‹ Bibliographie Cornélienne, Description raisonnée de toutes les éditions des œuvres de Pierre CorneilleChapitre 171 sur 205 · XII

XII

1133. POLIUTO, tragedia lirica di Salvatore Cammarano; musica di Donizetti.

Le sujet de Polyeucte avait été indiqué à Donizetti par le célèbre chanteur Adolphe Nourrit, qui se proposait de créer le rôle pathétique du martyr chrétien. Au mois de mars 1838, Nourrit avait signé un engagement avec le directeur du théâtre Saint-Charles, à Naples; c'est là que devait être jouée la nouvelle partition. Le chanteur, qui abordait pour la première fois la scène italienne, croyait pouvoir compter sur un grand succès. «Ce qui me rassure tout à fait, écrivait-il à Mme Aucoc, sa soeur, à la date du 1er mai 1838, c'est le début dans un opéra nouveau, où je n'aurai de comparaison à subir avec personne, un opéra écrit pour moi par Donizetti, qui a le talent de mettre bien en relief les qualités de ses chanteurs et de cacher leurs défauts; et puis, par-dessus tout, le sujet de cet opéra, qui me plaît, que j'ai choisi et auquel j'ai foi. L'effet de mon rôle reposera sur l'exaltation du sentiment religieux, combattu un instant par la passion humaine, mais finissant par triompher. Toutes les fois que j'ai eu cette corde à faire vibrer, j'ai su trouver des accents sympathiques, et plus que jamais aujourd'hui je crois à l'effet de la musique religieuse.»

Donizetti donna tous ses soins à la composition de la musique qu'il écrivit autant pour la France que pour l'Italie; mais, au moment des répétitions, la censure napolitaine ne voulut pas permettre la représentation. «Le roi ne veut pas, écrivait Nourrît, le 16 août, à M. Duverger, que la religion chrétienne soit mise en scène, soit en bien, soit en mal... Je n'ai pas besoin de te dire tout ce que me donne à penser cette prohibition de notre Polyeucte: là-dessus nos idées doivent être les mêmes, comme elles l'ont été sur Rome. Il faut me dépêcher bien vite, bien vite, de gagner un peu de réputation dans ce pays, et revenir en France juste au moment où l'on voudra sortir de ce gâchis dans lequel tombent tous les jours davantage les affaires de l'art théâtral. Un jour que je serai moins pressé, nous causerons plus à l'aise de tout cela. En attendant, nous avons changé les personnages, le lieu de la scène et la religion de notre martyr chrétien, et nous en avons fait un Guèbre, sans rien changer ni aux situations du drame, ni aux sentiments. Dieu veuille que cette transmutation suffise aux susceptibilités de la censure royale. L'ouvrage y perdra, sans doute; mais j'espère, s'il est adopté ainsi, que le public ne voudra voir que des chrétiens.»

La censure napolitaine, inepte comme toutes les censures, qui croiraient manquer à leur rôle si elles ne suscitaient à l'art et aux artistes les plus misérables tracasseries, rejeta les Guèbres comme elle avait condamné Polyeucte. Nourrit en conçut un violent chagrin, dont on trouve la trace dans toutes les lettres qu'il écrivit depuis. Il voulut débuter dans la Muette, dans Guillaume Tell, dans les Huguenots, dans Lucrezia Borgia, mais aucune de ces pièces ne trouva grâce devant les autorités royales. Il dut se contenter de rôles médiocres dans des opéras plus médiocres encore: Il Giuramento et Elena da Feltre. Il crut s'apercevoir alors que ses études italiennes, loin de lui avoir profité, avaient nui à sa voix; il en eut un tel désespoir qu'il en devint presque fou. Dans un accès de fièvre chaude, il se jeta par la fenêtre et se tua (7 mars 1839). Voy. Adolphe Nourrit, sa vie, son talent, son caractère, sa correspondance, par L. Quicherat; Paris, Hachette, 1867, 3 vol. in-8.

1134. LES MARTYRS, opéra en quatre actes, Paroles traduites par M. Eugène Scribe, Musique de M. Donizetti, Divertissement de M. Corali. Représenté pour la première fois sur le Théâtre de l'Académie Royale de Musique, Le [ ] avril 1840. Prix: 1 franc. Paris, Schonenberger [sic], éditeur de musique, commissionnaire, boulevard Poissonnière, 10; Ch. Tresse, successeur de J.-N. Barba, Libraire, Palais-Royal, galerie de Chartres, 2 et 3; Marchant, Boulevard Saint-Martin, 12, 1840. Gr. in-8 de 27 pp. à 2 col., plus 2 ff. pour le catalogue musical de Schönenberger.

«Corneille traduit en opéra! dit Scribe dans l'Avertissement, quelle impiété littéraire!

«Les messieurs qui, de nos jours, ont affiché le plus de mépris pour nos grands auteurs classiques vont, comme tous les faux dévots, crier le plus haut à la profanation.

«Deux mots de réponse:

«J'ai fait pour une tragédie de Corneille ce que nos pères avaient fait pour une tragédie de Racine: l'Iphigénie en Aulide, traduite en opéra, a fait connaître à la France une des plus belles partitions de l'immortel Gluck.

«Ensuite, et s'il est vrai, comme l'attestent nos plus illustres compositeurs, que la musique veuille avant tout des passions et des effets dramatiques, et que l'opéra le meilleur soit celui qui présente le plus de belles situations, on concevra sans peine que tous les ouvrages de Corneille doivent offrir, comme ils offrent en effet, de magnifiques sujets d'opéra!

«J'aurais voulu respecter et conserver intacts tous les vers de Polyeucte, mais la musique a des exigences auxquelles on doit se soumettre; de plus, il a fallu traduire les principaux morceaux, airs, duos, trios et finales, d'après la partition déjà faite du Poliutto, composé pour le théâtre de Saint-Charles, et défendu avant sa représentation par la censure de Naples.

«Si je me suis permis de supprimer les quatre confidents ou confidentes de Corneille, c'est que l'opéra doit mettre en action ce que la tragédie met en récit. Je n'ai hasardé, du reste, d'autres changements que ceux qui avaient été conseillés et indiqués avant moi, par Laharpe et par Andrieux.

«Quant au rôle du père et du gouverneur Félix, j'ai suivi l'idée donnée par Voltaire, qui désirait qu'à ce caractère pusillanime et peu digne de la tragédie, on substituât celui d'un zélé défenseur des divinités du paganisme; fanatique en sa croyance comme Polyeucte dans la sienne.»

La partition française des Martyrs est plus importante que celle de Poliuto.

«Donizetti y ajouta l'ouverture, presque tout le premier acte, à l'exception de la cavatine de Pauline, les airs de ballet, le morceau d'ensemble qui termine le deuxième acte, l'air de basse au troisième acte et le trio du quatrième acte.

«Plusieurs morceaux de Poliuto ne se retrouvent pas dans les Martyrs: la prière intercalée dans la cavatine du ténor, la cabalette de la cavatine du baryton, l'air du ténor et une courte scène de Pauline (dans le grand duo), telles sont les pages italiennes qui ne figurent point dans l'opéra français, dont le troisième acte est d'un maître.

«Interprètes: Duprez (Polyeucte), Derivis (Félix), Massol (Sévère), Serda (Callisthène), Wartel (Néarque), Mme Dorus-Gras (Pauline).

«L'ouverture des Martyrs, dont l'allégro a le tort de rappeler celui de la Vestale, est coupée vers le milieu par un choeur lointain et mystérieux. Meyerbeer s'en est souvenu en écrivant l'ouverture du Pardon de Ploërmel.» CHOUQUET.

1135. PAOLINA E POLIUTO, opera in quattro atti. Nuova versione dal francese di C. Bassi. Milano, [1840?]. In-8.

Traduction italienne du livret de Scribe.

1136. POLIUTO, tragedia lirica in tre atti di Salvatore Cammarano; musica di Donizetti. Parigi, Michel Levy Fratelli, editori, 1859.--POLYEUCTE, tragédie lyrique en trois actes, de Salvator Cammarano. Musique de Donizetti. Représenté pour la première fois, à Paris, le 14 avril 1859. Paris, Michel Lévy frères, libraires-éditeurs, 1859. In-8 de 51 pp.

Texte italien, avec traduction française en regard.

1137. POLIUTO, OU OS MARTYRES, tragedia lyrica em quatro actos de Salvador Cammarano, para ser representada com a musica de Donizetti no Theatro provisorio. Rio de Janeiro, Typographia Dous de Dezembro de P. Brito, 1852. In-8 de 63 pp.

Traduction portugaise de Luis Vincente de Simoni.

1138. [Cyrillique: Poliyevkt', Lybretto opery Donytsetty v' 3-kh' deystviyah'. Sanktpeterburh'], 1870. In-8.

Traduction russe du livret de Poliuto.

1139. [Cyrillique: Tsoliévkt'. Lybretto opery v' 3-kh' aktakh'. Moskva], 1872. In-8.

1140. POLIUTO, opera tragiczna w 3 aktach; rzecz Salv. Cammarana, muzyka K. Donizettego. (Tres[´c] zebrana w krótko[´s]ci). Warszava, w drukarni J. Ungra. S. d., in-12 de 28 pp.

Traduction polonaise du livret de Poliuto.

Dès que l'oeuvre de Donizetti eut été représentée à Paris, elle fit le tour de l'Italie et chaque théâtre en fit imprimer le livret. Il serait peu intéressant de rechercher ces diverses éditions.

1141. POLYEUCTE, opéra en cinq actes; paroles de ?; musique de Charles Gounod.

Cette partition, à laquelle l'auteur de Faust travaille depuis longtemps, n'a pas encore vu le jour.

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