Scène IV.
RANTZAU, à gauche, à l’écart ; GŒLHER, FALKENSKIELD, LA REINE.
(Goelher entre par le fond, tenant plusieurs papiers à la main. Il aperçoit la reine, qu’il salue avec respect ; puis s’adresse à Falkenskield, sans voir Rantzau qui est derrière lui.)
GŒLHER, à Falkenskield
Voici l’arrêt du conseil, qu’en ma qualité de secrétaire-général je viens d’expédier, et auquel il ne manque plus que deux signatures.
FALKENSKIELD.
C’est bien.
GŒLHER, étourdiment et montrant plusieurs papiers qu’il tient encore.
J’ai là en même temps, et comme vous m’en aviez chargé, le projet d’ordonnance où nous proposons à la reine d’admettre à la retraite.
FALKENSKIELD, à voix basse et lui montrant Rantzau.
Taisez-vous donc !
GŒLHER, à part.
C’est juste ; je ne le voyais pas. (Regardant Rantzau dont la physionomie est restée immobile.) Il n’a pas entendu ; il ne se doute de rien.
FALKENSKIELD, parcourant les papiers que lui a remis Gœlher.
L’arrêt d’Éric Burkenstaff ! (Lisant.) Il est condamné !
LA REINE, vivement.
Condamné !
FALKENSKIELD.
Oui, madame, et le même sort attend désormais quiconque serait tenté de l’imiter.
GŒLHER.
J’ai rencontré aussi une députation de magistrats et de conseillers du tribunal suprême. Sur le bruit seul qu’en violation de leurs droits et privilèges le conseil de régence s’attribuait l’affaire d’Éric Burkenstaff, ils venaient porter leurs plaintes au roi, et, pour parvenir jusqu’à lui, voulaient s’adresser à madame.
FALKENSKIELD.
Vous le voyez ; c’est auprès de vous, madame, que viennent se rallier tous les mécontents.
LA REINE.
Et, grâce à vous, ma cour augmente chaque jour.
FALKENSKIELD, à la reine.
Je ne veux pas alors refuser a votre majesté la vue de ses fidèles serviteurs. (à Gœlher.) Ordonnez qu’ils entrent ; nous les recevrons en votre présence.