‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 12 sur 58 · Scène I.

Scène I.

RATON, MARTHE.

(Raton est devant son comptoir ; sa femme est debout près de lui, tenant à la main plusieurs lettres.)

MARTHE.

Voici des commandes pour Lubeck et pour Altona… quinze pièces de satin et autant de Florence.

RATON, avec impatience.

C’est bien, ma femme, c’est bien.

MARTHE.

Des lettres de nos correspondants, auxquelles il faut répondre.

RATON.

Tu vois bien que je suis occupé.

MARTHE.

Il faut en même temps écrire à ce riche tapissier de Hambourg.

RATON, avec colère.

Un tapissier !…

MARTHE.

Une de nos meilleures pratiques.

RATON.

Écrire à un tapissier !… quand je suis là à écrire à une reine !

MARTHE.

Toi !

RATON.

Àla reine-mère ! une pétition que je lui adresse au nom de mes confrères, parce que la reine-mère n’a rien à me refuser. Si tu avais vu, ma femme, comme elle m’a accueilli ce matin et en quelle estime je suis auprès d’elle !…

MARTHE.

Et qu’est-ce qu’il te reviendra de cela ?

RATON.

Ce qu’il m’en reviendra ! tu parles bien comme une femme, comme une marchande de soie qui n’entend rien aux affaires. Ce qu’il m’en reviendra ! (Il se lève et sort de son comptoir.) du crédit, de la considération… on devient un homme influent dans son quartier, dans la ville, dans l’état… on devient quelque chose, enfin.

MARTHE.

Et tout cela pour être fournisseur breveté, de la couronne ! il te faut des titres ! tu n’as jamais eu d’autres rêves, d’autres désirs.

RATON.

Laisse-moi donc tranquille… il s’agit bien d’être fournisseur de la couronne !… (À demi-mot) Il s’agit d’être prévôt des marchands, et peut-être même bourgmestre de la ville de Copenhague… oui, femme, oui, tout cela est possible… avec la popularité dont je jouis et la faveur de la cour.

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