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Chapitre 22 Analogies

L’automne a ceci de particulier : il est exquis ou exécrable ; il n’y a pas de milieu. C’est pourquoi, je suppose, l’on ne s’entend pas encore sur le genre de ce mot. Moi, par une habitude datant de ma petite enfance, je le fais toujours du masculin ; tandis que les poètes, gens parfois ironiques, mais versatiles, et dont les opinions sont de peu d’importance, lui donnent du féminin à tour de bras. Il ne faut pas trop leur en vouloir, d’ailleurs ; la versification française a des exigences à nulle autre pareilles, et la rime commande en despote souveraine, quoi qu’en ait dit Boileau. Ensuite, il n’est pas prouvé que leur intention soit mauvaise.

Il est indiscutable que l’automne possède un charme plus puissant et plus mystérieux, qu’il prend possession de nous et s’installe en maître dans notre cœur, tout comme une femme charmante, peu à peu et presque à notre insu. Entre elle et lui, les ressemblances sont nombreuses.

D’abord, des quatre saisons, l’automne est la plus délicate.

Le printemps triomphe avec la joie exubérante d’un jeune homme à sa première conquête ; il manque de discrétion, il est bavard et il se vante.

L’été a trop d’ardeur violente, il brûle tout le temps, il ne sait pas se modérer ; il ressemble au Juif parvenu qui étale sa fortune entière en breloques sur sa bedaine ; toujours chauffé à blanc, il est un peu de mauvais goût.

Quant à l’hiver, brrr !

Mais voyez l’automne, dans ses beaux jours. Sur ses plus radieux soleils, il tend un joli voile de brume argentée qui ne les cache pas, mais atténue simplement ce que leur splendeur pourrait avoir d’excessif. Il n’éclabousse personne, lui : voilà la vraie distinction, la délicatesse suprême ! Pas de tapage, pas de grands éclats, un peu de silence, de recueillement et de mélancolie. Et là-dessus, un ciel de… bonne maison.

Ce qui fait surtout sa supériorité, c’est la discrète richesse de nuances qu’il offre au regard. À chaque heure, il varie dans ses arbres et son firmament. Féminin en cela, et pour cela délicieux.

« Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau, »

conseille La Fontaine aux amoureux. C’est le changement qui renouvelle et entretient le plaisir. Et une femme n’est pas une autre parce qu’elle est diverse : il y a en elle tant d’aspects différents chaque jour découverts et appréciés ! Elle est multiple comme l’automne en ses rayons, reflets et teintes, douce et pacifiante comme lui.

Il serait facile de poursuivre cette comparaison de beautés entre la femme et l’automne, mais ce serait trop long.

Quant à ces jours tristes, tout en bourrasques, plaintes et gémissements, sombres jours de grêle et de pluie, je déclare hautement que je ne connais pas de femmes dont le caractère offre quelque analogie avec ce fléau.

— On voit bien que tu n’es pas marié ! s’est écrié mon ami, entré à pas de loup et qui lisait par-dessus mon épaule.

Si vous croyez que j’ai changé d’idée !

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