‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 135 sur 143 · XXVIII

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A LOTI, DE SA SOEUR

Brightbury, avril 1877.

Cher frere aime, je veux, moi aussi, te souhaiter la bienvenue dans notre pays. Fasse Celui auquel je me confie que tu t'y trouves bien et que notre tendresse adoucisse tes peines! Il me semble que nous ne negligerons rien pour cela, nous sommes pleins de la joie de ton retour.

Je fais souvent la reflexion qu'alors qu'on est si aime, si cheri, et qu'on est l'affection et la pensee dominante de tant de coeurs, il n'y a point de quoi se croire une vie _maudite_ et desheritee dans ce monde. Je t'ai ecrit a Constantinople une longue lettre que tu ne recevras sans doute jamais. Je te disais combien je prenais part a tes peines, a tes douleurs meme. Va, j'ai plus d'une fois verse des larmes en songeant a l'histoire d'Aziyade.

Je pense, cher petit frere, que ce n'est pas tout a fait ta faute, si tu laisses ainsi partout un morceau de ta pauvre existence. On se l'est bien disputee, cette existence, bien qu'elle ne soit pas longue encore ... mais tu sais que je crois qu'il y aura bientot quelqu'un qui la prendra tout a fait, et que tu t'en trouveras le mieux du monde.

Le rossignol et le coucou, la fauvette et les hirondelles saluent ton arrivee; tu ne pouvais pas mieux tomber que dans cette saison. Qui sait si nous allons pouvoir te garder un peu, pour te bien gater.

Adieu; tous nos baisers, et a bientot!