III
Or, les Français chantaient gaiement, assis en ce moment à table ;
Réunis dans leurs tentes fermées, les Français chantaient dans la nuit.
Lorsque l’on entendit au loin déchanter une voix singulière :
« Plus d’un qui rit ce soir, pleurera avant qu’il soit jour ;
« Plus d’un qui mange du pain blanc, mangera de la terre noire et froide.
« Plus d’un qui verse du vin rouge, versera bientôt du sang gras ;
« Plus d’un qui fera de la cendre, fait maintenant le fanfaron. »
Plus d’un penchait la tête sur la table, ivre-mort, Quand retentit ce cri de détresse : — Le feu ! Amis, le feu ! le feu !
Le feu ! le feu ! Amis, fuyons ! c’est Jeanne-la-Flamme qui l’a allumé ! —
Jeanne-la-Flamme est la plus intrépide qu’il y ait sur la terre, vraiment !
Jeanne-la-Flamme avait mis le feu aux quatre coins du camp ;
Et le vent avait propagé l’incendie et illuminé la nuit noire ;
Et les tentes étaient brûlées, et les Français grillés,
Et trois mille d’entre eux mis en cendre, et il n’en échappa que cent.