‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 4 sur 205 · IV

IV

4. LA || GALERIE || DV PALAIS, || OV || L'AMIE RIVALLE. || Comedie. || _A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur & Libraire de || Monseigneur frere du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme_; [ou _Chez François Targa, au premier pilier de la grand' || Salle du Palais, deuant la Chappelle, || au Soleil d'or_]. || M. DC. XXXVII [1637]. || Auec Privilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 143 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 3 pp. pour la dédicace; 2 pp. pour le _Privilége_; 1 p. pour les noms des _Acteurs_.

Nous trouvons ici le texte entier du privilége accordé à _Courbé_, pour «trois Comédies; Sçavoir _La Galerie du Palais, ou l'Amie_ _rivalle, La Place Royalle, ou l'Amoureux Extravagant, et la Suivante; Et une Tragédie-Comédie intitulée, Le Cid_, composées par M. Corneille.» Ce privilége est donné pour une durée de vingt ans, à la date du 21 janvier 1637, et Courbé déclare y associer _François Targa_, «suivant le contract passé entr'eux pardevant les Notaires du Chastelet de Paris». L'achevé d'imprimer est du 20 février 1637.

M. Marty-Laveaux, à l'exemple des précédents éditeurs de Corneille, a d'abord placé la représentation de la _Galerie du Palais_ en 1634, mais il a remarqué ensuite un passage d'une pièce latine adressée par Corneille à Richelieu, pièce qui a dû être composée en 1634, et dans laquelle il est question de la _Place Royale_. Il a fallu avancer d'un an la date généralement admise de cette comédie, et, comme il n'est pas probable que Corneille ait pu donner trois pièces en un an, changer aussi la date de la _Galerie du Palais_ et la reporter à 1633. (Voy. _OEuvres de Corneille_, éd. Marty-Laveaux, t. X, pp. 7 et 65.)

Corneille assura le succès de sa quatrième comédie en lui donnant pour scène un lieu connu de tous, cette fameuse Galerie du Palais, où se vendaient ses ouvrages et qui était alors le rendez-vous du monde élégant. Ses détracteurs lui reprochèrent plus tard avec aigreur cette manière de fixer l'attention du public. Un pamphlet anonyme publié dans la querelle du _Cid_, la _Lettre à *** sous le nom d'Ariste_, contient le passage suivant: «Il reste maintenant à parler de ses autres pièces qui peuvent passer pour farces, et dont les tiltres seuls faisoient rire autrefois les plus sages et les plus sérieux. Il a fait voir une _Mélite_, la _Galerie du Palais_ et la _Place Royale_, ce qui nous faisoit espérer que Mondory annonceroit bientost le _Cimetière S. Jean_, la _Samaritaine_ et la _Place aux Veaux_.» Ce passage est curieux, parce qu'il prouve que toutes les comédies de Corneille furent représentées par Mondory; on l'avait supposé jusqu'ici, mais on n'avait appuyé cette opinion d'aucune preuve.

Une innovation qui mérite d'être rappelée est la suppression de la nourrice traditionnelle, que Corneille avait conservée dans _Mélite_ et dans la _Veuve_, et qui est remplacée ici par une «suivante». A la vérité, les suivantes remplirent toujours plus ou moins le rôle joué jadis par les nourrices; elles ne ressemblèrent en rien aux chambrières du XVIe siècle ou du commencement du XVIIe. Ces dernières intriguaient toujours pour leur propre compte, tandis que les suivantes n'intriguèrent que pour leur maîtresse.

La _Galerie du Palais_ dut rester en portefeuille pendant quatre ans. Elle ne vit le jour qu'après que le _Cid_ eut mis le sceau à la réputation de Corneille. Elle fut ainsi comprise dans le Privilége accordé au libraire du poëte triomphant, privilége d'une durée plus longue qu'aucun de ceux que nous avons rencontrés à cette époque.

La mention qui termine le privilége, mention que nous trouvons, du reste, en plusieurs autres endroits, devrait inspirer à quelque chercheur l'idée de fouiller les études des notaires de Paris, pour y retrouver les minutes des contrats intervenus entre Courbé, Targa, Sommaville, de Luyne, Billaine et les autres éditeurs des grands écrivains du XVIIe siècle. Nul doute qu'il ne se soit conservé quelques-uns de ces actes, qui nous révéleraient de piquants détails sur les bénéfices qu'une pièce de Corneille pouvait rapporter aux libraires qui la publiaient.

Les exemplaires avec le nom de _Targa_ sont très-rares. On en conserve un à la Bibliothèque de l'Institut (Q. 150. B).