Bonheur
Paul Verlaine
Bonheur
1891
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Sources :
- B.N.F.
- Éfélé
Ont contribué à cette édition :
- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture
Fontes :
- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll
L’orgueil, qu’il faut, se doit prévaloir sans scrupule
Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut
Paix à ce cœur enfin de bonne volonté
Plus l’huile dans la lampe
Plus l’épouse choisie
Hélas ! et plus les femmes
Et ni plus l’Espérance
Le pardon des offenses
Changer au mieux le pire,
Peser, se rendre compte.
Quelque chaleur va luire
Et puisque je pardonne,
Charité la plus forte entre toutes les Forces,
Par toi nous devenons semblables à Jésus
De plus, cette ignorance de Vous !
O temps, ô mœurs qu’il en soit ainsi,
Religion, unique raison,
Aussi cette ignorance de tout !
Jusqu’à méconnaître en moi quel nom,
Jusqu’à ne pas se douter vraiment
Éclairez ces ténêbres de mort,
L’adultère, celui du moins codifié
Le Sage, de qui l’âme et l’esprit vont tous deux,
Et certes suscité, néanmoins son courroux
Seigneur, ayez pitié des âmes, nos épouses.
Puis, déjà très anciens,
Une fille, presque enfant,
Mains qu’on baisa que souvent
Puis on eut tous les deux tort,
Montrez-vous, Dieu de douceur,
Maintenant, au gouffre du Bonheur !
Jettes-y, dans cette mer terrible,
(Car de gros vices tu n’en as plus.
Jettes-y tes petites colères,
Jette la moindre velléité
Jette-moi tout ce luxe inutile
Jette à l’eau ! Que légers nous dansions
L’homme pauvre du cœur est-il si rare, en somme ?
Écrit en 1888.
Le « sort » fantasque qui me gâte à sa manière
Ah ! soyez ce que pense une foule bavarde
Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité !
Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai !
Va d’un pas assuré mieux qu’aucune amazone
Son corps robuste et nu balancé noblement,
Elle sait ce qu’il faut qu’elle sache des choses,
Et que l’amour charnel est bénit en des cas.
Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime,
Puis au-dessus du couple ou plutôt à côté,
Sans quitter les Amants, par un charmant miracle,
Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair
Elle dit à ces chers enfants de l’Innocence :
Enfin elle va chez la Veuve et chez le Veuf,
Et quand alors elle a fini son tour du monde,
Et ce point de départ est un lieu bien connu,
Vie encor vivante après tout,
Murs de vraie et franche vertu,
L’orgueil qu’il faut et qu’il fallait,
Or, durant ces deux fois trois ans,
Un air de grâce et de respect
Furieux mais insidieux,
Salissant d’outrages sans nom,
Tandis que quelques-uns d’entre eux,
Ce sont, véniels et mortels,
La Luxure aux tours sans merci,
La Colère hors des combats,
Des vices à peine entrevus,
Mais quoi ! n’est-ce pas toujours vous,
Vous toujours, vil cri de haro,
Vous l’insultant mensonge noir,
Et l’Espérance le pardon,
Et tous trois, espérance et foi
Les nobles travaux qu’a repris
Toute de marbre précieux
Tu parus sur ma vie et tu vins dans mon cœur
Et mon âme naguère et jadis toute blanche !
De salut, mais le Salut même ! Ta vertu
Emportant sur son aile électrique les ires
N’étant point, ô que non ! le prud’homisme affreux,
Et ta bonté, conforme à ta jeunesse, est verte,
Elle étend, sous mes pieds, un gazon souple et frais
Elle met sur ma tête, aux tempêtes calmées,
Elle verse à mes yeux, qui ne pleureront plus,
Avec des tours naïfs et des besoins d’enfance,
J’use d’elle et parfois d’elle j’abuserais
De mon côté, c’est vrai qu’à travers mes caprices,
Déployant tout le peu que j’ai de paternel
Presque charnel à force de sollicitude
Vaste, impétueux donc, et de prime-saut, mais
Ce presque amour est saint ; il bénit d’innocence
Aussi, précieux toi plus cher que tous les moi
Allons, d’un bel élan qui demeure exemplaire
Nous avons le bonheur ainsi qu’il est permis.
Déployant à l’envi les splendeurs de leurs âmes,
Soyons tout l’un à l’autre enfin ! et l’un pour l’autre
Afin qu’enfin ce Jésus-Christ qui nous créa
« Qu’ils entrent dans ma joie et goûtent mes louanges ;
« S’écarteront de devant Moi pour avoir admis,
Mon enfance, elle fut joyeuse :
Quand Vous parûtes, Dieu de grâce
Comprises les dures délices,
C’est alors que la mort commence
Tout s’en mêle : la maladie
Ces mystères, je les pénètre ;
Mais, hélas ! je ratiocine
Je crois en l’Église romaine,
Je crois en la toute-présense,
Je confesse la Vierge unique,
De la rancœur très haute et de l’orgueil très bas.
O pour l’affection toute simple et si douce
Vive l’esprit français, d’Artois jusqu’en Gascogne
Ah ! j’en suis revenu, des « dandysmes » « cruels »
L’art tout d’abord doit être et paraître sincère
Car aimer c’est l’Alpha, fils, et c’est l’Oméga
Oui, d’être absolument soi-méme, absolument !
Oui, d’être et de mourir loin d’un siècle gourmé
Londres sombre flambe et fume ;
Sur la plume et le bitume,
Le malade en l’amertume
La cloche au son clair d’enclume
Notre cœur à tous deux dans ce château de verre,
Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,
Ne saurait empêcher l’équilibre qu’il faut,
Non plus le scepticisme et ni préjugé rance
Nous serions une mer en deux fleuves puissants
Ubiquiste équipage, ubiquiste pilote,
Nous mettrions chacun du nôtre, elle est très fine,
Si le bonheur était d’ici, ce le serait !
Comme les bons époux d’il n’y a pas longtemps
Mes os vont se cariant,
Mes ennemis pleins de joie
Mon cœur, ma tête et mes reins
Tout me fuit, adieu ma gloire !
Ou si c’est l’enfer ce lieu
— L’indignité de ton sort
Dieu plus juste, et plus Habile
Tu souffres de tel mal profond
Plus bénignes que la tienne
Tes humiliations
Et ces mornes sécheresses
De purs avertissements
Tes ennemis sont les anges,
Que bons inconsciemment,
Aime tes croix et tes plaies,
Face aux terribles courroux,
Fer qui coupe et voix qui tance,
Sous la glace et dans le feu
Un scrupule qui ma l’air sot comme un péché
Après le départ des cloches
Dès l’heure ordinaire des vêpres
Le tabernacle bâille, vide,
On dispense à flots d’eau bénite,
GLORIA ! Voici les cloches
Mais d’avoir conscience et souci dans tel cas
Alors mon discours chante et mes yeux de sourire
Et la divine patience met son sel
Car non pas tout à fait par effet de l’âge
Presque un sage sans trop d’emphase ou d’embarras,
Or néanmoins la vie et son morne problème
De ces tentations je me sauve à nouveau
Et c’est d’un examen méthodique et sévère,
Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers,
Je poursuis à ce point l’humeur de mon scrupule,
N’importe ! en ces moments est-ce d’humilité ?
De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme,
Nous ne sommes rien. Dieu c’est tout. Dieu nous créa
Prier obstinément. Plonger dans la prière,
C’est faire de son être un parfait instrument
Prier intensément. Rester dans la prière,
C’est de paraître doux et ferme pour autrui
La prière nous sauve après nous faire vivre,
Elle est l’ange et la dame, elle est la grande sœur
La prière a des pieds légers comme des ailes ;
La prière est sagace ; elle pense, elle voit,
Elle ne peut nier, étant par excellence
Elle est universelle et sanglante ou sourit,
Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine
Ou vulgaire, ou patoise, argotique s’il faut !
Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,
En l’humble vœu que seul peut former un enfant
Telle action quelconque en tel temps de ma vie
D’un abandon complet en vous que formulât
Juste pour la nécessité quotidienne
A Monsieur Borély.
Vous m’avez demandé quelques vers sur « Amour ».
Qu’en dire, sinon : « Poor Yorick ! » ou mieux « poor
Tout casser d’un passé si pur, si chastement
Puis il revient, mon Œuvre, las d’un tel ahan,
A propos de « Parallèlement ».
Ces vers durent être faits,
Mauvais, oui, méchant, nenni.
Beauté des corps et des yeux,
Est-ce fini ? Tu l’assures
Humain rémunérateur
Du devoir enfin visible,
O mon Dieu, voyez mes vœux,
Oppose au siècle un front de courage et d’honneur,
Puis, quand tu voudras r’attaquer, reprends la Foi !
Les plus belles voix
Monsieur le curé
Faut nous distinguer,
Bien dire et filer
Dieu nous bénira,
Elle est la bonté,
La compassion,
Avant le salut,
Chantons ses louanges.
On chante au graduel : FI-LI-A !
Le sermon du tremblotant vicaire
Il ajoute, le cher vieux bonhomme,
On sort de l’église, après les vêpres,
C’est le jour baptismal aux paupières divines
L’enfant grandit, il sent la terre sous ses pas
Puis l’enfant se fait homme ou devient jeune fille,
Et quand il a trouvé cette âme et cette chair,
L’homme et la femme ayant l’un et l’autre leur tâche,
L’homme vaque aux durs soins du dehors : les travaux,
Tous deux, si pacifique est leur course terrestre,
Que l’étranger mette son pied sur le vieux sol
Magnifié soudain, à son œuvre se hausse
S’il survit, il reprend le train de tous les jours,
L’âge mûr est celui des sévères pensées.
Les citoyens discords dans d’honnêtes combats
Il prend parti, pleurant de tuer, mais terrible
Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré.
Sa veuve et ses petits garderont sa mémoire,
Mais quoi donc, le poète, à moins d’être chrétien
Dépravée, insensée, une fille, une folle
L’amour, l’évaporant en homicides vils
Lui-même que Dieu voit être un pur patriote
Le dénonçant aux sots pires que les méchants,
Enfin, méconnaissant et l’heure et le génie
Mais le poète est un chrétien qui dit : « Non pas ! »
« Non pas ! » puis s’adressant à la Vierge Marie :
Où chacun a besoin du courage de dix
Depuis les Notre-Dame au-dessus des ancêtres
Depuis que notre culte intronisait nos rois,
Vous qui, multipliant miracles et promesses,
Mère, sauvez la France, intercédez pour nous,
Dans le lit conjugal, sur la couche dernière,
Si Dieu nous veut vaincus, du moins nous le soyons
Un glas lent se répand des clochers de la cathédrale
Chacun s’en fut coucher reconduit par la voix dolente
L’Océan pas vu que je devine
Des Angélus font aux campaniles
Des processions jeunes et claires
Ce n’est pas un rêve ni la vie,
Martyrs, troupe blanche,
Les Saints ignorés,
Pécheurs, par le monde,
Nature, animaux,
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.