XIV
1439. LES DESCENDANS DU MENTEUR, comédie en trois actes, en vers, Par Armand Charlemagne. Représentée pour la première fois sur le théâtre de l'Impératrice, le 16 Prairial an XIII (5 juin 1805). Prix: 30 sous. _Paris, Chez Mme Masson, Libraire, Editeur de pièces de théâtre, rue de l'Echelle, no 558, au coin de celle Saint-Honoré. [Imprimerie de Caillat, rue Saint-Denis, no 28.]_ An XIII-1805. In-8 de 48 pp.
1440. EXAMEN CRITIQUE D'UNE ANECDOTE LITTÉRAIRE SUR LE MENTEUR DE P. CORNEILLE, par F. Bouquet, professeur au Lycée et à l'École supérieure des Sciences et des Lettres de Rouen. _Rouen, Imprimerie de E. Cagniard, 1865._ In-8 de 13 pp., y compris le titre.
Extrait de la _Revue de Normandie_ (avril 1865).
François de Neufchâteau (_Esprit du Grand Corneille_, t. Ier, p. 149) raconte, à propos du _Menteur_, une anecdote assez curieuse, qu'il prétend avoir empruntée au _Bolæana_:
«Oui, mon cher Despréaux, disait Molière à Boileau, je dois beaucoup au _Menteur_. Lorsqu'il parut, j'avois bien l'envie d'écrire; mais j'étois incertain de ce que j'écrirois; mes idées étoient confuses: cet ouvrage vint les fixer. Le dialogue me fit voir comment causoient les honnêtes gens; la grâce et l'esprit de Dorante m'apprirent qu'il falloit toujours choisir un héros de bon ton; le sangfroid avec lequel il débite ses faussetés me montra comment il falloit établir un caractère; la scène où il oublie lui-même le nom supposé qu'il s'est donné m'éclaira sur la bonne plaisanterie, et celle où il est obligé de se battre par suite de ses mensonges me prouva que toutes les comédies ont besoin d'un but moral. Enfin, sans le _Menteur_, j'aurois sans doute fait quelques pièces d'intrigue, l'_Étourdi_, le _Dépit amoureux_, mais peut-être n'aurois-je pas fait le _Misanthrope_.--Embrassez-moi, dit Despréaux, voilà un aveu qui vaut la meilleure comédie.»
M. Taschereau (_Histoire de Corneille_, 2e édition, p. 115) emprunte ce récit à François de Neufchâteau, mais il avoue l'avoir vainement cherché dans les deux recueils connus sous le nom de _Bolæana_: celui de Brossette et celui de Montchesnay. M. Marty-Laveaux (_OEuvres de Corneille_, t. IVe, p. 129) fait le même aveu, et M. Bouquet, après lui, a feuilleté sans plus de succès les _Bolæana_, _Segraisiana_, _Menagiana_ et _Carpenteriana_. Il est donc impossible de savoir où François de Neufchâteau a puisé son récit, mais tout porte à croire que, s'il n'en est pas l'inventeur, il l'a pris dans un recueil qui ne mérite aucune créance. Molière avait vingt ans à l'époque où fut joué le _Menteur_ et ne songeait pas encore à écrire. Si les ouvrages de Corneille ont eu sur Molière une incontestable influence, il ne faut pas exagérer l'impression que le _Menteur_ put produire sur son esprit. Telle est la thèse que développe M. Bouquet. «Il nous a semblé, dit-il en terminant, que la vérité historique, déjà si honorable et si belle par elle-même, n'avait que faire des oripeaux du roman, et qu'elle suffisait largement à la gloire de notre illustre compatriote.»