‹ Barzaz BreizChapitre 68 sur 98 · I

I

Il était une gentille enfant de la famille de Rohan ; il n’y avait plus d’autre fille qu’elle.

Entre douze et treize ans, elle consentit à prendre un mari,

Elle consentit à choisir entre barons et chevaliers. Entre chevaliers et barons qui venaient lui rendre visite ;

Aucun d’eux ne lui plut, excepté le seigneur baron Mathieu,

Le seigneur châtelain de Beauvau, homme puissant d’Italie ;

Celui-là plut à son cœur par sa loyauté et sa courtoisie.

Le bonheur des époux avait duré trois ans et demi.

Quand fut portée à tout le monde la nouvelle du départ pour la guerre d’Orient.

— Comme je suis du plus noble sang, il me faut partir le premier ;

Donc, puisqu’il le faut, mon cousin, je te confie ma femme,

Je te confie ma femme et mon cher fils ; aie bien soin d’eux, bon clerc. —

Le lendemain matin, comme il partait, bien monté, équipé et alerte.

Voici venir la dame qui descendait, en pleurant, les degrés du perron ;

Elle descendait avec son enfant dans ses bras, et sanglotait, la bonne dame.

S’étant approchée de son mari, elle embrassa son genou,

Elle embrassa son genou et l’arrosa de ses larmes. — Mon cher seigneur, oh ! je vous en supplie, au nom du ciel, ne me quittez pas ! —

Le seigneur, attendri, lui tendit la main,

Et il l’enleva de terre dans ses bras, et la fit asseoir devant lui ;

Il la fit asseoir sur son cheval et l’embrassa.

— Chère petite Jeanne, cesse de pleurer ; je serai de retour dans un an. —

Puis il prit son enfant de dessus les genoux de sa douce épouse.

Il le prit entre ses bras, et il le regardait avec tant d’amour !

— N’est-ce pas, mon fils, que, lorsque tu seras grand, tu viendras à la guerre avec ton père ? —

Lorsqu’il sortit de la cour, grands et petits poussaient des cris,

Petits et grands, tout le monde pleurait ; mais le clerc, lui, ne pleurait pas.