Le rêve de Bonzo
Après avoir consciencieusement rongé l’os en question, il s’endort du sommeil du juste. Un petit somme facilite la digestion.
Puis il s’envole avec légèreté et une étrange impression de bonheur vers le pays merveilleux des rêves.
Soudain, un magnifique poulet rôti à point, aux jolies couleurs dorées, apparaît à ses yeux éblouis.
Mais, avant que Bonzo ait pu y planter couteau ou fourchette, le splendide poulet rôti se métamorphose tout à coup en chat.
Bonzo — toujours en rêve, — déguste une exquise boisson glacée, une citronnade à la fois aigrelette et sucrée.
Mais, à leur tour, le verre se transforme en théière et le breuvage frais en un liquide fumant et bouillant.
Bonzo, qui s’est cruellement brûlé, court au robinet afin d’apaiser avec de l’eau fraîche la cuisante douleur.
Sa tasse, — phénomène curieux et abasourdissant, — ne se remplit pas d’eau froide, mais d’un succulent saucisson.
« Quel régal ! songe Bonzo, moi qui aime tant le saucisson, surtout quand il est à l’ail ! Je vais le dévorer. »
Il mord à belles dents dans le beau saucisson dodu et rondelet à souhait. Ah ! quelle chair exquise !
Àce moment, Bonzo se réveille. Cruelle déception ! Atroce désillusion ! Comme saucisson, il n’a plus que son vieil os !