‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 128 sur 205 · IX

IX

927. DE CID. Bly-Eyndend Treurspel. In Franse vaersen gestelt door d'Heer Corneille. Nu in Nederlandse Rijmen vertaald. _TAmsterdam, by Dominicus van der Stichel. Voor Abraham de Wees, Boeckverkooper, op den Middel-dam, in't Nieuwe Testament. Anno 1641._ In-4 de 32 ff. non chiffr., sign. A-H.

Traduction du _Cid_ en vers par Van Heemskerck. Cette édition, imprimée à son insu, a échappé aux recherches de Van Lennep. Elle est précédée, suivant un usage cher aux auteurs hollandais, d'un argument en prose, dont Van Lennep nous donne ainsi la traduction d'après la réimpression de 1662:

«Sommaire de la tragi-comédie espagnole nommée _Le Cid_.

«L'Infante de Castille est amoureuse de Don Rodrigue, jeune et vaillant cavalier; mais, le sachant trop au-dessous d'elle, elle favorise une inclination mutuelle entre lui et Chimène, fille du comte de Gormas, inclination qu'approuvent les parents des deux jeunes gens. Le père de Don Rodrigue va demander au comte la main de Chimène pour son fils; mais comme il vient d'obtenir la charge de gouverneur de l'Infant, qu'avait briguée le comte, il trouve celui-ci plus disposé à lui chercher querelle qu'à écouter ses propositions: des paroles on en vient aux injures, et le comte, à la fin, s'emporte au point de donner un soufflet à Don Diègue, le père de Rodrigue. Le vieillard tire l'épée; mais, désarmé par son adversaire, il se tourne vers son fils et l'excite à venger son injure. Don Rodrigue se rend à cet appel, non sans avoir soutenu un violent combat intérieur; il provoque le comte et le tue. Chimène accourt demander justice au roi du meurtrier de son père; Don Diègue, de son côté, réclame la grâce de son fils. L'Infante, qui n'a pu encore maîtriser l'amour qu'elle éprouve pour Don Rodrigue, tire des événements qui ont eu lieu un augure favorable à ses désirs et, dans un dialogue émouvant avec sa nourrice, Léonor, elle fait part à celle-ci des combats qui se livrent dans son coeur. Le roi, avant de prononcer sa sentence, veut prendre l'avis de son conseil et fait reconduire Chimène chez elle par Don Sanche, rival de Don Rodrigue. Don Sanche saisit cette occasion pour exciter la colère de Chimène contre Don Rodrigue, et lui offre son bras pour la venger. Chimène, revenue chez elle, éclate en plaintes douloureuses et se lamente devant Elvire, sa demoiselle d'honneur, du sort cruel qui la force à demander la mort de celui qu'elle adore. Don Rodrigue paraît inopinément devant elle, prêt à lui livrer sa tête, afin qu'elle venge sur lui la mort de son père; elle refuse son offre, sous le prétexte adroit qu'un trépas volontaire ne pourrait satisfaire à sa vengeance, et qu'elle veut qu'il meure par la sentence de ses juges. En sortant de chez elle, Rodrigue rencontre son père, qui le cherchait pour lui annoncer que les Maures ont fait une descente sur la côte et que toute la ville est en émoi. Il lui dit, en outre, que cinq cents jeunes gentilshommes de ses amis sont venus lui offrir leurs bras pour venger l'affront qu'il a reçu du comte et se trouvent en ce moment chez lui; il engage son fils à se mettre à la tête de cette bande vaillante et à aller combattre les Maures, afin de reconquérir par ce moyen la faveur du roi et celle de sa maîtresse. Don Rodrigue, en effet, vole au combat, défait les Maures et fait prisonniers deux de leurs chefs, qu'il envoie vers le roi. A la suite de cet exploit, il obtient le nom de _Cid_ (mot arabe qui signifie Seigneur) et sa grâce. Chimène, sur ces entrefaites, vient réitérer son accusation et exiger la punition de Don Rodrigue. Voyant le roi incliner vers la clémence, elle demande que, selon les anciennes coutumes du pays, un champ clos soit ordonné. Le roi consent à sa demande, à condition qu'elle épousera le vainqueur. Don Sanche s'offre à elle comme son champion et est accepté. Don Rodrigue désarme son adversaire et lui laisse la vie, mais à charge d'aller se jeter aux pieds de Chimène et de lui faire part de l'issue combat. A la vue de Don Sanche qui se présente devant elle, l'épée nue et teinte de sang (_sic_), Chimène éperdue se figure qu'il a tué Don Rodrigue, et, n'écoutant que sa passion, elle l'empêche de prendre la parole. Se présentant de nouveau devant le roi, elle avoue sa tendresse pour Don Rodrigue, et demande l'autorisation de se libérer envers Don Sanche en lui faisant don de tous ses biens, et de se retirer dans un cloître afin d'y passer les jours qui lui restent à pleurer son père et son amant. Enfin la vérité se fait jour, l'Infante elle-même amène Don Rodrigue vers Chimène, qui, vaincue par les sollicitations du roi, consent à l'accepter pour époux, mais demande que son mariage soit différé jusqu'à la fin de son deuil. Le roi lui accorde ce délai et ordonne qu'en attendant, Don Rodrigue, à la tête de l'armée, partira pour la Barbarie, afin de combattre les Maures dans leur propre pays. Don Rodrigue se rend à cet ordre avec joie, et, modérant son ardeur amoureuse en faveur de l'heureux avenir qui l'attend, il se fie à son roi et au bon vouloir de sa maîtresse.

«Pendant les deux derniers siècles la propriété littéraire était chose inconnue en Hollande, et les spéculateurs ne se gênaient nullement pour éditer les oeuvres des auteurs en vogue, dont ils avaient su se procurer des copies. Il serait presque impossible d'énumérer les vers de Vondel, imprimés sans son aveu. Le grand poëte, dans un distique mis en tête d'un de ces poëmes, parle de ces publications frauduleuses, moins pour se plaindre du larcin que pour prémunir le public contre les fautes nombreuses qui s'y trouvaient, et contre les méchants vers qu'on y avait insérés sous son nom.

«Outre le moyen employé par Vondel pour déjouer ces procédés malhonnêtes, les auteurs en avaient deux autres: l'un, qui était le plus généralement en usage, c'était de faire ce que fit le traducteur du _Cid_, et de donner au public une édition authentique de leur ouvrage; l'autre, d'engager un libraire à obtenir des États de la province le privilége de la publication. S'agissait-il d'une pièce de théâtre et obtenait-elle les honneurs de la représentation sur la scène d'Amsterdam, c'était aux régents des hospices que la privilége était accordé, et ceux-ci, à leur tour, conféraient à tel ou tel libraire le droit de publication. Quoi qu'il en arrivât, l'auteur ne tirait presque jamais le plus minime profit de son oeuvre, à moins qu'il ne la dédiât à un Mécène assez généreux pour lui donner quelque gratification.» V. L.

928. DE CID, bly-eyndend Treurspel. Mitsgaders het gantsche leven en bedrijf van den selven Cid. _T'Amsterdam, by Nicolaes van Ravesteyn, 1641._ In-12 de 176 pp.

Réimpression de la traduction de Van Heemskerck publiée par lui-même. Elle porte la date de 1641 et nous ne pouvons dire avec certitude qu'elle ait paru avant l'édition décrite ci-après (no 929). Du reste les deux éditions d'_Amsterdam_ et de _Hoorn_ contiennent exactement les mêmes pièces préliminaires.

929. DE VERDUYTSTE CID. Bly- Eyndend Treur- Spel. Midtsgaders het gantsche leven en bedrijf van den selven Cid. Opt' nieuws daer by ghevoeght. _Tot Hoorn. Ghedruckt voor Barent Adriaens Berentsma. Anno 1641._ Pet. in-8 de 154 pp.

Réimpression de la pièce de Van Heemskerck.

Elle est précédée d'un avis au lecteur, dont Van Lennep nous a donné la traduction d'après une édition de 1662 en tout semblable à celle-ci:

_«L'Imprimeur au Lecteur._

«Lecteur bénévole, ce _Cid_, qui, à ce que nous assure le traducteur, a beaucoup perdu de ses grâces dans la traduction, n'avait pas appris à parler hollandais pour briller sur la scène, moins encore pour ennuyer les yeux et les oreilles du public par la voie de la presse, mais uniquement afin de se faire connaître à quelques rares amis et patrons du traducteur; puis d'être mis de côté et enfoui dans la poussière d'une Bibliothèque bien close. Mais une copie en ayant été soustraite au Propriétaire et imprimée à son insu et contre son désir, et cela avec tant d'incorrections qu'il en a honte, je lui ai fait sentir que puisqu'il ne pouvait empêcher la publication de son _Cid_, autant valait le publier tel qu'il l'avait écrit; et j'espère par là avoir rendu service à la jeunesse studieuse.»

L'avis au lecteur est suivi de «témoignages de la valeur du _Cid_ dans sa propre langue» qui contiennent en français ce qui suit:

«Les comédiens de Son Altesse [le duc Ferdinand de Nassau] parlent ainsi en leurs affiches:

«Le grand _Cid_, qui a porté sa renommée par tout le monde et qui a eslevé le Sieur Corneille, son Autheur, à un degré si haut que les autres de sa profession n'y peuvent atteindre, vous sera représenté. Nous espérons que vous confirmerez le jugement qu'en a fait toute la Cour, et que dans l'embellissement que nous y apporterons vous avouerez que nous sommes curieux de rechercher vostre contentement.

«Un autre, qui l'a fait imprimer à Leyden en l'année 1638, luy a donné des Louanges encore bien plus grandes, l'appellant: une excellente et ravissante piéce, dont la lecture a charmé l'oreille des Rois, Et une oeuvre admirable qui n'a point d'éloge assez relevé qui ne soit au-dessous de ses beautez. Que ce n'est rien dire d'égal à ses graces, que d'asseurer qu'elles expriment toutes celles qui sont les plus rares en l'élégance Françoise; qu'elles représentent les traits les plus vifs et les plus beaux dont on se puisse servir pour expliquer la gloire des grandes actions d'une âme parfaitement généreuse, et que les lire et les admirer sont presque une mesme chose.»

Nous avons reproduit nous-même en entier l'avis du libraire de Leyde, sous le no 273.

Après ces préliminaires, vient une préface du traducteur lui-même ainsi conçue:

«Si jamais oeuvre de petite dimension [boeckxken] a reçu dans sa propre langue un accueil favorable, ou si jamais pièce dramatique a été chaleureusement reçue au théâtre, c'est bien le _Cid_, qui n'a pas procuré moins de gloire que de profit à son auteur, le Sieur Corneille. A la demande de ceux dont la prière était un ordre pour moi, j'en avais, il y a déjà quelques années, traduit le premier acte en notre langue, afin de voir jusqu'à quel point on pourrait rendre en hollandais les gentillesses françaises, et mon ardeur, que la beauté de ce chef-d'oeuvre excitait, à mesure que je travaillais, a fait le reste. Et comme on arrive chemin faisant où l'on ne croyait point aller, je me suis trouvé transporté peu à peu de la scène des fictions sur celle des événements véritables, et j'ai rassemblé dans les mémoires espagnols toute la vie et les exploits du fameux Cid; ce que j'ai fait d'autant plus volontiers, que j'ai cru trouver un coeur hollandais dans une poitrine espagnole, c'est-à-dire un défenseur inébranlable de la liberté de sa patrie et un adversaire redoutable de toute domination étrangère, domination que le Cid répudie avec des paroles dignes d'être prononcées par un Hollandais libre, contre la soif de dominer qui possède les Espagnols d'aujourd'hui, et d'autant plus remarquables qu'elles ont été mises dans la bouche du Cid par la plume d'un jésuite espagnol (violent entre les violents). N'ayant pu empêcher, lecteur équitable, que ces choses frivoles ne vinssent entre vos mains, je n'ai pas voulu du moins vous laisser ignorer ces particularités. VENIAM PRO LAUDE.»

«Tous les écrivains hollandais avaient ainsi leur devise, dont bien souvent ils signaient leurs ouvrages, au lieu d'y mettre leur nom. _Veniam pro laude_ était celle de J. Van Heemskerck.» V. L.

Le volume se termine par la Vie du Cid (_Het Leven van Don Rodrigo Diaz de Bivar toe-genaemt de Cid_), laquelle est précédée d'un titre séparé et remplit les pp. 99 à 154.

930. DE VERDUYTSTE || CID, || Bly-Eyndend || Treur-Spel. || Gespeelt op d'Amsterdamsche Schouburg. || _T'Amsterdam, Gedruckt by Tymen Houthaeck, || voor Dirck Cornelisz. Houthaeck, Boeckverkoper op de Nieuwe-zijds || Kolck, in 't Bourgoens Kruys. Anno 1650._ In-4 de 30 ff. non chiff.

Au titre, un fleuron signé des lettres C V S, en monogramme, et représentant une fontaine avec la devise: _eeuwigh_ (éternellement).

Réimpression de la traduction de J. Van Heemskerck. Elle contient l'avis de l'imprimeur au lecteur, les deux pièces françaises citées plus haut, la préface du traducteur et l'argument.

931. DE VERDUYTSTE CID. Bly-Eyndend Treurspel. _T'Amsterdam, gedruckt by Broer Jansz Bouman. Anno 1662._ Pet. in-8.

Au titre, un joli fleuron représentant le roi de Castille assis sur son trône et jugeant le procès du Cid et de Chimène.

Réimpression de la traduction de J. Van Heemskerck, avec l'argument reproduit ci-dessus (no 927), mais sans les autres pièces préliminaires.

932. DE CID. Bly-Eyndend Treurspel. In Franse Vaersen gestelt door d'Heer Corneille. Nu in Nederlandse Rijmen vertaald. _Amsterdam, by Michiel de Groot, 1662._ In-8.

Réimpression de la traduction de Van Heemskerck, ainsi que les sept éditions suivantes.

933. DE VERDUYTSTE CID. Bly-Eyndend Treur-Spel. _Amsterdam, 1668._ In-8.

934. DE CID, Treurspel. Uit het Fransch van den Heer Corneille. _Amsterdam, 1670._ In-8.

935. DE VERDUYTSTE CID. Bly- Eyndend Treur-Spel. _Amsterdam, 1683._ Pet. in-8.

936. DE CID, Treurspel. Uit het Fransch van den Heer Corneille. Vertoond op de Amsteldamsche Schouwburg. Den laatsten Druk. _Te Amsterdam, by d'Erfgen: van J. Lescailje, op den Middeldam, naast de Vischmarkt, 1697._ Pet. in-8 de 64 pp.

«Cette édition, supérieure aux précédentes au point de vue typographique, leur est inférieure quant au texte, qui fourmille de fautes. On n'y trouve aucune des pièces qui précèdent les premières éditions. Le titre porte un fleuron avec la devise: _Laboranter._»