‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 28 sur 58 · Scène IV.

Scène IV.

KOLLER, à l’extrémité du théâtre, à gauche ; GŒLHER, CHRISTINE, FALKENSKIELD, RANTZAU, à l’extrémité, à droite.

FALKENSKIELD.

Rassurez-vous ! ces cris que l’on entend dans le lointain n’ont plus rien d’effrayant.

GŒLHER.

Je le disais bien !… cela ne pouvait pas durer !

CHRISTINE.

Tout est donc terminé ?

FALKENSKIELD.

Pas encore ! mais cela va mieux.

RANTZAU et KOLLER, chacun à part, et d’un air fâché.

Ah ! mon Dieu !…

FALKENSKIELD.

On avait beau répéter à la multitude que l’on n’avait pas attenté a la liberté de Burkenstaff, que lui-même, sans doute par prudence ou par modestie, avait voulu se dérober aux honneurs qu’on lui préparait, et se soustraire à tous les regards.

RANTZAU.

Au moment d’un triomphe, ce n’est guère vraisemblable.

FALKENSKIELD.

Je ne dis pas non ; aussi on aurait eu peut être de la peine à convaincre ses partisans, sans l’arrivée d’un régiment d’infanterie, sur lequel nous ne comptions pas, et qui, pour se rendre à sa nouvelle garnison, traversait Copenhague tambour battant et enseignes déployées. Sa présence inattendue a changé la disposition des esprits ; on a commencé à s’entendre, et, sur les assurances réitérées qu’on ne négligerait rien pour rechercher et découvrir Raton Burkenstaff, chacun s’est retiré chez soi, excepté quelques individus qui semblaient prendre à tache d’exciter et de continuer le désordre.

KOLLER, à part.

Ce sont les nôtres !

FALKENSKIELD.

On s’en est emparé.

KOLLER, à part.

Ôciel !

FALKENSKIELD.

Et comme, cette fois, il faut en finir…

GŒLHER.

C’est ce que je répète depuis ce matin.

FALKENSKIELD.

Comme il ne faut plus que de pareilles scènes se renouvellent, nous sommes décidés à prendre des mesures sévères.

RANTZAU.

Quels sont ceux qu’on est parvenu à saisir ?

FALKENSKIELD.

Des gens obscurs, inconnus.

KOLLER.

Sait-on leurs noms ?

FALKENSKIELD.

Herman et Christian.

KOLLER, à part.

Les maladroits !

FALKENSKIELD.

Vous comprenez que ces misérables n’agissaient pas d’eux-mêmes, qu’ils avaient reçu des instructions et de l’argent ; et ce qu’il nous importe de savoir, ce sont les gens qui les font agir.

RANTZAU, regardant Koller.

Les nommeront-ils ?

FALKENSKIELD.

Sans doute !… leur grâce s’ils parlent, et fusillés s’ils se taisent. (À Rantzau.) Je viens vous prendre pour les interroger et arriver par-là à la découverte d’un complot.

KOLLER, s’avançant vers Falkenskield.

Dont je crois tenir déjà quelques ramifications.

FALKENSKIELD.

Vous, Koller !…

KOLLER.

Oui, monseigneur. (À part.) Il n’y a que ce moyen de me sauver.

RANTZAU.

Et pourquoi ne pas nous avoir fait part plus tôt de vos lumières à ce sujet ?

KOLLER.

Je n’ai de certitude que d’aujourd’hui, et je m’étais empressé d’accourir. J’attendais la fin du conseil pour parler au comte Struensée ; mais, puisque vous voilà, messeigneurs…

FALKENSKIELD.

C’est bien… nous sommes prêts à vous entendre.

CHRISTINE, qui était au fond avec Gœlher ; a redescendu le théâtre de quelques pas.

Je me retire, mon père.

FALKENSKIELD.

Oui, pour quelques instants.

CHRISTINE.

Messieurs.

(Elle leur fait la révérence, sort par la porte à gauche ; Gœlher la reconduit par la main jusque là, et, se dispose à sortir par le fond.)

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