VIII - IX
Ces deux etres rencontres le meme jour devaient bientot remplir un role dans mon existence et jouer, pendant trois mois, leur vie pour moi; on m'eut beaucoup etonne en me le disant. Tous deux devaient abandonner ensuite leur pays pour me suivre, et nous etions destines a passer l'hiver ensemble, sous le meme toit, a Stamboul.
Samuel s'enhardit jusqu'a me dire les trois mots qu'il savait d'anglais:
--_Do you want to go on board_? (Avez-vous besoin d'aller a bord?)
Et il continua en sabir:
--_Te portarem col la mia barca_. (Je t'y porterai avec ma barque.)
Samuel entendait le sabir; je songeai tout de suite au parti qu'on pouvait tirer d'un garcon intelligent et determine, parlant une langue connue, pour cette entreprise insensee qui flottait deja devant moi a l'etat de vague ebauche.
L'or etait un moyen de m'attacher ce va-nu-pieds, mais j'en avais peu. Samuel, d'ailleurs, devait etre honnete, et un garcon qui l'est ne consent point pour de l'or a servir d'intermediaire entre un jeune homme et une jeune femme.