I
La plus jolie fille noble qu’il y eût en ce pays-ci à la ronde était une jeune fille de dix-huit ans, nommée Gwennolaïk.
Le vieux seigneur était mort, ses deux pauvres sœurs et sa mère ; tous les siens étaient morts, hélas ! excepté sa belle-mère. C’était pitié de la voir, pleurant amèrement, au seuil de la porte du manoir, si douce et si belle !
Les yeux attachés sur la mer, y cherchant le vaisseau de son frère de lait, sa seule consolation au monde, et qu’elle attendait depuis longtemps ;
Les yeux attachés sur la mer, y cherchant le vaisseau de son frère de lait. Il y avait six ans passés qu’il avait quitté son pays.
— Hors d’ici ! ma fille, et allez chercher les bêtes ; je ne vous nourris pas pour rester là, assise. —
Elle la réveillait deux, trois heures avant le jour, l’hiver, pour allumer le feu et balayer la maison ;
Pour aller puiser de l’eau à la fontaine du ruisseau des nains, avec une petite cruche fêlée et un seau fendu.
La nuit était sombre ; l’eau avait été troublée par le pied du cheval d’un chevalier qui revenait de Nantes.
— Bonne santé, jeune fille ; êtes-vous fiancée ? —
Et moi (que j’étais enfant et sotte !), je répondis : — Je n’en sais rien. — Êtes-vous fiancée ? Dites-le-moi, je vous prie.
— Sauf voire grâce, cher sire ; je ne suis point encore fiancée.
— Eh bien, prenez ma bague d’or, et dites à votre belle-mère que vous êtes fiancée à un chevalier qui revient de Nantes ;
Qu’il y a eu un grand combat ; que son jeune écuyer a été tué, là-bas ; qu’il a été lui-même blessé au flanc d’un coup d’épée ;
Que, dans trois semaines et trois jours, il sera guéri, et qu’il viendra au manoir, gaiement ; et vite vous chercher. — Et de courir aussitôt à la maison, et de regarder l’anneau : c’était l’anneau que son frère de lait portait à la main gauche !