I
260. MELITE, || OV || LES FAVSSES || LETTRES. || Piece Comique. || _A Paris, || Par Iaques de Loges, à l'Enseigne du || Mauuais Temps._ || M.DC.XXXIII [1633]. || Avec Permission. In-8 de 4 ff. et 135 pp., caract. ital.
Collation des feuillets prélim.: titre;--1 f. pour la dédicace _A Monsieur de Liancour_;--1 f. pour l'avis _Au Lecteur_;--1 f. pour l'_Argument_.
Nous avons cherché longtemps cette édition souvent citée par les bibliographes de Corneille. Elle a été plusieurs fois indiquée comme étant du format in-12; mais, cette indication nous paraissant erronée, nous avons tenu à la décrire sur l'original. Nous avons parcouru toutes les bibliothèques de Paris, sans pouvoir la rencontrer; nos visites chez les amateurs n'ont pas été plus fructueuses; enfin, grâce à l'obligeant intermédiaire de M. E. de la Germonière, M. Lormier, de Rouen, a bien voulu nous communiquer son exemplaire, celui même qui a figuré à la vente Potier, en 1870. Nous avons pu constater que la _Mélite_ de _J. de Loge_ n'est pas imprimée dans le format in-12, mais bien dans le format in-8 indiqué au catalogue. Nous nous sommes également convaincu que ce n'est pas une édition donnée par Corneille, mais bien une simple contrefaçon qui reproduit le texte de l'édition originale in-4. _Le Catalogue chronologique des Libraires et des Libraires-Imprimeurs de Paris_, rédigé par A.-M. Lottin, en 1789, ne mentionne aucun libraire du nom de _de Loge_, et nous devons admettre que le nom et l'enseigne bizarre dont il est accompagné sont purement imaginaires. La _Mélite_, in-8, a dû être publiée dans une ville de province, vers 1634, c'est-à-dire après la publication de _La Veuve_; elle est imprimée dans le même format que cette pièce et en caractères analogues, mais non identiques à ceux de _François Torga_. Ce qui confirme notre hypothèse, c'est que le volume ne contient pas de privilége, mais la mention d'une simple permission, mention assez ordinaire aux contrefaçons.
Vendu 50 fr., mar. r. (_Chambolle-Duru_); Potier, 1870 (no 1226).
261. MELITE, || OV || LES FAVSSES || LETTRES. || Piece Comique. || Par M. de Corneille. || _A Lyon, || Chez Claude la Riuiere, ruë || Merciere, à la Science._ || M.DC.LIII [1653]. || Auec Permission. In-12 de 4 ff. et 88 pp., caract. ital.
Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour la dédicace; 1 f. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 f. pour l'_Argument_.
262. MELITE, || Comedie. || Par le Sr P. Corneille. || _A Paris, || Chez Augustin Courbé, || au Palais._ || Anno M.DC.LIV [1654]. Pet. in-12 de 88 pp. (y compris 3 ff. prélim.), sign. A-D.
Au titre, le fleuron aux palmes croisées; au 2e f. au-dessus du titre de départ, le fleuron à la tête de buffle, avec les petites excroissances sur les cornes.
Edition elzévirienne restée inconnue aux elzéviriographes. M. Potier, qui en possède un exemplaire, pense qu'elle a dû être imprimée par _Fr. Foppens_, à _Bruxelles_. Elle a été citée dans la _Description bibliographique des livres composant la Librairie J. Techener_, 1858, t. II, no 10,564, et dans le _Catalogue Soleil_ (janvier 1872), no 1308, sous la date de 1655.
Cette édition et la précédente soulèvent une question historique que nous n'avons pu élucider. _La Riviere_ et _Foppens_ ont-ils été amenés à réimprimer _Mélite_, en 1655 et en 1654, par quelque reprise de cette comédie? Ont-ils eu, au contraire, la pensée de donner une édition des _OEuvres_ de Corneille par pièces séparées, comme le fit après eux _Abraham Wolfgang_, à _Amsterdam_? C'est ce que nous ne nous hasarderons pas à décider.
263. MELITE, || Comedie, || Par || P. Corneille. || _Suivant la Copie imprimée || A Paris._ || CI[C].I[C]C.LXIV [1664]. Pet. in-12 de 68 pp. (non compris la fig. ni le titre), sign. A-C.
Édition imprimée par _Abraham Wolfgang_, à _Amsterdam_, et qui fait partie de son recueil de 1664. Le titre porte la devise: _Quærendo_.
On s'étonnera peut-être de nous voir ranger sous la même rubrique les éditions données par les _Elzevier_ ou leurs continuateurs, et les grossières contrefaçons imprimées en France. Les unes ont conservé du prix auprès des amateurs, tandis que les autres ont été tellement négligées qu'il est presque impossible d'en trouver des exemplaires. Malgré la différence vénale qui existe entre les deux espèces d'éditions, nous croyons que, au point de vue littéraire, notre classification s'explique d'elle-même. La valeur des livres sortis des presses elzéviriennes tient presque toujours à leur exécution matérielle et non à la pureté des textes qu'ils nous fournissent. Les _Elzevier_ (et ce que nous disons des _Elzevier_ s'applique également à _Wolfgang_) étaient de très-habiles marchands et des typographes d'un goût parfait, mais il ne faut pas leur attribuer d'autre mérite. Leurs éditions étaient correctes quand elles étaient revues par un savant; elles étaient fautives, au contraire, quand les épreuves étaient soumises à quelque prote ignorant. On sait depuis longtemps (voy. Pieters, _Annales des Elzevier_, 2e édit.; Gand. 1858, in-8, pp. xxxv sq.) que les _Elzevier_ n'ont employé que des caractères fondus avec les poinçons du graveur parisien _Jacques de Sanlecque_ et de son fils, mais on serait disposé à leur faire du moins honneur de leur «papier de Hollande». A ce point de vue encore il semble qu'il faille un peu rabattre des éloges qui leur ont été prodigués jusqu'ici. M. H. Lempertz a publié dans ses _Bilder-Hefte zur Geschichte des Buchhandels und der mit demselben verwandten Künste und Gewerbe_ (Köln, 1854 et années suiv., in-fol.) une curieuse lettre adressée d'Amsterdam, à l'abbé Ménage, par _Louis_ et _Daniel Elzevier_. Cette lettre, datée du 10 mai 1662, commence ainsi:
Monsieur,
«Nous n'avons jusques à steure peu commencer a vos Poemes [_Ægidii Menagii Poemata. Quarta editio, auctior et emendatior_; Amstelodami, ex officina Elzeviriana, 1663, pet. in-12 de 4 ff. et 327 pp., dont les deux dernières ne sont pas chiffrées] a cause de la multitude des ouvrages qu'avons soubs la presse, d'autre part serions bien aise de l'imprimer sur du papier que Monsr _le Goux_ nous doibt envoyer de Paris, qui est le plus beau qu'ayons jamais veu, de l'envoy duquel il ne nous a pas encore donné advis et à ce sujet nous luy escrivons presentement. Si neantmoins vous estes pressé pour cet ouvrage, nous le commencerons sur de bon papier qu'avons presentement: mais nous aimerions mieux de l'imprimer sur le papier dudit _le Goux_.»
Le passage que nous venons de citer peut jusqu'à un certain point diminuer le mérite industriel des imprimeurs hollandais, mais il ne peut qu'augmenter leur réputation commerciale, en montrant le soin qu'ils mettaient à se procurer le meilleur papier sorti des fabriques étrangères. Ce qui leur appartient bien en propre, c'est l'élégance de leur petit format, la netteté de leur impression, en un mot une exécution dont la perfection n'a jamais été surpassée.