‹ BritannicusChapitre 14 sur 31 · Scène V.

Scène V.

BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE.

BRITANNICUS.

NOs ennemis communs ne ſont pas invincibles,

Madame. Nos mal-heurs trouvent des cœurs ſenſibles.
Vos amis & les miẽs juſqu’alors ſi ſecrets,
Tandis que nous perdions le temps en vains regrets,
Animez du courroux qu’allume l’injuſtice
Viennent de confier leur douleur à Narciſſe.
Neron n’eſt pas encor tranquille poſſeſſeur
De l’Ingrate, qu’il aime au mépris de ma Sœur.
Si vous eſtes toûjours ſenſible à ſon injure,
On peut dans ſon devoir ramener le Parjure.
La moitié du Senat s’intereſſe pour nous.
Sylla, Piſon, Plautus…

AGRIPPINE.

Sylla, Piſon, Plautus… Prince que dites-vous ?

Sylla, Piſon, Plautus ! Les chefs de la Nobleſſe !

BRITANNICUS.

Madame, je voy bien que ce diſcours vous bleſſe,

Et que voſtre courroux tremblant, irreſolu,
Craint déja d’obtenir tout ce qu’il a voulu.
Non, vous avez trop bien eſtably ma diſgrace.
D’aucun Amy pour moy ne redoutez l’audace.

Il ne m’en reſte plus, & vos ſoins trop prudens
Les ont tous écartez ou ſeduits dés long-temps.
AGRIPPINE.

Seigneur, à vos ſoupçons donnez moins de creance

Noſtre ſalut depend de noſtre intelligence.
J’ay promis, il ſuffit. Malgré vos ennemis
Je ne revoque rien de ce que j’ay promis.
Le coupable Neron fuit en vain ma colere.
Toſt ou tard il faudra qu’il entende ſa Mere.
J’eſſayray tour à tour la force & la douceur.
Où moy-meſme avec moy conduiſant voſtre Sœur,
J’iray ſemer par tout ma crainte & ſes alarmes,
Et ranger tous les cœurs du party de ſes larmes.
Adieu. J’aſſiegeray Neron de toutes parts.
Vous, ſi vous m’en croyez, évitez ſes regards.

Page 1