‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 99 sur 143 · LVII

LVII

...Achmet etait tres important et tres solennel: nous accomplissions tous deux une expedition pleine de mystere, et lui etait nanti des instructions d'Aziyade, tandis que moi, j'avais jure de me laisser mener et d'obeir.

A l'echelle d'Eyoub, Achmet debattit le prix d'un caique pour Azar-kapou. Le marche conclu, il me fit embarquer. Il me dit gravement:

--Assieds-toi, Loti.

Et nous partimes.

A Azar-kapou, je dus le suivre dans d'immondes ruelles de truands, boueuses, noires, sinistres, occupees par des marchands de goudron, de vieilles poulies et de peaux de lapin; de porte en porte, nous demandions un certain vieux Dimitraki, que nous finimes par trouver, au fond d'un bouge inenarrable.

C'etait un vieux Grec en haillons, a barbe blanche, a mine de bandit.

Achmet lui presenta un papier sur lequel etait calligraphie le nom d'Aziyade, et lui tint, dans la langue d'Homere, un long discours que je ne compris pas.

Le vieux tira d'un coffre sordide une maniere de trousse pleine de petits stylets, parmi lesquels il parut choisir les plus affiles, preparatifs peu rassurants!

Il dit a Achmet ces mots, que mes souvenirs classiques me permirent cependant de comprendre:

--Montrez-moi la place.

Et Achmet, ouvrant ma chemise, posa le doigt du cote gauche, sur l'emplacement du coeur ...