’innocence de son baptême.» Et cela nous rappelait une parole de l’évêque, rencontrée dans l’une de ses lettres à son supérieur général: «Je suis ainsi fait que je ne crains rien que le péché.»
[32] La mission montagnaise-crise de l’Ile à la Crosse, berceau des quatre évêques, ne fit jamais partie du vicariat d’Athabaska-Mackenzie proprement dit. C’est pourquoi il ne pouvait entrer dans notre plan de mener son histoire au delà des années qui précédèrent la division du diocèse de Saint-Boniface, l’unique, jusque-là, du Nord-Ouest et de l’Extrême-Nord.
En 1869, l’Ile à la Crosse passa au diocèse de Saint-Albert; en 1890, à celui de Prince-Albert; en 1910, au vicariat apostolique du Keewatin.
C’est à regret que nous disons adieu à cette mission qui fut toujours, avec ses dépendances, la chrétienté modèle du Nord. Aussi de quels missionnaires a-t-elle été la fille, jusqu’à l’heure présente!
Mgr Taché ne vivait heureux que de son souvenir.
En 1888, Mgr Grandin rendait ce compte de sa dernière visite au «berceau apostolique»: «Je puis affirmer que quand même la Congrégation des Oblats, dans notre immense territoire du Nord-Ouest, n’aurait fait autre chose que de fonder cette mission, et de christianiser ceux qui la fréquentent, elle aurait déjà fait et assuré un très grand bien. Il y a un peu plus de quarante ans, il n’y avait pas ici de chrétiens, et les premiers Oblats venus à l’Ile à la Crosse durent semer dans les larmes et dans la pauvreté; maintenant la mission compte plus de 700 chrétiens; la mission du Portage la Loche, qui en dépend, en compte plus de 200; et celle de Saint-Raphaël, près de 300. Je doute que, dans les meilleures paroisses de France, les fidèles donnent plus de consolations à leurs curés que nos chrétiens à leurs missionnaires.»
Mgr Pascal, évêque de Prince-Albert, appelait l’Ile à la Crosse «la perle de son vicariat».
A l’Ile à la Crosse, enfin, Mgr Charlebois, vicaire apostolique du Keewatin, et dernier héritier de la perle du Nord, recueille aujourd’hui les meilleures de ses joies.
[33] _Mgr Grandin, Oblat de Marie Immaculée, premier évêque de Saint-Albert_, par le R. P. E. Jonquet, de la même Congrégation. 1 vol. S’adresser à l’_Œuvre des Missions O. M. I._, 4, rue Antoinette, Paris (18e).
[34] La hampe de cette crosse est encore à la mission de la Nativité, où elle sert de porte-croix aux processions et aux enterrements. La volute est conservée, avec les bulles _blanches_, dans le _trésor_ du scolasticat de Marie Immaculée, à Edmonton (Alberta).
Les détails des diverses scènes rapportées ici nous furent donnés, ou confirmés, par le R. P. Tissier, qui aida lui-même Mgr Faraud à tourner la crosse du sacre.
[35] V. Chap. IV.
[36] Il fut découvert, dans la suite, que l’Alaska appartenait à la juridiction de Vancouver. Le Père Lecorre, rappelé par Mgr Faraud, en 1874, revint par San Francisco.
La consolation et l’honneur restèrent à Mgr Clut et au Père Lecorre d’avoir contribué au salut de plusieurs âmes et d’avoir été les premiers prêtres catholiques à fouler les terres et les eaux de l’Alaska.
Le fort Youkon avait déjà reçu les visites, à peu près infructueuses, de deux missionnaires de Good-Hope: celle du Père Séguin, en 1862, et celle du Père Petitot, en 1870.
[37] Ne pas confondre nos Montagnais (nation Dénée) de l’Extrême-Nord avec les Montagnais (nation Algonquine) de l’est du Canada.
[38] Il le dessécha au prix d’un long travail de trappiste. Selon les prévisions, le petit champ qui fut trouvé au fond n’a cessé de produire tout ce que l’on peut attendre sous une telle latitude.
[39] En langue dénée, dialecte esclave: _Yaltri-bé-da-ra-shlan_, _Le priant au menton abondamment fourni de poils_, _Yaltri_ (le priant), _-bé_ (son) _-da_ (menton) _-ra_ (poil) _-shlan_ (il y en a beaucoup).
[40] La _pipe_ était l’unité de mesure des coureurs-des-bois; et elle l’est demeurée pour les Indiens du Nord, lorsqu’ils apprécient les distances.
«Il y a tant de _pipes_ d’un fort à tel autre. J’ai tué un ours à trois _pipes_ d’ici» veulent dire: «Dans cet espace, le voyageur s’arrêterait tant de fois, le temps d’allumer sa pipe et de se reposer un peu.»
La longueur de la _pipe_ varie avec la saison, l’état des neiges, des bordillons, et le courage du marcheur. Elle représenterait une moyenne de quatre à huit kilomètres. Un saint homme ne répondait-il pas à qui s’informait de la distance qu’il y avait d’un certain endroit à un autre: «La longueur de trois chapelets.»
[41] Ce chemin de charrette, qui ne mesurait pas moins de 145 kilomètres, a été remplacé récemment par le chemin de fer d’Edmonton à Peace River.
[42] Toutes les missions du Nord commencèrent par ces maisons-chapelles: une pièce unique, avec un réduit aménagé pour l’autel et caché par un rideau ou par une porte à deux battants. Le rideau tiré, ou la porte ouverte, toute la salle devient église. Les murs de cette maison-chapelle sont des arbres grossièrement équarris, placés l’un sur l’autre, et enchevêtrés l’un dans l’autre aux extrémités pour former les angles, ce qui a nom d’_architecture en tête de chien_, dans l’archéologie du Nord. Les interstices des arbres reçoivent des paquets de limon mêlé d’herbe: c’est le _bousillage_. Le plancher est en rondins de petite sapins contigus. Une couche de terre constitue la toiture. Le foyer à feu ouvert est maçonné de roches.
Mgr Clut parle des rapports de sa mitre et des solives. Cette observation nous rappelle un incident fort goûté là-bas, et dont il fit les frais, dans la maison-chapelle du fort Rae, Grand Lac des Esclaves, chapelle qui dépassait en luxe de misère celle du Fond-du-Lac Athabaska. C’était à Noël. Mgr Clut officiait _quasi-pontificalement_, comme il disait pour marquer qu’il manquait toujours quelque chose à l’appareil épiscopal. Cette fois encore il portait la mitre. Au _Gloria in excelsis Deo_, il fut s’asseoir sur un joli trône, fait du seul meuble convenable que l’on avait pu trouver, et recouvert d’une soyeuse peau de jeune caribou. Les Plats-Côtés-de-Chiens chantaient «comme des orgues vivantes». La jouissance du spectacle transportait l’évêque parmi les anges du _Gloria_ de Bethléem, lui faisant oublier l’atmosphère compacte d’exhalaisons aiguës de tous ces Indiens tassés autour de lui. Cependant la chaleur de cette étuve grouillante amollissait les chandelles de suif de caribou. S’apercevant que celle du sauvageon _porte-bougeoir_, accroupi aux pieds du prélat, penchait trop vers Sa Grandeur, le Père Roure s’approcha, et lui dit, avec calme:
--Attention! Tâche de ne pas mettre le feu au trône: Monseigneur est assis sur le baril de poudre.
Mgr Clut entendit. Vif lui-même comme la poudre, il n’eut pas besoin de la détonation pour bondir en l’air. Ce mouvement tout spontané aplatit la mitre contre le soliveau qui surplombait et ramena brusquement l’évêque et l’auditoire des sereines hauteurs du _Gloria in excelsis_ à de plus humbles réalités.
[43] La préfecture apostolique du Youkon, située entre les montagnes Rocheuses, à l’est, et l’Alaska et l’océan Pacifique, à l’ouest; et entre le 54e degré de latitude, au sud, et l’océan Glacial, au nord, est devenue vicariat apostolique en 1918. Mgr Emile Bunoz, O. M. I., qui, de préfet, devint le vicaire apostolique du Youkon, fut sacré à Vancouver, le 18 octobre 1918, par Mgr Casey, archevêque de Vancouver, assisté de Mgr Legal et de Mgr Breynat. Mgr Bunoz réside à Prince-Rupert (Océan Pacifique).
[44] Le Père Husson fut «le missionnaire charpentier de la rivière la Paix». Mgr Grouard l’a plus d’une fois présenté «luttant contre le colosse de l’invasion protestante, le bréviaire et la hache à la main», «grand bâtisseur des missions du district», et «voyageur à qui il n’arriva jamais de se faire traîner».
Il remplit la charge de procureur vicarial de l’Athabaska et du Mackenzie, de 1895 à 1909.
[45] Les Indiens Couteaux-Jaunes furent trouvés en possession de longs couteaux de cuivre, auxquels ils donnaient la consistance de l’acier en les trempant plusieurs heures dans le sang bouillant de renne.
[46] Cette rivière _Courant fort_ est la rivière des Liards elle-même, depuis sa source jusqu’à l’endroit où elle reçoit la rivière Nelson.
[47] L’île d’Orignal, emplacement de l’ancien fort _Moose-Deer_, de la Compagnie du Nord-Ouest, est sise à 5 kilomètres en face du fort Résolution. Elle est aride, caillouteuse, couverte de maigres sapins. Mgr Faraud choisit cet endroit comme étant alors le plus favorable à la piété des sauvages, et il y bâtit la demeure du missionnaire. En 1890, les édifices de la mission furent transportés par le Père Dupire, aidé du Père Ladet, auprès du fort Résolution.
[48] La mission Saint-Isidore n’est autre que celle de la rivière au Sel (résidence du patriarche Beaulieu), qui fut visitée depuis les commencements par les pères du Grand Lac des Esclaves et les missionnaires de passage. Elle fut fixée, en 1876, au pied des rapides du fort Smith, à 24 kilomètres en amont du confluent de la rivière au Sel et de la rivière des Esclaves, pour le service des mêmes Indiens.
De ces Indiens, les Couteaux-Jaunes ne sont que le petit nombre, à la mission Saint-Isidore, de même qu’à la mission Sainte-Marie, fort Fitzgerald, sa voisine du sud. Au fort Smith, dominent les Montagnais (souche du lac Athabaska), et au fort Fitzgerald, les Mangeurs de Caribous (souche du Fond-du-Lac). Nous avons placé ces missions dans le chapitre des Couteaux-Jaunes, parce qu’elles sont les filles de la mission Saint-Joseph du fort Résolution.
[49] Fort _Smith’s Landing_ jusqu’à 1916. Le nom de _Fitzgerald_ fut substitué, à la demande de la Gendarmerie Royale à cheval du Nord-Ouest (_Royal North-West Mounted Police_) en mémoire du brave inspecteur Fitzgerald (catholique), qui mourut de faim, l’hiver 1911, avec tous ses subalternes, dans une expédition entreprise des bouches du Mackenzie, leur résidence, au fort Youkon (chemin de Mgr Clut).
La Gendarmerie du Nord-Ouest (vulgairement appelée la _Police Montée_), (_the Mounted Police_) a des casernes de deux ou trois hommes aux forts Fitzgerald (résidence de l’inspecteur), Résolution, Simpson, Norman, Mac-Pherson et Ile Hershell. Ils tâchent de maintenir la crainte chez les Indiens.
[50] Ces chevaux, les derniers que l’on rencontre, en allant au nord, dans le bassin d’Athabaska-Mackenzie, sont occupés au labour ou à la moisson de la ferme Saint-Bruno. L’hiver, on les relâche dans les bois, où ils pourvoient à leur nourriture, en grattant la neige jusqu’à l’herbe, avec leur sabot. Le cheval ne remplacera pas, de longtemps, le chien de trait, dans l’Extrême-Nord, faute de routes. Les chemins du fort Fitzgerald au fort Smith, et du fort Smith à la ferme Saint-Bruno--quels chemins!--sont les uniques et derniers carrossables du Mackenzie.
Avant qu’existât le _portage_ actuel de la rive gauche, les rapides se passaient à droite, par trois portages rapprochés, sur des pentes raides et dangereuses.
[51] _Traditions Indiennes du Canada Nord-Ouest_, Emile Petitot, 1888.
[52] Le fort Rae (prononcer Rè), qui remplace l’ex-fort Providence, de la Compagnie du Nord-Ouest, doit son nom au Dr Rae, facteur en chef de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il le fonda, en allant à la recherche de sir John Franklin.
Le comptoir du fort Rae fournissait de huit à dix mille rennes, en viande fraîche, séchée et fumée, pilée, en pemmican et en langues: le tout destiné à la nourriture des équipages qui allaient au Portage La Loche, avec les fourrures du Nord.
[53] Le Père Roure aurait pu écrire une galerie de chapitres fort curieux, sur les singuliers savants et Nemrods qu’il vit défiler, au fort Rae, et qu’il aida souvent de plus que de ses conseils, en dépit de leur assurance de tout connaître et de tout savoir.
Il secourut ainsi un riche _Englishman_, septuagénaire, dont la manie était de chercher une misère de ce monde qui pût l’abattre. Il avait parcouru tous les continents et tous les climats. Il s’était mesuré, dans la jungle, avec les panthères, jaguars, crocodiles et lions. Mais il lui manquait d’avoir été dompté lui-même par les éléments ou par les fauves. D’où il doutait encore que la misère invincible, pour un vrai fils d’Albion, se trouvât sur notre globe. C’est pourquoi, en 1885, il arriva au fort Rae, décidé à affronter le _Barren Land_, où il comptait livrer combat au féroce _bœuf-musqué_, et poursuivre sa course aussi loin qu’il se pourrait. L’on saurait bien qui, de lui ou de l’hiver polaire, serait le vaincu. Il se mit à la vie sauvage, et y perdit bientôt le nez par 50 degrés de froid. C’est alors que le Père Roure le guérit. Il poursuivit ses tentatives; mais il n’eut pas à se rendre jusqu’à la _Terre Stérile_, encore moins à capturer son ovibos, pour atteindre son rêve. En deux jours de marche à la raquette dans l’abri des bois, il se gela si bien et vit ses provisions disparaître si vite, de par les soins de ses guides, qu’il se dit:
«--C’est bon de connaître la misère (hardship); mais mourir de faim et de froid, c’est autre chose.»
Sur cette réflexion, il vira de bord, prit congé du Père Roure et du Nord, et retourna mourir, heureux enfin, dans son foyer d’Angleterre.
[54] _Explorations in the far North_, by F. Russell, Cambridge, Mass.
[55] Mgr Grandin consigna ainsi, sur le registre des baptêmes, l’heureux événement:
Le premier novembre 1862, nous, soussigné, avons eu la consolation de bénir et de dédier à la divine Providence, en présence du R. P. Petitot, m. O. M. I., et du F. Boisramé O. M. I. et d’un bon nombre de sauvages réunis, une petite chapelle en bois attenant à la maison qu’habitent les missionnaires. Daigne le Divin Sauveur qui va maintenant partager leur pauvreté les consoler et les fortifier dans les nombreuses épreuves qu’ils ont encore à supporter. Depuis quatre mois qu’ils sont ici, ils ont dû sans exception travailler de leurs mains, du matin au soir, souffrant avec cela de la chaleur, des moustiques, d’une nourriture peu substantielle, et, plus tard, des pluies d’automne et des premiers froids de l’hiver. Aujourd’hui ils n’ont cessé de souffrir; mais leurs souffrances auront un adoucissement dans la présence de Jésus-Christ qui veut bien habiter en personne sous leur pauvre toit.
(Signé): VITAL J., Ev. de Satala, O. M. I.; E. PETITOT, prêtre, O. M,