‹ Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentesChapitre 31 sur 31 · CHAPITRE XXX.

CHAPITRE XXX.

_Maladies chirurgicales. Des brulures, des Plaies, des Meurtrissures, des Ulceres, des Membres gelés, des Hernies, des Clous, des Panaris, des Verrues & des Cors._

§. 396. Les paysans sont exposés par leurs travaux, à plusieurs accidens extérieurs; coupures, meurtrissures &c. qui, quelques graves qu'ils soient, se termineroient presque toujours aisément, & cela par une suite de la nature du sang, qui a ordinairement beaucoup moins d'âcreté que dans les villes; mais un traitement pernicieux rend souvent facheux les maux les plus legers en eux-mêmes; & j'ai vu un si grand nombre de ces malheurs, qu'il me paroit nécessaire d'indiquer ici le traitement qui convient à ces maux externes, quand ils n'exigent pas nécessairement la main du Chirurgien. Je dirai aussi un mot de quelques maladies extérieures, qui dépendent cependant d'une cause interne.

_Des Brulures._

§. 397. Quand la brulure est très legere, & qu'il n'y a point de vessie levée, il suffit d'y mettre une compresse trempée dans l'eau fraiche, & de la changer tous les quarts d'heures, jusques à ce qu'on ne sente plus de douleur. Quand il s'est levé une vessie, il faut y faire une très petite ouverture, qui laisse écouler l'humeur, & l'on applique dessus une compresse de linge très fin, enduite de la pommade Nº. 63, qu'on change deux fois par jour. Si la peau est brulée & les chairs mêmes endommagées, il faut se servir de la même pommade; mais au lieu d'une compresse, il faut se servir de charpie, qui s'applique plus exactement; & par dessus la charpie, on met une simple toile cirée, que chacun peut aisément préparer, Nº. 64, ou, si l'on veut, un _sparadrap_, Nº. 65. Mais indépendamment de ces secours extérieurs, qui sont les plus efficaces qu'on puisse employer; quand la brulure est très forte & très enflammée, & qu'on craint les progrès & les suites de cette inflammation, il faut employer les mêmes remedes que dans les fortes inflammations. L'on doit faire une saignée, & _mettre au régime_; ne faire boire que les ptisanes Nº. 2 ou 4, & donner tous les jours deux lavemens simples.

Quand le mal est proche de sa fin, & qu'il ne reste plus qu'une très petite plaie, il suffit d'appliquer le sparadrap Nº. 65.

_Des Plaies._

§. 398. Si une plaie a pénétré dans l'intérieur des cavités, & a blessé quelque partie contenue dans la poitrine & dans le ventre; si sans pénétrer dans les cavités, elle a ouvert quelque grosse artere; si elle a blessé quelque nerf, ce qui occasionne des accidens beaucoup plus violens qu'ils ne devroient être sans cela; si elle est allée jusques à l'os, & qu'il ait souffert; enfin s'il survient quelque symptôme extraordinaire, il faut nécessairement appeller un Chirurgien. Mais quand la plaie n'est accompagnée d'aucune de ces circonstances, qu'elle n'intéresse que la peau, les graisses, les chairs, & des petits vaisseaux, l'on peut la panser aisément sans secours, parcequ'ordinairement tout se réduit à la préserver des impressions de l'air, & à donner cependant issue au pus.

§. 399. Si le sang ne sort d'aucun vaisseau considérable, mais coule à-peu-près également de tous les points de la plaie, on peut hardiment le laisser couler, pendant qu'on prépare promptement de la charpie. Quand elle est prête, on en met ce qu'on peut dans la plaie, sans la presser, ce qui seroit très facheux, & auroit les mêmes inconvéniens que les tentes & les bourdonnets; on la couvre avec une compresse huilée avec un peu d'huile d'olive, ou la toile cirée Nº. 64, je préfere la compresse pour les premiers pansemens; & l'on soutient le tout avec une bande large de deux doigts, longue proportionnellement au volume de la partie qu'il faut bander, & qu'on serre assez pour qu'elle ne se dérange pas; assez peu, pour qu'elle n'occasionne aucune inflammation. On laisse cet appareil vingt-quatre heures; les plaies étant d'autant plutôt guéries, qu'on les panse moins souvent. Alors on ôte la charpie qu'on peut ôter aisément; & s'il y en a qui se soit attachée par le dessechement du sang, on la laisse, l'on se contente d'en remettre un peu de nouvelle, & le reste du pansement se fait comme la premiere fois.

Au bout de vingt-quatre heures, on trouve ordinairement la premiere charpie détachée, & la plaie commence à suppurer. On continue à y mettre un peu de charpie, point serrée, & d'appliquer la toile cirée. Quand la plaie est devenue tout-à-fait superficiele, il suffit d'appliquer la toile cirée, ou le sparadrap Nº. 65, sans charpie.

Les personnes qui ont quelque prédilection pour les huiles impregnées des vertus de quelques plantes, peuvent, si cela augmente leur confiance, employer celles de millepertuis, de trefle, de lis, de camomille, de balsamines, de roses rouges.

§. 400. Quand la plaie est considérable, on doit s'attendre qu'elle s'enflammera, avant que la suppuration, qui alors paroit plus tard, ait pû s'établir, & que cette inflammation sera accompagnée de douleurs, fiévre, quelquefois de rêveries; il faut dans ce cas, au lieu de la compresse ou de la toile cirée, appliquer un cataplasme de mie de pain & de lait, dans lequel on met un peu d'huile, afin qu'il ne s'attache pas; & on le change, sans toucher à la plaie, deux & même trois fois par jour.

§. 401. S'il y avoit quelque vaisseau un peu gros ouvert, il faudroit appliquer dessus un morceau d'agaric de chêne, Nº. 66, dont on devroit avoir par-tout. On le contient en appliquant dessus beaucoup de charpie, & en couvrant le tout avec une grosse compresse, & un bandage un peu plus serré qu'à l'ordinaire. Si cela ne suffisoit pas, & que la plaie fût à un bras, ou à une jambe, il faudroit faire une forte ligature, en dessus de la plaie, avec un tourniquet, qui se fait dans le moment, avec un écheveau de fil, ou de chanvre, qu'on passe autour du bras en forme d'anneau; on introduit entre deux une piece de bois épaisse d'un pouce, & longue de quatre ou cinq, & en tournant cette piece de bois, on serre autant que l'on veut; tout comme le paysan serre un tonneau, ou une piece de bois sur sa charette, avec la chaîne & le levier ou garrot. Mais il faut avoir soin; 1. d'arranger l'écheveau de façon qu'il conserve une largeur de deux pouces; & 2. de ne pas serrer assez fort pour occasionner une inflammation, qui dégénereroit bientôt en gangrene.

§. 402. Tous les éloges prodigués à une quantité d'onguens, sont une pure charlatannerie; l'art ne contribue pas le moins du monde à la guerison des plaies; c'est la nature qui fait tout; & tout ce que nous pouvons, c'est d'éloigner les obstacles qui s'opposent à la réunion. Pour cela, s'il y a quelque corps étranger dans la plaie, comme fer, plomb, bois, verre, morceaux d'habits & de linge, il faut les ôter, si l'on peut le faire avec beaucoup de facilité, si-non, il faut s'adresser à un bon Chirurgien, qui décide quel parti l'on doit prendre. Ensuite on panse comme je l'ai dit. Bien loin d'être utiles, il y a beaucoup d'onguens qui pourroient faire beaucoup de mal; & les seuls cas dans lesquels on doit en employer, c'est quand il y a dans la plaie quelques vices, qu'il faut détruire par des secours particuliers; mais une plaie fraiche, dans un homme sain, n'en veut point d'autres que ceux que je viens d'indiquer, & ceux du régime.

Les applications spiritueuses sont ordinairement nuisibles. Quand les plaies sont à la tête, au lieu de la compresse huilée, ou du sparadrap, on couvre la plaie avec une emplâtre de bétoine, ou si l'on n'en a point, on trempe la compresse dans du vin chaud.

§. 403. Comme les accidens qu'on a à craindre, sont ceux de l'inflammation, les secours qu'on doit employer, sont ceux qui détruisent cette maladie; la saignée, le régime, les rafraichissans, les lavemens. Quand la plaie est très legere, il suffit de ne rien prendre d'échauffant; & sur-tout il faut retrancher l'usage du vin & de la viande. Quand elle est considérable, & qu'on craint l'inflammation, il faut nécessairement faire une saignée, ordonner un repos total, & mettre au régime: quelquefois même, il faut réitérer la saignée. Ces secours sont sur-tout indispensablement nécessaires, quand la blessure a attaqué quelque partie intérieure; & il n'y a pas de remede plus sûr, qu'une diette extrêmement legere. Des malades jugés ne devoir vivre que quelques heures, après des plaies de la poitrine, du bas-ventre, des reins, ont été complettement guéris, en ne vivant, pendant plusieurs semaines, que de ptisane d'orge, ou d'autres ptisanes farineuses, sans sel, sans bouillon, sans aucun remede quelconque, & sur-tout sans onguents.

§. 404. Les baumes & les plantes vulnéraires si vantés, sont très nuisibles, pris intérieurement, parceque leur usage donne la fievre & qu'il faut l'abattre.

§. 405. Autant la saignée, faite modérément, est utile, autant son excès est nuisible. Les grandes blessures sont ordinairement accompagnées d'une hémorrhagie considérable, qui épuise déja le malade, & souvent la vitesse du pouls est une suite de cette hémorrhagie. Si, dans ces circonstances, l'on ordonne encore des saignées, l'on détruit totalement les forces; les humeurs croupissent, se corrompent; la gangrene survient, & le malade meurt misérablement, au bout de deux ou trois jours, par une suite des saignées, & non pas de la blessure. Le Chirurgien se glorifie de dix, douze, quinze saignées, & prouve que la blessure étoit nécessairement mortelle, puisque tant de sang répandu, n'a pas pu sauver le malade; pendant que c'est réellement cette profusion qui l'a tué. Les plaisirs de l'amour sont mortels aux blessés.

_Des Meurtrissures._

§. 406. L'on appelle meurtrissure ou contusion, _cassein_, parmi le peuple, l'effet du coup d'un corps non tranchant, sur le corps de l'homme ou d'un animal; soit qu'il soit jetté contre l'homme, comme quand on reçoit un coup de pierre ou de bâton; soit que l'homme soit porté contre lui, comme dans une chûte; soit enfin que l'on se trouve serré entre deux corps, comme quand le doigt est pris entre la porte & le montant, ou tout le corps froissé entre une voiture & une muraille. Les meurtrissures sont encore plus fréquentes à la campagne que les plaies, & ordinairement plus dangereuses; d'autant plus que souvent on ne peut pas juger exactement de tout le mal, & que le désordre qui se manifeste d'abord, n'est qu'une petite partie du mal réel; souvent même il ne s'en manifeste point d'abord, & il ne se déclare que quand il n'est plus tems d'y remédier.

Il n'y a que quelques semaines, qu'un Tonnelier vint me consulter; sa respiration, sa physionomie, la vitesse, la petitesse & le peu de régularité de son pouls, me firent d'abord juger qu'il y avoit du pus dans la poitrine. Il alloit & venoit cependant encore, & travailloit même à quelques fonctions de son métier. Il avoit fait une chûte en remuant des tonneaux, & tout le poids de son corps avoit porté sur le côté droit de la poitrine. Il ne sentit cependant presque rien d'abord; mais quelques jours après, il commença à avoir une douleur sourde dans cette partie, qui continua & amena la gêne dans la respiration, la foiblesse, le mauvais sommeil, le manque d'appétit. Je lui ordonnai le repos; je lui défendis la viande & le vin, & je lui conseillai la ptisane d'orge, avec un peu de miel, bue abondamment. Il ne suivit exactement que le dernier conseil. Quelques jours après, l'ayant rencontré, il me dit qu'il se trouvoit mieux. Dans la même semaine, je sûs qu'on l'avoit trouvé mort dans son lit: l'abcès s'étoit surement rompu, & l'avoit étouffé.

Un jeune homme, emporté par un cheval, fut froissé contre la porte d'une écurie, sans ressentir d'abord aucun mal. Au bout d'une douzaine de jours, il eut les malaises qu'on a au commencement d'une fievre: l'on crut qu'il avoit une fievre putride, & il fut très mal traité pendant plus d'un mois. Enfin une consultation décida qu'il y avoit du pus dans la poitrine; on l'envoya chez lui, & l'opération de l'empyeme put heureusement le guérir. J'ai cité ces deux exemples, pour prouver le danger qu'il y a à négliger les coups violens.

Ces deux malades auroient évité vraisemblablement, l'un, la mort, l'autre, une maladie longue & cruelle, s'ils avoient pris, d'abord après l'accident, les précautions nécessaires dans ces cas.

§. 407. Quand une partie est meurtrie, il arrive de deux choses l'une, & ordinairement toutes deux à la fois, sur-tout si la meurtrissure est un peu considérable; ou les petits vaisseaux de la partie meurtrie sont brisés, & le sang qu'ils contenoient s'épanche dans le voisinage; ou, sans épanchement, ces vaisseaux perdent leur force, &, n'aidant plus la circulation, le sang croupit. Dans l'un & l'autre cas, si la nature, ou seule, ou aidée, n'y remédie pas, il survient une inflammation, suppuration de mauvaise espece, pourriture, gangrene, sans parler des accidens qui dépendent de la meurtrissure de quelque partie particuliere, comme nerf, gros vaisseau, os. L'on comprend aussi tous les dangers de la meurtrissure, quand elle a attaqué quelque partie intérieure, & que le sang s'est épanché, ou que la circulation ne se fait plus dans quelque partie importante à la vie: c'est-là la cause de la mort subite des personnes qui ont fait quelque chûte violente, ou reçu quelques corps pesants sur la tête, ou quelques coups, sans qu'il paroisse aucun mal extérieurement.

L'on a plusieurs exemples de morts subites après un coup de poing sur le creux de l'estomac, qui occasionnoit la rupture de la ratte: c'est parceque les chûtes occasionnent une legere meurtrissure générale, tant intérieure qu'extérieure, qu'elles ont quelquefois des suites si fâcheuses, sur-tout pour les vieillards, chez lesquels la nature, déja affoiblie, ne rétablit point les désordres; aussi l'on en voit plusieurs, qui, ayant joui d'une excellente santé, la perdent au moment d'une chûte, qui paroit d'abord ne leur faire aucun mal, & languissent continuellement jusques à leur mort, que ces accidens accelerent presque toujours.

§. 408. Il y a pour les meurtrissures, des remedes internes & externes. Quand le mal est leger, & qu'il n'y a point eu de secousse générale, qui ait pu occasionner des meurtrissures intérieurement, les remedes externes suffisent. Ils doivent être propres 1º. à résoudre ce sang épanché, qu'on voit d'une maniere si marquée, & qui, de noir qu'il est un peu après la contusion, devient successivement brun, jaune, grisâtre, à mesure que la grosseur diminue: elle disparoît enfin totalement, & la peau reprend sa couleur, sans que ce sang soit sorti extérieurement; mais peu-à-peu il se dissout, & il est repompé par les vaisseaux. 2º. A redonner un peu de force aux vaisseaux. Le meilleur, c'est le vinaigre, mêlé, s'il est fort, avec le double d'eau tiede. Dans ce mêlange, on trempe des linges, qui servent à envelopper la partie meurtrie, & qu'on change toutes les deux heures, pendant le premier jour.

L'on applique aussi, avec grand succès, le persil, le cerfeuil, l'artichaud sauvage, legerement concassés; & ces remedes sont à préférer au vinaigre, quand il y a, en même tems, plaie & meurtrissure: l'on peut aussi appliquer les cataplasmes Nº. 67.

§. 409. L'on est dans l'usage d'employer d'abord les liqueurs spiritueuses, telles que l'eau de vie, l'eau d'arquebusade; mais un long abus ne doit pas faire loi. Ces liqueurs qui épaississent le sang, au lieu de le dissoudre, sont réellement nuisibles, quoiqu'on les emploie quelquefois impunément dans les cas très legers. Souvent, en déterminant ce sang épanché vers les entre-deux des muscles, ou même en l'empêchant de s'épancher, & en le figeant dans les vaisseaux meurtris, elles paroissent guérir: mais ce n'est qu'en concentrant le mal, qui se reproduit sous une forme fâcheuse, au bout de quelques mois. J'ai vu de tristes exemples de ce cas; ainsi l'on ne doit jamais employer les remedes de cette espece, & le vinaigre doit les remplacer. L'on peut, tout au plus, quand on juge que tout le sang épanché est dissout & repompé, mêler un tiers d'eau d'arquebusade au vinaigre, afin de redonner un peu de force aux parties affoiblies.

§. 410. C'est une méthode encore plus pernicieuse, d'appliquer des emplâtres composées de graisses, de résines, de gommes, de terres, &c. Le plus vanté est toujours nuisible; & l'on a plusieurs exemples de contusions, extrêmement legeres, qui auroient été guéries en quatre jours, si on en avoit remis tout le soin à la nature, & que des emplâtres, appliqués par des ignorans, ont fait dégénérer en gangrene.

§. 411. L'on ne doit jamais ouvrir ces sacs de sang coagulé, qu'on apperçoit sous la peau, à moins de quelque raison pressante; parceque, quelques gros qu'ils soient, ils se dissipent peu à peu; au lieu qu'en les ouvrant, ils laissent quelquefois une ulcération dangereuse.

§. 412. Le traitement intérieur est précisément le même, que celui des plaies. Mais dans ce cas, la meilleure boisson, c'est le remede Nº. 1, auquel on joint une dragme de nitre par pinte.

Quand quelqu'un a fait une violente chûte, qu'il a perdu connoissance, ou qu'il est fort étourdi; que le sang sort par les narines, ou par les oreilles, qu'il est fort oppressé, ou qu'il a le ventre fort tendu, ce qui dénote épanchement de sang dans la tête, la poitrine, ou le bas ventre, il faut sur-le-champ, en commençant par la saignée, employer tous les secours, §. 403, & donner au malade le moins de mouvement qu'il est possible. Il faut surtout éviter de le secouer, ou de l'agiter, dans la vue de rappeller le sentiment; c'est exactement le tuer, en augmentant l'épanchement. Il faut fomenter tout le corps avec quelqu'une des décoctions indiquées. Quand le mal est à la tête, il faut les faire avec de l'eau & du vin, au lieu de vinaigre. L'on a vu des chûtes accompagnées de blessure & de fracture du crâne, avec les accidens les plus graves, se guérir par ces secours internes, & sans autres secours externes, que des fomentations aromatiques.

Un homme de _Pully-petit_ vint me consulter, il y a quelques mois pour son pere, qui avoit fait une chute de dessus un arbre: il étoit depuis vingt-quatre heures sans sentiment, sans connoissance, & sans autre mouvement que des efforts fréquens pour vomir; il perdoit du sang par le nez & les oreilles; il n'y avoit point de mal extérieur, ni à la tête ni ailleurs. Heureusement on ne lui avoit rien fait. Je lui conseillai une ample saignée, & beaucoup de petit lait miellé, en boisson & en lavement; on exécuta ponctuellement l'ordonnance. Quinze jours après le pere vint à _Lausanne_, qui est à quatre lieues de _Pully-petit_, & me dit qu'il se portoit très bien. Il convient, dans toutes les contusions considérables, de purger avec quelque purgatif rafraichissant; comme Nºs. 11, 22, 31, 46. Le remede Nº. 23, & le petit lait miellé sont excellens par la même raison.

§. 413. Dans ces circonstances, le vin, les liqueurs, tout ce qui anime, tue; ainsi il ne faut point s'impatienter de ce que les malades sont sans connoissance & sans sentiment. L'usage de la térébenthine peut faire plus de mal, que de bien. Si elle a été utile quelquefois, c'est en purgeant un malade, qui, peut-être en avoit besoin. Le blanc de baleine, le sang dragon, les yeux d'écrevisses, les graisses quelconques, sont des remedes au moins inutiles, & dangereux, si le cas est grave, soit par le mal réel qu'ils font, soit par le bien qu'ils empêchent de faire.

§. 414. Quand un vieillard a fait une chute, ce qui est d'autant plus dangereux, qu'il est plus âgé & plus replet, quoiqu'il ne paroisse point incommodé, il faut, s'il est sanguin, & encore vigoureux, lui faire une petite saignée de trois ou quatre onces; lui donner tout de suite quelques tasses d'une boisson un peu aromatique, qu'il boit chaude, comme de la melisse avec du miel, & le faire promener doucement. Il faut qu'il diminue un peu la quantité de ses alimens, pendant quelques jours, que deux fois par jour, il réitére sa boisson; & qu'il continue regulierement un petit exercice.

§. 415. Les entorses, ou foulures, qui arrivent très fréquemment, sont une espece de meurtrissure, occasionnée par le violent frottement des os, contre les parties voisines; & quand les os se remettent d'abord à leur place, le mal ne doit être traité, que comme contusion; s'ils ne se remettent pas, il faut la main d'un Chirurgien.

Le meilleur remede, c'est la compresse de vinaigre & d'eau, & le parfait repos, jusques à ce que toute la contusion soit dissipée, & qu'on soit sûr qu'il n'y a point d'inflammation à craindre. Alors on fait bien de joindre au vinaigre, un peu d'eau de vie, ou d'eau d'arquebusade; & l'on doit porter la partie (c'est presque toujours le pied) bandée assez long-tems; sans quoi, elle fait souvent de faux mouvemens, ou elle reçoit de nouvelles entorses, qui l'affoiblissent journellement davantage; & si l'on néglige trop long-tems ce mal commençant, la force ne revient jamais en entier: & souvent il survient une legere enflure pour toute la vie.

Quand le mal est extrêmement leger, le bain d'eau froide est bon. Si on ne le fait pas dans le premier moment, ou si la contusion est forte, il est nuisible.

La méthode de rouler le pied nud sur quelque corps rond, est insuffisante quand les os ne sont pas parfaitement replacés, nuisible quand il y a contusion.

Il arrive tous les jours que les paysans s'adressent à des ignorans ou à des gens de mauvaise foi, qui trouvent, ou veulent trouver, un dérangement des os, là où il n'y en a point; & qui, par la violence avec laquelle ils manient ces parties, ou par les emplâtres dont ils les couvrent, y attirent une inflammation dangereuse, & changent en mal très grave, la crainte d'un mal très leger.

Ce sont ces mêmes gens, qui ont créé des maladies impossibles; telles que l'estomac & les reins ouverts. Mais ces grands mots effraient, & ils dupent plus aisément.

_Des Ulceres._

§. 416. Quand les ulceres dépendent d'une corruption générale de la masse du sang, on ne peut les guérir, qu'en détruisant la cause, qui les entretient; & c'est même une imprudence, que de vouloir les fermer par des remedes extérieurs, & un malheur, que de réussir.

Mais le plus souvent les ulceres, à la campagne, sont les restes de quelque plaie, de quelque meurtrissure, ou de quelques tumeurs mal traitées & surtout pansées avec des remedes trop âcres ou trop spiritueux. Les huiles rances, sont aussi une des causes, qui changent en ulceres rebelles, les plaies les plus simples; ainsi l'on doit les éviter, & les Apoticaires doivent avoir cette attention; quand ils préparent des onguens gras, qu'il convient de préparer souvent; parcequ'une grosse provision est rancie avant que d'être débitée, quoiqu'on eût employé de l'huile très fraiche en la préparant.

§. 417. Ce qui distingue les ulceres des plaies, c'est la dureté & la secheresse de leurs bords, & la nature de l'humeur qui en découle, qui, au lieu d'être un vrai pus, est une liqueur moins épaisse, moins blanche, qui exhale quelquefois une mauvaise odeur, & si âcre, que souvent, si elle touche la peau du voisinage, elle y produit de la rougeur, de l'inflammation, des boutons, des especes de dartres, & même de nouvelles ulcerations.

§. 418. Les ulceres qui durent trop long-tems, qui sont étendus, ou qui fluent beaucoup, minent le malade & le jettent dans une fiévre lente, qui le tue.

Quand un ulcere a duré long-tems, il est très dangereux de le tarir, & l'on ne doit jamais le faire, qu'en suppléant à cette évacuation, qui est presque devenue naturelle, par quelqu'autre; comme les purgations de tems en tems.

L'on voit tous les jours des morts subites, ou des maladies cruelles, après avoir arrêté tout-à-coup ces écoulemens, qui duroient depuis long tems; & quand quelque _Charlatan_, (tous ceux qui font cette promesse méritent ce nom) promet de guérir, en peu de jours, un ulcere invéteré, il prouve qu'il est un ignorant dangereux; qui, s'il réussissoit, rendroit un office mortel. L'on en voit qui appliquent des remedes extrêmement rongeans, & même arsenicaux; mais l'on voit aussi la mort la plus violente être la suite de ces applications dangereuses.

§. 419. Tout ce que l'art peut faire, relativement aux ulceres, c'est de les changer en plaies. Pour cela, il faut diminuer la dureté & la sécheresse des bords, & même de tout l'ulcere, & en ôter l'inflammation. Quelquefois ce vice est tel, qu'on ne peut amollir les bords, qu'en les scarifiant par des coups de lancette. Quand cela n'est pas nécessaire, il faut appliquer sur tout l'ulcere un plumaceau enduit de l'onguent Nº. 68, & recouvrir, avec une compresse pliée en plusieurs doubles, trempée dans la liqueur Nº. 69, qu'on change trois fois par jour, & le plumaceau seulement deux fois.

Comme j'ai dit que les ulceres étoient souvent le produit des remedes âcres & spiritueux, l'on sent qu'il faut absolument les éviter dans les traitemens; sans quoi l'on ne guérira jamais.

Il faut, pour avancer la guérison, éviter le salé, le vin, les épices, manger peu de viande, & entretenir la liberté du ventre par un régime de legumes, & par l'usage du petit lait miellé.

Quand les ulceres sont aux jambes, ce qui est très ordinaire, il est très important, aussi bien que dans les plaies des mêmes parties, de marcher peu, & de ne se tenir jamais debout sans marcher. C'est ici un de ces cas dans lesquels je souhaite que les personnes qui ont quelque crédit sur l'esprit du peuple, ne négligent rien pour lui faire comprendre la nécessité de prendre quelques jours d'un repos absolu, & lui prouver que bien loin que ce soit un tems perdu, c'est le tems de sa vie le plus chérement payé. La négligence à cet égard change les plaies les plus legeres en ulceres; les ulceres les moins fâcheux, en ulceres incurables; & il n'y a personne qui ne puisse trouver dans son voisinage, quelque famille réduite à l'hôpital, parcequ'on a négligé quelque mal de cette espece.

Je réitére que les ulceres qui viennent de cause interne, ou ceux qui viennent de cause externe, mais chez une personne d'un mauvais tempéramment, demandent souvent d'autres soins.

_Des Membres gelés._

§. 420. Il arrive souvent dans les hyvers rigoureux, que quelques personnes sont saisies par un froid si fort, que les mains ou les pieds, ou ces deux parties à la fois gelent tout comme un morceau de viande exposé à l'air.

Si l'on se laisse aller au mouvement si naturel de les réchauffer, & surtout de réchauffer les parties gelées, tout est perdu. Il survient des douleurs insupportables, & une gangrene incurable. Il n'y a plus de ressource pour les sauver, que de leur couper les membres gangrenés.

L'on a vu, il n'y a que peu de tems, à Cossonay, le triste cas d'un homme qui eut les mains gelées. On lui appliqua chaudement des onguens gras; la gangrene suivit, & l'on fut obligé de lui couper les dix doigts.

§. 421. Il n'y a qu'un seul remede dans ce cas-là, c'est de mettre les malades dans un endroit où il ne puisse pas geler; mais où il fasse très peu chaud, & de leur appliquer continuellement, sur les parties gelées, de la neige si l'on en a, sinon de les laver continuellement, mais fort doucement, car toute friction forte seroit dangereuse, avec des linges trempés dans de l'eau de glace, à mesure qu'elle se fond. Ils s'apperçoivent peu-à-peu que le sentiment renaît; ils éprouvent une grande chaleur dans la partie, & commencent à en recouvrer le mouvement; alors on peut les porter dans un endroit un peu plus chaud, & leur donner quelques tasses de la potion Nº. 13, ou de quelqu'autre de même espece.

§. 422. Il n'y a personne qui ne puisse juger du danger de la méthode échauffante, & de l'utilité de l'eau glacée, par une expérience qui se fait tous les jours. Les poires, les pommes, les raves gelées, mises dans l'eau prête à geler, reprennent leur premier état, & peuvent être mangées. Si on les met dans l'eau tiede, ou dans un endroit chaud, la pourriture, qui est une gangrene, s'en empare d'abord. Je joindrai ici une observation, qui fera mieux comprendre ce traitement, & en constatera l'efficacité.

«Un homme avoit une route de dix lieues à faire, par un tems froid, & un chemin plein de neige & de glace. Ses souliers lui manquerent; il fit les trois dernieres lieues à pieds nuds, & eut, dès la premiere demi lieue, des douleurs assez vives aux jambes & aux pieds, qui allerent en augmentant. Il arriva presque perclus des extrêmités inférieures. On le mit devant un grand feu, on échauffa bien un lit, & on l'y coucha. Les douleurs devinrent insupportables; il ne cessoit d'être dans de violentes agitations, & de pousser des cris perçans. On demanda un Medecin dans la nuit, qui trouva les doigts des pieds d'une couleur noirâtre, & commençant à perdre le sentiment. Les jambes & le dessus des pieds excessivement enflés, d'un rouge pourpre, varié de taches violettes, souffroient encore les douleurs les plus aigües. Le poulx étoit dur & fréquent, & le mal de tête très violent. Le Medecin fit apporter un seau d'eau de la riviere, & y fit ajouter de la glace; & il obligea le malade à plonger les jambes dedans: ce premier bain dura près d'une heure; & les douleurs, pendant ce tems là, furent moins violentes: une heure après il ordonna un second bain, & le malade s'y trouvant de nouveau soulagé, le prolongea deux heures. Pendant ce tems là, on enlevoit de l'eau du seau; & l'on y remettoit de la glace & de la neige. Les doigts des pieds, qui étoient noirs, devinrent rouges; les taches violettes des jambes se dissiperent, l'enflure diminua; les douleurs étoient legeres & avec intervalle. L'on réitera cependant six fois: après quoi il ne resta d'autre mal, qu'une sensibilité à la plante des pieds, qui empêchoit le malade de marcher. On lui fit quelques fomentations aromatiques, on lui fit boire une ptisane de salsepareille; (celle de sureau est toute aussi bonne & moins couteuse.) Le huitieme jour il fut parfaitement guéri, & s'en retourna le quinzieme jour, à pied.»

§. 423. Quand le froid est très fort, & qu'on y reste long-tems exposé, il tue; il congele le sang, & il en détermine une trop grande quantité au cerveau; ainsi on meurt d'apoplexie, & cette apoplexie commence par un sommeil: aussi le voyageur, qui se sent assoupi, doit redoubler d'efforts pour se tirer du danger éminent auquel il est exposé: ce sommeil, qui paroit devoir adoucir ses souffrances, seroit pour lui le dernier sommeil.

§. 424. Les remedes, dans ce cas, sont les mêmes que dans le cas précédent §. 421, 422. Il faut mettre le malade dans un endroit plutôt froid que chaud; le frotter avec de la neige, ou de l'eau glacée, l'on a même plusieurs exemples constatés, & ils sont fréquens dans les païs plus froids, qu'un bain d'eau très froide est très salutaire.

L'on a rappellé à la vie plusieurs personnes, qui avoient été dans la neige, ou exposé à l'air pendant une forte gelée cinq ou six jours, & qui ne donnoient aucun signe de vie, pendant plusieurs heures; ainsi il faut toujours essayer de donner du secours.

_Des Hernies._

§. 425. Les _Hernies_, _descentes_, _ruptures_, que le païsan désigne, en disant, _qu'il est rompu_, sont quelquefois une maladie de naissance, plus souvent l'effet des cris excessifs, d'une toux forte, ou d'efforts réitérés pour vomir dans la premiere enfance. Dans la suite, elles sont produites à tout âge, ou par quelques maladies, ou par des efforts violens: elles sont beaucoup plus fréquentes chez les hommes, que chez les femmes; & l'espece la plus commune, la seule dont je me propose de dire un mot, c'est celle qui dépend du passage d'une partie des intestins, ou de la coëffe, dans les bourses.

Elle est aisée à connoître. Quand elle se trouve chez de petits enfans, on la guérit presque toujours en faisant porter constamment un bandage, qui ne doit être que de triege, avec une pelotte de linge, de crin, ou de son. Il faut en avoir au moins deux, afin de les changer de tems-en-tems, & avoir le plus grand soin de ne jamais le mettre, que quand l'enfant est couché sur le dos, & qu'on est sûr, que tout est bien rentré. Sans cette précaution, il feroit les plus grands maux.

L'on peut aider l'effet du bandage, en appliquant sur la peau dans le pli de l'aine, à l'endroit du passage, une emplâtre astringente quelconque, comme celui _pour les fractures_, ou celui dont j'ai parlé.

L'on ne doit point laisser monter à cheval les enfans, jusques à ce qu'ils soient entierement guéris.

§. 426. Dans un âge plus avancé, un bandage simplement de triege est insuffisant; il en faut un où il y ait du fer; &, quelque gênant qu'il paroisse d'abord, l'on s'accoutume bien vite à cet usage, & l'on n'en est plus incommodé.

§. 427. Les hernies acquierent quelquefois, un volume prodigieux; & la plus grande partie des intestins passe dans les bourses, sans aucun symptome de maladie; mais cela entraine une incommodité très grande, qui met ordinairement ces gens hors d'état de travailler; & quand le mal est aussi considérable, & en même tems invétéré, il y a ordinairement des obstacles, qui empêchent qu'il ne rentre tout à fait; l'usage du bandage est impossible, & ces infortunés sont condamnés à porter toute leur vie cette incommodité, qu'on peut un peu soulager, par l'usage d'un suspensoir, adapté à la taille de la hernie. Cette crainte d'augmentation, est une raison bien forte pour en arrêter le progrès dès les commencemens; il y en a une encore plus forte, c'est que les hernies sont susceptibles d'un accident, qui est très souvent mortel. Il arrive, quand la partie des intestins, qui est dans les bourses, s'enflamme, qu'alors, acquérant plus de volume, & se trouvant extrêmement comprimés, il survient des douleurs aigües; le volume étant plus considérable, le passage qui les avoit laissé sortir, ne peut les laisser rentrer; les vaisseaux mêmes étant gênés, l'inflammation augmente d'un moment à l'autre; la communication entre l'estomac & le fondement, est souvent entiérement interceptée; il ne passe rien: il survient des vomissemens continuels, (c'est l'espece de _miséréré_ dont j'ai parlé §. 301.) le hoquet, le délire, les défaillances, les sueurs froides, la mort.

§. 428. Cet accident des hernies arrive, quand les excrémens viennent à se durcir dans la partie des boyaux renfermés dans les bourses; quand le malade s'est échauffé par le vin, les liqueurs, le régime; quand il a reçu quelque coup sur cette partie, ou qu'il a fait quelque chute.

§. 429. Le meilleur remede est, 1º. dès qu'on s'apperçoit de cet accident, une très forte saignée, faite dans le lit, le malade étant couché sur le dos, la tête cependant un peu élevée, & les jambes un peu flechies, de façon que les genoux soient en l'air. C'est même l'attitude qu'ils doivent toujours conserver, autant qu'il est possible. Quand le mal n'est pas trop avancé, souvent la premiere saignée guérit radicalement, & les intestins rentrent dès qu'elle est faite. D'autres fois, cela ne réussit pas aussi bien, & il faut alors réitérer la saignée. 2º. On ordonne un lavement Nº. 46. Il faut appliquer sur toute la tumeur, des linges trempés dans l'eau glacée, & les changer constamment tous les quarts d'heures. Ce remede appliqué d'abord, a produit les plus grands effets; mais si le mal a duré violemment plus de dix ou douze heures, il est trop tard, & alors il convient mieux d'appliquer des flanelles trempées dans une décoction tiede de fleurs de mauve & de sureau, & les changer souvent. 3º. Quand ces secours ne sont pas suffisans, il faut essayer les lavemens de fumée de tabac, qui ont souvent dégagé des hernies qui résistoient à tout. Enfin, si ces remedes ne réussissent pas, il faut se déterminer à faire l'opération, sans perdre un seul moment; car ce mal tue quelquefois au bout de deux jours; mais pour cela il faut avoir un très bon Chirurgien.

L'on a vu ici une femme, morte depuis quelques années, qui entreprenoit effrontément cette opération, & tuoit les malades, après les tourmens les plus cruels, & l'amputation du testicule, que font toujours les Charlatans, & les Chirurgiens ignorans; mais qu'un Chirurgien entendu ne fait jamais dans ce cas.

Je ne parlerai point de la façon de la faire, parceque je ne pourrois pas m'étendre assez pour instruire un Chirurgien qui l'ignoreroit; & qu'un Chirurgien éclairé sait tout ce que je pourrois lui dire.

_Des Furoncles ou Clous._

§. 430. Tout le monde connoît les furoncles, ou clous, qui font quelquefois souffrir beaucoup, s'ils sont gros, fort enflammés, ou situés de façon à gêner les mouvemens, ou les positions. Quand l'inflammation est très considérable, qu'il y en a plusieurs à la fois, qu'ils empêchent de dormir, il convient de se mettre à un régime rafraichissant, de prendre quelques lavemens, de boire beaucoup de ptisane Nº. 2.

Si l'inflammation est très forte, on applique extérieurement un cataplasme de mie de pain & de lait, ou d'oseille un peu bouillie & pilée. Si elle est moins forte, l'on se sert de l'emplâtre de _mucilage_ ou _diachilon simple_ étendu sur de la peau. Le _diachilon gommé_ est plus actif; mais chez quelques personnes, il augmente si fort les douleurs, qu'elles ne peuvent pas le soutenir.

Les furoncles, qui reviennent souvent, indiquent quelque vice dans le tempéramment, & souvent un vice assez considérable, & dont les suites pourroient être à craindre; ainsi il faut chercher à en connoître la cause, & à la détruire. C'est un détail que je ne puis pas donner ici.

§. 431. Le clou se termine ordinairement par la suppuration; mais c'est une suppuration d'une espece singuliere. Il s'ouvre d'abord dans son sommet, & il en sort quelques gouttes d'un pus tel que celui de tous les abcès, & alors on découvre ce qu'on appelle le _germe_ ou le _bourbillon_; c'est une matiere purulente, mais si épaisse & si ferme, qu'elle a l'apparence d'un corps solide, & on la tire en entier, sous la forme d'un petit cilindre, comme de la moelle de sureau, de la longueur de quelques lignes, quelquefois même d'un pouce & au-delà. La sortie de ce _bourbillon_ est suivie ordinairement de celle d'une certaine quantité de pus liquide, épanché au fond de la tumeur. Dès que cette évacuation est faite, les douleurs cessent entierement, & la grosseur disparoît au bout de peu de jours, en continuant le _diachilon_ simple, ou l'onguent Nº. 65.

_Des Panaris._

§. 432. Le danger des panaris est beaucoup plus grand qu'on ne le croit ordinairement. C'est une inflammation à l'extrêmité d'un doigt, qui est souvent l'effet d'un peu d'humeur extravasée dans cette partie, soit par une meurtrissure, soit par une piquure; d'autres fois, il paroît qu'il n'a aucune cause extérieure, & qu'il est l'effet d'un vice intérieur.

L'on en distingue plusieurs especes, suivant l'endroit dans lequel l'inflammation commence; mais la nature du mal est toujours la même, & demande des remedes de même espece; ainsi les personnes qui ne sont ni Médecins, ni Chirurgiens peuvent se passer de la connoissance de ces divisions, qui, quoiqu'elles varient le danger, & l'opération du Chirurgien, n'influent point sur le traitement, dont l'activité doit être reglée par la violence des symptomes.

§. 433. Le mal commence par une douleur sourde avec un leger battement; sans enflure, sans rougeur, sans chaleur, mais bientôt la douleur, la chaleur, le battement deviennent insupportables. La partie devient extrêmement grosse & rouge; les doigts voisins, toute la main enflent. On observe, dans quelques cas, une fusée enflée & rouge, qui commençant à la partie malade, se continue presque jusques au coude, & il n'est pas rare, que les malades se plaignent d'une douleur très vive sous l'épaule. Ils ne dorment point, & la fiévre avec ses accidens, ne tardent pas à paroître. Si le mal est grave, le délire & les convulsions surviennent.

L'inflammation du doigt se termine, ou par la suppuration, ou par la gangrene. Quand ce dernier accident arrive, le malade est dans un danger très pressant, s'il n'est promptement secouru; & il a fallu, plus d'une fois, couper le bras, pour sauver la vie. Quand la suppuration se fait, si elle est très profonde, âcre, ou si les secours du Chirurgien arrivent trop tard, la derniere phalange du doigt est ordinairement cariée, & on la perd. Quelque leger qu'ait été le mal, il est rare que l'ongle ne périsse pas.

§. 434. Le traitement intérieur des panaris, est le même que celui des autres maladies inflammatoires. Il faut se mettre au régime, plus ou moins exactement, à proportion du degré de la fiévre; & si elle est très forte, & l'inflammation considérable, faire une ou plusieurs saignées.

Le traitement extérieur, consiste à diminuer l'inflammation, à amollir la peau, & à donner issue au pus, dès qu'il est formé. Pour cela l'on trempe long-tems le doigt dès les commencemens du mal, dans l'eau un peu plus que tiede; on reçoit aussi la vapeur de l'eau bouillante; en faisant cela presque continuellement, pendant le premier jour, on est souvent parvenu à dissiper entierement le mal. Mais malheureusement on croit que ces petits commencemens n'auront point de suites, & l'on se néglige, jusques à ce que le mal ait fait de grands progrès; alors il faut nécessairement qu'il suppure. On hâte cette suppuration, en enveloppant continuellement le doigt avec une décoction de fleurs de mauves cuites dans du lait, ou un cataplasme de mie de pain & de lait. On peut le rendre plus actif, en y ajoutant quelques oignons de lis, ou un peu de miel; mais il ne faut le faire que quand l'inflammation diminue, & que la suppuration commence; avant ce tems-là, tous les remedes âcres sont très dangereux. L'on emploie aussi à cette époque, le levain, qui hâte puissamment la suppuration. Le cataplasme d'oseilles, §. 430, est très efficace.

§. 435. L'évacuation prompte du pus est très importante; mais c'est l'affaire du Chirurgien, parcequ'il ne convient point d'attendre que l'ouverture se fasse naturellement; d'autant plus que la peau étant quelquefois extrêmement dure, le pus se répandroit dans l'intérieur des chairs, avant qu'elle se perçât. Ainsi, dès qu'on soupçonne que le pus est formé, il faut voir un Chirurgien, qui décide du moment où l'ouverture doit se faire. Il vaut beaucoup mieux la faire un peu trop tôt, qu'un peu trop tard; & il vaut mieux qu'elle soit trop profonde que pas assez.

Quand l'ouverture est faite, on panse avec l'emplâtre Nº. 65, étendu sur une toile, ou avec le sparadrap Nº. 64, & l'on change tous les jours.

§. 436. Quand le panaris est occasionné par une humeur extravasée dans le voisinage de l'ongle, un Chirurgien adroit en arrête très promptement les progrès, & guérit radicalement, par une incision, qui donne issue à cette liqueur. Mais quoique cette opération ne soit pas difficile, tous les Chirurgiens ne savent pas l'exécuter; plusieurs même n'en ont point d'idée.

§. 437. Quelquefois il se forme des chairs fongueuses, ou baveuses; on les desseche en les poudrant avec un peu de _minium_, ou d'alun brûlé.

§. 438. Quand il y a carie, il faut nécessairement voir un Chirurgien, aussi bien que quand il y a gangrene; ainsi je ne parlerai point de ces deux cas. J'avertis seulement, qu'il y a trois remedes essentiels, contre la gangrene, le quinquina, Nº. 14, dont on donne une dragme toutes les deux heures; les scarifications sur toute la partie gangrenée; & les fomentations avec la décoction de quinquina, à laquelle on ajoute l'esprit de soufre. Il est vrai que ce remede est très cher; mais on peut y suppléer par une décoction d'autres herbes ameres, & l'esprit de sel. J'ajoute encore, qu'il convient, dans la plûpart des cas de membres gangrenés, de ne faire l'amputation que quand la gangrene s'arrête d'elle-même; ce qu'on connoît par un cercle très sensible, & très aisé à distinguer par les plus ignorans, qui en marque les bornes, & fait la séparation entre le vif & le mort.

_Des Verrües._

§. 439. Quelquefois les verrues sont la suite d'un vice particulier de la masse du sang, & il en naît des quantités étonnantes. Cela arrive à quelques enfans de quatre à dix ans, qui prennent trop de laitages; ils guérissent par le changement de régime, & les pilules Nº. 18. D'autrefois c'est un vice accidentel de la peau, qui dépend de quelques causes extérieures. Dans ce cas, si elles incommodent par leur grosseur, par leur situation, par leur durée, on peut les détruire, 1º. en les liant avec une soie, ou un fil ciré. 2º. En les coupant avec des ciseaux ou un bistouri, & en couvrant la plaie avec un peu de diachilon gommé, qui occasionne une petite suppuration destinée à détruire la racine de la verrue. 3º. En la séchant par quelque application un peu corrosive, comme le lait de feuille de pourpier, de figuier, de chelidoine, de thitimale; mais outre que ces sucs ne se trouvent qu'en été, les personnes qui ont la peau délicate ne doivent pas s'en servir; ils pourroient leur occasionner une enflure considérable & douloureuse. Un vinaigre fort, dans lequel on a fait dissoudre autant de sel qu'il est possible, est très bon. L'on fait aussi des emplâtres avec du sel ammoniac & du galbanum pêtris ensemble, & appliqués sur la verrue, qui ne manquent gueres de la détruire.

Les corrosifs plus forts ne doivent être employés que sous la direction d'un Chirurgien; & il est même plus sage, de ne point les employer, non plus que les brûlures artificielles. L'amputation est un moyen plus sûr, moins douloureux & sans danger. Les loupes, dès qu'elles sont un peu grosses, & qu'elles durent depuis quelque tems, ne guérissent que par l'amputation.

_Des Cors._

§. 440. Les cors sont toujours l'effet de souliers trop rudes ou trop étroits. Toute la guérison consiste à les amollir par plusieurs bains de pieds chauds; à les couper au sortir du bain avec un canif, sans attaquer les parties saines, qui sont d'autant plus sensibles qu'elles sont plus tendues; & à appliquer dessus une feuille de joubarbe, ou de lierre grimpant, ou de pourpier, qu'on peut tremper dans du vinaigre. On peut, au lieu de ces feuilles, si l'on veut s'épargner la petite peine du pansement journalier, y appliquer une emplâtre de diachilon simple, ou de gomme ammoniac amollie dans le vinaigre. Il n'y a point d'autre moyen de prévenir les retours des cors, que d'éviter les causes qui les ont produits.

ADDITIONS[16]

FAITES A LA PRESENTE ÉDITION.

[16] Voyez l'Avertissement sur cette nouvelle édition.

_Anasarque, Bouffissure, Hydropisie générale._

§. 441. On donne ces noms à la maladie dans laquelle tout le corps, ou la plus grande partie du corps étant enflé, on sent, en touchant les parties enflées, qu'elles sont molles & froides, qu'elles cedent sous le doigt, & on voit que l'impression, ou le creux que l'on a fait en appuyant le doigt, subsiste encore quelque tems après qu'on l'a retiré. Dans cette maladie le tissu cellulaire, qui est cette membrane qui unit & enveloppe toutes les parties du corps, contient dans les cavités ou cellules dont elle est formée, de l'eau, ou la sérosité qui se sépare du sang.

§. 442. L'enflure commence ordinairement aux pieds, jambes, cuisses, & elle est toujours plus considérable dans ces parties, proportion gardée, que dans les autres; elle s'étend de proche en proche, & gagne en plus ou moins de tems tout le reste du corps. On remarque aux reins une espece de bourlet; le ventre grossit, les bourses acquerrent un volume considérable; toute, ou presque toute la peau du corps est pâle, peu sensible, froide, un peu luisante; le visage est blême, les yeux sont languissans; la respiration se fait difficilement, surtout après le repas & le soir: le malade perd les forces & l'appétit; il tousse plus ou moins fréquemment; il est assoupi; il ne sue point, ou très rarement; son pouls est petit, enfoncé, fréquent, inégal; ses urines sont crues, claires & en petite quantité; les selles sont crues, quelquefois mêlées de sang, elles changent presque tous les jours de qualité: le malade est foible, sent toujours de la lassitude; sa soif est continuelle & pressante; il a souvent la langue séche, il éprouve des feux passagers; bientôt il survient de la fiévre causée par l'eau qui se corrompt; alors son haleine, ses crachats, ses urines répandent une mauvaise odeur. Tous les accidens augmentent le soir, & sont moins forts le matin.

Ils ne se trouvent pas toujours réunis dans le même sujet; mais plus il y en a, plus ils sont considérables & marqués, plus aussi la maladie est fâcheuse; tantôt ses progrès sont très lents, tantôt ils sont très prompts, ce qui est de mauvais augure.

§. 443. Les causes de l'Anasarque sont un air humide & froid, tel que celui des lieux marécageux, des habitations plus basses que le sol; les alimens de mauvaise qualité, l'excès de l'eau, de la bierre, & de toutes boissons relachantes & froides, surtout si on les prend dans un lieu froid, ayant fort chaud; l'abus du vin & des liqueurs spiritueuses; un tempérament pituiteux; les obstructions des visceres du bas ventre, des fiévres intermittentes mal traitées ou dans des sujets mal constitués, l'asthme, les évacuations excessives par les saignées, les pertes ou hémorrhagies, diarrhées, dyssenteries excessives, les purgations trop fortes ou continuées trop long-tems; les évacuations supprimées ou arrêtées trop tôt, comme les hémorrhoïdes, le dévoiement; les éruptions comme dartres, galle, &c. que l'on a fait rentrer mal-à-propos. Toutes ces causes, en produisant un abord considérable de la partie aqueuse du sang dans toutes les petites cavités du tissu cellulaire, ou en empêchant que lorsqu'elle y est amassée, elle ne soit reprise par les vaisseaux qui sont destinés à cela; toutes ces causes, dis je, donnent lieu à l'anasarque.

§. 444. Il y a quelques cas où l'anasarque est facile à guérir, mais ils sont rares, & on doit généralement regarder cette maladie, comme une des plus funestes & des plus opiniâtres; cela n'étonnera point ceux qui ayant quelque connoissance de l'oeconomie animale, verront combien il y a de parties importantes qui ne sont plus dans leur état naturel, & de fonctions qui ne se font plus, ou se font mal.

§. 445. On sait qu'il est très nécessaire de consulter la nature pour guérir les maladies; mais ce n'est qu'après avoir vu un grand nombre d'hydropisies, qu'on peut se former une idée de la différence des méthodes qu'il faut employer pour les guérir, le nombre des causes étant aussi grand qu'il l'est. Il n'est peut-être point de cas où il soit aussi nécessaire de savoir varier les traitemens, les tenter successivement, & insister sur les remedes qui réussissent. On ne s'attend point après cet aveu, que nous donnions une méthode générale, & que nous répondions de son succès: heureux sont ceux qui peuvent avoir les conseils & les soins d'un Médecin habile; mais comme il y a bien des circonstances où le malade ne le peut point, & que cette maladie est assez commune, nous allons exposer, suivant le plan & le but de cet ouvrage, les moyens les plus aisés, les moins couteux & les plus utiles pour guérir, ou du moins soulager les hydropiques. Si la cause n'est point incurable, ou la maladie très ancienne, il y a tout lieu d'espérer de procurer l'évacuation de l'eau par le traitement qui suit.

§. 446. Il faut 1º. régler le régime du malade. Il est important qu'il soit toujours dans un air chaud & sec, qualités qu'on lui procurera avec le feu, s'il ne les a pas naturellement, & alors il vaudroit encore mieux changer d'habitation, du moins pour quelque tems. On garantira surtout de la fraîcheur de la nuit, ce qui demande souvent beaucoup de soins, le malade se tenant sur son séant hors des couvertures. Il fera sa nourriture d'alimens secs, comme du pain rassis ou dur, grillé, de viandes ou poissons rotis & grillés. On assaisonnera ces alimens avec un peu d'acide, comme jus de citron, verjus, vinaigre, pour prévenir ou corriger la corruption des humeurs, qui est funeste dans les hydropisies. Il fera tout son possible pour s'abstenir de boire; & afin de tromper pour ainsi dire la soif, il tiendra dans sa bouche, & se gargarisera avec quelques gouttes de liqueurs acides seules ou mêlées, dans un peu d'eau; s'il ne peut résister à la soif, il boira le moins qu'il lui sera possible, & la meilleure boisson est celle qui fait couler les urines; du vin pur, & principalement du blanc, de la bierre dans lesquels on aura fait infuser quelques plantes aromatiques ameres. Le malade fera autant d'exercice que ses forces lui permettront, à pied, à cheval, en voiture, en bon air. Les frictions sur les parties enflées, répétées le plus souvent qu'il se pourra, seront très utiles: on les fera avec une brosse, avec une grosse toile, &, ce qui est préférable, avec de la flanelle chaude ou autre étoffe de laine claire, & propre à absorber l'humidité: il seroit même avantageux que le malade eût tout le corps couvert immédiatement de cette étoffe. Une douce compression faite par des habits étroits ou des bandes, empêche que les fibres ne cedent ou ne s'étendent trop, prévient des ruptures, & facilite le rétablissement de l'élasticité. Je viens aux médicamens.

§. 447. «On fera prendre le matin au malade une cuillerée du remede Nº. 75, après lequel il survient quelquefois un vomissement, alors il ne faut plus en donner qu'une demi-cuillerée; une simple nausée en est cependant la suite la plus ordinaire. Les urines sont après cela très abondantes, & procurent beaucoup de soulagement. Il est rare que ce remede purge: si néanmoins ce cas arrive, il ne s'ensuit aucun mal. L'on continue tous les jours l'usage de ce remede, jusqu'à ce que les sérosités soient évacuées, & que le corps désenfle absolument. Si la dose que l'on donne fait peu d'effet dans des corps robustes, on doit l'augmenter insensiblement jusqu'à ce que les urines sortent en abondance». Alors si l'enflure diminue, on observera scrupuleusement ce qui a été dit à l'article du régime, surtout au sujet de la compression, pour prévenir la rechute & favoriser la guérison; & on fera prendre au malade, une heure avant dîner & avant souper, deux onces du vin Nº. 77. Quand avec l'évacuation des eaux les accidens diminuent, il y a beaucoup à espérer; il faut continuer le remede Nº. 75, jusqu'à parfaite guérison, & le vin Nº. 77, encore long-tems après.

§. 448. Si l'anasarque succede à une longue fiévre intermittente, «les évacuations ne sont pas extrêmement nécessaires»; mais on la guérit d'ordinaire en faisant observer au malade ce qui est dit §. 446, 447, «& en donnant le matin à jeun, puis une heure avant le dîner & une heure avant le souper, deux onces du vin Nº. 77».

§. 449. On traite aussi cette maladie par les purgatifs & les sudorifiques; mais outre qu'ils réussissent peu, il y a bien des cas où ils font beaucoup de mal: l'usage des setons, des scarifications est encore plus dangereux; enfin de tous les moyens que l'on connoît de procurer l'évacuation de l'eau dans l'anasarque, celui que nous avons proposé est, selon le célebre Van Swieten, le plus sûr & le plus efficace: il est aussi le plus aisé à pratiquer par ceux pour qui ce Livre est fait. S'il ne réussit pas, il faut s'adresser à un Médecin.

_Aphtes._

§. 450. Les Aphtes sont de petites pustules blanches ou jaunâtres, qui deviennent des ulceres ronds, superficiels, & bordés d'un cercle rouge, qui occupent en plus ou moins grande quantité l'intérieur de la bouche, le gosier, l'oesophage, & s'étendent quelquefois, en suivant les conduits de l'air & des alimens, jusqu'aux poulmons & aux derniers intestins. Cette maladie est assez commune parmi les enfans & les vieillards: elle est quelquefois épidémique parmi les adultes, dans les saisons chaudes, humides, & les lieux marécageux.

§. 451. Quelquefois les Aphtes se dissipent sans qu'on ait besoin d'employer de remedes; mais elles sont souvent accompagnées d'ardeur, de douleur, de rougeur, d'inflammation, de la perte du goût, d'inquiétudes, d'insomnie, quelquefois de fiévre. Les enfans crient & ne veulent point tetter, la suction étant douloureuse & la déglutition difficile, soit à cause de la sensibilité des parties ulcérées, soit à cause de leur enflure, qui est assez ordinaire.

§. 452. Si la fiévre, la douleur, l'inflammation, la difficulté d'avaler sont considérables, on fera une saignée du bras. On donnera 1º. pour nourriture de la panade, ou une décoction d'orge ou de ris. 2º. Très souvent quelques gorgées de thé de fleurs de sureau nitré. 3º. Quatre prises par jour du Nº. 60, dans une cuillerée de thé de sureau. 4º. Tous les deux ou trois jours on purgera avec du syrop de chicorée composé, ou le Nº. 62. Ce traitement suffira presque toujours pour dissiper les Aphtes des enfans.

§. 453. Il est à propos d'examiner si l'âcreté du lait de la nourrice, n'est pas la cause de la maladie des enfans, si elle n'a point de boutons, de dartres, d'érésipelles; s'il n'y a ni haleine mauvaise, ni dérangemens dans les digestions qui indiquent qu'elle n'est pas parfaitement saine; & quand même on ne découvriroit rien, on peut la faire user, pendant que l'enfant ne tette point, de boissons délayantes, rafraîchissantes, adoucissantes, & d'alimens farineux.

§. 454. Si le malade n'est point un enfant qui tette, on le mettra au régime; on saignera dans le cas où la douleur, l'inflammation & la fiévre seront considérables; il usera des boissons Nº. 2, ou 4, du gargarisme Nº. 19, & il sera purgé avec le Nº. 22.

§. 455. Lorsque les aphtes ne tombent point, l'humeur qu'elles renferment devient âcre & rongeante, alors il faudra faire son possible pour toucher les aphtes des enfans avec un pinceau ou un linge attaché à un bâton, trempés dans le Nº. 81, dans du suc de _sedum_ ou joubarbe, ou dans l'huile d'olive chaude. On fera de même pour les autres malades. Si les aphtes sont accompagnées de symptômes plus fâcheux, ou viennent à la suite d'une maladie, voyez ce qui suit.

§. 456. Les fiévres continues, aigües, intermittentes; celles qui sont avec dyssenteries & diarrhées, les fiévres putrides & malignes, sont assez souvent accompagnées d'aphtes, surtout dans les pays froids & humides; & si on a donné au malade des remédes échauffans, ou qu'on lui ait fait suivre un régime de cette nature. Pour l'ordinaire ces aphtes sont des pustules blanches ou vessies remplies d'une humeur âcre qui souleve la surpeau dans plusieurs points de l'intérieur de la bouche, sans intéresser la peau, puisque quand la croûte blanche qui les forme vient à tomber, il n'en reste point de vestige; ce qui établit une différence entre ces aphtes & celles des enfans dont on a parlé ci-dessus.

§. 457. Les aphtes paroissent d'abord au palais en petit nombre & séparées; on est heureux si elles n'augmentent pas; mais souvent s'étendant de proche en proche, elles occupent toute la bouche intérieurement, & descendent même dans la poitrine & les intestins: il survient alors de la toux, de la difficulté de respirer, des nausées, vomissemens, anxiétés, foiblesses, pesanteur & douleur d'estomac, assoupissement, difficulté d'avaler, douleurs & ulceres au gosier, hoquets, diarrhée, dyssenteries, des selles noires, sanguinolentes, sanieuses, & qui infectent.

§. 458. Souvent ces accidens précedent & amenent les aphtes; elles ne sont pas de mauvais augure, blanchâtres & jaunes; mais quand elles sont noires ou recouvertes d'une croûte dure, épaisse comme du lard, ou excessivement blanches, elles sont souvent funestes. Lorsqu'elles ont subsisté quelques jours, elles tombent par parties & en différens tems, quelquefois de nouvelles succedent aux premieres & rendent la maladie plus longue: si les aphtes subsistent long-tems, il se forme autant d'ulceres, & la gangrene s'y met.

§. 459. Tant que la fiévre est médiocre, & les autres symptômes modérés, on doit regarder les aphtes comme une crise, comme un dépôt de l'humeur de la maladie, opéré par la nature, surtout si l'on voit alors quelque diminution dans les accidens depuis l'éruption des aphtes, il faudra l'entretenir par des boissons chaudes & délayantes Nº. 7, ou une décoction de raves, de ris, gruaux: on usera du gargarisme détersif Nº. 19, ou 81. Lorsque les aphtes deviennent brunes ou noires, que le pouls est foible, petit; qu'il y a nausées, angoisses, hoquets, & que les croûtes sont dures & épaisses, ou qu'elles subsistent long-tems, & se renouvellent; on donnera une ou deux fois le jour une prise du Nº. 14, ou Nº. 82, & les mêmes boissons serviront de gargarismes; on touchera les aphtes avec le Nº. 81, ou avec les autres liqueurs §. 455, comme il est dit dans ce §. Lorsque les croûtes tomberont, s'il n'y a point de dyssenterie, on purgera avec le Nº. 22, pour faire sortir de l'estomac & du canal intestinal les croûtes qui se détachent encore plutôt que celles de la bouche, & qui augmenteroient la corruption par leur séjour, on usera d'une boisson adoucissante comme le petit lait, ou les Nº. 12, 13, qui serviront pour gargariser souvent, si la bouche est douloureuse & brûlante.

Quelquefois il survient alors une salivation considérable: on fera usage du Nº. 14, & du Nº. 19 ou 82, en gargarisme.

S'il y a de la diarrhée, de la dyssenterie, on mêlera à la boisson adoucissante Nº. 17, du syrop de pavot, ou du moins on y fera bouillir une tête de pavot, & on traitera ces maladies avec les remedes prescrits aux articles qui en parlent: on recommandera au malade de se gargariser souvent.

§. 460. Le régime doit être celui des maladies aigües, ou celui de la maladie à laquelle les aphtes se seront jointes, modifié suivant les accidens; le meilleur aliment est une décoction de pain, avec du miel & du vin.

Si le passage des alimens est tellement embarrassé & bouché par les aphtes, que ni les solides, ni les fluides ne puissent passer, on emploiera le lait coupé avec l'eau, en bains, fomentations, lavemens.

Nous n'avons point parlé de saigner ni de purger pendant la maladie, parceque ces secours seroient dangereux alors; mais il est très avantageux qu'ils aient été mis en usage au commencement de la maladie; cela fait souvent la différence des aphtes benignes ou malignes.

_Ascite, Hydropisie du bas ventre._

§. 461. Lorsqu'il y a dans le bas ventre de l'eau amassée en assez grande quantité pour former une enflure ou grosseur considérable, on nomme cette maladie _Ascite_, ou _hydropisie du bas ventre_. L'enflure commence par la partie inférieure du ventre, d'où en augmentant elle gagne les parties supérieures & inférieures. Quand le malade est debout ou assis, la partie du ventre qui est au-dessous du nombril, forme tumeur. Si étant couché il se tourne ou se panche seulement à droite ou à gauche, la tumeur se porte & se fait voir de ce côté, & le malade sent le mouvement des eaux agitées & leur déplacement: lorsqu'il est couché sur le dos & étendu, si on appuie une main sur un des côtés du ventre, & que l'on frappe sur l'autre côté, avec le plat de l'autre main, le coup se fait sentir à la premiere, & on sent distinctement la fluctuation: la peau du ventre est pâle, luisante, molle, & elle conserve quelque tems l'impression des doigts qu'on y a appuyés; le pouls est petit, fréquent & un peu dur, les urines sont en petite quantité d'un rouge brun, & très chargées, la soif est continuelle & pressante, tout le corps maigrit, s'exténue presque dans la même proportion que le ventre grossit, la respiration devient difficile quand on est couché; & avec les progrès de la maladie, il survient nombre d'accidens qui rendent le mal plus opiniâtre, comme foiblesse, toux, fiévre lente, & les autres rapportés §. 442.

Quant aux causes de cette maladie, on en trouvera plusieurs §. 443, elles sont les mêmes dans presque toutes les hydropisies; on y ajoutera l'anasarque, comme cause de l'ascite.

§. 462. «Quand le mal est récent, on le guérit assez souvent par le seul usage du remede Nº. 75, donné comme il est dit §. 447». Si dans quelques jours le flux des urines ne survient point, & que l'enflure du ventre ne diminue point, on prendra chaque jour la ptisane Nº. 74, & tous les matins à jeun, & le soir en se couchant une prise du Nº. 23; au bout de six jours on purgera avec le Nº. 76, & si le malade est foible, avec le Nº. 21; on répétera la purgation six jours après.

Le régime doit être celui qui est prescrit dans l'hydropisie générale ou anasarque §. 446. Dans le cas où l'un des traitemens réussira, & où les eaux s'évacueront, on fera prendre pour redonner du ressort aux fibres relâchées, le vin Nº. 77, d'abord une fois le jour, puis deux, & même trois.

§. 463. Lorsque ces tentatives seront sans succès, que les urines ne seront pas plus abondantes, & que le ventre ne désenflera pas par les évacuations que procurent le Nº. 75 & les purgatifs, il faut se hâter de faire la ponction qui réussit dans les ascites peu anciennes; mais elle est dangereuse dans celles qui sont invétérées; cependant dans ces cas même elle soulage le malade en lui rendant la facilité de respirer: souvent cette opération que l'on employoit comme un palliatif, a disposé à la guérison parfaite, & a laissé aux remedes la liberté d'agir; c'est alors surtout que le vin Nº. 77, est utile; ainsi que tout ce qui a été prescrit dans le régime §. 446.

§. 464. Je ne parle point de la paracenthese ou ponction du ventre, parcequ'on doit s'adresser à un Chirurgien qui sache la faire. «Il est très convenable de tirer autant qu'il est possible, en une seule fois & tout de suite, toute la lymphe ou l'eau: on peut le faire avec sureté, en serrant le ventre du malade par des bandes, & cela petit à petit & de plus en plus, à mesure que l'eau sort; on évitera par-là les foiblesses & les autres accidens»: si le ventre enfle de nouveau, il faut dans ce cas répéter la ponction: il y a des exemples de personnes guéries après plusieurs ponctions; au moins cette opération prolongera la vie, la rendra supportable, & peut-être même mettra-t-elle le malade en état de vaquer à ses affaires pendant un assez long-tems. Après l'opération, on ne manquera point de donner le vin Nº. 77, comme il a été dit §. 447.

_Asthme, courte-haleine, accès d'Asthme._

§. 465. L'accès de l'Asthme est une difficulté de respirer, périodique, irréguliere, & quelquefois réguliere, accompagnée d'anxiétés, de sifflement ou rallement, de pesanteur ou resserrement de la poitrine, & de violens mouvemens du diaphragme & des muscles de la poitrine, du bas ventre, & des omoplates. Il semble que le malade est près d'être suffoqué, les urines deviennent claires & abondantes; le pouls est fréquent & inégal; il y a soif, insomnie; il survient de la chaleur, de la fiévre, & des palpitations de coeur; cet état dure plusieurs heures, & quelquefois plusieurs jours. Mais ceux qui y sont sujets ne se trouvent pas toujours dans cet état violent, ils n'y résisteroient point. Les poulmons sont le siege de ce mal.

§. 466. On distingue plusieurs dégrés et especes d'Asthmes, qui ont des causes, des signes & des effets particuliers; mais nous n'entrerons dans ce détail, qu'autant qu'il sera nécessaire pour instruire de ce qu'il faut faire dans les momens où ceux qui ont l'Asthme ont besoin d'un prompt secours; je veux dire dans l'accès: cette maladie étant longue & ayant des intervalles où l'on peut consulter, il faut le faire. Je rapporterai cependant ce qui arrive hors de l'accès, à ceux qui ont cette maladie, afin qu'on reconnoisse plus aisément l'accès de l'Asthme, étant prévenu que ceux qui sont sujets aux accidens suivans, le sont aussi aux accès d'Asthme ou à la courte-haleine.

§. 467. Chez les asthmatiques la respiration est grande, laborieuse & fréquente, surtout lorsque leur sang est agité par quelque cause, comme l'exercice un peu fort, les passions, les excès dans le boire & le manger: cette difficulté de respirer augmente encore lorsqu'ils montent, qu'ils sont couchés horisontalement, pendant la nuit, dans les tems humides & froids, & dans des chambres très chaudes ou très petites. La situation où ils respirent plus aisément, est celle où le corps est un peu penché en devant. L'Asthme est souvent accompagné de toux, de ronflement, d'un bruit semblable à celui d'un fluide agité, de douleurs à l'intérieur & à l'extérieur de la poitrine.

§. 468. Dans l'accès ou attaque d'Asthme, on mettra le malade dans une situation où la moitié supérieure du corps se trouve droite, dans un lieu où l'air du dehors ait un accès libre, & surtout l'air froid, où il n'y ait point de feu, d'animaux, ou beaucoup de personnes qui l'échauffent, il ne fera aucun mouvement qui puisse accélérer la circulation du sang, on évitera d'exciter les passions qui agitent le sang, & font impression sur les nerfs. Plus la difficulté de respirer est grande, plus il faut se hâter de saigner, & on répétera la saignée suivant les forces du malade, celle des accidens, & l'opiniâtreté du mal. On ne doit point être arrêté par la petitesse & la foiblesse apparentes du pouls, la saignée faite, il sera plus fort: au reste, si on a quelque crainte à ce sujet, on fera les saignées petites: ce remede guérira seul l'accès de l'asthme, s'il vient de plénitude, comme cela arrive souvent, voyez les signes de cet état[17]; on donnera des lavemens, qui ne seront que moitié des lavemens ordinaires, & le malade les recevra debout: si les lavemens simples, comme Nº. 6, n'ont aucun effet, on se servira des purgatifs.

[17] Voyez ces signes, art. de la saignée, §. 536.

§. 469. Lorsque le malade est d'un tempérament pituiteux, humide & crache beaucoup, que pendant l'accès on entende un rallement, un bruit comme d'un fluide agité dans la poitrine, qu'il crache beaucoup, qu'il sent une douleur sourde, une pesanteur à la poitrine, on donnera pour boisson la ptisane Nº. 7, ou le Nº. 12, & d'heure en heure une cuillerée de la potion Nº. 72. S'il y a pesanteur d'estomac, & que l'accès ait été précédé d'excès de table, ou qu'il y ait eu des signes de bile ou d'humeurs abondantes[18], on fera bien de donner un vomitif Nº. 34, avec les précautions recommandées §. sur les vomitifs, ou du moins la potion Nº. 11.

[18] Voyez ces signes, art. des purgations, §. 544.

§. 470. Lorsqu'avant & pendant l'accès, le malade a une toux fréquente & séche; que dans l'accès le visage devient rouge, que les veines se gonflent, que le malade sent un serrement à la poitrine ou à la gorge, on donnera pour boisson la ptisane Nº. 12, dans l'intervalle des saignées qui seront répétées comme il a été dit, suivant l'opiniâtreté du mal, ainsi que les lavemens simples & purgatifs, le malade prendra dans les accès de toux, ou plus souvent, s'ils sont rares, la potion Nº. 10, ou le petit lait Nº. 17, par cuillerées. On lui fera respirer la vapeur de l'eau chaude, & mettre les pieds dans l'eau chaude; les frictions legeres sur les extrémités, l'application de vessies remplies de lait sur la poitrine, sont aussi fort utiles.

Lorsque l'accès est très long & opiniâtre, & qu'il y a lieu de croire qu'il est l'effet d'une goutte remontée, de maladies de peau, ou éruptions rentrées, d'ulceres trop tôt fermés, on fera usage de sinapismes, de vésicatoires, qui dans ces cas feront bientôt disparoître le mal.

§. 471. Pendant le tems de l'accès d'Asthme, on doit tenir le malade au régime, c'est-à-dire ne lui donner aucune nourriture solide, on ne lui accordera même celles Nº. 35, que dans le cas où l'accès sera long, & qu'il ne sera pas de la plus grande violence; les viandes augmentent & prolongent beaucoup l'accès. On évitera de donner les boissons chaudes, & on les rendra un peu acides, comme celles Nº. 1, 2.

§. 472. Pour prévenir les accès, ou les éloigner jusqu'à ce qu'on puisse consulter un Médecin, on évitera de faire aucun excès dans le boire, le manger, l'exercice, &c. On se garantira du froid avec le plus grand soin, & surtout de celui qui est joint à l'humidité. On fera un exercice modéré. On prendra dans l'Asthme où l'on crache beaucoup, la poudre Nº. 14, une demi-prise à chaque repas, & tous les matins à jeun trois pillules Nº. 73, avec deux verres de 12, immédiatement après: il faut aussi se purger de tems en tems avec le Nº. 21. Si c'est un Asthme où on ne crache pas, on usera tous les jours des boissons délayantes, & on se fera saigner lorsque les premiers symptômes de plénitude[19], l'augmentation dans la difficulté de respirer, ou le serrement de poitrine se feront sentir: dans les deux especes les eaux minérales chaudes prises dans leurs saisons, la saignée faite en Printems & dans les grandes chaleurs; & les purgations en Automne & en hyver; sont des secours très utiles pour prévenir ou retarder les accès.

[19] Voyez ces signes, article de la saignée.

Lorsqu'un Goutteux dont la goutte est vague, ou ne se fait pas sentir au lieu & au tems ordinaires, est attaqué de difficulté de respirer, voyez ce qui est dit article de la goutte remontée.

_Carreau._

§. 473. On trouve souvent dans la campagne parmi le peuple, des enfans qui ont le ventre plus gros qu'ils ne doivent l'avoir, il est dur, & la peau est tendue; ils sont pâles, tristes, paresseux, sans appétit; ils sentent des douleurs vers le nombril, dorment peu; & ils ont beaucoup d'ardeur, de la soif, & souvent de la fievre le soir. Dans le commencement, ils vont difficilement à la selle; mais au bout de quelque tems il survient un dévoiement; ils dépérissent à vue d'oeil, tombent en chartre, maigrissent très vîte, le ventre seul est fort gros. Le carreau vient d'obstructions & d'embarras dans une ou plusieurs des parties contenues dans le bas du ventre, & ce qui souvent y a donné lieu, sont des alimens indigestes, visqueux, les fruits cruds non mûrs, le laitage dans quelques constitutions auxquelles il est contraire, les vers, la malpropreté, la transpiration long-tems retenue, une disposition écrouelleuse, des éruptions rentrées, ou qui n'ont pas sorti entierement.

§. 474. Pour guérir cette maladie, il faut interdire les mauvaises nourritures & leur en substituer de bonnes, aisées à digérer, point visqueuses, ni qui s'aigrissent aisément: les panades, les fruits cuits, les oeufs, un peu de viandes blanches & legeres, les plantes ou légumes fondantes & apéritives, laitue, chicorée, épinars, cardes, &c. on mettra le malade dans un lieu où l'air soit sec & sain, on lui fera faire le plus d'exercice qu'on pourra, à pied ou en voiture, il boira un peu de bon vin vieux avec de l'eau de chiendent, ou une eau de rhubarbe legere. On lui fera des frictions sur tout le corps avec la flanelle, on appliquera sur le ventre les topiques Nº. 9.

§. 475. On lui fera prendre tous les jours des sucs exprimés des plantes apéritives Nº. 7, dans du petit lait, ou au moins des décoctions de ces mêmes plantes. Ce remede manque rarement d'avoir son effet, surtout si on le prend dans le Printems; les vertus fondantes & apéritives sont alors à un plus haut degré dans les plantes, que dans les autres saisons: lorsqu'on manque de ces plantes fraîches, on doit faire des décoctions de racines de chiendent, d'asperges, d'oseille, de patience, de chelidoine, que l'enfant prendra de trois en trois heures par verrées; on mettra dans le premier verre du matin pris à jeun, un gros de sel de glauber, ou de sel de duobus, ou une prise du Nº. 23. L'extrait de cigüe Nº. 55, est un remede excellent, & qu'il sera aisé de faire prendre aux enfans. On purgera tous les dix à douze jours avec la poudre Nº. 37, ou le syrop de chicorée composé. Lorsque le ventre sera désenflé & mollet, on fera prendre quelque tems une eau minérale legere, naturelle, comme celles de Passy, de Forges, ou artificielle comme Nº. 83.

_Catharre suffocant._

§. 476. Dans cette maladie, une des plus vives qu'il y ait, qui attaque subitement surtout les vieillards, les enfans, & ceux qui ont un tempérament humide & pituiteux, & qui est quelquefois épidémique, la respiration se fait si difficilement, & l'oppression est si grande, que le danger de la suffocation est des plus pressans, & que le malade meurt quelquefois dans le moment de l'attaque, ou peu d'heures après.

Je ne parle point de la suffocation causée par l'ouverture d'un abcès dans la poitrine (voyez §. 64), ni de celui qui est une suite de la paralysie des organes de la respiration; mais seulement de catharres qui viennent d'une abondance de sérosités plus ou moins acres, qui remplissent la poitrine, ou se jettant sur les nerfs, les mettent en convulsion; ou de l'humeur de la petite vérole, de la rougeole, ou d'une autre éruption qui n'est pas sortie, ni n'a pas été évacuée entiérement, & qui se porte sur les organes de la respiration; ou d'une grande quantité de sang qui remplit plus qu'il ne faut les vaisseaux de la poitrine, ou s'y coagule, toutes choses qui interceptent la respiration.

§. 477. Dans le catharre suffoquant, outre la difficulté de respirer, il y a douleur de poitrine, sentiment de pesanteur, voix entrecoupée, sueur surtout au visage, gonflement des vaisseaux de la tête, anxiétés ou angoisses; agitation continuelle, effort pour tousser, ronflement, sifflement ou rallement, les battemens du pouls sont foibles, éloignés, quelquefois fréquens, & souvent inégaux. Le malade est sans force, il sue, une pituite visqueuse ou une écume lui sort de la bouche; il faut, sans perdre un moment, le saigner une, deux & trois fois, jusqu'à ce que la respiration devienne plus facile, dans les intervalles des saignées, on lui donnera des lavemens d'abord simples, puis purgatifs, il mettra ses pieds dans l'eau chaude, on lui fera des frictions sur les extrémités inférieures avec la flanelle.

§. 478. Lorsque ces secours ne suffisent pas, si le malade est pituiteux, sujet aux catharres, aux fluxions, ou qu'il ait eu quelque maladie de peau maltraitée, ou une éruption rentrée ou qui n'a pas sorti suffisamment, on lui fera prendre un vomitif Nº. 34, ou un purgatif Nº. 21, & on appliquera une emplâtre vésicatoire Nº. 35, au bras ou à la nuque. Si c'est un enfant, aussi tôt après la premiere saignée, on appliquera l'emplâtre vésicatoire; on donnera toutes les demi-heures une cuillerée de la potion Nº. 8, & dans les intervalles, la ptisane Nº. 2. Lorsque la violence des accidens diminue; mais que les crachats sortent rarement en petite quantité & visqueux, & que l'on entend un rallement dans la poitrine, on donnera de trois en trois heures une cuillerée du Nº. 8, auquel on ajoutera hypecacuana, iris de Florence & Kermes minéral, de chaque trois grains. Quand le catharre traine en longueur, on doit suivre le régime §. 35 & suiv. en ajoutant seulement un peu de vin ou d'élixir de propriété, comme cordiaux nécessaires pour ranimer les forces.

_Colique néphrétique._

§. 479. La douleur est aigüe & fixe dans les reins & leurs environs; elle se fait sentir continuellement, ou par intervalles dans tout le trajet oblique que font les vaisseaux destinés à conduire l'urine depuis les reins jusqu'à sa sortie. Chez les hommes, les testicules se retirent, & il y a douleur: chez les femmes, la douleur est dans l'aine.

Au commencement, les urines sont en petite quantité, claires, puis elles sont sanglantes & chargées de gravier. Il y a nausée, vomissemens, douleur d'estomac, défaillances, sueurs, constipation, envie d'uriner: on sent de l'engourdissement à la jambe du côté où est la douleur; la fiévre survient, elle est irréguliere & le pouls inégal.

§. 480. Les moyens de calmer cette colique, sont les saignées répétées deux, trois fois en douze heures, & plus si le mal est toujours le même: les lavemens fréquens Nº. 6, la ptisane Nº. 1, ou le petit lait Nº. 17; la poudre Nº. 20; du savon en pilules, ou fondu dans la ptisane, jusqu'à trois gros par jour; les fomentations sur les reins Nº. 9, les demi-bains, les bains où le malade restera long-tems. On aura soin de ne pas le laisser coucher sur la plume, & dans un lit où ses reins soient trop échauffés: on donnera deux & trois onces de syrop diacode par demi-cuillerées dans le jour, si les douleurs sont excessives & avec convulsions. Cette colique étant sujette à retour, on consultera un Médecin pour la prévenir.

§. 481. On suivra le même traitement dans l'inflammation des reins, qui a tous les symptômes de la colique, mais beaucoup plus de chaleur aux reins & aux lombes, de fiévre, des douleurs plus aigües, des urines aqueuses ou très rouges, en petite quantité, & sans sédiment. Dans le cas où les saignées n'auront pas été faites assez tôt, & où le mal sera insurmontable par sa nature; il se formera un abcès (voyez §. 283); alors il faut avoir recours au Médecin & au Chirurgien.

_Coqueluche._

§. 482. La coqueluche est cette toux redoublée, pressée, opiniâtre, qui se renouvelle à des intervalles plus ou moins éloignés. On appelle ces accès des quintes: la toux est tantôt forte & rauque, tantôt aigre & glapissante, presque continue pendant la quinte, avec des sifflemens ou heurlemens; la respiration se fait très difficilement, sur tout le mouvement qu'on appelle inspiration, par lequel l'air entre dans la poitrine; alors le malade est prêt d'être suffoqué. Il ne sort presque rien pendant la plus grande partie du tems que dure la toux, ou tout au plus un peu de pituite claire; mais vers la fin de la quinte le malade rejette une matiere visqueuse, glaireuse, si gluante qu'il faut la lui tirer de la bouche avec les doigts; il y a des mouvemens convulsifs, violens dans tout le corps; le malade vomit, surtout s'il n'y a pas long-tems qu'il a mangé, & les repas sont ordinairement suivis de quintes violentes. Le sang s'accumule dans les vaisseaux de la tête, les gonfle, rend tout le visage rouge, violet, & même noir. Il y a irritation, douleur au creux de l'estomac avant la toux & après. Le plus souvent la coqueluche est sans fievre, surtout dans les commencemens. Cette maladie attaque principalement les enfans, quelquefois les adultes; souvent elle est épidémique parmi les premiers, & quelquefois parmi les seconds. Elle est causée par les dérangemens de la digestion, joints à la transpiration supprimée.

§. 483. Lorsque le malade est un enfant qui tette, on examinera le lait de la nourrice; s'il n'est pas bon, on lui en donnera une autre, ou on le nourrira de panade, d'eau de ris, d'eau d'orge, de gruaux, de bouillons. Il ne mangera point de bouillie. On mettra tout autre malade au régime des convalescens, & on le garantira surtout du froid & de l'humidité. L'exercice est très bon, mais il doit être modéré, pour ne point exciter des quintes. Lorsque les symptômes, comme la toux, la difficulté de respirer, la couleur du visage, le tempérament sec & sanguin du malade, font craindre pour sa vie, & qu'il ne se rompe des vaisseaux dans la poitrine par les efforts de la toux, on fera bien de le saigner; ce qui ne seroit pas nécessaire, si les accidens étoient moins grands ou moins pressans. On donnera pour boisson la ptisane Nº. 12; on tiendra le ventre libre, avec des lavemens donnés tous les jours Nº. 6; on fera vomir avec les poudres Nº. 33 ou 34; puis on purgera avec le Nº. 22, ou le syrop de chicorée composé. Après ces évacuations, si la coqueluche n'est pas totalement passée, on donnera de trois en trois heures, une cuillerée de la potion Nº. 8, auquel on ajoutera kermes minéral, Nº. 24, six grains, & autant de poudre d'iris de Florence. S'il y a insomnie, on mettra dans la ptisane une ou deux têtes de pavot, ou deux pincées de feuilles de coquelicot. C'est un usage pernicieux, que celui de l'huile dans la coqueluche, voyez §. 357. Pour rétablir les digestions; on donnera la poudre Nº. 14: & si la maladie étant totalement guérie, il reste une petite toux ou de la foiblesse, le lait de vache coupé avec une décoction d'orge ou de ris, les dissipera.

_Dartres._

§. 484. On donne ce nom à des pustules ou boutons de différentes grosseurs, & quelquefois presque imperceptibles, séparés ou réunis en tas, avec douleur & demangeaison. Ces boutons s'étendent de proche en proche, & y portent la douleur & la démangeaison, qui cessent quelquefois où elles avoient commencé. Quand on les gratte, il en sort une eau visqueuse et âcre, qui, en séchant, forme une croûte. Toutes les parties du corps, mais surtout le visage, les cuisses, les parties de la génération sont sujettes à ce mal, qui le plus souvent forme des plaques assez grandes, de différentes figures.

§. 485. On saignera le malade du bras; il fera usage de ptisane de racine de chicorée amere, ou de celle Nº. 25; & si le mal est opiniâtre, de la ptisane Nº. 74, à laquelle on ajoutera, dans leurs saisons, les jus d'herbes Nº. 7, & du petit lait rendu laxatif avec le sel de duobus, ou la crême de tartre Nº. 23, alternativement pendant une douzaine de jours. Ce mal n'empêchant point de vaquer à ses affaires, il est inutile de prescrire au peuple d'autres remedes qui ne seroient pas faits. On purgera avec le Nº. 21, tous les huit jours. Il faut se garantir du froid, de l'humidité, ne point manger d'alimens salés & âcres, boire peu de vin, se nourrir de lait, d'alimens farineux, de légumes, de fruits.

§. 486. Les topiques font souvent du mal dans les dartres. En général, il faut s'en abstenir jusqu'à ce qu'on ait pris pendant quelque tems des remedes internes; alors on se contentera, dans les dartres rongeantes, vives & douloureuses, d'appliquer une toile trempée dans un jaune d'oeuf délayé avec une eau de safran, ou de morelle, ou de cigüe: les dartres séches peuvent être humectées avec de la salive, ou de l'eau de sel marin, ou de l'eau avec un peu de vinaigre: on les couvrira du sparadrap Nº. 64: si la dartre est maligne ou rebelle, on appliquera le Nº. 51. On peut substituer à ce traitement, celui qui est marqué §. 261 & suiv.

On emploiera les mêmes remedes dans les cas d'ébullitions, échauboulures, boutons, rougeurs au visage.

_Ecrouelles, Humeurs froides._

§. 487. Les écrouelles sont des tumeurs situées sous la peau; elles sont fort long-tems sans douleur, sans chaleur, ordinairement mobiles, lisses & unies; tantôt cedant un peu, & seulement pour un moment, à l'impression des doigts, tantôt très dures. Ces tumeurs sont des glandes grossies & enflées par le séjour de la lymphe, qui est l'humeur qui s'y prépare & s'y conserve. Toutes les glandes sont le siege de cette maladie. Les causes de cette maladie, sont un vice héréditaire de la lymphe qui produit son épaississement, le virus vérolique des peres & meres, la mauvaise nourriture de quelque genre que ce soit, lait, eau, fruits non mûrs, &c. le froid, surtout s'il frappe les glandes du cou; c'est pourquoi ces glandes sont le plus souvent attaquées dans les enfans de la campagne, qui ordinairement n'ont point le cou couvert: les coups & contusions des glandes, qui détruisent leur organisation; la mauvaise conformation de ces glandes. Les tumeurs écrouelleuses sont d'abord petites, paroissent dans peu d'endroits, ne changent point la couleur de la peau; le plus souvent les glandes du col, des aisselles, sont les premieres affectées; mais de quelque côté qu'elles commencent, si on n'y remédie dès qu'elles se manifestent, elles s'étendent à toutes les glandes dont elles sont proches, & ensuite l'humeur écrouelleuse gagne celles qui sont répandues par tout le corps, internes & externes, & toutes les articulations.

§. 488. Cette maladie est ordinairement très longue, difficile à guérir, surtout si elle est héréditaire, ou dans un sujet foible & mal constitué, & dans les adultes; mais il y a beaucoup à esperer, si elle se trouve dans des enfans, depuis peu de tems, dans des sujets bien constitués, qui ont peu de glandes écrouelleuses, & qui n'ont point encore atteint l'âge de puberté, tems où la nature est souvent venue à bout de les dissiper sans aucun secours. C'est pourquoi il importe de faire de bonne-heure tout ce qu'il est possible pour guérir une maladie si opiniâtre, & qui d'ailleurs peut avoir des suites très funestes, si elle subsiste long-tems. Le traitement de cette maladie est très long; le malade comme le Médecin doivent s'armer de patience, & ne s'attendre qu'à des progrès presque insensibles.

§. 489. Si le malade est d'un tempérament sanguin, & dans l'état décrit §. 537, il sera saigné: s'il est dans celui qui est décrit §. 544, il sera purgé avec la potion Nº. 46, ou la poudre Nº. 21; ou même on le fera vomir avec un des remedes Nº. 33 ou 34; puis on le mettra à l'usage de la ptisane laxative Nº. 79, dont il prendra deux verres le matin, à deux heures de distance, & un le soir. On ajoutera dans le Printems & l'Eté, à chaque verre de cette boisson, deux onces des sucs de plantes fondantes Nº. 7; on fera prendre tous les matins à jeun, deux pilules Nº. 80, ou l'extrait de cigüe Nº. 55, & on purgera tous les douze jours avec la poudre Nº. 21.

§. 490. Cette maladie étant fort longue, il faut, au bout de quelque tems changer de médicamens, tant à cause du malade qui prendroit du dégoût, & peut-être de l'aversion, que parceque le corps s'habituant aux remedes, ils ont beaucoup moins d'effet. Ainsi on pourra substituer à la ptisane, deux bouillons par jour faits avec le veau, les racines de patience, chicorée sauvage, oseille, fraisier, pissenlit, polypode. Un moment avant de retirer le pot du feu, on ajoutera une demi-poignée de quatre des plantes suivantes, bourrache, buglose, chicorée sauvage, aigremoine, cresson, poirée, pourpier, laitue, pimprenelle, ortie, cerfeuil; on fera fondre un gros de sel de glauber dans chaque; on préparera de la même façon un apozeme, en retranchant le veau, & l'usage sera le même. On pourra aussi faire boire de tems en tems, pendant une huitaine de jours, la ptisane des bois Nº. 71; ou du petit lait, en y mêlant les jus d'herbes ci-dessus, ou les y faisant infuser, ou en y faisant fondre quelque sel, comme de glauber, de duobus, de sedlitz, terre foliée de tartre. On peut substituer aux pilules celles Nº. 18, en observant, quelque remede qu'on donne, de purger tous les dix à douze jours avec la poudre Nº. 21, ou autre purgatif. Si l'estomac du malade se dérange, on donnera la poudre Nº. 14; s'il vient du dévoiement, on purgera avec le Nº. 50, en s'abstenant pendant quelques jours des autres remedes. Ceux qui se trouveront près de la mer, doivent boire de cette eau environ une chopine par jour; c'est un très bon fondant. L'usage des eaux thermales ou chaudes, savoneuses, sulphureuses, comme celles de Bareges, de Cauterets, de Bourbonne, de Balaruc, de Bourbon, &c. ne peut être trop recommandé à ceux qui en sont proches.

§. 491. On appliquera sur les tumeurs écrouelleuses, les emplâtres de _vigo cum mercurio_, de _ranis cum mercurio_, de savon, de cigüe, diabotanum, diachilum, _cum gummi_; mais s'ils causent de la démangeaison, chaleur ou inflammation, il faut les ôter.

§. 492. On doit favoriser l'action des remedes par le régime; souvent on lui doit la guérison des maladies chroniques ou longues; un air pur, serein, sec; les lieux élevés; l'exercice à pied, à cheval, en voiture un peu rude; le ventre libre naturellement, ou par l'effet des remedes ou des lavemens; une nourriture saine, aisée à digérer, prise avec modération; du pain bien cuit, des viandes rôties, grillées; des fruits cuits; les eaux legeres, douces, du vin vieux & bon; un sommeil modéré; la tranquillité de l'ame, le contentement, la gaieté, la dissipation prêtent des forces à la nature, pour vaincre le mal conjointement avec les remedes.

§. 492. Lorsque l'on a à traiter des écrouelles devenues rouges, douloureuses & enflammées d'elles-mêmes, ou par des topiques trop actifs, on saignera une ou deux fois; on mettra au régime §. 29; on emploiera les topiques émolliens Nº. 9, le Nº. 59, ou l'emplâtre de mucilages, jusqu'à ce qu'on ait calmé & dissipé l'inflammation.

§. 493. Quand, à la suite de l'inflammation qu'on n'a pas pu résoudre, ou sans inflammation sensible & sans qu'on s'en soit apperçu, il s'est fait une suppuration dans la tumeur: dès que l'on en sera certain, on appliquera des cataplasmes, de pulpes d'oseille, d'oignon de lys, de vieux levain, de basilicum, d'escargots, jusqu'à ce que la glande paroisse parfaitement fondue; si elle ne s'ouvre pas d'elle-même à l'extérieur, on l'ouvrira avec la pierre à cauterre ou avec le fer, de peur que le pus ne fasse du ravage intérieurement, en cariant les os, & détruisant les chairs voisines; mais il faut dès-lors avoir recours à un bon chirurgien.

Lorsque la tumeur est ouverte ou suppure, il en sort une matiere purulente, visqueuse, blanchâtre ou jaune, sans mauvaise odeur. On pressera un peu la tumeur dans tous les sens, pour qu'il ne reste point de pus; on injectera une legere infusion de ciguë pour nettoyer la plaie, après quoi il faut appliquer un plumaceau enduit de l'onguent Nº. 68, & recouvrir avec une compresse pliée en plusieurs doubles, trempée dans la liqueur Nº. 69: on change le plumaceau deux fois le jour, & la compresse trois fois.

S'il survient des callosités, des chairs fongueuses; s'il y a des fistules, carie, on doit avoir recours au Chirurgien, qui agira suivant l'état du mal.

_Enflure des Jambes._

§. 494. Les pieds & les jambes ont plus de grosseur qu'ils ne doivent en avoir comparés au reste du corps, ils sont dans l'état décrit §. 441. Il y a engourdissement & difficulté dans le mouvement de ces parties; je ne parle point de l'enflure des jambes, qui précede & accompagne l'anasarque, l'ascite; on ne peut la guérir qu'en dissipant ces maladies. On voit très souvent des jambes enflées à la suite des fiévres intermittentes & continues, de l'asthme, des érésipelles, de la dyssenterie, du dévoiement, de la plûpart des longues maladies aigües ou chroniques, des grandes évacuations, & des longues veilles. Les Femmes grosses, celles dont les regles sont supprimées, ou beaucoup diminuées, ou prêtes à finir, y sont fort sujettes. Dans tous ces cas, l'enflure est ordinairement sans danger; souvent elle se dissipe pendant la nuit, & recommence le matin pour augmenter jusqu'au soir.

§. 495. L'enflure des jambes diminue souvent sans faire aucun remede, à mesure que la convalescence s'affermit, & que les forces reviennent après l'accouchement & l'apparition des regles. Si cela n'arrive pas, il faut faire un peu plus d'exercice, employer les frictions avec la flanelle chaude, les fomentations aromatiques & spiritueuses, des sachets de sel, de cendres, des bandes qui serrent un peu: on prendra des alimens secs, on boira peu, & seulement du vin vieux pur. On donnera matin & soir, une prise du Nº. 20, dans une tasse d'infusion de fleurs de sureau; & si les digestions ne se font pas parfaitement bien, on donnera une prise de Nº. 14. Enfin cela ne suffisant pas, on aura recours à la potion Nº. 8, dont on prendra deux ou trois cuillerées par jour. Il y a des personnes très grasses, de grands mangeurs ou buveurs, des gens âgés, hommes & femmes, qui ont presque toujours les jambes enflées. Le plus souvent il seroit difficile de l'empêcher, & quelquefois dangereux.

§. 496. Il se fait quelquefois des crevasses, des ouvertures, par lesquelles il sort une eau, rousse âcre; cette évacuation peut être utile; mais ces plaies sont souvent long tems sans se fermer: la gangrene même s'y met quelquefois. Le malade doit se tenir couché, ou au moins la jambe doit être soutenue horisontalement, & tenue chaudement: sa nourriture sera celle des convalescens. Il sera purgé de tems en tems avec la poudre Nº. 21. Il prendra une fois le jour une prise du Nº. 14: on mettra sur la jambe un plumaceau couvert de l'onguent Nº. 63.

Les mains & le visage enflent aussi dans les mêmes cas que les jambes, mais beaucoup plus rarement, & se guérissent plus promptement: s'il y a gangrene, on appellera un Chirurgien.

_Engelures._

§. 497. Il vient aux doigts des mains, des pieds, aux oreilles, aux talons, aux levres, au nez, des enfans surtout, & principalement en Hiver, quand ces extrémités sont exposées au froid, & passent subitement du chaud au froid, & du froid au chaud, une enflure ou un gonflement qui dans les commencemens paroit blanc avec peu de chaleur & de douleur; mais si l'on expose le mal au froid, il est bien-tôt accompagné de rougeur, douleur, chaleur, demangeaison, picotement, difficulté de remuer les parties attaquées, ou engourdissement. Souvent ces tumeurs se guérissent sans remedes: mais quelquefois, ou par la nature du mal, ou par la mauvaise méthode qu'on aura suivie, soit en les exposant au feu, soit en y appliquant des topiques irritans; quelquefois, dis-je, la rougeur, la chaleur augmentent, l'enflure s'enflamme, devient livide, il s'amasse une sérosité âcre, qui forme, sous la surpeau, des cloches ou vessies, & qui après avoir rongé la surpeau, paroît au-dehors; ces gersures ou crevasses dégénerent souvent en ulceres, dont il ne sort d'abord qu'une sérosité, & ensuite une espece de pus séreux en assez grande abondance.

§. 498. Ceux qui ont des engelures, ou qui y sont sujets, doivent apporter toute leur attention à se garantir du froid, & surtout à en défendre les parties affectées, ou sujettes à l'être. Il faut éviter de passer subitement du froid au chaud, & du chaud au froid. Lorsque les engelures ne seront encore que des tumeurs blanches, ou peu douloureuses & peu enflammées, on fera mettre la partie malade dans une décoction de plantes aromatiques, comme sauge, romarin, lavande, &c. faite dans le vin rouge; on répétera ce bain une ou deux fois le jour, ou la fomentation aromatique Nº. 67; l'urine, le savon, la lessive de sarment peuvent servir au même usage. On couvrira l'engelure avec les emplâtres de mucilages, de savon, de Nuremberg, ou la toile préparée Nº. 64.

Lorsqu'il survient aux engelures douleur, rougeur, demangeaison considérable & inflammation, on appliquera les topiques Nº. 9, ou ceux Nº. 58, 59, ou le baume tranquille; on ne fera point agir la partie malade; on usera des boissons délayantes & rafraichissantes Nº. 1, 2.

§. 499. Si les engelures se crevent ou se fendent, si elles rendent du pus & dégénerent en ulceres, on emploiera les fomentations ou bains ci-dessus; on lavera l'ulcere avec une infusion de ciguë; on appliquera un plumaceau enduit de l'onguent Nº. 68, ou celui de céruse, & on recouvrira avec la toile Nº. 64. Les eaux minérales chaudes peuvent être employées en bains & fomentations répétées dans tous les états des engelures. Si les accidens des engelures étoient au point qu'ils causassent de la fiévre, il faudroit saigner une ou deux fois, & mettre le malade au régime §. 30.

Lorsqu'il y a des os cariés ou de la gangrene, il faut avoir recours au Chirurgien.

_Epilepsie, Mal-caduc, tomber du Haut-mal._

§. 500. Je ne parlerai de cette maladie, que pour faire connoître ce qu'on appelle accès ou attaque d'épilepsie, & pour dire ce qu'il faut faire alors. Il n'y a point de maladie plus difficile à guérir, & très souvent elle est incurable. Ceux qui en sont atteints, doivent consulter les plus habiles Médecins dès qu'ils s'en apperçoivent, les accès ne fussent-ils que très legers. L'épilepsie attaque plus les hommes que les femmes, & plutôt avant l'âge de puberté qu'après.

§. 501. Les accès se reconnoissent facilement aux signes suivans: Une personne tombe subitement privée de sentiment & de connoissance, avec des convulsions violentes de toutes les parties du corps, ou de quelques-unes seulement. Elle se roule par terre avec des tremblemens des pieds, des bras, de la tête; elle tient les poings fermés, se frappe la poitrine, le ventre, & donne de la tête, des pieds & des mains contre la terre, & tous les corps qu'elle rencontre; la plûpart jettent un grand cri en tombant; la peau du front, celle de la tête, qui est couverte de cheveux, sont agitées; les cheveux se dressent, les sourcils sont dans un mouvement continuel, ils se froncent; les yeux sont fixes & hagards, ils sortent de l'orbite; les paupieres sont dans l'agitation, elles s'ouvrent & ferment alternativement; les globes des yeux roulent, ils se tournent de façon à ne laisser voir que le blanc; tous les muscles de la face étant dans un mouvement perpétuel, expriment les différentes passions; les lévres se resserrent, s'allongent; la bouche s'agrandit; la machoire inférieure s'éloigne de la supérieure, jusqu'à se déboîter; la langue s'enfle, s'allonge hors de la bouche, elle est souvent serrée entre les dents, & coupée, le grincement de dents se fait entendre; tantôt la tête se tourne, s'agite en tous sens, tantôt elle demeure immobile, droite ou penchée en devant, en arriere, sur les côtés. Les parties internes sont également agitées de convulsions; les symptômes suivants en sont des preuves. Il y a dans l'accès, vomissemens, rots, borborigmes, écoulement des urines, des excrémens, de la semence; oppression, soupirs, palpitations de coeur, salivation abondante, ronflement ou siflement, difficulté de respirer; le sang circulant très difficilement, ou étant arrêté dans le poulmon, toutes les veines qui sont apparentes grossissent, & surtout celles du cou, de la langue & du front; le visage rougit, s'enfle, devient livide & même noir; & ce qui rend le spectacle encore plus horrible, on voit sortir par la bouche & les narines, une écume très visqueuse, & sanglante assez souvent, parceque le malade a blessé sa langue avec les dents. La sortie de l'écume termine ordinairement l'accès: dès-lors tous les autres accidens diminuent, la respiration devient libre, quoique toujours bruyante; il survient un profond assoupissement qui est plus ou moins long; & lorsque le malade s'éveille, il est las, foible, triste; il ne se ressouvient point du tout de tout ce qui s'est passé pendant l'accès, mais seulement de ce qu'il faisoit immédiatement avant. Au commencement de l'attaque, le pouls est fréquent & petit; vers le milieu, il est fort, plein, dur; sur la fin, il est très foible, rare & presque insensible; en tout tems il est inégal.

§. 502. Tous les épileptiques n'ont pas dans l'accès tous les symptômes que nous venons de rapporter; il y en a en qui ces symptômes sont de la derniere violence, & d'autres qui les ont bien moins forts. Les accès sont aussi plus ou moins longs, plus ou moins fréquens: on ne sauroit dire combien il y a de variété dans cette maladie. Nous avons donné la description des accès violens, parceque c'est à ceux-là seuls dans lesquels on périt, ou qui produisent de grands dérangemens, & laissent des impressions fâcheuses, ou enfin qui sont si fréquens, qu'on a à craindre l'apoplexie, qu'on est obligé de porter du secours: on n'emploie point de remede dans les autres. Voici les précautions qu'on doit prendre dans tous les accès, & ce qu'on doit faire dans ceux qui sont très violens.

§. 503. On étendra le malade sur le dos, la tête & la poitrine un peu élevés, dans un lieu airé & éclairé. Pour éviter qu'il ne se frappe & ne se blesse, on le tiendra, en laissant cependant un peu de liberté pour les mouvemens convulsifs; les empêcher tout-à-fait, seroit un moyen de les redoubler. On garantira la langue d'être mordue, dans les convulsions de la machoire, en mettant entre les dents un tampon de linge ou de peau, ou un morceau de liege, auxquels on attachera un fil pour le retirer, s'il entroit dans la bouche. On fera des frictions sur le corps & les membres, on donnera, s'il est possible, des lavemens avec le sel marin ou les purgatifs, comme le sené, la gratiole ou herbe à pauvre-homme, le vin émétique, &c. On essaiera les ligatures des extrémités; on fera sentir de mauvaises odeurs, des odeurs fortes & spiritueuses. On fera mettre les pieds dans l'eau. Si le malade a le visage plombé ou noir, si ses membres se tordent, s'il est prêt d'être suffoqué, il faut faire une ou deux saignées du pied. La saignée, dit-on sans preuves, rend la maladie plus opiniâtre; mais dans plusieurs maux inévitables, il faut choisir le moindre, & dans ce cas c'est un moyen d'empêcher la rupture des vaisseaux, l'apoplexie, les inflammations, la gangrene, les fractures des membres, &c. S'il y a des foiblesses, on donnera du vin ou quelque autre cordial, & on fera respirer du vinaigre, ou des eaux spiritueuses & des odeurs fortes.

_Epreintes, ou Tenesme._

§. 504. On donne ces noms aux envies continuelles, ou du moins très fréquentes, d'aller à la selle, qui ne sont point suivies des évacuations, ou dans lesquelles on ne rend que des glaires, ou une mucosité, & quelquefois du sang & même du pus. Les épreintes sont le symptôme de plusieurs maladies, comme la diarrhée, la dyssenterie, la pierre de la vessie, les vers, les hémorrhoïdes, l'abcès au fondement. En guérissant ces maux les épreintes se dissiperont, mais elles sont quelquefois maladie principale. Alors il faudra prendre plusieurs fois le jour le lavement Nº. 6, ou celui de tripes, dans lequel on aura ajouté deux têtes de pavot, faire des fomentations avec le lait, les décoctions des plantes émollientes, les infusions de la cigüe, de fleurs de sureau, la vapeur de l'eau chaude, les linimens avec le cerat, le populeum, le baume tranquille.

On prendra pour boisson du petit lait, des eaux de ris, d'orge, la ptisane Nº. 2, ou le lait d'amandes Nº. 4. On purgera avec le Nº. 31, ou le Nº. 37.

_Eruptions rentrées, Ecoulemens supprimés._

§. 505. On voit tous les jours dans le peuple des exemples du danger qui accompagne la rentrée des éruptions & la suppression des écoulemens qui duroient depuis quelque tems; il n'est presque point de maladie que ces accidens ne produisent; elles deviennent très difficiles à guérir, parcequ'on ne demande le plus souvent du secours que lorsqu'elles sont invétérées, qu'on fait trop peu d'attention à ces deux genres de causes, & qu'on les attribue à des choses beaucoup plus récentes; c'est pourquoi dans presque toutes les maladies, il faut demander si le malade n'étoit point sujet à quelque écoulement, n'a point eu quelque maladie de peau.

§. 506. Lorsque quelque éruption, comme croûtes de lait, galles, rougeole, petite vérole, dartres, érésypelles, boutons, abcès, suintemens aux oreilles, au nez; sueurs abondantes aux aisselles, aux pieds, à la tête; en un mot, toute éruption ou écoulement habituel, lors, dis je, que ces éruptions rentrent avant que toute l'humeur que la nature préparoit à chasser par-là soit sortie, & que ces écoulemens s'arrêtent, soit que la nature n'ait plus assez de force pour continuer l'éruption & l'écoulement, ou que par un mauvais régime, ou des remedes faits mal-à-propos, on la repousse, on l'arrête; ce qui sortoit par ces moyens, se jette sur quelque partie interne du corps, & elle y produit souvent des desordres irréparables, avant qu'on s'en soit apperçu. De-là les phtisies ou suppurations au poulmon si fréquentes, les convulsions dans les enfans & les adultes, l'épilepsie, l'asthme, la difficulté de respirer, les coliques, les douleurs vagues, les dépôts dans toutes les parties du corps.

§. 507. Il faut avertir tous ceux qui ont quelque éruption ou écoulement; de le favoriser, de ne rien faire qui puisse l'arrêter; & si après que cela sera arrivé naturellement, §. 418, ils se sentent quelque mal, de demander du secours; alors il faudra se tenir chaudement pour favoriser le retour de l'éruption, l'écoulement ou la transpiration; boire abondamment du thé de sureau avec le nitre; prendre deux prises par jour de la thériaque des pauvres, suivre les traitemens marqués aux articles érésypelles & dartres; se purger souvent, user d'alimens farineux, faire des frictions, employer les bains de pieds, faire sa boisson ordinaire de la ptisane Nº. 71 seule, ou coupée avec du lait; de celles Nº. 25, 74, 79; se mettre au lait de vache ou de chevre. Si le danger est prochain, on appliquera des sinapismes, ou une emplâtre vésicatoire, le plus près du mal qu'on pourra, à la nuque, entre les épaules, aux bras, aux jambes, aux pieds, ou à la partie qui étoit le siege du mal, si cela est possible. Dans le cas de galle rentrée, le plus sûr est de la redonner. Lorsque tous les remedes seront insuffisans, on emploiera les sinapismes & vésicatoires comme ci-dessus.

_Etouffement, Suffocation._

§. 508. On voit tous les jours des gens sans respiration, sans pouls, sans mouvement, sans sentiment, pâles, froids, prêts à être suffoqués pour avoir respiré la vapeur du vin dans des celiers, celle du charbon allumé dans des chambres où l'air n'a pas assez de communication avec celui du dehors pour se renouveller, celle des cloaques & autres endroits où l'on remue des immondices, fumiers, eaux croupies, &c. ou qui ont été long-tems fermés. Il faut se hâter de faire respirer l'air libre, faire sentir & même avaler quelque liqueur forte, spiritueuse, ou un peu de vinaigre, secouer un peu, jetter de l'eau froide sur le visage, souffler dans la bouche en serrant le nez. Si cela ne les rappelle pas, il faut saigner au plutôt du bras, puis du pied, donner des lavemens âcres avec du tabac, de la gratiole, ou herbe au pauvre homme, faire des frictions, exciter le vomissement en chatouillant le gosier avec une plume, envelopper très chaudement les parties froides. Toutes les fois que l'on est obligé d'ouvrir un cloaque qui est resté long-tems fermé, il faut éviter de recevoir la premiere vapeur qui en sortira: elle est mortelle; & lorsqu'il est ouvert, il faut y jetter de la paille enflammée à plusieurs reprises avant d'y entrer.

_Goutte remontée._

§. 509. Quoique cette maladie ne soit pas commune parmi le peuple; cependant comme on l'y rencontre quelquefois, & qu'il est des cas où elle demande les secours les plus prompts, il est à propos de savoir ce qu'il faut faire alors. Lorsqu'une personne qui a la goutte aux pieds ou aux mains, ou à quelque autre articulation, a une goutte vague, c'est-à-dire qui se fait sentir tantôt dans une partie, tantôt dans une autre; ou qui est sujette à avoir dans certain tems des accès, se trouve presque subitement attaquée de léthargie, apoplexie, mal de gorge, asthme, catharre suffoquant, douleur d'estomac, néphrétique, colique, ou autre maladie; car il n'est presque point de parties du corps sur lesquelles l'humeur de la goutte ne se jette, & elle y occasionne alors des accidens d'autant plus fâcheux, & auxquels on doit d'autant plus se hâter de porter remede que la partie affectée est plus nécessaire à la vie.

§. 510. Il faut 1º. si l'on a le tems, faire mettre les pieds dans l'eau chaude plusieurs fois le jour. 2º. Faire des frictions très fréquentes. 3º. Saigner du pied. 4º. Appliquer des sinapismes Nº. 35. On appliquera le sinapisme à la partie qui étoit anciennement le siege de la goutte; & si elle étoit fixée auparavant sur quelque partie interne, ou qu'elle fût vague, on le mettra aux pieds, à moins qu'il n'y ait un danger pressant pour la vie; dans ce cas on l'appliqueroit le plus près que l'on pourroit de la partie attaquée, afin de soulager promptement, après quoi le sinapisme appliqué aux mains, aux pieds ou à la partie anciennement attaquée, y rappelleroit la goutte. On connoîtra que la goutte a quitté le lieu où elle étoit par la cessation des douleurs, des accidens & des symptômes qui auront donné lieu d'employer les remedes & par le renouvellement de la douleur, rougeur, tumeur à la partie anciennement affectée, ou à laquelle on l'aura attirée par les sinapismes. Pendant le tems des accidens, on tiendra le malade au régime; on lui donnera pour boisson un thé de sureau fort & nitré, & deux ou trois fois le jour une prise de thériaque Nº. 41, délayée dans le thé. Il faut garantir le malade du froid, & tenir bien chaudement la partie où l'on veut que la goutte revienne.

_Hemorragies._

§. 511. On nomme hémorragie, la sortie du sang par quelque partie du corps que ce soit, en plus ou moins grande quantité. La cause est externe, lorsqu'un coup, une blessure, un effort, un vomitif, ou autre cause qui agit extérieurement, l'a produit; autrement elle est interne. Le plus souvent les hémorragies s'arrêtent d'elles-mêmes sans secours étrangers; il est même à propos de ne point arrêter qu'au bout d'un certain tems les hémorragies du nez, de la matrice, des hémorrhoïdes; ces évacuations sont souvent salutaires, étant ordinairement produites par la nature pour se débarrasser d'une trop grande quantité de sang; mais lorsqu'elles sont trop abondantes, qu'elles durent trop long tems, que les retours sont trop fréquens; lorsque le pouls commence à être vaillant; lorsque le visage & les lévres sont pâles & les extrémités froides, il faut diminuer l'écoulement & l'arrêter par dégrés. Quant aux hémorragies de la poitrine ou crachement de sang, pissement de sang, vomissement de sang, on ne doit pas différer à faire les remedes. Je ne parle point ici des hémorragies qui surviennent dans les fiévres aigües, surtout quand on n'a pas saigné suffisamment, ou qu'on use des remedes échauffans, ni de celles qui arrivent dans la fluxion de poitrine, dyssenterie, les plaies externes, &c. il en est parlé dans ces articles; il n'y a que le cas où elles sont extrêmes dans ces maladies, où on doive les arrêter par les moyens que je rapporterai.

§. 512. Dans toutes les hémorragies, on mettra le malade au régime; on lui donnera des boissons adoucissantes, délayantes, rafraîchissantes comme le petit lait, les ptisanes Nº. 1, 2, 4, des décoctions de ris, de gruaux; elles seront au plus tiédes. Si le malade est jeune & fort échauffé, le lait d'amandes Nº. 4; la poudre Nº. 20, deux ou trois fois le jour; s'il prend des alimens, ce sera des crêmes de ris, d'orge, de gruaux & autres farineux; on tiendra le ventre libre par des lavemens simples; l'air que respirera le malade sera temperé, ou même un peu au-dessous. Il gardera le lit; il ne fera que le moins de mouvement qu'il pourra; on évitera tout ce qui peut frapper vivement ses sens & exciter quelque passion, on purgera avec le Nº. 31. Pour peu que l'hémorragie dure, il faut employer la saignée, que l'on répétera suivant l'abondance & la fréquence de l'hémorragie, observant l'état du malade que l'on saignera plusieurs fois coup-sur-coup; s'il est dans l'état décrit §. 537; si l'hémorragie actuelle a succedé à une hémorragie habituelle supprimée, & seulement dans les cas excessifs; s'il est foible, languissant, & d'une mauvaise santé; si l'hémorragie est si considérable qu'il y ait des foiblesses & danger éminent pour la vie, on donnera l'eau de Rabel depuis un gros jusqu'à deux gros, sur une pinte de ptisane.

§. 513. Lorsque les hémorragies seront cessees, on demandera à un Médecin les moyens de les prévenir, ce mal étant très sujet à retour. Dans le cas où une hémorragie actuelle aura succedé à une habituelle supprimée, il est à propos, si l'écoulement supprimé étoit des hémorrhoïdes ou de la matrice, de faire la saignée au pied, à moins que ce ne fût une femme donc les regles dussent cesser §. 340. Le crachement, le vomissement de sang, les hémorrhoïdes fluantes ou non, arrivent assez souvent chez les femmes grosses, il est alors à propos de faire une saignée du bras. Nous ne dirons dans les articles des hémorragies particulieres que ce qui leur est propre, ainsi il faudra toujours relire ces généralités.

_Crachement de sang._

§. 514. Le sang sort par la bouche, en toussant, seul, ou mêlé avec des crachats; il est d'un beau rouge, & souvent écumeux. Il y a chaleur, douleur, picotement à l'intérieur de la poitrine, difficulté de respirer, toux plus ou moins fréquente; le sang vient alors de vaisseaux ouverts dans les poulmons, & il faut d'autant plus se hâter d'arrêter l'hémorragie, qu'elle est abondante & fréquente. Il n'est pas nécessaire de laisser sortir autant de sang que dans quelques autres hémorrhagies. La saignée répétée coup-sur-coup, est le moyen le plus sûr: on se conduira du reste comme il est dit §. 512 & suiv. Le malade se tiendra au lit sur son séant, dans une chambre où l'air soit modérément sec & chaud; les excès de chaud & froid, de sec & d'humide, sont très nuisibles, ainsi que le passage de l'un à l'autre; il ne parlera point, voyez §. 512. Le crachement de sang étant cessé, on fera usage du lait coupé avec une infusion legere de vulnéraire Suisse, de sanicle, ou d'ortie morte.

_Hémorrhoïdes._

§. 515. On a donné ce nom au gonflement des vaisseaux sanguins, qui se trouvent au bord de l'anus ou du fondement. Les hémorrhoïdes forment une ou plusieurs tumeurs plus ou moins grosses. Quand elles sont cachées dans l'intestin, & qu'elles ne paroissent qu'en allant à la selle, on les nomme internes; & on les appelle externes, lorsqu'elles sont apparentes & ne rentrent point. Les hémorrhoïdes sont ordinairement précédées de pesanteur, de douleur dans le bas ventre, de maux de tête, & accompagnées d'épreintes, de douleurs plus ou moins vives, quelquefois d'inflammation, surtout quand on marche beaucoup, qu'on va à cheval, qu'on suit un régime échauffant. Deux causes principalement donnent lieu à cette incommodité. 1º. L'obstruction du foie, & tout ce qui empêche la circulation libre du sang dans le bas ventre. Alors le malade est jaune, constipé, digere mal; dans ce cas, on suivra ce qui est dit au mot jaunisse. 2º. Un sang trop épais, trop abondant, trop échauffé par quelque cause que ce soit; tempérament ou régime, voyez §. 537, Nº. 1; il faut alors se faire saigner, user de la ptisane Nº. 2, de la poudre Nº. 20. Ces remedes deviennent indispensables pour prévenir les fistules & ulceres, quand l'on est obligé de marcher beaucoup ou de monter à cheval: quand il y a inflammation dans le cas où les hémorrhoïdes sont externes, on emploiera les topiques Nº. 19: le baume tranquille, l'onguent populeum, le cérat Nº. 64, les lavemens adoucissans en petite quantité à la fois. Les hémorroïdes que nous venons de décrire se nomment aveugles; mais très souvent elles se crevent & répandent le sang en plus ou moins grande quantité; on les appelle alors hémorrhoïdes ouvertes. Cette évacuation est presque toujours salutaire & dissipe le mal; mais si elle est excessive ou trop fréquente, voyez les signes §. 511. On fera ce qui est prescrit §. 512.

_Pissement de Sang._

§. 516. Il sort du sang par la voie des urines, avec ou sans douleur; il est pur ou mêlé avec l'urine; il est fluide ou en grumeaux. Il y a très peu de cas où on ne doive chercher à arrêter cette hémorrhagie; & si on excepte quelques vieillards auxquels elle est habituelle ou périodique, & auxquels elle est salutaire, puisqu'ils se trouvent soulagés par-là de pesanteur & de douleur dans le bas ventre; il faut dans les autres cas chercher à arrêter cette hémorragie par les moyens prescrits §. 512. Si cet accident survient après la suppression des regles ou des hémorrhoïdes habituelles, il faut de tems en tems, surtout quand on sent de la douleur dans le bas-ventre, & quand on a des signes de plénitude §. 537, se faire saigner ou appliquer des sangsues aux hémorrhoïdes.

_Saignement de Nez._

§. 517. Le saignement de nez qui vient soit d'une cause externe, soit d'une cause interne, s'arrête ordinairement de lui-même. Il est très ordinaire aux jeunes gens, surtout à ceux qui sont sanguins & dans l'état §. 537; alors il leur est très salutaire & les préserve de maladies inflammatoires: il n'y a que quelques cas rares où il est si abondant, & où il a des retours & si fréquens, qu'on est obligé de le faire cesser, voyez §. 511. On peut appliquer dans le tems de l'hémorrhagie des bandes aux bras & aux cuisses: si elle s'arrête, on relâchera les bandes successivement; de façon qu'on mette un quart d'heure d'intervalle entre chaque bande qu'on relâche. Ce moyen étant insuffisant, on appliquera à la nuque, au front, aux tempes, aux poignets, aux mains des linges imbibés de vinaigre. Si ces tentatives ne réussissent point, on emploiera les moyens prescrits §. 512.

_Vomissement de Sang._

§. 518. On rejette, par le vomissement, du sang seul, ou mêlé avec les alimens, fluide ou en grumeaux, souvent noir, quelquefois très fétide, sans toux. Il y a douleur, pesanteur d'estomac, défaillances, inquiétudes, nausées, les selles sont ordinairement mêlées de sang. Il faut arrêter cette hémorrhagie par les moyens prescrits §. 512. on ajoutera aux boissons les sucs d'ortie, de millefeuille. Le vomissement cessé, il est à propos de donner la potion Nº. 31, pour évacuer le sang qui se corrompt dans les intestins. Cette hémorrhagie n'est pas rare dans les femmes dont les regles sont supprimées ou retardées, alors la saignée du pied est nécessaire.

_Hémorragies supprimées._

§. 519. Les hémorrhagies on écoulemens sanguins, surtout ceux qui sont habituels étant arrêtés plutôt qu'ils n'auroient dû l'être, soit par la nature, soit par les remedes, soit par la faute du malade, donnent lieu à beaucoup de maladies des plus fâcheuses. On voit tous les jours après les suppressions des regles, du saignemens de nez, des hémorroïdes, survenir des inflammations au cerveau, à la gorge, à la poitrine, au bas ventre, des hémorrhagies excessives; c'est pourquoi il est nécessaire de questionner les malades sur ce sujet: s'ils sont dans le cas de la suppression, on doit saigner promptement coup sur coup, chercher à faire reparoître les hémorrhoïdes par les sangsues, les frictions, les lavemens de pieds; & les regles, par les moyens conseillés §. 337. C'est rendre un très grand service à ceux qui ont quelques écoulemens sanguins habituels de les avertir, que dans le cas de leurs suppressions, & lorsqu'ils ne se rétablissent pas bientôt, il faut de tems en tems se faire saigner, surtout s'ils se sentent dans l'état de plénitude §. 537.

_Jaunisse._

§. 520. Cette maladie existe chez ceux qui ont une couleur jaune plus ou moins foncée répandue sur tout le corps, & principalement remarquable à ce qu'on nomme le blanc de l'oeil, un goût d'amertume dans la bouche, du dégoût, des urines jaunes qui teignent les linges qu'on y trempe comme feroit une teinture de saffran, des selles blanchâtres ou noires, des vomissemens bilieux. Lorsque la jaunisse a été précédée de douleurs vives surtout au foie, d'inflammation de cette partie, de passions violentes, de mouvemens convulsifs, de purgatifs, d'émétiques très violens, de poisons, de colique bilieuse, on mettra le malade au régime; on lui donnera la poudre Nº. 20 quatre fois le jour, & pour boisson beaucoup de petit lait, de lait d'amandes, des ptisanes Nº. 1, 2. On fera prendre fréquemment le lavement Nº. 6. On purgera avec le Nº. 46, de trois en trois jours. Si la jaunisse se trouve dans une personne qui a fait excès ou usé long-tems de boissons très aigres, fort acides, astringentes, de liqueurs fortes & spiritueuses; on fera usage pendant très long tems du petit lait, de lait d'amandes, d'eau de veau; on purgera de tems en tems. Si la jaunisse est venue à la suite des fievres intermittentes, ou d'autres maladies aigües ou chroniques, on donnera fréquemment un purgatif doux comme Nº. 46, la boisson sera le Nº. 3. On a parlé de la jaunisse des filles, ou pâles couleurs, §. 332.

§. 521. Souvent la jaunisse est causée par des obstructions dans les vaisseaux de la bile; si cette maladie est ancienne, elle est très difficile à guérir. L'hypocondre se tend, le foie se durcit en tout ou en partie, il y a pesanteur, serrement à la région du foie, souvent une douleur sourde, quelquefois des élancemens surtout après un exercice un peu fort, après le repas, principalement quand on a beaucoup mangé & pris des choses échauffantes, on se couche difficilement sur le côté droit, l'appétit se perd, la bouche devient amere. Voyez les autres symptômes §. 520. Lorsque la maladie est venue par degrés, il faut beaucoup de tems & de remedes pour la détruire. On saignera le malade une fois, ou même deux s'il est fort & sanguin, ou dans le cas §. 537; on le mettra à l'usage du petit lait Nº. 17, des pilules Nº. 18, & de la poudre Nº. 23. On purgera avec le Nº. 46, on emploiera dans leurs saisons les sucs de plantes, & on les ordonnera, comme il est dit §. 489, 490, avec le petit lait dans des bouillons, en aposemes, en ptisanes. Les eaux de Vichy, de Plombieres, de Balaruc, seront très utiles dans cette maladie.

_Inflammations._

§. 522. On a traité dans cet ouvrage de plusieurs maladies inflammatoires les plus fréquentes; il n'est pas moins nécessaire de savoir ce qu'il faut faire dans toutes les autres inflammations; leur progrès est si rapide, & le mal si difficile à réparer, que dès le moment où il y a quelques signes d'inflammations internes, & lorsqu'on ne peut avoir aussitôt le Médecin, on doit, en attendant, agir pour soulager le malade, cela est d'autant plus aisé, qu'on se trompe difficilement sur l'existence de la maladie, & que les secours sont presque toujours près des malades. Toute inflammation interne est accompagnée des symptômes suivans: une fievre aigüe & continuelle, des douleurs plus ou moins vives, suivant la sensibilité de la partie malade, & qui augmentent beaucoup lorsqu'on la touche; beaucoup de chaleur à cette partie; le pouls est dur, fréquent, pour l'ordinaire, petit & inégal, il y a souvent une tumeur, les urines sont très rouges & claires. Le malade se plaint de maux de tête, de frissons, de soif, d'insomnie, d'anxiété, de foiblesse; il sent dans le lieu du mal des battemens qui répondent aux battemens du pouls: il y a des symptômes particuliers qui caractérisent pour l'ordinaire le lieu de l'inflammation; la douleur, la chaleur y sont très grandes, & font que le malade l'indique assez exactement: si la gorge est attaquée, voyez §. 97: si c'est la poitrine, voyez §. 45, 54: si c'est l'estomac ou les intestins, voyez §. 279: si c'est la matrice, voyez §. 348: si ce sont les reins, voyez §. 479. Ce ne sont pas-là les seules inflammations internes que l'on ait occasion de voir, presque toutes les parties du corps peuvent être attaquées de ce mal.

§. 523. Mais quelque soit le lieu de l'inflammation, on doit suivre à peu de chose près la même conduite dans le traitement, & on ne peut pas employer des remedes plus puissans dans toutes les inflammations, que ceux dont nous allons parler. On mettra le malade au régime §. 30; sa boisson sera le Nº. 1, 2, dont il prendra un verre toutes les demi-heures; on saignera le plutôt qu'il sera possible, coup sur coup, deux, trois fois en douze heures, & plus, si le mal est opiniâtre & ne diminue pas beaucoup. On fera prendre les lavemens Nº. 5, 6, tous les trois ou quatre heures; on appliquera les topiques Nº. 19, sur la partie qui est douloureuse & brûlante, & on les renouvellera souvent. Lorsque ces secours ont calmé le mal, on doit tenir encore trois ou quatre jours le malade au régime, crainte de rechûte. S'ils sont insuffisans par la nature du mal, ou employés trop tard, il se forme un abcès dans la partie malade, ou la gangrene s'y met. Voyez §. 60, 80, 283.

_Incontinence d'urine. Diabetes._

§. 524. Les urines sortent involontairement & sans se faire sentir: cette incommodité est continuelle ou intermittente. Les enfans, les vieillards, les femmes grosses, celles qui ont été blessées dans l'accouchement, y sont sujettes. Il n'y a presque point de guérison à espérer dans les cas de paralysie ou de relâchement excessif; si la maladie est ancienne, voyez un Médecin; si on a été blessé on doit voir un Chirurgien.

§. 525. Les urines qui sont si abondantes, qu'elles semblent surpasser la boisson qu'on a prise, qui ressemblent à ce que l'on a bu, qui sont crües, claires, un peu huileuses, font une autre maladie appellée _diabetes_. Il y a envie d'uriner continuelle, foiblesse, chaleur interne, sécheresse, fievre lente.

On doit remédier à ces maux le plutôt qu'il est possible: on donnera des purgatifs doux répétés Nº. 11, 37, des boissons un peu adstringentes, telles que l'eau où l'on a éteint un fer ou une brique rouge; les vins très hauts en couleur; le cachou, le mastic, à la dose d'un gros dans une pinte d'eau réduite à chopine; la poudre Nº. 14.

_Maladies Epidémiques._

_La Suete._

§. 526. Cette maladie se déclare ordinairement la nuit: les malades, en se réveillant, se trouvent dans des sueurs abondantes, une chaleur très grande & un accablement universel, il y a douleur de tête, d'estomac, difficulté de respirer, soif ardente, angoisse, démangeaison, le visage & tout le reste du corps sont rouges & enflammés, les yeux sont étincelans, la langue est blanche, le pouls est fréquent, plein, dur. Vers le troisieme ou quatrieme jour, la fievre augmente, il survient du délire, qui très souvent est suivi d'une éruption miliaire générale plus ou moins nombreuse; quelquefois ce sont des taches rouges si pressées, qu'on croit voir une érésypelle sur tout le corps. Lorsque la maladie est plus avancée, il paroit encore des taches pourprées semblables à des morsures de puces; d'autres fois il s'éleve sur le col, le devant de la poitrine & du bas ventre, de petites pustules transparentes remplies d'une humeur corrosive, qui sont d'un mauvais augure. Cette maladie inflammatoire emporte la plus grande partie de ceux qu'elle attaque dans les campagnes, parcequ'on augmente encore l'inflammation par le régime & les remedes échauffans, tandis qu'on doit employer les remedes & le régime rafraîchissans, sinon la gangrene se met dans les parties internes, ou des vaisseaux s'y rompent, & le malade périt ordinairement du quatrieme au cinquieme jour de sa maladie.]

§. 527. Il faut mettre au régime dès le moment où la maladie s'annonce, faire une saignée ample que l'on répétera de trois en trois heures, jusqu'à ce que la fiévre, la dureté du pouls, l'ardeur, la sueur soient beaucoup diminués; on donnera quatre lavemens par jour. Le malade doit boire toutes les demi heures un verre de petit lait, dans lequel on mettra quatre fois le jour une prise du Nº. 23. Lorsque les symptômes seront en partie dissipés, on donnera le Nº. 33 pour évacuer l'estomac, après quoi on donnera tous les jours, pour entretenir le ventre libre, le Nº. 31; ou on mettra trois grains du Nº. 33, dans une pinte de petit lait, pour boisson ordinaire, au lieu du petit lait simple; en suivant ce traitement, on guérira presque tous les malades. Lorsque la fiévre sera cessée, on se conduira comme il est dit §. 223. Il n'est pas de maladies dans lesquelles il soit plus nécessaire d'observer ce qui est recommandé §. 33, 34, & il ne peut être que très utile, lorsque la foiblesse n'est pas extrême, de tenir le malade hors du lit, tous les jours une heure ou deux soir & matin.

_Ergot._

§. 528. On voit très souvent regner dans les campagnes des fiévres malignes & putrides, occasionnées par la mauvaise nourriture, mais il est un mal encore plus terrible, produit par cette cause c'est la gangrene, qui dans le Berry, le Blaisois, la Sologne est épidémique lorsque l'on y mange du seigle ergoté, ou qui a l'ergot; cette altération du seigle qui n'est pas rare dans les années humides, paroit être l'effet d'une piquure d'insectes, qui forme sur le grain une petite corne ou un ergot; d'autres la regardent comme une maladie du seigle; quoi qu'il en soit, voici les accidens qui arrivent à beaucoup de ceux qui ont mangé pendant quelque tems du seigle ergoté; ils sont stupides ou hebêtés, & dans une espece d'engourdissement, leur ventre devient gonflé & tendu, ils maigrissent, ils sont jaunes & si foibles, qu'ils ne peuvent se soutenir, ils ressentent de très grandes douleurs dans les jambes jusqu'au bout des pieds, & quelquefois dans les bras; la jambe ou le bras s'engourdissent, deviennent violets, la peau est froide & la gangrene paroit aux doigts des pieds ou des mains, elle commence au centre de la partie malade, car si on ouvre à l'endroit où il y a douleur, on y trouve la gangrene qui ne paroit à la peau que lorsque tout le corps en est infecté; si l'on ne remedie promptement, le mal s'étend et tue le malade en peu de tems; souvent les membres se détâchent à l'articulation & tombent sans qu'il arrive d'hémorragie; quand le mal a été à ce point, il est rare que l'on recouvre une santé parfaite. Il s'éleve dans différens endroits du corps de petites pustules ou vessies qui se remplissent d'une eau approchante du pus très clair, le pouls est concentré ou petit, & souvent difficile à sentir, le sang que l'on tire est couenneux.

§. 529. On doit recommander aux gens qui sont dans le cas d'avoir ce mal, de demander du secours aussitôt qu'ils se sentent attaqués. On fait dès-lors une ou deux saignées, elles diminuent les douleurs & les dissipent quelquefois tout-à-fait; on enveloppe la partie malade dans un linge trempé dans de l'eau de vie & du beurre frais, jusqu'à ce que la chaleur revienne, ce qui arrive ordinairement au bout de deux jours, alors on frotte cette partie avec un baume composé de trois livres d'huile d'olives, trois demi-septiers de vins, une de térébenthine, une demi livre de cire jaune, & deux onces de santal rouge; on purge ensuite, & la cure est terminée: s'il y a un commencement de gangrene, les os & les nerfs n'étant point encore endommagés, on l'arrêtera en trois ou quatre jours avec une eau composée de quatre onces d'alun calciné, trois onces de vitriol romain, & trois onces de sel, le tout dans deux pintes d'eau réduites à une; l'escare se fait aussi promptement qu'avec un bistouri, après quoi on panse avec le baume ci-dessus jusqu'à parfaite guérison. Lorsque les doigts des pieds & des mains sont gâtés & morts, l'eau ci-dessus les découvre & les détache dans les jointures, il faut alors les séparer sans attendre que la nature du mal, le fasse, & panser comme ci-dessus; dans tous les états on fera usage avec beaucoup d'avantage du Nº. 14.

_Ophtalmie, inflammation des Yeux._

§. 530. Dans cette maladie, la partie de l'oeil, qui est ordinairement blanche, devient rouge, enflammée, brulante, avec douleur & picotement, l'oeil grossit, il en sort une liqueur épaisse, ou il est très sec, la lumiere & les corps brillans lui font mal.

Quand le malade est un enfant, on lui lave souvent les yeux avec une infusion de sureau ou de safran, ou l'eau dans laquelle on a mis un peu de vinaigre; on le purge deux ou trois fois; si c'est un adulte, la saignée est souvent nécessaire & presque toujours très utile; quand le mal vient de trop de sang, voyez les signes §. 534; alors la saignée est le remede. Mais si le malade est dans l'état décrit §. 544, la purgation est souvent aussi efficace que la saignée dans le précédent pour dissiper le mal; la boisson sera la ptisane Nº. 1, 2. Il est à propos de se tenir au régime des convalescens, de ne point s'exposer au grand air, surtout s'il fait froid ou humide, & s'il y a du vent; on prendra garde que pendant la nuit l'air froid ne donne sur l'oeil.

_Poisons._

§. 531. On appelle poisons tour ce qui étant pris intérieurement ou appliqué à l'extérieur, produit un tel effet sur le corps humain, que l'on craint les maladies ou la mort, ou des impressions qui subsistent toute la vie. Le nombre des poisons est trop grand pour les nommer ici tous, d'ailleurs c'est souvent la dose qui les rend tels. Les symptomes de poison, sont les nausées, les vomissemens, la foiblesse, les défaillances, le vertige, le tremblement, les convulsions, le hoquet, les douleurs vives de l'estomac & des intestins, le gonflement, la tension du bas ventre, les taches noires sur tout le corps, l'engourdissement, la perte de la vue, la léthargie, les sueurs froides, les extrêmités, le pouls serré, dur, fréquent, inégal, quelquefois petit & à peine sensible. Lorsqu'il n'y a que peu de tems que le poison a été avalé, il faut essayer de le faire sortir par en haut, par le vomissement que l'on excitera en chatouillant le gosier, ou en faisant boire de l'eau chaude mêlée avec de l'huile ou du beurre. S'il y a plusieurs heures, le poison peut être descendu dans les intestins: on employera alors les lavemens addoucissans, ensuite les lavemens purgatifs faits avec les décoctions Nº. 11, 22; on fera boire beaucoup d'eau de veau ou de poulet, de petit lait, de décoction de ris, d'orge, de gruaux, de miel, de graine de lin, des émulsions: lorsque le poison est assoupissant comme l'opium & ses préparations, la cigüe, le solanum, la jusquiame; on mêlera à la boisson un acide, le verjus, le jus de citron, de limon, ou le vinaigre qui est très bon & facile à trouver. Si les symptomes font craindre l'inflammation de quelque partie ou l'apoplexie, il est nécessaire de faire une ou deux saignées. Lorsque le poison pris est du sublimé corrosif on donnera le Nº. 70.

§. 532. On doit mettre au nombre des personnes empoisonées celles qui ont la maladie appellée colique de peintres ou de plombiers, mais l'expérience a appris qu'il y avoit un traitement à suivre dans cette occasion bien différent de celui que l'on observe dans les autres cas de poison; le plomb, le cuivre, leurs préparations, avalés ou respirés[20] long-tems, l'usage de la bierre, du cidre, des vins très aigres sont les causes les plus communes, de cette colique. Les boissons aigres & celles qui étoient adoucies avec de la litharge ont fait voir cette cruelle maladie dans les campagnes, les premieres l'y ont rendu quelquefois épidémique: quoiqu'elle ne doive pas être comptée au nombre de celles qui sont fréquentes, le mal est si pressant & si funeste quand on n'y remedie pas de bonne-heure, & les moyens de secourir le malade si différens de ce que l'on peut imaginer, que l'on a cru devoir faire connoître cette maladie & les moyens de la guérir; [on sent une douleur gravative à la région de l'estomac, cette douleur devient ensuite fort vive & poignante, occupe toute l'étendue du bas ventre, & se répand dans la poitrine, les épaules, les lombes et l'épine du dos, il survient des envies de vomir, des vomissemens même, le ventre est souvent constipé plutôt retiré vers l'épine du dos & enfoncé que prominent ou saillant en devant, cette colique a cela de particulier, qu'une paralysie saisit par degrés les extrêmités supérieures, & quelquefois les inférieures à proportion que les douleurs diminuent, il survient souvent des convulsions & des accès d'épilepsie, la plûpart des malades n'ont point de fiévre, ou s'ils en ont, elle ressemble plutôt à une fievre lente qu'à une fiévre aigüe].

[20] Un Jardinier ayant employé de vieux bois d'un treillage peint en verd à chauffer le four où l'on cuisoit le pain, à faire le feu pour cuire le potage & autres nourritures, & à bruler dans un poèle dont on levoit le couvercle pour mettre le bois, & qui échauffoit une chambre basse habitée tout le jour par les personnes de la maison. La ceruse & le verd de gris qui furent reçus dans l'estomac avec les nourritures & dans la poitrine par la respiration produisirent plusieurs coliques de cette nature.

§. 533. On donnera 1º. un lavement fait avec une décoction de quatre gros de sené & trois onces de vin émétique trouble. 2º. Sept ou huit heures après on fera prendre un autre lavement de parties égales d'huile de noix & de vin. 3º. Le lendemain on donnera le vomitif Nº. 34. 4º. Le soir après l'opération du vomitif on fait prendre un calmant composé d'un demi gros & même un gros de thériaque & un grain de laudanum. 5º. Le jour suivant on répétera le lavement & on purgera le lendemain, avec une potion composée de trois onces de sené infusés pendant douze heures dans un verre d'eau bouillante, & de deux onces de syrop de nerprun. 6º. On répétera le soir le calmant. 7º. On donne pour boisson la ptisane des bois Nº. 71. 8º. S'il y a des douleurs, si le malade est menacé de paralysie, par l'engourdissement ou difficulté dans le mouvement, on donnera des cordiaux comme l'élixir de propriété, celui de Garus, la thériaque Nº. 41, la confection hiacinthe, si ces remedes n'operent point la guérison en huit jours au plus tard, on recommencera le même traitement.

_Vomissement._

§. 534. Tout le monde connoît le vomissement qui est un mouvement convulsif de l'estomac, par lequel ce qui s'y trouve en est chassé par la bouche; le plus souvent il est salutaire, parcequ'il est produit par des amas d'humeurs qui causeroient des maladies si elles restoient dans le corps, c'est pourquoi lorsqu'il y a vomissement, ou seulement nausées, on doit le faciliter en faisant boire beaucoup d'eau tiede. Lorsqu'après le vomissement il reste encore des nausées de l'amertume dans la bouche, la langue est chargée, voyez ce qu'il faut faire §. 545.

DES REMEDES DE PRÉCAUTION[21].

[21] Ici recommence l'ouvrage de M. Tissot.

§. 535. J'ai indiqué dans quelques endroits de cet ouvrage, les moyens de prévenir les mauvais effets de plusieurs causes de maladie, & d'empêcher le retour des maux habituels; j'ajouterai ici quelques observations, sur l'usage des principaux remedes, qu'on emploie comme des préservatifs généraux, assez régulierement dans de certains tems, & presque toujours uniquement par habitude, sans savoir si l'on a tort ou raison. Ce n'est point cependant une chose indifférente que l'usage des remedes. Il est ridicule, dangereux, criminel même, de les négliger, quand ils sont nécessaires; mais il l'est aussi d'en prendre sans nécessité. Un remede pris à propos, quand il y a dans la machine, quelque dérangement, qui occasionneroit dans peu une maladie, l'a souvent prévenue; mais ce même remede, donné à une personne bien portante, s'il ne la rend pas malade d'abord, lui laisse au moins plus de disposition aux maladies. Et l'on n'a que trop d'exemples de gens, qui, ayant malheureusement du goût pour les remedes, ont ruiné leur santé, quelque robuste qu'elle fût, par l'abus de ces dons que la Providence a faits aux hommes pour la rétablir; abus qui, lors même qu'il ne détruit pas la santé, fait que, dans la maladie, ce corps, à qui les remedes sont devenus familiers, n'en ressent presque plus les effets, & est privé, par-là du secours qu'il en auroit reçu, s'il ne s'en étoit servi que dans le besoin.

_De la Saignée._

§. 536. La saignée n'est nécessaire que dans quatre cas; 1. quand il y a trop de sang. 2. Quand il y a inflammation. 3. Quand il est survenu, ou qu'il va survenir, dans le corps, quelque cause qui produiroit bientôt l'inflammation, ou quelqu'autre accident, si l'on ne désemplissoit & relâchoit pas les vaisseaux par la saignée. C'est pour cela qu'on saigne après les plaies, les contusions; qu'on saigne une femme grosse, si elle a une toux violente; qu'on saigne, par précaution, dans plusieurs autres cas. 4. Quelquefois pour appaiser une douleur excessive, qui ne dépend point cependant de trop de sang, ou d'un sang enflammé, mais qu'on calme un peu par la saignée, afin d'avoir le tems de détruire la cause par d'autres remedes. Mais comme l'on peut faire rentrer ces dernieres raisons, dans les premieres; on peut établir, que le trop de sang, & un sang enflammé sont les deux seules causes nécessaires de la saignée.

§. 537. L'on connoit l'inflammation du sang, par les symptomes qui accompagnent les maladies que cette cause produit. J'en ai parlé, & j'ai en même tems déterminé l'usage de saignée dans ces cas. J'indiquerai ici les symptomes qui font connoître qu'on a trop de sang. C'est 1. le genre de vie qu'on méne. Si l'on mange beaucoup, si l'on mange des alimens succulens, & surtout beaucoup de viande, si l'on boit des vins nourrissans, si en même-tems l'on digere bien, si l'on se donne peu de mouvement, si l'on dort beaucoup, si l'on n'est sujet à aucune évacuation abondante on doit croire qu'on a beaucoup de sang. L'on voit que toutes ces causes se trouvent rarement chez le paysan, si l'on en excepte la diminution de mouvement pendant quelques semaines de l'hiver, qui peut effectivement contribuer à former plus de sang qu'à l'ordinaire. Il ne vit, le plus souvent, que de pain, de végétaux, & d'eau; choses peu nourrissantes. Une livre de pain, ne fait peut-être pas plus de sang, chez la même personne, qu'une once de viande, quoique le préjugé général établisse le contraire. 2. La cessation de quelque hémorrhagie à laquelle on étoit accoutumé. 3. Un pouls plein & fort; des veines bien marquées dans un sujet qui n'est pas maigre. Un teint assez rouge. 5. Un engourdissement extraordinaire; un sommeil plus profond, plus long, moins tranquille qu'à l'ordinaire; une facilité non accoutumée à se lasser après quelque mouvement ou quelque travail; un peu d'oppression en marchant. 6. Des palpitations, accompagnées quelquefois d'un abattement total, & même d'une legere défaillance, surtout quand on est dans des endroits chauds, ou qu'on a pris beaucoup de mouvement, 7. Des vertiges, surtout quand on baisse & qu'on releve tout-à-coup la tête, & après le sommeil. 8. Des maux de tête fréquens auxquels on n'est point sujet, & qui ne paroissent point dépendre du dérangement des digestions. 9. Un sentiment de chaleur, assez généralement répandu par tout le corps. 10. Une espece de démangeaison piquante & générale dès qu'on a un peu chaud. 11. Des hémorragies fréquentes, qui soulagent.

Mais il faut bien se garder de décider sur un seul de ces symptomes; il faut le concours de plusieurs, & s'assurer qu'ils ne dépendent point de quelque cause très différente, & toute opposée au trop de sang.

Quand par ces symptomes, on s'est assuré que ce trop existe réellement, on fait alors, avec grand succès, une saignée ou même deux. Il est égal dans quelle partie on la fait.

§. 538. Quand ces circonstances ne se trouvent pas, la saignée n'est pas nécessaire. Et l'on ne doit jamais la faire dans les cas suivans, à moins qu'il n'y ait des raisons particulieres, très fortes, dont les seuls Medecins peuvent juger. 1. Quand l'âge est très avancé, ou qu'on est dans la premiere enfance. 2. Quand la personne est naturellement d'un tempérament foible, ou qu'elle a été affoiblie par des maladies, ou par quelqu'autre accident. 3. Quand le pouls est petit, mol, foible, intermittent, que la peau est pâle. 4. Quand les extrêmités du corps sont souvent froides, & enflées avec mollesse. 5. Quand on mange peu depuis long-tems, ou des alimens peu succulens, & qu'on dissipe beaucoup. 6. Quand on a, depuis long-tems, l'estomac dérangé, que la digestion se fait mal, que par-là même il se forme peu de sang. 7. Quand on a quelque évacuation considérable, par des hémorrhagies quelconques, ou la diarrhée, les urines, les sueurs. Quand les crises d'une maladie sont déja faites par quelqu'une de ces voies. 8. Quand on est dès long-tems dans une maladie de langueur, & qu'on a beaucoup d'obstructions, qui empêchent la formation du sang. 9. Quand on est épuisé, quelle qu'en soit la cause. 10. Quand le sang est pâle & dissout.

§. 539. Dans tous ces cas, & dans quelques autres moins fréquens, une seule saignée, jette souvent dans un état absolument incurable, & les maux qu'elle fait ne se réparent point. Il n'est que trop aisé d'en trouver des exemples.

Dans quelque état que ce soit, quelque robuste que soit le sujet, si la saignée n'est pas nécessaire, elle nuit. Les saignées réiterées, affoiblissent, énervent, vieillissent; diminuent la force de la circulation, & par là engraissent d'abord; ensuite en affoiblissant trop, & en détruisant enfin les digestions, jettent dans l'hydropisie. Elles dérangent la transpiration, & par-là, rendent catharreux. Elles affoiblissent le genre nerveux, & par-là, rendent sujets aux vapeurs, à l'hypocondrie, à tous les maux de nerfs.

L'on n'apperçoit point d'abord le mauvais effet d'une saignée; au contraire, quand elle n'est pas assez considérable pour affoiblir sensiblement, elle paroit donner du bien être; mais, je le répéte, il n'en est pas moins vrai, que quand elle n'est pas nécessaire, elle est nuisible, & qu'on ne doit jamais se faire saigner par jeu. L'on a beau dire, que quelques jours après l'on a plus de sang, c'est-à-dire, l'on est plus pesant qu'auparavant, & qu'ainsi le sang est bien vite réparé. Le fait est vrai; mais ce fait même, cette augmentation de poids après la saignée, dépose contr'elle; c'est une preuve que les évacuations naturelles se sont moins bien faites, & qu'il est resté dans le corps des humeurs, qui dévoient en sortir. L'on a bien la même quantité de sang & au-delà; mais ce n'est point un sang bien travaillé; & cela est si vrai, que, si la chose étoit autrement, si quelques jours après la saignée on avoit une plus grosse quantité de sang semblable, on pourroit démontrer, que quelques saignées jetteroient nécessairement un homme robuste dans une maladie inflammatoire.

§. 540. La quantité de sang qu'on doit tirer dans une saignée de précaution, à un homme fait, est de dix onces.

§. 541. Les personnes sujettes à faire trop de sang, doivent éviter avec soin toutes les causes qui peuvent l'augmenter (voyez §. 537 Nº. 1). Et quand elles sentent que le mal commence, elles doivent se mettre à une diete très frugale, de legumes, de fruits, de pain & d'eau; prendre quelques bains de pied tiedes, faire usage, soir & matin, de la poudre Nº. 20; boire de la ptisane Nº. 1; peu dormir, prendre beaucoup d'exercice. En prenant ces précautions, ou elles pourront se passer de la saignée, ou, si elles sont également obligées de la faire, elles en augmenteront & elles en prolongeront l'effet. Ces mêmes moyens servent aussi à éloigner tout le danger qu'il peut y avoir à omettre une saignée à l'époque ordinaire, quand l'habitude en est déja invéterée.

§. 542. L'on voit, en frémissant, que quelques personnes sont saignées, dix-huit, vingt, vingt-quatre fois dans deux jours; d'autres quelques centaines de fois dans quelques mois. Ces observations prouvent, à coup sûr, toujours l'ignorance du Medecin ou du Chirurgien; & si le malade en réchappe on doit admirer les ressources de la Nature, qui ne succombe pas sous tant de coups meurtriers.

§. 543. L'on a dans les campagnes, un préjugé très faux; c'est que la premiere saignée sauve la vie. Il n'y a pour se convaincre de sa fausseté, qu'à vouloir regarder, & l'on verra tous les jours le contraire, & plusieurs personnes mourir après la premiere saignée qu'on leur fait. Si ce principe étoit vrai, il seroit impossible que personne mourut de sa premiere maladie, ce qui arrive journellement. Il est important de détruire cette prévention, parcequ'elle a des influences facheuses. La foi qu'on a à cette saignée, fait qu'on veut la garder pour les grands dangers, & on la differe tant que le malade n'est pas fort mal, dans l'espérance que si l'on peut s'en passer, on la conservera pour une autre occasion. Cependant le mal empire, on saigne, mais trop tard, & j'ai l'exemple de plusieurs malades, qu'on a laissé mourir, afin de réserver la premiere saignée pour un cas plus important.

_Des Purgations._

§. 544. L'on purge ou par le vomissement, ou par les selles. Cette derniere voie est beaucoup plus naturelle que la premiere, qui ne se fait que par un mouvement violent & extraordinaire. Il y a cependant quelques cas qui exigent le vomissement; mais excepté ces cas-là, (j'en ai déja indiqué quelques-uns), il faut se contenter des remedes qui purgent par les selles.

§. 545. Les signes qui font connoître qu'on a besoin de purger, sont 1º. un mauvais goût à la bouche le matin, surtout un goût amer, la langue, les dents sales. Des raports désagréables, des vents, des gonflemens. 2º. Des envies de vomir à jeun, & même quelquefois dans le reste du jour, supposé qu'elles ne dépendent point d'une grossesse, ou de quelqu'autre maladie, dans laquelle les purgatifs seroient inutiles ou nuisibles. 3º. Des vomissemens de matieres ameres ou corrompues. 4º. Un sentiment de pesanteur dans l'estomac, aux reins, aux genoux. 5º. Un manque d'appetit, qui s'accroît peu à peu, sans fiévre, & qui dégénere en dégoût, & quelquefois fait trouver un mauvais goût à ce qu'on mange. 6º. Un manque de forces, accompagné quelquefois d'inquiétude, de mauvaise humeur, de tristesse. 7º. Des maux d'estomac, souvent des maux de tête ou des vertiges, quelquefois des assoupissemens qui augmentent après le repas. 8º. Des coliques, de l'irrégularité dans les selles, qui sont quelquefois trop abondantes & trop liquides pendant plusieurs jours, après lesquels il survient une constipation opiniâtre. 9º. Le pouls moins réglé & moins fort qu'à l'ordinaire, quelquefois intermittent.

§. 546. Quand ces symptômes, ou quelques-uns de ces symptômes font connoître le besoin de purger chez une personne qui n'est attaquée d'aucune maladie décidée (car je ne parle point de purgatifs dans ce cas), on peut lui donner quelque remede propre à produire cet effet. Le mauvais goût & les raports continuels, les envies fréquentes de vomir, les vomissemens même, la tristesse indiquent qu'un remede émétique sera utile; mais quand ces accidens n'ont pas lieu, il faut s'en tenir aux purgatifs, qui sont particulierement indiqués par les maux de reins, les coliques, la pesanteur dans les genoux.

§. 547. L'on ne doit point purger ni donner l'émétique 1º. toutes les fois que les maladies viennent de foiblesse ou d'épuisement. 2º. Quand il y a une sécheresse générale, un grand échauffement, de l'inflammation, une forte fiévre. 3º. Quand la nature est occupée de quelqu'autre évacuation salutaire. Ainsi on ne purge point pendant des sueurs critiques, pendant les regles, pendant un accès de goutte. 4º. Dans des obstructions invétérées, que les purgatifs ne peuvent pas détruire, & qu'ils augmentent. 5º. Quand les nerfs sont extrêmement affoiblis.

§. 548. L'on ne doit point non-plus donner l'émétique dans tous les cas dont je viens de parler; mais comme il produit des effets différens des purgatifs, il y a d'autres cas dans lesquels on peut purger, & non-pas faire vomir. Ces cas sont 1º. une grande quantité de sang (voyez §. 537); parceque pendant les efforts qu'on fait pour vomir, la circulation se fait beaucoup plus fortement, & les vaisseaux de la tête & de la poitrine se remplissant extrêmement de sang, pourroient se rompre; ce qui tueroit sur le champ, comme il est arrivé plus d'une fois. On ne doit point, 2º. par la même raison, l'ordonner à ceux qui sont sujets à des saignemens de nez, à des crachemens ou à des vomissemens de sang, aux femmes qui ont des pertes. 3º. Il nuiroit à ceux qui ont des hernies. 4º. Aux femmes grosses.

§. 549. Les purgatifs souvent réitérés, ont les mêmes inconvéniens que les fréquentes saignées. Ils ruinent les digestions, l'estomac ne fait plus ses fonctions, les intestins deviennent paresseux, & l'on est sujet à des coliques très violentes. Le corps ne se nourrit pas, la transpiration se dérange, il survient des fluxions, des maux de nerfs, une langueur générale, & l'on vieillit long-tems avant le tems.

L'on fait un tort irréparable à la santé des enfans par les purgatifs pris mal-à-propos. Ils les empêchent d'acquérir toutes leurs forces; souvent ils dérangent leur crüe, ils ruinent les dents, jettent les jeunes filles dans les oppilations, & quand elles en sont déja atteintes, ils les rendent plus opiniâtres.

C'est un préjugé trop généralement reçu, qu'il faut purger quand on n'a pas d'appétit. Cela est faux très souvent, & la plûpart des causes qui détruisent l'appétit ne peuvent point être enlevées par la purgation; il y en a plusieurs qu'elle augmente. Les personnes dans l'estomac desquelles il se forme beaucoup de glaires, croient se guérir par les purgatifs, qui paroissent en effet les soulager d'abord; mais c'est un soulagement passager & trompeur. Ces glaires viennent de la foiblesse de l'estomac, & les purgatifs l'augmentent; ainsi quoiqu'ils enlevent une partie des glaires formées, il y en a au bout de quelques jours plus qu'auparavant; & en réitérant les purgatifs, le mal est bientôt incurable, & la santé perdue. L'on guérit par des remedes tout opposés. Ceux du Nº. 14, 36, sont très utiles.

L'usage des stomachiques préparés avec l'eau-de-vie, l'esprit de vin, l'eau de cérise, est toujours dangereux, & malgré le soulagement que ces remedes procurent d'abord dans quelques maux d'estomac, ils détruisent réellement peu à peu cet organe, & l'on voit tous ceux qui s'accoûtument aux liqueurs, tout comme les grands buveurs, finir par ne faire aucune digestion, & mourir hydropiques.

§. 550. L'on peut souvent se passer d'émétique ou de purgatifs, lors même qu'ils paroissent nécessaires, en se retranchant un repas par jour pendant quelque tems; en se privant de tous les alimens nourrissans, & surtout de ceux qui sont gras; en buvant beaucoup d'eau fraîche, & en prenant plus d'exercice qu'à l'ordinaire. Ces moyens servent à surmonter, sans purgation, les différens mal-aises qu'on éprouve souvent à l'époque où l'on avoit accoûtumé de se purger.

§. 551. Les remedes Nº. 33 & 34, sont les émétiques les plus sûrs. La poudre Nº. 21, est un bon purgatif, quand il n'y a point de fiévre. Les doses marquées conviennent pour un homme fait, d'un tempérament vigoureux. Il s'en trouve cependant quelquefois pour qui ces doses seroient insuffisantes, on peut les augmenter d'un tiers, ou d'un quart; mais si alors elles n'operent pas, il faut bien se garder de doubler & de tripler comme on le fait quelquefois sans réussir à purger, & au risque de tuer le malade, comme il est arrivé souvent. L'on doit, dans ces cas, donner de grandes doses de petit lait miellé, ou d'eau tiede, dans un pot de laquelle on met une once, ou une once & demie de sel de cuisine, & on boit cette dose à petits coups en se promenant.

Les montagnards qui ne vivent presque que de lait, ont des fibres si peu sensibles, qu'il faut pour les purger, des doses qui tueroient tous les paysans de la plaine. Il y a dans les montagnes du Valais, des hommes qui prennent tout à la fois jusqu'à vingt, & même vingt-quatre grains de verre d'antimoine, dont un grain ou deux suffiroient pour empoisonner des personnes ordinaires.

§. 552. Quand on est commandé par une maladie pressante, on purge en tout tems & à toute heure. Quand on est à peu près maître du tems, il faut éviter les saisons extrêmes; c'est-à-dire les très grandes chaleurs, ou les très grands froids, & se purger le matin, afin que les remedes ne trouvent pas d'embarras dans l'estomac. Toute autre considération, relativement aux astres ou à la Lune, est ridicule & dénuée de tout fondement. Le peuple redoute les remedes pendant la canicule; si c'étoit par la raison de la chaleur, il seroit pardonnable; mais c'est par un préjugé astrologique d'autant plus ridicule aujourd'hui, que les jours caniculaires sont éloignés de trente-six jours de ceux auxquels on donne ce nom.

§. 553. Quand on veut prendre un émétique, ou se purger, il faut s'y préparer au moins vingt-quatre heures d'avance, en ne prenant que peu d'alimens, & en buvant quelques verres d'eau tiéde, ou de quelque thé d'herbes.

Après avoir pris l'émétique, il ne faut boire que quand il commence à agir; mais alors il faut avaler des torrens d'eau tiede, ou ce qui vaut mieux, de thé de camomille extrêmement leger. Après les purgations, on est en usage de prendre du bouillon pendant qu'elles agissent. De l'eau tiede sucrée ou miellée, ou un thé de fleurs de chicorée seroient quelquefois plus convenables.

§. 554. Comme l'estomac souffre toutes les fois qu'on prend l'un ou l'autre de ces remedes, il faut se ménager pendant quelques jours, après les avoir pris, tant pour la quantité que pour la qualité des alimens.

§. 555. Je ne parlerai point de quelques autres remedes de précaution, bouillons, petit lait, eaux, &c. ils ont peu d'usage parmi le peuple. Je me bornerai à cette remarque générale; c'est que quand on prend ces remedes, il faut avoir un régime assortissant & qui concoure au même effet. On prend ordinairement le petit lait pour se rafraîchir, & l'on s'interdit, pendant qu'on le boit, les légumes, les fruits, la salade; l'on ne prend que les meilleures viandes, des jardinages au bouillon, des oeufs; c'est détruire par les alimens qui échauffent, le bien qu'on attend du petit lait qui rafraîchit.

L'on veut se rafraîchir par des bouillons, & l'on y met des écrevisses, qui échauffent puissamment, ou du cresson, qui échauffe aussi; c'est manquer son but. Heureusement dans ce cas, une erreur en répare souvent une autre, & ces bouillons, qui ne sont pas rafraîchissans, font beaucoup de bien, parceque la cause des accidens ne demandoit pas des rafraîchissans, comme on l'avoit cru.

La médecine du public, qui malheureusement n'est que trop suivie, est remplie de pareilles erreurs. J'en citerai encore une, parceque j'en ai vu de funestes suites. Beaucoup de gens croient le poivre rafraîchissant, quoique leur odorat, leur goût & leur raison leur disent le contraire; c'est l'aromate le plus échauffant.

§. 556. Le préservatif le plus sûr, le plus à la portée de tout le monde, c'est d'éviter tous les excès, & surtout ceux dans le manger & dans le boire. L'on mange généralement plus qu'il ne faut pour se bien porter & pour avoir toutes les forces dont on est capable; mais l'habitude est prise, il est difficile de la déraciner. On devroit au moins s'imposer la loi de ne manger que par faim, & jamais _par raison_; parcequ'il n'y a jamais de raison _à manger par raison_. Une personne sobre est capable de travaux, je dirois même d'excès en différens genres, dont les gens qui mangent plus, sont absolument incapables. La seule sobriété guérit des maux presqu'incurables, & rétablit les santés les plus ruinées.

DES CHARLATANS

ET DES MAIGES.

§. 557. Il me reste à parler d'un fleau, qui fait plus de ravages, que tous les maux que j'ai décrits, & qui, tant qu'il subsistera, rendra inutiles toutes les précautions qu'on prendra pour la conservation du peuple; ce sont les Charlatans. J'en distinguerai de deux especes; les Charlatans passans, & ces faux Medecins de villages, tant mâles que femelles, connus dans quelques pays sous le nom de _Maîges_, & qui le dépeuplent sourdement.

Les premiers, sans visiter des malades, débitent des remedes dont quelques uns ne sont qu'extérieurs, & souvent ne font point de mal; mais les intérieurs sont quelquefois pernicieux. J'en ai vu les effets les plus cruels; & il ne passe point de ces misérables, dont l'entrée au pays ne coute la vie à quelqu'un de ses habitans. Ils nuisent encore d'une autre façon; en emportant une grande quantité d'argent comptant, & en enlevant annuellement, quelques milliers de francs, à cette partie des habitans, pour qui l'argent est le plus précieux. J'ai vu, avec douleur, le laboureur & l'artisan, dénués des secours les plus nécessaires à la vie, emprunter, de quoi acheter cherement le poison destiné à combler leur misere, en aggravant leurs maux, & souvent en les jettant dans des maux de langueur, qui réduisent toute une famille à la mendicité.

§. 558. Un homme ignorant, fourbe, menteur, & impudent, séduira toujours le peuple grossier & crédule, incapable de juger de rien, de rien apprécier, qui sera éternellement la dupe de quiconque aura la bassesse de chercher à éblouir ses sens, & qui, par-là même, sera friponné par les Charlatans, tant qu'on les tolerera. Mais le Magistrat, son tuteur, son protecteur, son pere, ne devroit-il pas le soustraire à ce danger, en prohibant séverement l'entrée de ce pays, où les hommes sont précieux; & l'argent rare, à des hommes pernicieux, qui détruisent les uns, & emportent l'autre, sans pouvoir jamais y faire le plus petit bien. Des raisons aussi fortes peuvent-elles permettre de différer plus long tems leur exil, puisqu'il n'y a pas la plus petite raison de les admettre.

§. 559. Les Maîges, n'emportent pas, il est vrai, l'argent du pays, comme les Charlatans passans; mais le ravage qu'ils font parmi les hommes, est continuel, & par-là même immense; & chaque jour de l'année est marqué par le nombre de leurs victimes. Sans aucune connoissance quelconque, sans aucune expérience, armés de trois ou quatre remedes, dont ils ignorent aussi profondement la nature, que celle des maladies dans lesquelles ils les emploient, & qui, étant presque tous violens, sont véritablement un glaive dans la main d'un furieux, ils empirent les maux les plus legers, & rendent à coup sûr mortels ceux qui sont un peu plus forts, mais qui se seroient guéris, si on les eût abandonnés à la nature; à plus forte raison, s'ils avoient été bien traités.

§. 560. Le Brigand, qui assassine au milieu d'un grand chemin, laisse au moins la double ressource, de se défendre, & d'être secouru; mais l'empoisonneur, qui surprend la confiance du malade, & le tue, est cent fois plus dangereux, & aussi punissable.

L'on signale les bandes de voleurs; qui s'introduisent dans le pays: il seroit à souhaiter qu'on eût un rôle de tous ces faux Medecins de l'un & de l'autre sexe, & qu'on en publiât la description la plus exacte, accompagnée de la liste de leurs exploits sanglans. L'on inspireroit peut-être par-là, une frayeur salutaire au peuple, qui ne s'exposeroit plus à être la victime innocente de ces bourreaux.

§. 561. Son aveuglement sur cette double espece d'êtres malfaisans, est inconcevable. Celui qu'il a en faveur des Charlatans, l'est cependant moins; parceque ne les connoissant pas, il peut leur supposer une partie des talens & des connoissances qu'ils s'arrogent. Il faut donc l'avertir, & on ne peut trop le lui redire, que, malgré l'appareil pompeux dont quelques uns se parent, ce sont toujours des hommes vils, qui, incapables de gagner leur vie par aucun travail honnête, ont fondé leur subsistance sur leur propre impudence & son imbécille crédulité; qu'ils sont dénués de toute connoissance quelconque; que leurs titres & leurs patentes sont sans aucune autorité, parceque, par un misérable abus, ces actes sont devenus une denrée de commerce, qu'on obtient à très vil prix, tout comme le surtout galonné qu'ils achetent à la friperie; que leurs certificats de cure sont chimeriques ou faux, & qu'enfin, quand sur le nombre prodigieux de gens qui prennent leurs remedes, il y en auroit quelques uns de guéris, & il est presque physiquement impossible que cela n'arrive pas, il n'en seroit pas moins vrai, que c'est une espece destructive. Un coup d'épée dans la poitrine, en perçant un abcès, sauva un homme, que ce mal auroit tué; les coups d'épée n'en sont pas moins mortels. Il n'est point étonnant même, que ces gens là (je dis la même chose des Maîges), qui tuent des milliers de gens, que la nature seule, ou aidée des secours de la Medecine, auroit sauvés, guérissent, de tems en tems, un malade qui a été entre les mains des plus habiles Medecins. Souvent les malades de l'ordre de ceux qui vont consulter les gens de cet acabit, soit qu'ils ne veuillent pas s'astreindre au traitement qu'exige leur maladie, soit que, rebuté par leur peu de docilité, le Medecin ne leur continue pas ses conseils, vont chercher des gens qui leur promettent une guérison prompte, & hazardent des remedes qui en tuent plusieurs, & en guérissent un, qui se trouve la force de résister, un peu plus vite que ne l'auroit fait un Medecin. Il ne seroit que trop aisé de se procurer, dans toutes les Paroisses, des catalogues qui mettroient sous les yeux, la vérité de toutes ces propositions.

§. 562. Le crédit de ce Charlatan de foire, que cinq ou six cens paysans entourent, _grands yeux ouverts, gueule béante_, qui se trouvent fort heureux qu'il veuille bien leur friponner leur nécessaire, en leur vendant, quinze ou vingt fois au-delà de sa valeur, un remede, dont la plus grande qualité seroit d'être inutile; son crédit, dis-je, tomberoit bientôt, si l'on pouvoit persuader à chacun de ses auditeurs, ce qui est exactement vrai, qu'à un peu de souplesse près dans la main, il en fait tout autant que lui; & que, s'il peut acquérir son impudence, il aura dans un moment la même réputation, & méritera la même confiance.

§. 563. Si le peuple raisonnoit, il seroit aisé de le désabuser; mais ceux qui le conduisent doivent raisonner pour lui. J'ai déja prouvé le ridicule de sa confiance aux Charlatans proprement dits. Celle qu'il a pour les Maîges est encore plus insensée. L'art le plus vil s'apprend; l'on n'est savetier, l'on ne raccommode de vieux morceaux de cuir, que quand on a fait un apprentissage; & l'on n'en fera point pour l'art le plus nécessaire, le plus utile, le plus beau. L'on ne confie une montre pour la raccommoder, qu'à celui qui a passé bien des années à étudier comment elle est faite, & quelles sont les causes qui la font bien aller, & qui la dérangent; & l'on confiera le soin de raccommoder la plus composée, la plus délicate & la plus précieuse des machines, à des gens qui n'ont pas la plus petite notion de sa structure, des causes de ses mouvemens, de celles de ses dérangemens, & des instrumens qui peuvent la rétablir. Qu'un soldat chassé de son régiment, à cause de ses coquineries, ou qui a deserté par libertinage, qu'un banqueroutier, qu'un ecclésiastique flétri, qu'un barbier ivrogne, qu'une foule d'autres personnages aussi vils, viennent afficher qu'ils remontent les bijoux dans la perfection; s'ils ne sont pas connus, si l'on ne voit pas de leur ouvrage, si l'on n'a pas des témoignages authentiques de leur probité & de leur habileté, personne ne leur confiera pour quatre sols de pierres fausses; ils mourront de faim. Mais qu'au lieu de se faire Jouailliers, ils s'affichent Médecins, on achetera très cherement le plaisir de leur confier sa vie, dont ils ne tarderont pas à empoisonner les restes.

§. 564. Les plus grands Médecins, ces hommes rares, qui, nés avec les plus heureux talens, ont éclairé leur esprit dès leur plus tendre enfance, qui ont cultivé ensuite avec soin toutes les parties de la physique, qui ont sacrifié les plus beaux momens de leur vie à une étude suivie & assidue du corps humain, de ses fonctions, des causes qui peuvent les empêcher, & de tous les remedes, qui auront surmonté le désagrément de vivre dans les hôpitaux, parmi des milliers de malades, qui auront réuni à leurs propres observations, celles de tous les tems & de tous les lieux; ces hommes rares, dis-je, ne se trouvent pas même tels qu'ils voudroient être, pour se charger du précieux dépôt de la santé humaine: & on le remettra à des hommes grossiers, nés sans talens, élevés sans culture; qui souvent ne savent pas même lire, qui ignorent tout ce qui a quelque rapport à la médecine, aussi profondement que les moeurs des Sauvages asiatiques; qui n'ont veillé que pour boire, qui souvent ne font cet horrible métier que pour fournir à leur boisson, & ne l'exercent que dans le vin; qui ne se sont fait Medecins que parcequ'ils étoient incapables d'être quelque chose! Une telle conduite paroîtra, à tout homme sensé, le comble de l'extravagance.

Si l'on entroit dans l'examen des remedes qu'ils emploient, si on les comparoit aux besoins du malade à qui ils les ordonnent, on seroit saisi d'horreur, & l'on gemiroit sur le sort de cette infortunée partie du genre humain, dont la vie, si importante à l'Etat, est misérablement confiée aux plus meurtriers des êtres.

§. 565. Quelques-uns d'eux, sentant bien le danger de l'objection tirée du manque d'études, ont cherché à la prévenir, en répandant parmi le peuple, un préjugé qui n'est que trop accredité aujourd'hui; c'est que leurs talens pour la medecine, sont un don surnaturel, fort supérieur par là même, à toutes les connoissances humaines. Ce n'est point à moi à montrer l'indécence, le crime, l'irreligion d'une telle fourberie; ce seroit empiéter sur les droits de Messieurs les Pasteurs; mais qu'il me soit permis de les avertir, que cette branche de superstition ayant les suites les plus cruelles, mérite toute leur attention; & en général, il seroit d'autant plus à souhaiter, qu'on combattît la superstition, qu'un esprit imbu de préjugés faux, n'est pas propre à recevoir une doctrine véritable. Il y a des scélerats, qui espérant de s'accréditer par la crainte autant que par l'espérance, ont poussé l'horreur jusques à laisser douter, s'ils tenoient leur puissance du Ciel ou de l'Enfer. Voilà les hommes qui disposent de la vie des autres.

§. 566. Un fait que j'ai déja indiqué, & qu'on n'expliquera jamais, c'est l'empressement du paysan à se procurer les meilleurs secours pour ses bêtes malades. Quelque éloigné que soit le _Medecin veterinaire_, ou l'homme qu'on croit tel, (car malheureusement il n'y en a point dans ce pays) s'il a beaucoup de réputation, il va le consulter, ou le fait venir à tout prix. Quelque couteux que soient les remedes qu'il indique, s'ils passent pour les meilleurs, il se les procure. Mais dès qu'il s'agit de lui, de sa femme, de ses enfans, il se passe de secours, ou se contente de ceux qui s'offrent sous sa main, quelque pernicieux qu'ils soient, sans en être moins couteux; car c'est une injustice criante, que les sommes extorquées par quelques Maîges, ou aux patiens, ou, plus souvent à leurs héritiers.

§. 567. Je ne m'étendrai pas plus long-tems sur cette matiere, l'amour de l'humanité m'a forcé à en dire quelque chose; elle mériteroit d'être traitée plus au long, & elle est de la plus grande conséquence. Il n'y a que les Medecins qui pussent se tranquilliser sur cet horrible abus, s'ils n'étoient animés que par des vues d'intérêts; puisque les Maîges diminuent le nombre des consultans du peuple, qui ne sont pour eux qu'une occupation pénible. Mais quel est le Medecin assez vil, pour vouloir acheter quelques heures de tranquillité à un prix aussi cher & aussi odieux.

§. 568. J'ai montré le mal, je souhaiterois de pouvoir indiquer des remedes sûrs, mais cela est difficile.

Le premier, c'est peut-être d'avoir fait connoître le danger.

Le second, & sans contredit le plus efficace, est celui dont j'ai déja parlé; n'admettre aucun Charlatan passant, & chasser tous les Maîges.

Un troisieme moyen, ce seroit des instructions pastorales sur cette objet. La conduite du peuple à cet égard est un vrai suicide, & il seroit important de l'en convaincre. Mais l'inefficacité des exhortations réflechies les plus fortes sur tant d'autres articles, ne fait-elle point craindre le même sort pour celles ci. L'usage a décidé qu'il n'y a aujourd'hui de vice, qui exclut du titre & de la considération d'honnête homme, que le vol ouvert & caractérisé; & cela par cette raison simple, c'est que nous tenons à nos biens plus qu'à toute autre chose; l'homicide même est honnête dans un très grand nombre de cas; peut-on espérer de persuader qu'il y a du crime à confier sa santé à des empoisonneurs, sous l'espérance de guérison. Un remede plus sûr, ce seroit de faire sentir au peuple, ce qui est fort aisé, qu'il lui en coutera moins pour être bien soigné, que pour l'être mal. L'appas du bon marché le ramenera beaucoup plus surement que l'aversion du crime.

Le quatrieme, qui ne seroit surement pas inutile, ce seroit de retrancher des almanachs ces regles de medecine astrologique, qui contribuent continuellement à entretenir des préjugés dangereux dans une science, dans laquelle les plus petites erreurs sont funestes. Que de paysans morts pour avoir differé, rejetté, ou mal placé une saignée dans une maladie aigüe, parceque l'almanach le vouloit ainsi. N'est-il point à craindre, pour le dire en passant, que la même cause ne nuise à leur oeconomie; & qu'en consultant la Lune, qui n'a aucune influence, ils ne négligent les attentions relatives aux autres circonstances, qui en ont beaucoup.

Un cinquieme remede, seroit l'établissement d'hôpitaux pour les malades, dans les différentes villes du pays.

Il y a un grand nombre de moyens aisés, pour les fonder & les entretenir, presque sans nouvelles dépenses, & les avantages qui en résulteroient seroient immenses; d'ailleurs, quelque considérables que fussent les dépenses, en est-il de plus importantes? Elles sont sans doute de devoir; & l'on ne tarderoit pas à s'appercevoir qu'elles rapportent un intérêt réel, plus fort qu'on ne pourroit l'esperer d'aucun autre emploi de l'argent. Il faut, ou admettre que le peuple est inutile dans un Etat, ou convenir qu'il faut pourvoir aux soins de sa conservation. Un Anglois respectable, qui, après avoir tout vû avec beaucoup de soin, s'est occupé profondement & utilement des moyens d'augmenter les richesses & le bonheur de ses compatriotes, se plaint, en Angleterre, le pays du monde où les hôpitaux sont le plus multipliés, que le peuple malade n'est pas assez secouru. Que doit-ce être dans les pays où il n'y en a point? «Les secours de Chirurgie & de Medecine trop abondans dans les Villes, ne sont point assez répandus dans les campagnes; & les paysans sont sujets à des maladies assez simples; mais qui, faute de soins, dégénerent en une langueur mortelle.»

Enfin, si l'on ne peut pas remedier aux abus, (ceux qui regardent les Charlatans ne sont pas les seuls, & l'on ne donne pas ce nom à tous ceux qui le mériteroient), il seroit sans doute avantageux de détruire tout Art medecinal. Quand les bons Medecins ne peuvent pas faire autant de bien, que les mauvais peuvent faire de mal, il y a un avantage réel à n'en pas avoir. Je le dis avec conviction, l'anarchie en Medecine est la plus dangereuse de toutes. Libre de toute regle, & sans loix, cette science est un fléau d'autant plus affreux, qu'il frappe sans cesse; & si l'on ne peut pas réparer le désordre, il faut, ou défendre, sous de rigoureuse peines, l'exercice d'un art qui devient si funeste, ou, si les constitutions d'un Etat ne permettoient pas ce moyen violent, ordonner, comme dans les grandes calamités, des prieres publiques dans tous les Temples.

§. 569. Un autre abus, moins dangereux que ceux dont je viens de parler, qui ne laisse pas cependant de faire des maux réels, & qui au moins, sort beaucoup d'argent du pays, mais dont le peuple est moins la victime que les gens aisés, c'est l'imbecille aveuglement, avec lequel on s'en laisse imposer par les pompeuses annonces de quelque remede universel, qu'on tire dispendieusement de l'étranger. Les personnes au-dessus du commun peuple, ne courent pas au Charlatan, parcequ'elles croiroient s'avilir en se mêlant à la foule; mais si ce même Charlatan, au lieu de venir, s'étoit tenu dans quelque ville étrangere; si, au lieu de faire afficher ses placards aux coins des rues, il les avoit fait insérer dans les mercures ou dans les gazettes; si, au lieu de vendre ses remedes lui-même, il avoit établi des bureaux dans chaque ville; si, au lieu de les vendre vingt fois au-dessus de leur valeur, il avoit encore doublé ce prix; au lieu de vendre au peuple, il auroit vendu aux Habitans aisés des villes. Telle personne, sensée à tout autre égard, qui hésitera de confier sa santé à des Medecins dignes d'une entiere confiance, hazardera, par une folie inconcevable, le remede le plus dangereux, sur la foi d'un placard imposteur, publié par un homme aussi vil que le Charlatan qu'il méprise parcequ'il fait jouer du cors de chasse sous sa fenêtre, & qui n'en differe cependant, que par les circonstances que je viens d'indiquer. Il n'y a presque pas d'année qu'il ne s'accrédite quelqu'un de ces remedes, dont les ravages sont plus ou moins grands, à proportion de leur plus ou moins de vogue. Peu heureusement, en ont eu autant que les poudres d'un nommé _Ailhaud_, habitant d'Aix en Provence, & indigne du nom de Medecin, qui a inondé l'Europe, pendant quelques années, d'un purgatif âcre, dont le souvenir ne s'éteindra que quand toutes ses victimes auront fini. Je soigne, depuis long-tems, plusieurs malades, dont j'adoucis les maux, sans esperer de les guérir jamais, & qui ne doivent les tristes jours qu'ils coulent, qu'à l'usage de ces poudres. Un Medecin françois, aussi célebre par ses talens & ses connoissances, que recommandable par son caractere, a publié quelques-unes des sinistres catastrophes que leur usage avoit occasionnées. Si on recueilloit ces observations dans tous les endroits où l'on a employé la drogue, on formeroit un volume qui effraieroit.

§. 570. Heureusement tous les remedes qu'on débite ne sont ni aussi employés, ni aussi dangereux; mais l'on doit juger toutes ces affiches sur ce principe, je n'en connois point de plus vrai en Physique & en Medecine; c'est que, quiconque annonce un remede universel, est un imposteur, & qu'un tel remede est impossible, & contradictoire. Je n'entrerai point dans des détails de preuves; mais j'en appelle hardiment à tout homme sensé, qui voudra bien réflechir un moment sur les différentes causes des maladies, sur l'opposition de ces causes, & sur l'absurdité de vouloir combattre toutes ces causes avec le même remede.

Quand on sera bien rempli de ce principe, on ne s'en laissera plus imposer par des tissus de sophismes, destinés à prouver que toutes les maladies viennent d'une cause, & que cette cause est de nature à ceder au remede vanté. On comprendra d'abord qu'une telle assertion est le comble de la fourberie ou de l'ignorance; & l'on découvrira bientôt où est le sophisme. Peut-on esperer de guérir une hydropisie, qui vient de ce que les fibres sont trop lâches, & le sang trop dissous, avec les remedes qu'on emploie pour guérir une maladie inflammatoire, dans laquelle les fibres sont trop roides & le sang trop épaissi. Parcourez les annonces publiques, vous trouverez dans toutes des vertus aussi contradictoires; & ceux qui les font seroient sans doute punissables juridiquement.

§. 571. Je souhaite qu'on fasse une réflexion, qui se présente naturellement. Je n'ai traité que d'un petit nombre de maladies, ce sont presque toutes des maladies aigües; je puis assurer qu'aucun Medecin éclairé, n'a jamais employé moins de remedes; cependant j'en indique près de soixante & dix, & je ne saurois lequel retrancher, si j'y étois obligé. Comment peut-on esperer, que l'on guérira avec un seul remede, dix & vingt fois plus de maladies que je n'en indique.

§. 572. J'ajouterai une observation très importante, & qui se seroit sans doute presentée à plusieurs lecteurs; c'est que les différentes causes des maladies, leurs divers caracteres, les différences qui dépendent des changemens nécessaires qui arrivent pendant leur durée, les complications dont elles sont susceptibles, les variétés qui dépendent des épidémies, des saisons, des sexes, de plusieurs autres circonstances, obligent très souvent à faire des changemens dans les remedes; ce qui prouve combien il est dangereux d'en ordonner sans des connoissances plus nettes, que celles qu'ont ordinairement les personnes qui ne sont pas Medecins; & la circonspection doit, dans ces cas, être proportionnée à l'intérêt qu'on prend au malade, & à la charité dont on est animé.

§. 573. Les mêmes considérations, ne font-elles pas sentir la nécessité d'une entiere docilité, de la part du malade & des assistans. L'histoire des maladies, qui ont leurs tems limités pour naître, se développer, rester dans leur force, décroître, ne démontre-t-elle pas, & la nécessité de la continuation des mêmes remedes, aussi long-tems que le caractere de la maladie est le même, & le danger d'en changer fréquemment, par la seule raison, que celui qu'on a ne soulage pas dans le moment. Rien ne nuit plus au malade, que cette instabilité. L'on doit, après avoir examiné les indications que fournit la maladie, choisir le remede le plus propre à en combattre la cause, & en continuer l'usage, tant qu'il ne survient aucune circonstance nouvelle qui oblige à le changer, à moins qu'on ne reconnoisse évidemment qu'on s'est trompé. Mais s'imaginer qu'un remede est inutile, parcequ'il ne détruit pas la maladie au gré de notre impatience, & le rejetter pour en prendre un autre, c'est casser sa montre parceque l'éguille emploie douze heures à faire le tour du cadran.

Les Medecins font quelque attention aux urines des malades; mais c'est une ignorance crasse, que de croire, & le comble de la fourberie, que de persuader, que leur seule inspection suffit pour juger des symptômes, de la cause, & des remedes d'une maladie. Le seul bon sens le démontre, & je n'en détaillerai point les preuves.

QUESTIONS

_Auxquelles il est absolument nécessaire de savoir répondre quand on va consulter un Médecin._

§. 574. Il faut beaucoup d'attention & d'habitude pour bien juger de l'état d'un malade qu'on ne voit pas, lors même qu'on est instruit aussi exactement qu'on peut l'être de loin. Mais cette difficulté est fort augmentée, & même changée en impossibilité, quand l'information n'est pas exacte. Il m'arrive souvent qu'après avoir questionné des paysans, qui viennent du dehors, je n'ose rien leur ordonner, parcequ'ils n'ont pas pû m'instruire assez pour me mettre à même de juger de la maladie. C'est pour prévoir cet inconvénient, que je joins ici une liste des questions auxquelles il faut pouvoir répondre.

_Questions communes._

Quel âge a le malade?

Jouissoit-il d'une bonne santé?

Quel étoit son genre de vie?

Depuis quand est-il malade?

Comment a commencé son mal?

A-t-il de la fiévre?

Son pouls est-il dur ou mou?

Est-ce qu'il a encore des forces, ou est-il foible?

Se tient-il tout le jour au lit, ou se leve-t-il?

Son état est-il le même à toutes les heures du jour?

Est-il inquiet ou tranquille?

A-t-il chaud ou froid?

A-t-il des douleurs de tête, de gorge, de poitrine, d'estomac, de ventre, de reins, de membres?

A-t-il la langue séche, de l'altération, mauvais goût à la bouche, des envies de vomir, du dégoût ou de l'appétit?

Va-t-il du ventre souvent, ou rarement?

Comment sont ses selles?

Urine-t-il beaucoup? Comment sont ses urines?

Est-ce qu'il sue?

Est-ce qu'il crache?

Dort-il?

Respire-t-il aisément?

Quel régime suit-il?

Quels remedes a-t-il employés?

Quel effet ont-ils produit?

Est-ce qu'il n'a jamais eu la même maladie?

Etoit-il sujet à quelque hémorrhagie?

A-t-il eu quelque maladie de peau?

§. 575. Il se trouve dans les maladies des femmes & des enfans, des circonstances particulieres; ainsi quand on consulte pour eux, il faut pouvoir répondre non seulement aux questions ci-dessus communes à tous les malades; mais aussi à celles qui leur sont propres.

_Questions relatives aux femmes._

A-t-elle ses regles, & sont-elles régulieres?

Est-elle enceinte? Depuis quand?

Est-elle en couche?

La couche a-t-elle été heureuse?

La malade perd-elle suffisamment?

Est-ce qu'elle a du lait?

Nourrit-elle elle-même?

N'est-elle point sujette aux pertes blanches?

_Questions relatives aux enfans._

Quel est très exactement son âge?

Combien a-t-il de dents?

Souffre-t-il lorsqu'elles percent?

N'est-il point noué?

Est-ce qu'il a eu la petite vérole?

Rend-il des vers?

Son ventre est-il gros?

Son sommeil est-il tranquille?

Outre ces questions générales pour toutes les maladies, il faut pouvoir répondre à celles qui ont un rapport plus précis avec le mal actuel.

Dans l'esquinancie, par exemple, il faut être instruit exactement de l'état de la gorge. Dans les maux de poitrine, il faut pouvoir rendre raison des douleurs, de la toux, de l'oppression, des crachats. Je n'entrerai pas dans un plus long détail; il ne faut que du bon sens pour saisir tout ce plan; & quoique les questions paroissent nombreuses, il sera toujours très aisé d'écrire les réponses dans aussi peu d'espace que les questions en occupent. Il seroit à souhaiter que les personnes de tout ordre, qui écrivent pour consulter, voulussent bien, dans leurs lettres, observer un plan à peu près semblable; elles se procureroient souvent par là des réponses plus satisfaisantes, & s'épargneroient la peine d'écrire de nouvelles lettres, pour servir d'éclaircissement aux premieres.

Le succès des remedes dépend de l'exacte connoissance de la maladie; & cette connoissance, de l'information qu'on donne au Médecin.

TABLE

DES REMEDES,

_Avec des notes que je prie de lire avant que de se servir du remede auquel elles se rapportent._

Je me suis servi, pour déterminer les doses des remedes, de livres, onces, demi-onces, &c. Je parle par-tout de la livre de seize onces, ou livre marchande, & des onces marchandes.

Le _Grain_ est la pesanteur d'un grain d'orge de moyenne grosseur. Vingt-quatre grains font un _Scrupule_; trois scrupules, ou soixante & douze grains, font un _Gros_ ou une dragme.

Huit Gros font une _Once_.

Seize Onces font une _Livre_.

La _Pinte_ pese deux livres.

La _Chopine_ pese une livre.

Le _Demi-septier_, huit onces.

La _Goutte_ est la plus petite partie qu'on peut verser d'une liqueur.

La _Cuillerée_ est ce que contient une cuiller ordinaire à bouche; on l'évalue à une demi-once.

Le _Verre_ contient deux onces, ou deux onces & demie.

J'ai marqué par tout les doses pour un homme adulte, depuis dix-huit ans jusqu'à soixante. Depuis douze jusqu'à dix-huit, les deux tiers de la dose suffiront assez généralement. Au-dessous de douze jusqu'à sept à huit ans, la moitié. L'on diminue ensuite proportionnellement. L'on ne donne pas plus d'un demi-quart de la dose à un enfant de quelques mois. Mais les tempéramens mettent dans tout ceci beaucoup de différence. Il seroit à souhaiter que chacun observât à cet égard s'il lui faut pour le purger, des doses fortes, ou des doses foibles.

Nº. 1.

Prenez une poignée de fleurs de sureau, mettez-les dans une écuelle de terre; ajoutez-y deux onces de miel & une once & demie de bon vinaigre; versez sur le tout un pot d'eau bouillante; remuez un peu le tout avec une cuiller pour faire fondre le miel; couvrez l'écuelle, & quand la liqueur est froide, passez par un linge.

Nº. 2.

Prenez deux onces d'orge ou d'aveine, faites bouillir avec cinq chopines d'eau, jusqu'à ce que le grain soit bien ouvert; jettez sur la fin de la coction une dragme & demie de nitre. Passez par un linge, après quoi ajoutez une once & demie de miel & une once de vinaigre.

Avant de préparer la ptisane, il faut jetter sur le grain qu'on veut employer de l'eau bouillante; laissez un quart d'heure au feu; jettez cette eau, & faites la ptisane; c'est non-seulement pour laver le grain, mais pour en emporter une partie extractive qui est dans l'écorce, & qui donne un mauvais goût. On n'aura pas cela à faire si on se sert de grain mondé. On peut substituer des gruaux, du ris.

Nº. 3.

Faites la ptisane d'orge comme Nº. 2. Au lieu de nitre, faites bouillir avec l'orge, dès le commencement, un quart d'once de crême de tartre. Coulez & n'ajoutez rien.

Nº. 4.

Prenez trois onces d'amandes, une once de graine de courge ou de melon; pilez-les dans un mortier, en y ajoutant peu à peu une chopine d'eau. Passez par un linge. Repilez le résidu avec une chopine de nouvelle eau, & réitérez de cette façon jusqu'à ce que vous ayez employé une pinte & chopine d'eau, qu'on peut encore faire repasser sur le marc.

Nº. 5.

Prenez deux poignées d'herbe & fleurs de mauve, hachez-les, & broyez les un peu avec les mains; jettez dessus une chopine d'eau bouillante. Passez par un linge, & ajoutez à la colature une once de miel.

Quand on a des mauves, il faut les préférer. Si elles manquent, on peut y suppléer par la mercurielle, la pariétaire, l'althea, le passerose ou rose tremiere, les laitues, les épinars.

Il y a quelques personnes qui n'évacuent aucun lavement, excepté ceux d'eau tiede, sans aucune addition, elles ne doivent point en employer d'autres. Il faut donner les lavemens tiédes, & non pas chauds.

Nº. 6.

Une chopine de la décoction d'orge, dans laquelle on fait bouillir une poignée de fleurs de mauves ou de passeroses, qui est la _grande mauve_.

Nº. 7.

Prenez un pot de la ptisane d'orge, ajoutez-y trois onces de jus exprimé de trois ou quatre des feuilles & tiges des plantes suivantes: buglose, bourrache, laiteron, pissenlit, tussilage, ou pas d'âne, chicorée sauvage, seneçon, artichaud sauvage, scolopendre, cerfeuil.

Pour préparer ces jus, on prend les herbes bien fraîches & jeunes si l'on peut; on les pile dans un mortier de marbre, ou de fer; on exprime le jus par un linge; on le laisse reposer pendant quelques heures dans une écuelle; & quand il est éclairci, on sépare le plus clair en versant doucement, & on laisse la lie.

Nº. 8.

Une once d'oximel scillitique, cinq onces d'une forte infusion de sureau. Si cette potion n'a pas l'effet qu'on desire, on peut substituer la potion Nº. 72.

Les préparations de scille sont cheres; mais il n'y a point de remede aussi efficace dans les cas où on les recommande & d'ailleurs on ne les continue pas long-tems en grande dose. L'oximel se conserve plus d'un an dans un endroit sec & temperé.

Nº. 9.

L'on peut employer différentes applications émollientes, qui ont à-peu-près les mêmes vertus; telles que 1. les flanelles trempées dans une décoction de fleurs de mauves. 2. Des sachets remplis de ces mêmes fleurs de mauve, de celles de bonhomme, de sureau, de pavot rouge, de camomille, & cuits dans de l'eau ou du lait. 3. Des cataplasmes de ces mêmes fleurs cuites dans de l'eau & du lait. 4. Des vessies à moitié remplies d'eau chaude & de lait, ou de la décoction émolliente. 5. Un cataplasme de mie de pain & de lait, ou une bouillie d'orge ou de ris extrêmement cuits. 6. Dans la pleurésie §. 90, l'on frotte quelquefois la partie malade avec l'onguent d'alchea.

On fera bien d'ajouter aux cataplasmes un peu d'huile, ou quelques jaunes d'oeufs, pour les empêcher de se secher promptement.

Nº. 10.

Esprit de soufre ou de vitriol, une once; sirop de violette, six onces.

Ceux pour qui la dépense du sirop de violette seroit trop considérable, peuvent se contenter d'une décoction d'orge un peu épaisse.

Nº. 11.

Deux onces de manne, demi-once de sel de sedlitz, fondus dans quatre onces d'eau chaude, & coulez.

On peut substituer au sel de sedlitz, un autre sel neutre, comme sel d'epsom, de saignette, ou bien deux gros des sels de glauber, vegetal & de duobus. L'on peut aussi, si la manne est trop chere, employer un quart d'once de sené & demi-dragme de nitre. On verse dessus un verre de décoction de mauve bouillante, & on passe. Mais le premier remede vaut mieux. La manne se conserve plus d'un an.

Nº. 12.

De fleurs de sureau, une poignée; d'hysope, une demi-poignée: versez dessus trois chopines d'eau bouillante; délayez dans la colature trois onces de miel.

Nº. 13.

C'est le même remede, sans l'hysope qu'on remplace en mettant plus de sureau.

Nº. 14.

Du meilleur Quinquina une once, partagez-le en huit prises.

Il se conserve long-tems, moyennant qu'il ne soit pas pilé. Rien ne peut en tenir lieu.

Nº. 15.

Des fleurs de millepertuis, de sureau, de melilot, de chacune quelques pincées: mettez-les au fond d'un pot, avec demi-once d'huile de térébenthine, & jettez dessus de l'eau bouillante.

L'huile de térébenthine se conserve plus d'un an.

Nº. 16.

Sirop de pavot rouge.

Se conserve plus d'un an.

Nº. 17.

Du petit lait très clair; dans chaque chopine on délaie une once de miel.

Nº. 18.

Du savon blanc, six dragmes; d'extrait de dent de lion, une dragme & demie; de gomme ammoniac, demi-dragme; ce qu'il faut de sirop de capillaire. Faites des pilules de trois grains.

Une once dure huit jours.

Nº. 19.

L'on peut faire des gargarismes avec une décoction, ou plutôt infusion de pervenche, ou de fleurs de roses rouges, ou de passe-roses. Sur chaque chopine on ajoute deux onces de vinaigre, & autant de miel, & l'on se gargarise chaudement.

Le gargarisme détersif §. 107, est une legere infusion des sommités de sauge, & deux onces de miel, par chopine.

Nº. 20.

Une once de nitre partagée en seize prises.

Nº. 21.

De jalap, de sené, & de crême de tartre, de chacun trente grains, réduits en poudre & bien mêlés.

On peut substituer 40 grains de la poudre cornachine.

Nº. 22.

Faites bouillir pendant un instant une once de pulpe de tamarins; quatre onces d'eau, & une demi-dragme de nitre; ajoutez-y deux onces de manne, & coulez.

Ceux qui ne pourront mettre le prix aux tamarins, peuvent leur substituer la crême de tartre dont la dose soit une once. Les très pauvres gens peuvent employer, au lieu de cette potion, celle avec le senné, dont il est parlé note Nº. 11; mais il faudroit boire ensuite beaucoup de petit lait, ou de ptisane de mauve.

Nº. 23.

Crême de tartre: l'once partagée en huit prises.

Nº. 24.

Kermes minéral, ou poudre des chartreux: la dose est un grain.

Nº. 25.

Trois onces de racine de bardane ou glouteron. Faites bouillir pendant demi-heure, avec demi-dragme de nitre & une pinte d'eau. Coulez.

Nº. 26.

Prenez des herbes indiquées dans le Nº. 9, art. 2, de chacune une demi-poignée, & une demi-once de savon blanc rapé; versez dessus un demi-pot d'eau bouillante, & un verre de vin. Coulez en exprimant fortement.

Nº. 27.

De Mercure crud bien purifié, une once; de térébenthine de Venise, demi-dragme; de graisse de porc très fraîche, deux onces. On réduit le tout en onguent.

Ce remede se doit prendre chez les Apoticaires.

Nº. 28.

Onguent _basilicum_, ou suppuratif.

Nº. 29.

De cinnabre naturel, & de cinnabre factice, de chacun vingt-quatre grains; de musc, seize grains. Le tout réduit en poudre & exactement mêlé.

Voyez ce qui est dit du cinnabre, §. 179. Le Nº. 30 est plus efficace que le musc, & on peut employer, au lieu de l'inutile cinnabre, l'utile mercure argentin.

Nº. 30.

Une dragme de racine de serpentaire de Virginie; dix grains de camphre; autant d'assa-foetida; un grain d'opium; ce qu'il faut de conserve de sureau pour en faire un bol.

Dans le cas où on s'en serviroit au lieu de musc, qui entre dans le Nº. 29, il faudroit retrancher le grain d'opium, excepté une fois ou deux par jour. On donneroit le mercure argentin dans la matinée, entre les bols, deux doses par jour, dont chacune contient quinze grains de mercure.

Nº. 31.

De tamarins, trois onces. Versez dessus une chopine d'eau bouillante; faites cuire une ou deux minutes. Passez par un linge.

Nº. 32.

Sept grains de turbith minéral; ce qu'il faut de mie de pain pour en faire un bol.

Ce remede fait vomir & abondamment baver les chiens. Il a opéré plusieurs guérisons quand la rage étoit déja déclarée. On le donne trois jours consécutifs, ensuite deux fois par semaine, pendant quinze jours.

Nº. 33.

Six grains de tartre émétique.

La force de ce remede varie suivant la façon dont il est préparé. Il y en a qui à trois grains produit autant d'effet que d'autre à six grains; c'est pourquoi il est à propos de l'acheter d'Apoticaires habiles, qui connoissent & instruisent de sa force. Lorsqu'on ne connoît pas l'émétique dont on se sert, on en peut mettre six grains dans une pinte d'eau, & la donner par petits verres; si les premiers verres font vomir violemment, on y ajoutera un tiers d'eau, & lorsque le malade aura vomi quatre à cinq fois, on ne lui en donnera plus. Voyez §. 223, 290.

On s'abstiendra de donner les vomitifs à ceux qui en ayant déja pris, ont fait des efforts sans vomir; à ceux qui sont sujets aux crachement & vomissement de sang, aux pertes, & qui ont la poitrine foible ou attaquée, ou des descentes; aux femmes qui ont leurs regles, sont grosses, ou nouvellement accouchées.

Nº. 34.

Trente-cinq grains d'ypecacuana. On peut aller jusqu'à quarante-cinq & cinquante.

Nº. 35.

Emplâtre vésicatoire ordinaire.

L'on se sert aussi de levain, qu'on pêtrit avec des cantharides & tant soit peu de vinaigre. On met demi-once de cantharides pour une once de levain, ce qui fait un vésicatoire très fort. L'on prépare les sinapismes avec la moutarde & le levain, ou la pulpe de figues séches, & un peu de vinaigre. L'on peut mettre autant de moutarde que de levain. Pour les enfans qui ont la peau délicate, le vieux levain pêtri avec quelques gouttes de vinaigre, fait l'effet du sinapisme.

Nº. 36.

Prenez des sommités de petit chêne ou germandrée, de petite centaurée, d'absinthe & de camomille, de chacune une poignée. Versez dessus un pot d'eau; laissez refroidir. Passez par un linge en exprimant.

Nº. 37.

Quarante grains de rhubarbe, & autant de crême de tartre.

La rhubarbe se conserve deux ans dans un endroit sec & froid.

Nº. 38.

Trois dragmes de crême de tartre, une dragme d'ypecacuana, partagés en six prises.

Nº. 39.

De mixture simple[22] (_mixtura simplex_), un once; d'esprit de vitriol, demi-once. Mêlez; la dose est de deux cuillerées à caffé, dans une tasse de la boisson ordinaire.

[22] A son défaut, de l'eau hériacale, ou de l'eau camphrée.

Nº. 40.

Demi-dragme de racine de serpentaire de virginie; dix grains de camphre; ce qui faut de rob de sureau pour faire un bol.

S'il y avoit diarrhée trop forte, on substitueroit le diascordium au rob de sureau.

Nº. 41.

La Thériaque des pauvres. Elle est connue de tous les Apoticaires, quoiqu'ils ne la tiennent pas tous. La prise est d'un quart d'once.

Elle seroit plus efficace si on la préparoit de la façon suivante. De racine d'aristoloche ronde, de racine d'helenium ou aunée, de mirrhe & de conserve de genievre, de chacune parties égales, en ajoutant ce qu'il faudroit de sirop d'écorce d'oranges, pour qu'elle ne fût pas trop épaisse.

Nº. 42.

Le premier des trois remedes, est celui Nº. 36.

Le second. Prenez de petite centaurée, d'absinthe, de mirrhe, le tout en poudre, de conserve de genievre, de chacun parties égales; de sirop d'absinthe, ce qu'il faut pour faire un opiate épais. La prise est d'un quart d'once. On les prend dans le même ordre que les prises de quinquina.

Le troisieme. Prenez de racine de calamus aromaticus, de celle d'aunée, de chacune deux onces; de petite centaurée, une poignée; de limaille de fer qui ne soit point rouillée, deux onces; de vin vieux blanc, trois chopines.

L'on pile grossierement les racines, on hache l'herbe, on met le tout dans une bouteille à large col, sur des cendres, sur un fourneau, derriere une plaque, afin qu'il soit toujours chaud; on laisse infuser pendant vingt-quatre heures, en remuant cinq ou six fois; on le laisse reposer & on passe. La dose est d'une tasse, de quatre en quatre heures, quatre fois par jour, une heure avant le repas.

Nº. 43.

Un quart d'once de crême de tartre, une poignée de camomille commune, douze onces d'eau. Faites bouillir pendant demi-heure. Coulez.

Nº. 44.

Sel ammoniac. La prise est de deux scrupules, jusqu'à une dragme.

On peut mettre le sel en bol avec un peu de conserve, ou rob de sureau. Mais je réitere que les fiévreux qui ont l'estomac sensible, ne soutiennent point ce remede, non-plus que plusieurs autres sels, qui leur causent un mal-aise étonnant, & même de l'angoisse.

Nº. 45.

Poudre. Prenez des fleurs de camomille & de sureau, de chaque une poignée, pilées grossierement; de fine farine ou d'amidon, trois onces; de céruse & d'émail, de chacun demi once. Mêlez exactement le tout.

L'on peut, ou appliquer immédiatement cette poudre sur le mal, ou la renfermer dans un sachet de linge très fin. La premiere méthode est plus efficace.

Emplâtre. Prenez d'onguent _nutritum_ fait avec de l'huile très fraîche, deux onces; de cire blanche, trois quarts d'once; d'émail, un quart d'once. L'on fait fondre la cire; quand elle est fondue, on y ajoute le _nutritum_, dans lequel on a exactement mêlé l'émail réduit en poudre fine, & l'on remue avec un morceau de fer, jusqu'à ce que le tout soit bien mélangé & refroidi. On en étend ce qu'il faut sur un linge. On peut aussi mêler un quart d'once d'émail, à deux onces de beurre de saturne, ce qui fait un onguent au lieu d'une emplâtre.

Il y en a autant qu'il en faut pour guérir une érésipelle.

Nº. 46.

Une once de sel de sedlitz, deux onces de tamarins. Versez dessus huit onces d'eau bouillante; remuez, pour délayer les tamarins. Coulez, pour boire en deux prises, en mettant demi-heure d'intervalle entre l'une & l'autre.

Nº. 47.

De laudanum liquide de Sydenham, quatre-vingt gouttes; d'eau de mélisse, deux onces & demie. Si la premiere ou la seconde dose arrêtent ou diminuent considérablement les vomissemens, on ne donne pas les autres.

Nº. 48.

Faites fondre trois onces de manne & vingt grains de nitre, dans vingt onces ou six verres de petit lait.

Nº. 49.

Deux onces de sirop de pavot blanc, autant d'eau de sureau.

Si l'on n'a pas de l'eau de sureau, on prend de celle de fontaine.

Nº. 50.

Une dragme de rhubarbe en poudre.

Nº. 51.

De soufre pilé, une once; de sel ammoniac, une dragme; de graisse de porc fraîche, deux onces. Mêlez exactement le tout dans un mortier.

Nº. 52.

Deux dragmes d'antimoine crud, exactement pilé; autant de nitre. On les mêle exactement. On partage en huit prises.

Ce remede occasionneroit des coliques à quelques personnes qui auroient l'estomac délicat; mais il n'incommode point les robustes campagnards, & il guérit quelques maladies de la peau qui avoient résisté aux autres remedes. Il augmente la transpiration; & les Palefreniers qui pansent les chevaux auxquels on a donné l'antimoine, s'en apperçoivent d'abord en les étrillant, par la quantité de crasse qu'ils trouvent. Cette augmentation de transpiration chez les chevaux, et quelquefois prodigieuse; c'est par-là que l'antimoine leur est utile dans plusieurs cas.

Nº. 53.

Les remedes de ce Nº, & des Nº. 54 & 56, sont destinés aux maladies qui dépendent des oppilations ou obstructions, & de la suppression des regles. Le 54 est particuliérement destiné à les rappeller. Les Nº. 53 & 56 sont plus convenables, quand on ne fait pas attention à la suppression, ou qu'elle n'a pas lieu.

Prenez de limaille de fer & de sucre, de chacun une once; d'anis en poudre, une demi-once. Partagez en vingt-quatre doses. On en prendra une trois fois par jour, une heure avant que de manger.

Ce remede, que les gens riches peuvent rendre encore plus agréable, en employant la canelle au lieu d'anis, contient peu de fer; mais cette dose suffit dans un mal commençant, & même une prise ou deux par jour suffisent pour une fort jeune fille. Quand on le veut plus fort, il faut doubler la dose du fer. Je réitere, crainte de ne l'avoir pas assez dit, qu'il faut éviter le fer rouillé; c'est la rouille qui gâte l'estomac, au lieu que la limaille non rouillée, est le plus puissant stomachique, dans les cas où les fortifians conviennent.

Nº. 54.

Deux onces de limaille de fer; une poignée de rhue, autant de marrube blanc; un quart d'once de racine d'hellebore noir, trois chopines de vin.

Préparez comme le vin du Nº. 42. Une tasse trois fois par jour, une heure avant que de manger.

J'avertis encore que dans les personnes languissantes dès long-tems, il faut travailler à rétablir la santé, & non-pas à pousser les régles; ce qui est pernicieux. Elles reviennent quand la malade est mieux; leur retour suit celui de la santé, & ne doit, ni ne peut souvent le précéder.

Nº. 55.

D'extrait de cigüe ordinaire, une once. Faites-en des pilules de deux grains, en y ajoutant ce qu'il faut de l'herbe de cigüe en poudre.

L'on commence par une pilule soir & matin, & l'on augmente peu à peu. Il y a des malades qui sont parvenus à en prendre deux dragmes par jour.

M. STORCK, l'un des Médecins de LL. MM. Impériales, après avoir essayé ce remede sur lui-même, a renouvellé l'usage de la grande cigüe en médecine, il y a six ans; & l'on doit lui en avoir une très grande obligation. En y joignant l'application Nº. 59, non-seulement il a guéri entre ses mains des cancers confirmés, mais quelques autres maladies, qui, jusqu'à présent, étoient presque incurables. Il y a un très grand nombre de cures opérées par ce remede. Entre mes mains, il a calmé une fois les douleurs, jamais guéri; mais comme nulle part il n'a fait aucun mal, on doit toujours l'essayer. Ne seroit-il que calmant? l'on boit par dessus chaque prise, un verre de quelque boisson tiede & adoucissante. Voyez _les Observations sur l'usage interne de la Cigue, chez DIDOT_, 1762.

Nº. 56.

De limaille de fer, deux onces; de poudre de rhue & d'anis, de chacune demi-once; de miel, ce qu'il faut pour former un opiate assez épais.

Un demi-quart d'once trois fois par jour.

Nº. 57.

Une once de racine de chiendent, autant de celle de chicorée. Faites bouillir pendant un quart-d'heure avec une chopine d'eau. Faites fondre demi-once de sel de sedlitz, & deux onces de manne. Passez, pour en boire un verre de demi-heure en demi-heure.

On réitere au bout de deux ou trois jours.

Nº. 58.

Un cataplasme de mie de pain, de fleurs de camomille & de lait, auquel on ajoute du savon, de façon que chaque cataplasme en contienne un demi-quart d'once. Je me sers aussi avec succès, quand la situation des femmes ne permet pas les soins réguliers qu'exige ce cataplasme, qu'il faut changer de trois en trois heures, de l'emplâtre de cigüe, qui se trouve dans toutes les Apotiquaireries.

Nº. 59.

D'herbe de cigüe seche, ce qu'il en faut. Mettez-la entre deux linges clairs, faites-en une espece de petit matelat fort souple. Laissez le cuire pendant quelques momens dans l'eau. Exprimez & appliquez. On le réchauffe toutes les deux heures dans la même eau.

Les fomentations avec le savon, & la lessive de sel alkali de tartre, sont très bonnes dans le même cas.

Nº. 60.

Des yeux d'écrevisses vrais, ou de magnésie blanche véritable, deux dragmes, partagez en huit prises. On donnera ces poudres dans une cuillerée d'eau ou de lait, avant que l'enfant tette.

Nº. 61.

D'extrait aqueux de noix, deux dragmes; faites-le dissoudre dans demi-once d'eau de canelle. On en donnera cinquante gouttes par jour à un enfant de deux ans. Quand la dose est finie, on le purge.

Pour faire l'extrait, on prend les noix avant qu'elles soient mures, dans le même-tems dans lequel on les cueille pour les confire.

Nº. 62.

De résine de Jalap, deux grains. Broyez-la long-tems avec douze ou quinze grains de sucre, & ensuite avec trois ou quatre amandes. Joignez-y peu-à-peu deux cuillerées d'eau. Passez par un linge fort clair, comme un lait d'amande. Ajoutez une cuillerée à caffé de sirop de capillaire.

Ce remede n'est point désagréable, on peut le donner aux enfans de deux ans. S'ils sont plus âgés, il faudroit ajouter un grain ou deux de la résine de Jalap. Pour les enfans au dessous de deux ans, il vaut mieux s'en tenir au sirop de chicorée, & à la manne.

Nº. 63.

Une once de _nutritum_; un jaune d'oeuf, s'il est petit; la moitié, s'il est gros. Mêlez exactement.

L'on peut faire d'abord un _nutritum_, en broyant long-temps dans un mortier, deux dragmes de céruse, demi-once de vinaigre, trois cuillerées d'huile d'olive.

Nº. 64.

Faites fondre quatre onces de cire blanche, ajoutez-y deux cuillerées d'huile, si c'est en hiver. En été, il n'en faut point, ou, tout au plus, une demi-cuillerée. Trempez dedans des pieces de linge, qui ne soit pas trop usé, & laissez-les sécher.

Cette toile est très commode pour tous les pansemens. Quand elle est salie par le pus, il suffit de la jetter dans l'eau froide, de l'y remuer, de l'essuyer & de la laisser sécher. Elle peut servir pour un grand nombre de pansemens.

Nº. 65.

C'est aussi une toile préparée comme l'autre; mais au lieu de cire simple, on emploie l'emplâtre suivante:

D'huile rosat, une livre; de minium, demi-livre; de vinaigre, quatre onces. Faites cuire jusqu'à ce qu'il ait à-peu-près consistance d'emplâtre. Fondez-y une once & demie de cire jaune, & jettez-y deux dragmes de camphre. Mêlez bien. Retirez du feu; & versez dans des canons de papier, de quelle grosseur vous voudrez. Pour faire le sparadrap, il faut le refondre avec un peu d'huile.

C'est exactement l'onguent de Nuremberg, qui est le meilleur de tous les onguens de ménage.

Voici la recette de l'onguent de la Chabauderie, ou plutôt Chambauderie, fameux dans plusieurs familles. De cire jaune, d'emplâtre de trois drogues (c'est à-peu-près celui de Nuremberg), de diachilon composé, & d'huile d'olive, de chacun un quart de livre. Faites fondre le tout dans un pot de terre. Retirez du feu, & remuez jusqu'à ce qu'il soit refroidi.

Nº. 66.

Cueillez en automne, pendant le beau tems, de l'agaric de chêne (c'est une espece de champignon qui croît sur cet arbre).

Il a quatre parties qui se présentent successivement: 1. La peau qu'on peut jetter. 2. La partie qui suit la peau, qui est la meilleure. On la bat avec un marteau jusqu'à ce qu'elle devienne douce & molle; c'est-là toute sa préparation, & l'on en applique un morceau convenable sur les vaisseaux ouverts. Il les resserre, empêche l'hémorrhagie, & tombe ordinairement au bout de deux jours. 3. La troisieme, qui peut suffire pour arrêter le sang dans les petits vaisseaux; & la quatrieme, qu'on peut employer reduite en poudre.

Ce remede connu il y a long-tems de quelques personnes, n'est commun que depuis neuf ans. Il a eu partout les mêmes succès, & j'en ai vu les effets les plus heureux. Il épargne les tourmens qu'occasionnent les autres moyens d'arrêter le sang; & c'est une des heureuses découvertes qu'on pût faire en chirurgie. L'on voit que chaque paysan peut s'en procurer avec plus de facilité que le plus habile Chirurgien. M. BROSSARD, Chirurgien françois qui l'a fait connoître, préfere celui qui croît sur les parties des chênes où l'on a coupé de grosses branches.

Nº. 67.

Quatre onces de mie de pain, une poignée de fleurs de sureau; autant de celles de camomille & de millepertuis. Cuisez-les en cataplasme avec autant d'eau que de vinaigre.

Si l'on préfere les fomentations, l'on peut prendre les mêmes herbes, ou quelques poignées de faltran; on jette dessus demi pot d'eau bouillante; on laisse infuser. L'on y ajoute chopine de vinaigre, & l'on trempe dedans des flanelles ou d'autres étoffes de laine qu'on applique sur le mal.

Pour les fomentations aromatiques du §. 412, prenez d'herbes de bétoine, de rhue, de fleurs de romarin ou de lavande, & de roses rouges, de chacune une poignée & demie. Faites cuire pendant un quart-d'heure dans un pot couvert, avec trois chopines de vin blanc vieux. Coulez & exprimez fortement. On s'en sert comme des précédentes.

Nº. 68.

L'emplâtre diapalme.

Nº. 69.

Deux parties d'eau, une partie de vinaigre de litharge, ou de vinaigre de Saturne.

Nº. 70.

Prenez sel alkali de tartre, un gros; faites fondre dans une chopine d'eau; ajoutez une once de miel. Pour boisson par verrées, de demi-heure en demi-heure.

Nº. 71.

Prenez bois de gayac râpé, de sassaffras concassé, de chaque une once. Sept à huit feuilles de noyer. Versez dessus trois pintes d'eau bouillante, laissez infuser deux jours dans un vase bien fermé. Passez. Conservez dans un lieu frais, & que le vaisseau soit bien fermé.

Au défaut de ces bois, on se servira des bois de buis & de genievre coupés en petits morceaux, & on en mettra le double de la dose.

Nº. 72.

Prenez oximel scillitique & vinaigre scillitique, de chaque trois onces; gomme ammoniac, deux gros. Pour une potion à prendre par cuillerées. S'il se trouve des personnes qui ne puissent prendre cette potion, & qu'elle fasse vomir, on donnera la poudre suivante:

Prenez poudre d'oignon de scille, un gros; poudre de racine de dompte-venin ou asclepias, un demi-gros. Mêlez. On en donnera six grains, quatre fois le jour, dans une cuillerée de vin, ou en bol avec du miel.

Nº. 73.

Prenez savon de Venise ou autre, pourvu qu'il ne soit pas coloré, gomme ammoniac, cloportes, oignon de scille, de chaque une demi-once: faites avec du sirop de capillaire, des pilules de dix grains.

Nº. 74.

Prenez racines de chiendent, d'arrête-boeuf, de chardon-roland, de chaque une demi-once; racine de grande chélidoine ou éclaire, trois gros. Faites bouillir dans trois chopines d'eau; & réduire à une pinte. Passez, & faites fondre sel de duobus & sel de nitre, de chaque un gros.

Nº. 75.

Prenez scille, une demi-once. Faites infuser dans une pinte de bon vin blanc.

Nº. 76.

Prenez de l'écorce intérieure de sureau qui est verte, une poignée; faites bouillir dans une pinte d'eau & autant de lait; faites réduire moitié, qu'on partagera en deux pour deux jours différens, laissant un, deux ou trois jours d'intervalle suivant l'état du malade: on fera prendre cette décoction par verres, à jeun, d'heure en heure.

Nº. 77.

Prenez sommités d'absinthe ordinaire, deux onces, racines de calamus, ou jonc odorant, de gentiane & d'impératoire, de chaque une once; baies de laurier, une once & demie; de celles de genievre, trois onces; semences de daucus de crete, une once. Coupez. Ecrasez le tout ensemble. Faites infuser pendant vingt-quatre heures, dans huit livres d'hydromel ou de bon vin, à une chaleur douce dans un vaisseau bien fermé.

Nº. 79.

Prenez racine de patience sauvage nettoyée & coupée par morceaux, deux onces. Faites bouillir dans trois chopines d'eau & réduire à une pinte. Passez & ajoutez deux gros de sel de glauber.

Nº. 80.

Prenez panacée mercurielle, æthiops martial, encens, de chaque un demi-gros; kermés minéral, deux scrupules; cloportes en poudre, un gros. Faites avec un sirop, des pilules de cinq grains.

Nº. 81.

Prenez miel rosat, une demi-once; esprit de sel marin, vingt gouttes. Mêlez.

Nº. 82.

Prenez écorce de quinquina concassée, une once; contrayerva deux gros. Faites bouillir dans pinte & chopine d'eau, & réduire à une pinte. Passez. Ajoutez un gros de nitre.

Nº. 83.

Prenez demi-once de limaille d'acier bien lavée. Faites infuser vingt-quatre heures dans le vin blanc. Passez par un linge plié en deux, & versez dans un vase qui contienne six pintes d'eau de riviere; conservez cette eau dans un lieu frais. Elle servira pour boisson, au défaut des eaux minérales ferrugineuses naturelles.

PRIX DES DROGUES

RECOMMANDÉES

DANS CET OUVRAGE.

Æthiops Martial, de Lemery. Préparation du fer, 1 liv. 5 sols l'once.

Agaric de Chêne, 1 liv. 10 sols l'once.

Antimoine crud. Minéral, 4 sols la livre.

Assa-foetida. Gomme résine, 8 sols l'once.

Baume d'Arcoeus. Préparation composée, 6 sols l'once.

Baume tranquille. Préparation composée, 8 sols la livre.

Beurre de Saturne. Préparation de Plomb, 6 sols l'once.

Calamus aromaticus. Roseau aromatique. Racine, 3 sols l'once.

Camphre, huile essentielle figée de lauriers, 8 sols l'once.

Cantharides, Mouches puantes qui mangent le Peuplier & le Fresne. Exposez à la vapeur du vinaigre pour les tuer; faites sécher; enfermez dans un vase de terre, conservez dans un lieu sec.

Céruse. Préparation du Plomb dissous par le vinaigre, 10 sols la livre.

Cerat de Galien. Préparation d'huile & de cire, 2 sols l'once.

Cinnabre artificiel. Préparation de soufre & de Mercure, 9 sols l'once.

Contrayerva. Racine, 5 sols l'once.

Crême de tartre. Sel acide, 1 sol l'once.

Diagrede. Extrait de scammonée, 3 sols le gros.

Eau de chaux, 10 sols la pinte.

Eau de Mélisse simple, 1 livre la pinte.

Eau distillée de Canelle, 10 sols l'once.

Email préparé, 4 sols l'once.

Emplâtre de Cigue, 50 sols la livre.

Emplâtre de Nuremberg, 3 liv. la livre.

Emplâtre vésicatoire, 2 liv. la livre.

Encens [Oliban]. Gomme-résine, 4 sols l'once.

Esprit de Sel marin, 10 sols l'once.

Esprit de soufre, acide tiré du soufre, 10 sols l'once.

Esprit de vitriol, acide tiré du vitriol, 8 sols l'once.

Gayac rapé. Bois résineux, 10 sols la livre.

Gomme ammoniac. Gomme résine, 8 sols l'once.

Huile de térébenthine, 2 liv. la livre.

Jalap. Racine, 5 sols l'once.

Ipecacuanha. Racine, 1 liv. l'once.

Iris, ou Flambe de Florence. Racine, 3 sols l'once.

Kermés minéral. Préparation d'antimoine, 1 liv. le gros.

Laudanum liquide de Sydenham. Préparation d'opium avec le vin, 1 liv. l'once.

Limaille de fer. Préparation du fer, 8 sols la livre.

Litharge. Préparation du plomb, 7 sols la livre.

Manne ordinaire. Suc du Fresne, 4 sols l'once.

Magnésie blanche, 1 liv. l'once.

Mercure crud, 4 liv. la livre.

Miel blanc, 12 sols la livre.

Minium. Préparation du plomb, 10 sols la livre.

Musc. Substance animale d'une odeur forte, 4 liv. le gros.

Onguent basilicum ou suppuratif, 1 liv. 10 sols la livre.

Onguent nutritum, 2 liv. la livre.

Opium. Suc de pavot étranger, 16 sols l'once.

Oximel scillitique. Préparation où entrent le vinaigre, le miel & la scille, 1 sol l'once.

Panacée mercurielle, 2 liv. 10 sols l'once.

Poudre contre les vers, ou _semen contra_, 5 sols l'once.

Poudre cornachine ou de tribus. Composé de parties égales de tartre, jalap & diagrede, 2 sols le gros.

Poudre de cloportes. Cloportes sechés & mis en poudre, conservés séchement, 8 sols l'once.

Quinquina. Ecorce d'arbre, 6 liv. la livre.

Résine de Jalap blanche, 1 liv. le gros.

Rhubarbe. Racine d'une plante, 15 liv. la livre.

Rob de Sureau. Suc des Baies de Sureau épaissi, 1 liv. l'once.

Saffran. Etamines de la plante, 8 sols l'once.

Santal. Bois, 4 sols l'once.

Sassafras. Bois, 15 sols la livre.

Savon blanc, 12 sols la livre.

Sel Ammoniac, 5 sols l'once.

Sel d'Epsom, 12 sols.

Sel de Glauber, 2 liv. la livre.

Sel de Nitre, 1 livre.

Sel Végétal, 2 livres.

Sel de Sedlitz, 6 livres.

Sel de Duobus, 2 livres.

Sené. Feuilles & follecules d'un arbrisseau, 3 liv. la livre.

Serpentaire de Virginie. Racine, 5 sols l'once.

Soufre. Minéral, 12 sols la livre.

Syrop de Capillaire, 2 liv. 8 sols la livre.

Syrop de Chicorée composé de rhubarbe, 5 sols l'once.

Syrop Diacode, ou de Pavot blanc, 4 sols l'once.

Syrop de Nerprun, 2 liv. la livre.

Syrop de Pavot rouge, 2 liv. 10 sols la livre.

Syrop de Violette, 2 liv. 10 sols la livre.

Tamarins. Fruits, 20 liv. la livre.

Tartre émétique, ou stibié. Préparation d'antimoine, 12 sols l'once.

Tartre vitriolé. Sel neutre, 3 sols l'once.

Thériaque, 6 liv. la livre.

Turbith minéral. Préparation de mercure, 3 liv. l'once.

Vin émétique troublé, 3 sols l'once.

Vinaigre de Saturne, 5 sols l'once.

Vinaigre scillitique, 3 sols l'once.

Yeux d'écrevisses préparés, 5 sols l'once.

FIN.

_APPROBATION._

J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, un Livre, imprimé à Lausanne, ayant pour titre: _Avis au Peuple sur sa Santé_, par M. TISSOT; & je n'ai rien trouvé dans cet Ouvrage qui puisse empêcher de le débiter, & même de l'imprimer en France. A Paris, ce 3 Décembre 1761.

MACQUART, Censeur Royal.

_PRIVILEGE DU ROI._

LOUIS, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: A nos amés & féaux Conseillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand-Conseil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils, & autres nos Justiciers qu'il appartiendra: SALUT. Notre amé MARIE-JACQUES BAROIS, Libraire à Paris, Nous a fait exposer qu'il désireroit faire réimprimer & donner au Public un Livre qui a pour titre: _Avis au Peuple sur la Santé, par M. TISSOT_; s'il Nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Permission pour ce nécessaires. A CES CAUSES, Voulant favorablement traiter l'Exposant, Nous lui avons permis & permettons par ces Présentes de faire réimprimer ledit Livre, autant de fois que bon lui semblera, & de le vendre, faire vendre & débiter par tout notre Royaume, pendant le tems de trois années consécutives, à compter du jour de la date des Présentes. Faisons défenses à tous Imprimeurs, Libraires, & autres personnes, de quelque qualité & condition qu'elles soient, d'en introduire de réimpression étrangere dans aucun lieu de notre obéissance. A la charge que ces Présentes seront enrégistrées tout au long sur le Registre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, dans trois mois de la date d'icelles: que la réimpression dudit Livre sera faite dans notre Royaume, & non ailleurs, en bon papier & beaux caracteres, conformément à la feuille imprimée, attachée pour modele sous le contrescel des Présentes; que l'Impétrant se conformera en tout aux Réglemens de la Librairie, & notamment à celui du 10 Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, l'Imprimé qui aura servi de copie à l'impression du Livre sera remis dans le même état où l'Approbation y aura été donnée, ès mains de notre très cher & féal Chevalier, Chancelier de France le Sieur DE LAMOIGNON, & qu'il en sera ensuite remis deux Exemplaires dans notre Bibliotheque publique, un dans celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notre très cher & féal Chevalier, Chancelier de France, le Sieur DE LAMOIGNON, & un dans celle de notre très cher & féal Chevalier, Garde des Sceaux de France le Sieur BERRYER, le tout à peine de nullité des Présentes. Du contenu desquelles Vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit Exposant, & ses ayans causes, pleinement & paisiblement, sans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons qu'à la copie des Présentes, qui sera imprimée tout au long, au commencement ou à la fin dudit Livre, foi soit ajoûtée comme à l'original. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent, sur ce requis, de faire, pour l'exécution d'icelles, tous Actes requis & nécessaires, sans demander autre permission, & nonobstant clameur de Haro, Charte Normande, & Lettres à ce contraires. CAR tel est notre plaisir. DONNÉ à Paris, le treizieme jour du mois de Janvier, l'an de grace mil sept cent soixante-deux, & de notre Regne le quarante-septieme. Par le Roi, en son Conseil.

_Signé_, LEBEGUE.

J'ai cédé mon droit au présent Privilege à Monsieur PIERRE-FRANÇOIS DIDOT, le jeune. A Paris, ce 19 Janvier 1762.

BARROIS.

_Registré sur le Registre XV de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris, Nº. 538, fol. 257, conformément au Réglement de 1723. A Paris ce 17 Février 1762. Registré ensemble la Cession, jointe audit Privilege, ce 17 Février 1762._

VINCENT, Adjoint.

CATALOGUE

DES LIVRES NOUVEAUX

_Qui se trouvent chez DIDOT le jeune_.

Ant. Storck, Medici Viennensis, de Cicutâ tractatus. _Parisiis._ 1761. in-12. 1 l. 16 s.

--Le même en François. _Paris._ 1761, in-12. 1 l. 16 s.

Observations nouvelles sur l'usage interne de la Cigüe; seconde Partie & Supplément, aux quels on a ajouté un Mémoire nouveau sur l'Histoire de la Cigüe, la Figure de cette Plante, & les Cures opérées en France jusqu'à ce jour. _Paris._ 1762. in-12. 2 l. 10 s.

Traité de l'Asthme, traduit de l'Anglois de Floyer, par M. Jault. _Paris._ 1761. in-12. 2 l. 10 s.

Ant. de Haen, Ratio medendi in Nosocomio practico. _Parisiis._ 1761. 2 vol. in-12. 5 l.

--_Volumen subsequens sub Prælo._

Collection d'Observations sur l'Anatomie, la Chirurgie & la Médecine pratique: Ouvrage périodique extrait principalement des Ouvrages étrangers. _Paris_, 1761. in-12. 3 vol. brochés. 4 l. 10 s.

--_Le quatrieme Volume sous Presse._

Essais & Observations Physiques & Littéraires de la Société d'Edimbourg: Ouvrage traduit de l'Anglois, par M. Demours. _Paris._ 1761. in-12. _Figures._ 3 l.

--_Le second Volume sous Presse._

Traité de Chymie traduit du latin de Vallerius. Tome I. in-12 _avec Figures. Sous Presse._

Recherches sur la valeur des Monnoies & sur le prix des Grains, avant & après le Concile de Francfort, par M. Dupré de Saint-Maur. in-12 _sous Presse_.

Mémoires pour servir à l'Histoire des Egaremens de l'Esprit humain, par rapport à la Religion Chretienne, ou Dictionnaire des Hérésies, des Erreurs & des Schismes, &c. _Paris._ 1762. 2 vol. in-8. 9 l.

_Livres nouvellement aquis._

Dictionnaire Géographique portatif des quatre parties du Monde, traduit de l'Anglois de Laurent Echard, par M. l'Abbé Vosgien: nouvelle édition considérablement augmentée. _Paris._ 1759. in-8. 4 l. 10 s.

Dictionnaire Historique portatif, contenant l'Histoire des grands Hommes & des Personnes illustres, &c. par M. l'Abbé l'Advocat: nouvelle édition augmentée de plus d'un quart. _Paris._ 1761. 2 vol. in-8. 10 l. 10 s.

Manuel Lexique, ou Dictionnaire portatif des Mots François dont la signification n'est pas familiere à tout le Monde, par M. L'abbé Prevost. _Par._ 1755. 2 vol. in-8. 9 l.

Dictionnaire Botanique & Pharmaceutique, contenant les principales propriétés des Minéraux, des Végétaux & des Animaux en Médecine. _Paris_, 1759. in-8. 4 l. 10 s.

Dictionnaire François-Latin, par le Pere le Brun. _Paris._ 1760. in-4. 15 l.

Dictionnaire Théologique portatif. _Paris._ 1756. in-8. 4 l. 10 s.

Dictionnaire portatif des Conciles. _Par._ 1758. in-8. 4 l. 10 s.

_L'Agronome_ Dictionnaire portatif du Cultivateur, contenant les Connoissances nécessaires pour gouverner les Biens de Campagne, conserver la Santé, &c. _Par._ 1760. in-8. 2 vol. 9 l.

Dictionnaire des Rimes, par Richelet. _Par._ 1761. in-8. 7 l.

Roberti Stephani Thesaurus Linguæ latinæ. _Basileæ._ 1740. 4 volumes in-fol. 70 l.

Histoire des Chevaliers de Malthe, par l'Abbé de Vertot. _Paris._ 1761. 7 volumes in-12. 17 l. 10 s.

--_On vend séparément les Tomes VI & VII._ 5 l.

Etudes convenables aux Demoiselles: nouv. Edition. _Par._ 1762. 2 volumes in-12. 5 l.

Coutume de Paris, par Ferriere. _Par._ 1762. 2 vol. in-12. 5 l.

OEuvres de Montesquieu: nouvelle édition, revue, corrigée & considérablement augmentée par l'Auteur. _Paris._ 1758. 3 volumes in-4. 36 l.

--Les mêmes, en 7 volumes in-12. 17 l.

_On vend séparément_,

L'Esprit des Loix. 4 vol. in-12. 10 l.

Les Lettres Persannes. in-12. 2 l. 10 s.

Considérations sur les causes de la grandeur des Romains & de leur décadence. in-12. 2 l. 10 s.

Le Temple de Gnide & l'Essai sur le Goût. in-12. 2 l.

--Le même in-8. _avec Figures._ 2 l. 10 s.

--Le même traduit en Italien. in-8. Fig. 3 l.

La Médecine & la Chirurgie des Pauvres contenant des Remedes choisis, faciles à préparer & sans dépense, &c. nouv. édition. _Paris_ 1758. in-12. 2 l. 10 s.

Abrégé de l'Histoire des Plantes Usuelles, par Chomel. nouv. édition, revue & corrigée. _Paris._ 1761. 3 vol. in-12. 7 l.

_L'on trouve chez le même Libraire toutes sortes de Livres anciens & nouveaux, tant de France que des Païs Etrangers, & principalement en Médecine, Anatomie, Chirurgie, Histoire naturelle, &c. Ses Livres sont marqués à l'Amiable, toute l'Année._

Note sur la version électronique

La transcription conserve l'orthographe de l'original, avec ses incohérences (par exemple: longtems/long tems/long-tems/long-temps, cigüe/ciguë/cigue, fiévre/fievre, paroît/paroit, etc.). Les corrections signalées en errata et les coquilles évidentes ont été corrigées.

L'original présente à la fin du §. 526 un crochet fermant de fin de citation, sans crochet ouvrant correspondant.

On a représenté _entre caractères soulignés_ les expressions soulignées dans l'original, soit par une typographie en italique, soit par l'usage de caractères droits dans un passage entièrement en italique.