Scène 1
Mademoiselle Mance, Closse, Élisabeth Moyen,
Décarie, Archambault
Closse, aux blessés –Bonsoir Décarie, bonsoir, Archambault. Je suis ravi, mes braves, de vous voir aussi bien. Vous savez qu’il faut être vite sur pied.
Les blessés – Oui, oui, commandant. (Closse s’avance avec Mlle Mance.)
Mademoiselle Mance – Vous êtes bien heureux, major ; vous n’avez qu’à vous montrer pour faire du bien aux blessés… Je vous envie…
Closse – Vous êtes bien bonne de m’envier. S’ils n’avaient que moi, les blessés seraient bientôt morts… Mais vous êtes une incomparable infirmière.
Mademoiselle Mance – Incomparable ! ! dites-vous, vous saurez que la petite mademoiselle Moyen me supplante dans le cœur des malades.
Closse – En êtes-vous bien sûre ?
Mademoiselle Mance – Mais sans doute. Il est vrai qu’elle est bien agréable à voir… et si douce, – si infatigable.
Closse,regardant Élisabeth Moyen à genoux devant le feu –Il faut que j’aille la remercier. (Il salue Mlle Mance, s’approche d’Élisabeth Moyen et la salue en disant :)On vous dit bien dévouée aux blessés, mademoiselle.
Élisabeth Moyen,timide, troublée –Je tâche de faire ce que je puis, monsieur.
Closse – Mademoiselle Mance vous trouve une précieuse auxiliaire.
Élisabeth Moyen – Je prépare les bouillons et les tisanes ; quand les malades les trouvent à leur goût, je suis bien contente.
Closse – Contente ! pauvre enfant. Vous seriez mieux à Québec qu’ici.
Élisabeth Moyen – Et pourquoi ?
Closse – Qui sait ce que l’avenir vous garde. – J’ai vu de beaux jours qui avaient commencé par d’affreux orages. (Mlle Moyen, le regardant sans rien dire.) (Closse continue.)Je regrette que vous ne soyez pas descendue à Québec avec Madame d’Ailleboust. Être toujours renfermée, – sans autre distraction que le soin des blessés.
Élisabeth Moyen,avec élan –Je vous en supplie, ne me renvoyez pas.
Closse – Vous ne trouvez pas votre vie horriblement triste.
Élisabeth Moyen – Oh ! non. (Le major la regarde silencieusement. Mlle Moyen s’enhardissant.) Et vous, commandant, vous qui prenez sur vous tant de dangers, tant de fatigues, – vous ne trouvez pas votre vie bien terrible ?
Closse – Moi, mademoiselle, c’est bien différent ; – j’ai choisi cette vie, – puis j’ai l’excitation du danger… (Riant.)Et je n’ai plus quinze ans. Quand on avance sur le chemin, la vie n’apparaît plus que comme un devoir, – et l’on marche facilement au sacrifice. (Il appelle son chien, prend ses gants de loutre et se lève.)
Élisabeth Moyen,avec ferveur –Que la Vierge vous garde !
Closse,troublé – Qu’elle me garde de toute lâcheté et qu’elle vous donne le bonheur. (Il sort.)
Élisabeth Moyen – Avec quelle douceur il m’a parlé… lui le brave des braves… le héros. Il pense à moi, il a pitié de moi. Ah ! que la Vierge le garde !
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